LAVOISIER
sième. Madame Lavoisier a fait répartir ces fragments précieux en deux tomes, sous le titre de Mémoires de physique eS de chimie (sans date ni lieu d'impression), et en a gratifié quelques amis des sciences. Les bibliothèques ne possèdent pas de monument plus touchant : ces dernières lignes d un homme de génie, écrivant encore à la vue de Téchafaud ; ces volumes mutilés, ces discours interrompus au milieu d'une phrase, et dont la suite est perdue pour toujours, rappellent tout ce que les temps affreux dont nous parlons produisirent d'horreur et d'effroi. La catastrophe qui a mis fin aux jours de Lavoisier fut une suite de sa carrière administrative qu'il avait cependant parcourue avec non moins d'honneur que sa carrière scientifique. Nous avons vu qu'il avait été reçu fermier-général en 1769...
On espéra encore un lïiomentque sa renommée dans les sciences inspirerait de l'intérêt. On se reposait sur les instances que quelques-uns de ses anciens confrères paraissaient à portée de faire en sa faveur ; mais la Terreur glaça tous les cœurs : personne n'osa en parler aux décemvirs ; et peut-être qu'en effet toute sollicitation auprès d'eux aurait été vaine. Un citoyen courageux, M. Halle, osa seul tenter un effort public. Il se hâta de faire au Lycée des arts, un rapport sur ce que les découvertes de ce grand homme avaient d'utile, et ce rapport fut produit au tribunal *... Tout fut inutile. Le chef de cette horrible troupe répondit d'une voix féroce que l'on n'avait plus besoin de savants*, et le coup fatal fut porté le 8 mai 1794. Lavoisier n'avait
1 . Borda et Haûy agirent aussi au nom de la Commission des poids et mesures, mais Monge, Guyton de Moneau, Fourcroy gardèrent le silence.