CHEVREUL (EUGÈNE
Angers, 4786 ; Paris 1889 (103 ans !). — Chimiste, philosophe, historien. Préparateur au Muséum. Professeur à Charlemagne, aux Gobelins, au Muséum. Membre de la Société rovale de Londres. — Célébration du centenaire de ce « vieil étudiant ». Statues à Angers et au Muséum.
Corps gras. et bougies stéariques. Matières colorantes. Gradation des couleurs.
hetherchti chimiques sur les coi'ps gras. ■— Leçons de chimie appliquée à la teinture. — De la loi du contraste simultané des couleurs. — Lettres sur la méthode. — D*une erreur de raisonnement. — Histoire des connaissances chimiques.
Chaque page du beau Traité des corps gras renferme en germe une industrie nouvelle ; il a suffi pour cela de transporter sur des milliers de kilogrammes les opérations exécutées au laboratoire sur quelques grammes de matière. « Monsieur Chevreul», dit Dumas, «nombre d'industries vous doivent la vie ; dans toutes les opérations dont les corps gras sont Tobjet, vous avez fait succéder à la routine un raisonnement sûr de sa marche ; aux ténèbres, la clarté ! Vous avez créé Tindustrie des bougies stéariques^ Temploi de Tacide oléique dans le travail des draps ; l'intervention des acides gras dans la fabrication des essences artificielles. C'est par centaines de millions qu'il faudrait compter les produits auxquels vos découvertes ont donné naissance. Le monde entier trouve dans leur emploi une source de jouissances, de bien-être et de salubrité. »
Ce beau vieillard à tête couronnée de cheveux blancs,
ce patriarche de la science, que nous avons tous connu et respectueusement entouré, fut Tun des fondateurs de la chimie de notre temps, Tun des créateurs de Tindustrie moderne^ Tun des philosophes les plus précis de notre siècle. Sans doute cette chimie s^est modifiée dans ses conceptions ; elle a créé de nouvelles merveilles et en créera d'autres encore ; cette industrie s'est perfectionnée et a produit d'autres richesses ; mais si la méthode philosophique dont l'illustre savant fut Tapôtre, la méthode expérimentale, peut et doit, dans l'exposition un peu embroussaillée qu'il en a faite, supporter les élagages et des éclaircissements, elle restera immuable dans ses principes et dans son application, car, suivant les règles de la raison pure, elle se borne à déduire des faits précis leurs causes immédiates, et ne s'élève aux généralisations et aux lois qu'appuyée sur le contrôle incessant de l'expérience. Cette raison humaine ne connaît le monde extérieur que par les faits, vérités relatives à ce qui a été, est, ou sera. A chaque fait, le philosophe expérimentateur suppose une cause probable, et institue une vérification de cette première hypothèse ; si elle n'est pas fondée, il en fait une autre qu'il contrôle de même, et ainsi d'hypothèse en hypothèse, jusqu'à ce que la vraie cause soit trouvée. Si elle est l'unique, la vraie cause, la cause immédiate, toutes les conséquences rationnelles ou mathématiques qui relient la cause à l'effet, c'est-à-dire au fait observé, devront être vérifiées par l'expérience. C'est ainsi que le philosophe de l'École expérimentale s'élève de Tobservation des choses concrètes à l'analyse des faits ; de ceux-ci à leurs causes immédiates, de ces causes à leurs lois, et que du rapprochement de ces lois, surgis-
EL-GËNE CBEVHELL