GEOFFROY SAINT-H1LAIRE
le dit Cu vier, V expression exacte et complète de la nature entière.
Ces résultats, Geoffroy Saint-Hilaire les adopte tous, mais il ne s'y arrête pas. Au point de vue de la recherche des analogies, obsei^er, décrire, classer^ n'est pas la Science tout entière, mais le commencement de la Science. Comme méthode, Técole nouvelle veut Talliance, l'emploi successif de l'observation et du raisonnement. Comme résultats, elle admet deux sortes de notions : après les faits, leurs conséquences. Comme but, elle se propose la découverte elle-même des lois générales de l'organisation.
La recherche des analogies, tel est le trait caractéristique de la Philosophie anatomique et plus généralement des travaux de Geoffrov Saint-Hilaire.
Cette nouvelle méthode a en même temps son point de départ et son but dans l'idée générale de l'Unité de composition organique. C'est par cette idée, préexistant dans son esprit, que l'auteur a été conduit à soupçonner et à rechercher, au delà des analogies évidentes, ces analogies plus ou moins obscures qu'une méthode rigoureuse pouvait seule mettre en lumière; et cette méthode une fois trouvée, il s'en est aussitôt servi pour établir sur ses bases définitives la théorie de l'Unité de composition; pour changer en une vérité démontrée, comme il le dit lui-même, ce qui n^était tout au plus jusqu*alors qu'une vérité de sentiment.
Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. [Vie, travaux et doctrine scientifique d'Etienne Geoffroy Saint- Hilaire.)
406 LES NATLUAMSTES
Je vois encore Ciivier, fort de ses longues études, soutenir sans s'ébranler, lattaque de son adversaire: toujours mesuré, toujours sage, il unissait l'art des bienséances à la vigueur du raisonnement; il restait maître de sa pensée comme de ses expressions; sans jamais s'élever aux mêmes hauteurs que son rival, il avait dans les idées cette justesse et dans les termes cette exactitude qui sont inséparables de la vraie science. Riche et abondant, élégant et naturel, il embrassait et éclairait tous les faits; c'était comme un fleuve immense et profond, paisible et régulier dans son cours, accessible à tous et de tous recherché.
En face de lui, je vois encore Geoffroy Saint-Hilaire : c'était bien Thomme des idées neuves et hardies, soudaines et entraînantes. Il avait la véhémence et les inégalités de la passion; son esprit en était parfois tout ému et comme troublé, on sentait en lui le don du pathétique; en dépit d'une élocution tantôt lente, embarrassée et confuse, tantôt vive, ardente et précipitée, il colorait ses pensées des plus vives images et semblait voir tout ce qu'il disait; c'était comme autant d'accents partis du fond du cœur et inspirés par la plus profonde conviction.
Cuvier avait vu ses premiers travaux accueillis avec faveur et partout applaudis, et quand il voulut élever ce vaste monument qui résume la Science contemporaine, il trouva de toute part de zélés et habiles collaborateurs. Ses études et ses recherches étaient de celles qui peuvent se partager et se distribuer; il dominait tous les travaux qui s'accomplissaient de son temps, on se formait sous ses yeux, on se disputait ses encou-
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ragements : c'était une suprématie universellement acceptée et que personne n'aurait osé contester.
Geofifroy Saint-Hilaire, au contraire, a dû travailler seul et dans un complet isolement; mais la solitude, le silence et le recueillement inspirent le génie. Il y avait puisé cette originalité et cette puissance d'imagination qui l'ont conduit à de si grandes choses : seul, d'ailleurs, il pouvait suivre les routes qu'il s'était tracées, car il travaillait d'inspiration, et l'inspiration ne se partage pas.
Cuvier, de son vivant, a été comblé d'honneurs, de titres et de distinctions, d'ailleurs bien mérités ; il a été courtisé par des souverains et appelé jusque dans le Conseil des rois. La vie de Geoffroy Saint-Hilaire a été, comme celle de tous les hommes à l'esprit libre, indépendant et créateur, une vie de peines, de passions et de combats; mais s'il a été comme écrasé par cette éclatante primauté de Cuvier, la postérité lui a enfin rendu, avec usure, l'honneur qui lui était dû.
Dubois (d'Amiens). [Eloges.)