‹ Les savants modernes: leur vie it leurs travaux d'après les documents académiques choisis et abrégésChapitre 88 sur 139 · PRA^C0I8 ARAGO · texte numérisé non relu

PRA^C0I8 ARAGO

ARâGO

serment que les antécédents d'Arago lui interdisaient, il écrivit au ministre de Tinstruction publique une lettre digne et fière pour lui demander à quelle époque il devait cesser ses fonctions. Mais le serment ne lui fut point demandé, et l'Observatoire qu'il avait enrichi et illustré resta comme par le passé soumis à sa direction. Ce ne fut pas pour longtemps. Atteint d'une maladie alors peu connue, mais dont les ravages pour être plus cachés n'en sont pas moins fatals, Arago déclina rapidement. Sa vue baissait : un voyage à Vichy, en 1831, n'amena point d'amélioration. La cécité fut complète en 1852; mais son esprit se raidissait contre le mal ; il se souvint alors de la science abandonnée (pour la politique), de ses mémoires inachevés, des expériences qu'il avait imaginées sans les faire, des instruments qu'il avait fait construire et qui, dans les salles désertes de l'Observatoire, attendaient la main qui devait les animer. Il sentit amèrement tout ce qu'il avait délaissé ; il voulut tout reprendre et retrouver dans sa vieillesse épuisée la savante ardeur

d^autrefois : il était bien tard.

Jaahn.

Nulle place d'ailleurs ne pouvait mieux convenir à l'image de ce grand citoyen^ que ce coin de Paris, silencieux et solitaire, au pied de cette .terrasse ombragée qui laisse voir à travers le feuillage les lignes sévères du beau monument de Perrault. C'est là en effet, dans cet Observatoire, berceau de l'astronomie française, que durant près d'un demi-siècle, Arago a poursuivi ses méditations, accompli ses plus beaux travaux, vécu de douces années, entouré de l'affection

des siens, du respect et de Tadmiration de tous ceux qui avaient, comme lui, le culte de la science, de la patrie et de l'humanité.

Quarante années passées sur sa mémoire n'ont rien effacé des souvenirs qu'il a laissés parmi nous : il est resté avec sa physionomie sévère, sa parole claire et charmante, ses admirables découvertes, comme la personnification de la Science française, à la fois attirante et expansive, ouverte aux idées nouvelles, passionnée pour les entreprises généreuses et hardies.

Dans le domaine de la physique expérimentale, ses découvertes figurent au premier rang des conquêtes de notre siècle.

En électricité, c'est lui qui a, le premier, signalé l'action magnétisante du courant voltaïque, généralisant ainsi la belle observation d'Œrstedt : c'est lui qui, en découvrant le magnétisme de rotation, a fait le premier pas vers les phénomènes d'induction qui devaient^ dix ans plus tard, immortaliser Faraday : enfin, c'est à lui, c'est à sa collaboration avec Ampère, que l'on doit V électro-aimant, l'ftme de toutes ces applications électriques qui ont révolutionné les conditions sociales de la vie des peuples, l'organe docile qui fait mouvoir le télégraphe, parler le téléphone, qui recueille et transmet la force, la transforme en lumière, chaleur ou mouvement et promet encore bien d'autres merveilles.

En optique, les travaux d'Arago, quoique moins accessibles à l'admiration populaire, suffiraient à eux seuls à assurer la gloire du physicien : là encore Arago est un fondateur. Par la découverte de la polarisation

chromatique, la plus brillante sans contredit de Toptique moderne, il a exercé une influence décisive sur les progrès de la philosophie naturelle, en ouvrant une voie où il devait, avec Fresnel, montrer aux physiciens et aux géomètres des horizons inattendus. La découverte des lois de l'interférence des rayons polarisés, Texplication de la scintillation des étoiles, Tinvention des méthodes interférentielles et photométriques et tant d'autres questions effleurées d'une manière magistrale témoignent d'une puissance d^esprit et d'une pénétration étonnantes.

Cornu. {Discours à l'inauguration de la statue (TArago à Paris,)

Trois découvertes surtout ont immortalisé son nom. Chose bien rare, elles ont toutes trois conduit à des résultats pratiques considérables.

G est à Arago qu'appartient la découverte de la polarisation chromatique ou des couleurs que fournit un rayon de lumière déjà polarisé, c'est-à-dire influencé soit par sa réflexion sur les corps miroitants, soit par son passage à travers des corps transparents, lorsqu'il vient à traverser des lames minces. Sur ce fait, Arago a fondé le polariscope, instrument avec lequel il a étudié la constitution de l'atmosphère terrestre, et sondé les mystères qui nous cachaient la constitution du soleil. Dans ce même fait on a trouvé le principe du saccharimètre, à l'aide duquel on étudie la richesse du jus de la betterave et de la canne à sucre.

Arago a trouvé le premier que l'électricité peut aimanter le fer et l'acier ; c est l'origine de la télégraphie électrique.

Arago a trouvé enfin une branche de physique nouvelle, celle du magnétisme par rotation, en découvrant que le cuivre en mouvement influence laiguille aimantée et finit par Tentraîner, et, réciproquement, que l'aiguille aimantée est arrêtée par du cuivre en repos. De là on a tiré les phénomènes d'induction électrique. Plus tard, la môme découverte a conduit à construire les machines qui produisent de l'électricité par le simple mouvement, et dont on se sert dans l'art

médical.

J. A. Barral. [François Arago,)

Quand M. Arago monte à l'estrade, la Chambre attentive et curieuse s'accoude et fait silence, les spectateurs des tribunes publiques se penchent pour le voir. Sa stature est haute, sa chevelure est bouclée et flottante ; sa belle tête méridionale domine TAssemblée. Il y a dans la seule contraction musculeuse de ses tempes une puissance de volonté et de méditation qui révèle un esprit supérieur. A la difi'érence de ces orateurs qui parlent de tout et qui, les trois quarts du temps, ne savent ce qu'ils disent, Arago ne parle que sur des questions préparées à l'avance, qui joignent à l'attrait de la science l'intérêt de l'occasion... A peine est-il entré en matière qu'il attire et concentre sur lui tous les regards. Le voilà qui prend pour ainsi dire la science entre ses mains. 11 la dépouille de ses aspérités et de ses formules techniques et il la rend si perceptible que les plus ignorants sont étonnés et charmés de le compi'endre. Sa pantomime expressive anime tout l'orateur ; il y a quelque chose de lumineux dans ses émonstrations, et des jets de clarté semblent sortir

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de ses yeux, de sa bouche et de ses doigts... Si, face à face avec la science, il la contemple avec profondeur pour en visiter les secrets et en contempler les merveilles, alors son admiration pour elle commence à prendre un magnifique langage, sa voix s'échauffe, sa parole se colore, et son éloquence devient grande comme son sujet.

CoRMENiN. {Le livre des orateurs.)

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