BERNARD (CLAUDE
Saint-Julien (Rhône), 1813 ; Paris, 1878. — Physiologiste. Interne des hôpitaux. Préparateur puis professeur au Collège de France. Professeur à la Sorbonneet au Muséum. Membre des académies française et de médecine. Sénateur. — Statues à Paris, devant le Collège de France, et à Lyon,
Créateur de la physiologie expérimentale, à Taide de la vivisection.
Recherches sur le grand sympathique. ~- Leçons de physiologie expérimentale, — Mémoire sur le pancréas. — Physiologie et pathologie du système nerveux. — Propriétés des tissus vivants. — Principes de médecine expérimentale.
Au premier rang de ses travaux se place la série de ses admirables investigations sur la formation du sucre chez les animaux. Ce sont là des recherches qui feront époque dans la science. Non seulement elles nous ont dévoilé un phénomène absolument méconnu jusque-là, la production du sucre parle foie chez tous les animaux, mais encore elles ont éclairé d'une vive lumière le mécanisme de Tinfluence qu'exerce le système nerveux sur la nutrition intime ; en outre elles ont été le point de départ d'une nouvelle théorie du diabète. Depuis l'époque (18i9) où M. Claude Bernard faisait, à la Société de biologie, sa première communication sur la formation du sucre dans le foie, jusqu'à l'année dernière pendant laquelle il nous donnait lecture de nouvelles recherches sur la glycogénie, il n'a cessé de s'occuper de celle grande question ; et l'on peut dire que tout ce que nous connaissons d'important sur elle, nous le lui devons entièrement. Après avoir trouvé que le foie forme du sucre aux dépens du sang
CLAUDE BERSAB»
qui le traverse et quel que soit le régime de Tanimal, il montre que ce sucre est le résultat de la métamorphose d'une substance amyloïde dont il constate le premier la présence dans l'organe hépatique, substance qui se produit dans les cellules propres du foie et à laquelle il donne le nom de matière glycogène. Il fait voir ensuite que la quantité de sucre fournie par le foie au sang des veines hépatiques varie suivant que ranimai est en état de santé ou en état de maladie. Il découvre que la piqûre d'un point particulier du bulbe rachidien exerce une telle influence sur la formation du sucre par le foie, que le sang, chargé d'une trop grande quantité de ce principe, le laisse échapper par les reins et que l'animal devient diabétique. Cette découverte tout à fait imprévue excite dans le monde savant un profond étonnement qui fait bientôt place à l'admiration lorsque le fait annoncé par le physiologiste français est confirmé par les expérimentateurs. Par une suite de recherches d'une prodigieuse sagacité, il montre par quelles voies les lésions du bulbe rachidien dont il vient d'indiquer les effets vont agir sur la glycogénie hépatique. Jamais regard plus pénétrant n'avait plongé dans les profondeurs de' la nutrition intime.
11 va plus loin encore; comme je l'indiquais tout à l'heure, il tire lui-môme de ses découvertes les conséquences qui s'appliquent à la médecine. Il édifie une nouvelle théorie du diabète. Pour lui, cette maladie est due essentiellement à un trouble des fonctions du foie, à une exagération de la production de la matière glycogène et à une suractivité parallèle de la métamorphose de cette matière en sucre. Ce trouble a le plus
souvent pour cause une altération du fonctionnement du système nerveux central.
VoLPiAN. {Discou?*s aux obsèques de Claude Bernard,)
Je viens, Messieurs, de nommer les Époques de la Nature et le Discours de la Méthode. J'ai pensé plus d'une fois en effet que Vlntroduction à la médecine expérimentale n^avait pas exercé moins d'influence, à son heure, que ces livres fameux; et je n'ignore pas que c'est beaucoup dire, mais je le dis pourtant, et je ne crois pas trop dire. Quand ses qualités d'écrivain n'auraient pas fait de Claude Bernard Théritier naturel de la réputation d'un Buffon ou d*un Descartes, il le serait encore à titre de philosophe, ou, si vous le voulez, de penseur. Car, il n'a certes créé ni la physiologie ni la science expérimentale, mais il les a transformées, et de la façon qu'il les a transformées, il a renouvelé non seulement les méthodes, mais en un certain sens la conception môme qu'on se formait avant lui de la science. Les plus illustres de ses prédécesseurs en ont à peine fait davantage; et c'est pour ce motif que, depuis plus d'un quart de siècle, ceux qu'on entend peut-être le plus souvent invoquer le nom de Claude Bernard, ce ne sont pas les physiologistes, ce sont les philosophes.
Brl'nei 1ÈRE. [Discours à finauguration à Lyon d'un monument à la mémoire de Claude Bet^nard.)
Le savant, le grand expérimentateur parlait là (dans la Revxte des deux mondes) pour tous ceux qui s'intéressent aux choses de l'esprit et de la science; il mon-
frail à tous que la physiologie ne consiste pas tout entière en des tortures imposées à l'animal vivant, mais qu'à travers ces douleurs nécessaires et qu'elle s'attache de plus en plus à adoucir et à supprimer, elle sait pénétrer les mystères de la vie, ceux du moins qui sont accessibles et ne se dérobent pas dans les dernières extrémités des choses. Il faisait toucher à tous l'harmonie et l'enchaînement des grandes fonctions organiques ; il montrait comment on les décompose et analyse ; il faisait sentir la puissance d'investigation dont est armée la Science moderne. Aussi parvenait-il à éclairer tous ceux qui, étrangers à la Science, n'ont sur les choses de la vie animale que des notions confuses; il les intéressait à cette Science inconnue, à ses progrès, communiquait à tous la foi qui l'animait, tout en gardant lui-même cette allure réservée, témoignage de toute vraie science.
L'existence de Claude Bernard s'est écoulée dans un calme apparent, cachée aux yeux de la foule, laborieuse, mais sans affectation ni fausse rigueur. Les souffrances morales et physiques l'ont certainement traversée; les influences malsaines du laboratoire l'ont, à un moment, sérieusement compromise ; rien n'a pu en altérer la direction et l'admirable unité. Elle n'a jamais dévié, et s'est toute renfermée dans les travaux qui la remplissaient, dans les charges de son double enseignement, dans l'autorité qui le suivait partout, à l'Académie des sciences comme b. l'Académie française; autorité douce, qu'il ne recherchait pas, qu'il semblait fuir plutôt, mais qui lui arrivait du consentement de tous, et qui donnait tant de poids à sa parole et à ses conseils. Sa sincérité était absolue; quel grand savant
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peut n'être pas sincère? Aimer la science, n'est-ce pas aimer la vérité? Cependant confesser celle-ci toujours et en toute simplicité n'est pas un don commun et témoigne, môme en science, de la beauté d'âme.
La vie de Claude Bernard est donc toute en ses œuvres, toute dans l'évolution de son esprit chercheur et créateur, qui voulait toujours voir plus loin et plus haut. Que la vie d'un savant est ainsi belle dans son austère simplicité ! Elle ne connaît d'autres événements que ceux qui viennent du monde intérieur, du travail accompli, de la direction de ]a pensée, de la vue nouvelle des choses ; mais combien elle est féconde et bienfaisante, en regard de la pauvreté réelle de tant d'autres vies dépensées dans les agitations extérieures, dans les honneurs mômes que procurent ces agitations heureusement dirigées !
Chauffard. [Revue des deux mondes.)
Il (le public) apprenait de vous en quoi diffèrent et de quelle manière concourent ces deux instruments de découvertes qu'on désigne par les mots, trop souvent confondus, d'observation et d'expérience ; comment un fait que montre, à qui sait le voir, l'observation suggère, dans une intelligence douée d'invention scientifique, une explication anticipée, que contrôle ensuite l'expérience, soumettant le phénomène à des épreuves décisives qui permettent de déterminer avec certitude dans quelles conditions il peut ou ne peut pas se produire ; avec quoi sage esprit de doute et, par suite, quelle liberté de jugement il faut procéder à de telles opérations afin d'échapper au danger trop rarement appréhendé et évité, de n'apercevoir les résultats qu*au
travers d'une idée préconçue, et dénaturés par ce milieu trompeur; qu'ainsi instituée et conduite, Texpérience n'arrive sans doute, succès modeste, qu'à faire connaître la cause prochaine des choses et non pas leur principe, mais que, d'autre part, à Taide de cette connaissance qui, toute bornée qu'elle est, nous permet de reproduire à volonté, de modifier, de diriger selon nos vues particulières les phénomènes, l'homme se soumet, s asservit la nature, dispose en maître de ses forces, les accommode à son usage et devient, je répète une expression spirituelle que Fontenelle se fût applaudi de rencontrer, et devient comme le cow/remaitre de la création.
Patin. [Réponse au discours de réception de C. Bernard à l' Académie française.)
P»ge*
AVA.NT-PHOPOS Vil
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Les Uathématieietu et les Aftroiwmes.
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fiar-le-Duc. ~ Imprimerie Comle-Jacquet, Facdouel, Dir.
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