BICHAT
la structure intime de chaque organe, jusqu'à la condition matérielle de chaque tissu? L'auteur de TAnatomie générale ne se borne pas à constater leurs caractères extérieurs. Il emprunte à la chimie ses plus puissants réactifs, pour signaler leur identité ou leur différence ; et s'il ne peut dévoiler leur nature intime, s'il ne pénètre point le dernier secret de l'organisme, c'est qu'il n'est pas donné à l'esprit humain de tout pénétrer ; et Bichat sait toujours s'arrêter là où l'observation l'abandonne.
A. MiQUEL. (Eloge de Xavier Bichat.)
L'expression de sa physionomie annonçait la franchise ; ceux auxquels il témoignait de l'affection pouvaient compter sur son attachement sincère ; il avait avec les personnes qu'il ne connaissait pas, cette réserve qui plaît généralement.
Ce fut à rinstant où il allait triompher de tous les obstacles et où il se proposait d'enseigner en même temps les cinq branches fondamentales de l'art de guérir, qu'il fit une chute sur l'escalier de l'Hôtel-Dieu ; cette chute devint la cause déterminante d'une fièvre afaxique dont il avait pris le germe dans les amphithéâtres où il surveillait continuellement, même Tété, les pièces d'anatomie pathologique soumises à la macération.
Malgré les soins assidus de MM. Corvisart et Lépreux, médecins en chef de l'Hôtel-Dieu, il succomba à la gravité des accidents, le 22 juillet 1802, quatorzième jour de sa maladie. Il serait difficile de peindre la douleur profonde où furent plongés tous ceux qui. avaient connu Bichat ; sa mort a laissé les plus vifs regrets, sa
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Au temps de Linné, les naturalistes cherchaient les différences tranchées, les grands intervalles. C'est qu'on ne connaissait encore qu un petit nombre d'espèces.
A mesure, en effet, que le nombre des espèces connues s'accroît (et il s'accroît sans cesse), les différences tranchées s'effacent, se fondent les unes dans les autres par des nuances intermédiaires, les grands intervalles se comblent. L'unité du règne se montre. On comprend le mot profond de Buffon, que « les nuances sont le grand œuvre de la nature. »
En zoologie, la vue dominante de M. Geoffroy est Vunité de règne. En analomie comparée, son objet constant est de prouver Vunité de règne par Vunité de composition.
Toutes ses recherches d'anatomie sont des recherches d'analogie.
Il les avait commencées par l'étude comparée des membres. Des membres il passe au crâne. Le crâne du crocodile, celui du poisson se composent de vingl-cimj ou vingt-six os, et celui de l'oiseau, celui du quadrupède n'en ont que huit ou dix. Comment identifier à l'unité une composition en apparence si différente? L'inspiration soudaine d'un pénétrant génie le porte à examiner le crâne d'un fœtus d'oiseau et de quadrupède. Là, tous les os primitifs, qui se réuniront plus tard en quelques os complexes, sont encore séparés, et le problème est résolu : le nombre des os est partout retrouvé le même.
Ce bel ordre (de la classification de Cuvier)... semblait chaque jour plus menacé par le progrès, chaque jour
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croissant, des idées de M. Geoffroy, qui ne voulait qu'un seul plan, qu*un seul type.
Le débat fut porté devant l'Académie. Jamais controverse plus vive ne divisa deux adversaires plus résolus, plus fermes, munis de plus de ressources pour un combat depuis longtemps prévu, et, si je puis ainsi dire, plus savamment préparés à ne pas s'entendre.
Entre ces deux hommes, tout, d'ailleurs était opposé : dans Tun, la capacité la plus vaste, guidée par une raison lumineuse et froide; dans Tautre, l'enthousiasme le plus bouillant avec des éclairs de génie.
De l'Académie, de la France, l'émotion s'étendit dans tous les pays où l'on pense sur de tels sujets. Nous eussions pu nous croire revenus à ces temps antiques où les sectes philosophiques, en s'agitant, remuaient le monde. Le monde se partagea. Les penseurs austères et réguliers, ceux qui plus touchés de la marche sévère et précise des Sciences que de leurs élans rapides, prirent parti pour M. Cuvier. Les esprits hardis se rangèrent du côté de M. Geoffroy. Du fond de l'Allemagne, le vieux Gœthe applaudissait à ses arguments.
Il accrut rapidement nos collections. Sa bouillante activité doublait ses succès. La ménagerie, demandée par Bernardin de Saint-Pierre , n'arrivait pas assez vite au gré de son impatience. Il en improvisa une.
Un matin, on vient lui annoncer qu'il a à sa porte un léopard, un ours blanc, plusieurs mandrilles, une panthère, etc. L'exhibition de ces animaux venait d'être défendue par la police.
Le Muséum n'avait encore, pour une ménagerie, ni
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fonds, ni local. Qu'importe? Geoffroy accepte tout; place, tant bien que mal, sous ses fenêtres, ses chers et terribles hôtes, et court faire part de sa bonne fortune à ses confrères, qui, un peu surpris, et presque alarmés, consentent bien vite à pourvoir aux moyens d'enfermer solidement ces formidables richesses.
Le 19 juin 1844, M. Geoffroy s'éteignit doucement; et cet esprit perçant qui avait porté sur la nature un regard si hardi, cet homme qui avait tout osé pour en sonder, pour en pénétrer les mystères, recevant les adieux de son enfant chéri, lui dit avec calme :
« Sois-en sûre, ô ma fille, nous nous reverrons î »
Flou MENS.
La recherche des différences est infiniment plus facile que celle des analogies; elle devait donc précéder celleci. C'est, comparativement, une étude élémentaire, el cela à plusieurs titres : elle se borne à une méthode unique; elle place son but presque au point de départ de la Science, Cette méthode, c'est essentiellement, el presque exclusivement l'observation; ces résultats, les faits, seuls éléments que puisse fournir directement l'observation; ce but, l'enregistrement exact et régulier des faits et de toutes leurs circonstances ; leur classement, dans un ordre qui réponde, aussi fidèlement que possible, à leur degré de différenciation. A ce point de vue, le progrès consiste donc, d*une part, dans la multiplicité indéfiniment croissante des observations et de l'autre, corrélativement, dans le perfectionnement graduel de la classification, qui, les résumant toutes, et en étant l'unique lien, devient idéalement, comme