FRE8NEL (AUGUSTIN
Broglie (Eure), J788 ; Ville d'Avray (près Paris), 1827. - Physicien, Elève, puis examinateur à l'École polytechnique. Ingc'nieur des Ponts. Lauréat puis membre de TAcadémie dos Sciences. Ami d'Arago.
Travaux d'optique : explication de la diffraction, de la double réfraction et de la polarisation de la lumière, dans la théorie de l'ondulation.
Œuvres complètes publiées par Senarmont et Verdet ; 1S66-67, 3 vol. in-4«.
Pendant les longs débats des physiciens sur la loi mathématique d'après laquelle la double réfraction s*opère dans le cristal d'Islande, Texistence du second faisceau étant généralement considérée comme une anomalie qui n'atteignait que la moitié du rayon incident, l'autre moitié au moins, disait-on, obéit à l'ancienne loi de la réfraction donnée par Descartes; le carbonate de chaux, en tant que cristal, jouit ainsi de certaines propriétés particulières, mais sans avoir perdu celles dont tous les corps diaphanes ordinaires sont doués. Tout cela était exact dans le cristal d'Islande; tout cela paraissait sans trop de hardiesse pouvoir être généralisé. Eh bien! on se trompait! Il existe des cristaux où le principe de la réfraction ordinaire ne se vérifie pas, oii les deux faisceaux, en lesquels la lumière se partage, éprouvent Tun et l'autre des réfractions anormales, où la loi de Descartes ne ferait connaître la route d'aucun rayon.
Les physiciens, je pourrais citer ici les noms les plus célèbres, qui avaient cherché à renfermer dans une seule règle tous les cas possibles de la double réfrac-
tion, s'étaient donc trompés, car ils admettaient unanimement, et comme un fait dont on ne pouvait douter, que pour la moitié de la lumière, que pour les rayons qu'ils appelaient ordinaires, les déviations devaient être les mêmes à égalité d'incidence, dans quelque sens qu'on eût coupé le cristal. La vraie loi de ces phénomènes compliqués, loi qui renferme comme cas particuliers les lois de Descartes et d'Huyghens, est due à Fresnel. Cette découverte exigeait au plus haut degré la réunion du talent, des expériences et de l'esprit d'invention.
Je viens de l'avouer, les phénomènes de la double réfraction récemment analysés par Fresnel et les lois qui les enchaînent ne sont pas exempts d'une certaine complication. C'est là un sujet de regrets, je dirai presque de lamentations, chez quelques esprits paresseux qui réduiraient volontiers chaque science à ces notions superficielles dont on peut, sans effort, se rendre maître en quelques heures de travail. Mais ne voit-on pas que, avec ces idées, les sciences ne feraient aucun progrès; que négliger tel phénomène, parce que notre faible intelligence trouverait quelque peine à le saisir, ce serait manquer à son mandat, que souvent on passerait ainsi à côté des plus grandes découvertes.
En plaçant sur une même ligne, et dans une monture en fer portant de fortes vis ingénieusement disposées, quelques prismes de verre que ces vis soumettaient à de très fortes pressions, Fresnel fit naître une double réfraction manifeste. Sous les rapports optiques, cet assemblage de pièces de verre ordinaire était donc un véritable cristal d'Islande; mais ici la séparation des
images et toutes les autres propriétés qui en découlent résultaient exclusivement de l'action des vis de pression. Or, cette action, analysée avec soin, ne devait produire qu'un seul effet : le rapprochement des molécules du verre dans le sens suivant lequel elle s'exerçait, tandis que dans la direction perpendiculaire ses molécules conservaient leurs distances primitives. Pouvait-on douter, après cette remarquable expérience, qu'une disposition moléculaire analogue, produite dans l'acte de la cristallisation, ne fût aussi en général cause de la double réfraction du carbonate de chaux et du quartz et de tous les minéraux de môme espèce? Si Ion considère avec attention les ingénieux appareils à laide desquels Fresnel, en donnant ainsi artificiellement la double réfraction au verre ordinaire, a fait faire un si grand pas à la science, on est frappé de tout ce que l'esprit d'invention emprunte de secours soit à la connaissance des arts, soit à cette dextérité manuelle qu'avait si bien caractérisée Franklin, quand il demandait aux physiciens de savoir scier avec une lime et limer avec une scie.
Fresnt'l a donné rexplication dos inirriérenoes, do la diflfrdction et des diversos polarisations en rattachant ces divers phénomônes optiques à la théorie do Tondulation de la hiniière. Il nous serait difficile de n'*suiner ici l'exposé d'Arago.
Niveler de petites portions de route ; chercher, dans la contrée placée dans sa circonscription, des bancs de cailloux ; présider à l'extraction de ces matériaux ; veiller à leur placement sur la chaussée ou dans les ornières ; exécuter çà et là un ponceau sur des canaux d'irrigation ; rétablir quelques mètres de digue que le
torrent a emportés dans sa crue , exercer principalement sur les entrepreneurs une surveillance active ; vérifier leurs états de comptes, toiser scrupuleusement leurs ouvrages, telles étaient les fonctions, fort utiles, mais très peu relevées, très peu scientifiques, que Fresnel eut à remplir pendant huit à neuf années dans la Vendée, dans la Drôme, et dans rillc-et-Vilaine. Combien un esprit de cette portée ne devait-il pas être péniblement affecté, quand il comparait l'usage qu'il aurait pu faire de ces heures qui passent si vite, avec la manière dont il les dépensait.
Fresnel habitait déjà la campagne lorsque la Société Royale de Londres me chargea de lui présenter la médaille de Rumfort. Ses forces, alors presqu'épuisées, lui permirent à peine de jeter un coup d'œil sur ce signe, si rarement accordé, de l'estime de l'illustre Société. Toutes ses pensées s'étaient tournées vers sa fin prochaine, tout l'y {ramenait : « Je vous remercie, me dit-il d'une voix éteinte, d'avoir accepté cette mission ; je devine combien elle a dû vous coûter, car vous avez ressenti, n'est-ce pas, que la plus belle couronne est peu de chose, quand il faut la déposer sur la tombe d'un ami. »
Hélas ! ces douloureux pressentiments ne tardèrent pas à s'accomplir. Huit jours encore s'étaient à peine écoulés, et la patrie perdait l'un de ses plus vertueux citoyens, l'Académie l'un de ses membres les plus illustres, le monde savant un homme de génie.
;AHA(iO.
Un jour Fresnel écrivit à Arago, lui demandant des
conseils dont il profita si bien que, peu de temps après, il publia son mémoire sur la diiTraction, sur ces déviations singulières qui font pénétrer la lumière dans Tombre d'un cheveu. Etudiés inutilement par les plus grands esprits, jamais ces phénomènes n'avaient reçu d'explication satisfaisante ; ce fut Fresnel qui les mesura et les rattacha victorieusement à la doctrine des ondes. Devenu collaborateur d'Arago, ils firent en commun l'expérience la plus fertile de l'optique ; car elle expliqua la polarisation. Ils montrèrent que deux rayons n'interfèrent point quand leurs polarisations sont rectangulaires ; cela voulait dire que leurs vibrations ne peuvent se détruire, qu'elles ne sont point longitudinales mais transversales.
Jamin. {Éloge (TArago.)
Dès le 21 juin 1819, il était adjoint à la Commission des phares. Ce fut là bientôt son occupation principale, et Ton ne saurait estimer trop haut les services que l'inventeur des phares lenticulaires rendit à son pays et, on peut le dire, à tout le monde civilisé. Cependant, à l'occasion de ces services, si grands soient-ils, on ne saurait se défendre d'un regret. D'autres ingénieurs auraient tôt ou tard imaginé les lentilles à échelons, les lampes à mèches concentriques, les phares à éclipses ; mais F'resnel pouvait seul continuer la révolution qu'il avait commencée dans la science. Qui peut dire ce qu il aurait fait s'il lui avait été permis de poursuivre, sans interruption et libre de tout soin, le développement de ses fécondes pensées?
Il n'eut plus de forces suffisantes pour mener de
front ses recherches scientifiques et ses travaux d'ingénieur. Dominé par le sentiment du devoir, par les habitudes d*abnégation dont il avait trouvé chez ses parents renseignement et Texemple, il sacrifia ce qui pouvait n'intéresser que sa propre gloire, et donna au service des phares tous les moments de repos que lui laissaient les maladies.
E. Verdet. {Introduction aux œuvres d'Augustin FresneL)