‹ Les savants modernes: leur vie it leurs travaux d'après les documents académiques choisis et abrégésChapitre 34 sur 139 · LAGRANGE · texte numérisé non relu

LAGRANGE

el quand il les avait ainsi mises à nu, il en disait son avis, ordinairement d'une manière originale et vive, aussi remarquable par la profondeur du sens que par la finesse de l'expression. On cite de lui une foule de mots heureux. Une personne pour laquelle il avait de lamitié lui parlait un jour d'une opinion qui, tour à tour adoptée et rejetée, admise et modifiée par les savants, avait fini par devenir un préjugé populaire : « Eh quoi! dit M. Lagrange, cela vous étonne? Cependant il en arrive toujours ainsi ; les préjugés ne sont que la défroque des gens d'esprit qui habille la canaille ». Nous rapportons cette anecdote parce qu'elle montre bien la tournure de son esprit observateur.

Quoique sa figure fût belle, il n'avait jamais voulu permettre que Ton fît son portrait : il croyait que les productions de la pensée ont seules droit au souvenir. Si ses traits restent inconnus, la mémoire de son génie se conservera aussi longtemps qu'il y aura sur la terre des peuples civilisés * .

... rimpression que produit la lecture des ouvrages de M. Lagrange. Ce n'est pas seulement le plaisir qui résulte d'une rédaction claire et bien ordonnée ; c'est un trait de lumière qui s'élance, qui répand le jour sur les effets les plus cotnpliqués, et qui découvre à vos regards surpris la voie sûre et directe qui mène au but où vous vouliez marcher. Lorsqu'on a une fois lu et compris un Mémoire de M. Lagrange, on n'a jamais besoin d'y revenir; on a tout appris, et pour toujours. BiOT [Mélanges scientifiques el littéraires).

1. Lagrange a été dessiné à son insu pendant les séances de FlnstiUit ; ses traits ont été moulés après sa mort.

Ce fut en 1787 que Lagrange vint se fixer à Paris, où ses nouveaux confrères se montrèrent heureux et glorieux de le posséder. La reine, elle-même, à qui il avait été recommandé de Vienne, et qui le considérait un peu comme un allemand, raccueillit avec bienveillance. Mais quelle que fût la satisfaction dont il devait jouir et dont il jouissait effectivement, il était alors difficile d*en juger. Il parut longtemps distrait et mélancolique. Souvent, dans une réunion qui devait être selon son goût, au milieu de ces savants qu'il était venu chercher de si loin, parmi les hommes distingués de tous les pays qui se rassemblaient chaque semaine chez Tiliustre Lavoisier, on le voyait rêveur, debout contre une fenêtre où rien pourtant n'attirait ses regards ; il y restait étranger à ce qui se disait autour de lui. Il avouait lui-même qu'il avait perdu le goût des recherches mathématiques, et qu'il n'éprouvait plus cet enthousiasme qui se ralluma plus tard avec tant de vivacité.

C'est comme fondateur de théorie, comme créateurde méthodes et d'un style qui seraéteraellement réputé classique en analyse, qu'il faut surtout voir Lagrange. Partout où le conduisent ses pas, il porte avec lui la lumière, il ouvre la route la plus sûre pour atteindre le but. Euler remporte peut-être par cette fécondité extraordinaire que rien n'arrête, par l'inépuisable diversité de ses artifices de calcul, par ces nombreux détails, ces exemples variés qui deviennent une source d'instruction pour les élèves : mais Lagrange, supérieur par la généralité des vues, otTre seul dans ses écrits le type de cette perfection qu'on doit s'elToroer d'atteindre... Leurs travaux réunis tirent partout régner les considérations et les

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méthodes analytiques. Etablir les équations fondamentales d'une question sur une construction si simple qu'on est dispensé de la figurer ; puis, s'abandonnant à toute la puissance du calcul, déduire de ces préliminaires ce que peuvent donner d'ingénieuses combinaisons de formules presque toujours symétriques ; savoir lire enfin, dans les résultats obtenus, Teffet des forces ou les propriétés de l'étendue : voilà ce que Técole de Lagrange apprit à faire sur les traces de son illustre chef, et tel est le caractère distinctif de l'analyse moderne.

Maukice {Notice sur la vie et les ouvrages de Lagrange),

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