‹ Les savants modernes: leur vie it leurs travaux d'après les documents académiques choisis et abrégésChapitre 42 sur 139 · CARNOT · texte numérisé non relu

CARNOT

tous les yeux, la puissance et la fécondité des méthodes nouvelles dont il a doté la science.

Carnot avait une taille élevée, des traits réguliers et miles, un front large et serein, des yeux bleus, vifs, pénétrants, un abord poli mais circonspect et froid. K soixante ans, on apercevait encore en lui quelque chose de la tenue militaire dont il avait pris l'habitude dans sa jeunesse.

En 1814, quand il fallut expédier les lettres de commandement du nouveau gouverneur d'Anvers , les commis de la guerre, pour écrire l'adresse, cherchèrent dans les contrôles les titres officiels de Carnot, et restèrent stupéfaits en voyant que l'Empereur venait sans s'en douter de placer un chef de bataillon à la tôte d'une foule de généraux. Notre confrère passa en quelques minutes par les grades de lieutenant-colonel , de colonel, de général de brigade et de général de division.

Akago.

La génération de savants à laquelle appartient Carnot s'est distinguée par son dévouement affectueux et presque passionné pour la jeunesse. C'est une vertu que ses devanciers lui avaient transmise : on sait la bonté paternelle de d'Alembert pour les novices laborieux; Bossut et Monge ne mettaient pas moins d'empressement à les accueillir ; Lalande faisait plus : il recevait en pension dans sa maison, à bas prix ou gratuitement, ceux qui semblaient destinés à faire avancer

la science, heureux de rendre à d'autres le bienfaisant patronage que lui-même avait trouvé autrefois chez Xemonnier et chez Joseph de Tlsle, ses anciens dans la carrière. Carnot prenait aussi un véritable plaisir à protéger les jeunes gens : il favorisa les débuts de M. Charles Dupin, qui s'en est toujours montré reconnaissant...

Pendant son ministère de la guerre , Carnot avait fait expérimenter les bateaux plongeurs et les bombes incendiaires de Fulton. Sa correspondance avec le premier consul contienf plusieurs lettres où ces inventions sont vivement recommandées. Plus tard , il fut du nombre des premiers savants qui apprécièrent l'importance de la navigation à vapeur. Tandis que Ton traitait légèrement la découverte de l'ingénieux américain, Carnot lui écrivait : « Si j'avais encore l'honneur d'être ministre de la guerre, je n'hésiterais pas un instant à vous donner les moyens de faire cet essai, dont l'entière réussite est indubitable et dont j'entrevois les immenses résultats pour l'avenir. »

Jacquard fut aussi l'objet particulier de ses encouragements...

Quelques collègues de Carnot lui reprochaient de se faire volontiers le patron des inventions téméraires. « C'est vrai, répondait-il, le génie est chose si rare que je cours au-devant de lui, ne fût-il pas soutenu par la science de cabinet, que nous avons raison d'estimer beaucoup, mais qui ne mène à rien toute seule. »

{Mémoires sur Ca^mot^ par son fils.)

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