CAUCHY
-suffisait. Si un géomètre osait aujourd'hui publier des exercices de mathématiques, on s'étonnerait d'une telle audace, tout autant, je n'exagère rien, que si un poète, sans se nommer Lamartine ou Victor Hugo, osait publier des Orientales ou des Méditations poétiques.
Avant de se résoudre à publier les Exercices, entreprise très coûteuse malgré son grand succès, Taccueil empressé fait aux écrits de Cauchy dans tous les jecueils mathématiques ne suffisait pas à sa puissance de production.
Chaque lundi, Cauchy apportait à l'Académie un mémoire nouveau hérissé de formules, dont la lecture était impossible. Nos comptes rendus n'existaient pas encore. Il se bornait à donner lecture du titre et emportait son mémoire après en avoir fait parapher et dater les pages par le secrétaire perpétuel.
La République de 1848 abolit le serment. Des ambitions impatientes que sa nomination aurait traversées ne permirent pas à Cauchy de prjofiter de Toccasion qui se présenta. L'empereur Napoléon IIl exigea de nouveau de tous les fonctionnaires le serment de fidélité : mais, sachant voir en Cauchy une des gloires de la France, il donna ordre d'accepter, sans rien exiger, la présentation faite par la Faculté des sciences de Paris à la chaire de physique mathématique. La science en reçut une impulsion qui dure encore. Cauchy n'avait rien demandé, il ne remercia pas. Cette fois encore, il trouva moyen de garder le beau rôle. Ses dons charitables dans la commune de Sceaux, qu'il habitait une partie de l'année, dépassaient depuis longtemps déjà ce que conseille la sagesse
du monde ; ils s'accrurent tout à coup envers les établissements de bienfaisance de la commune au point d'exciter la délicate susceptibilité du maire. Soyez sans inquiétude, répondit Cauchy, je n'appauvris pas ma famille : c'est l'empereur qui paye. Il distribuait la totalité de ses appointements. Pour une hostilité irréconciliable, la forme est digne et touchante.
Cauchy mourut à l'âge de soixante-huit ans sans
avoir connu la vieillesse, poursuivant sans fatigue,
mais avec une douce joie, la recherche du vrai et la
pratique du bien. Les hostilités faciles à expliquer,
très vives à une certaine époque, avaient disparu,
dissipées par la droiture d'une vie toujours simple,
toujours limpide, toujours désintéressée, toujours
sincère et soumise, sans discussion et sans lutte, aux
ordres d'une conscience qu'on a comparée, quelquefois
en souriant, mais avec admiration, à celle d'un naïf
et pieux enfant,
J. Bertrand.
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