‹ Les savants modernes: leur vie it leurs travaux d'après les documents académiques choisis et abrégésChapitre 92 sur 139 · FARADAY · texte numérisé non relu

FARADAY

Faraday était de taille moyenne, vif, gai^ Tœil alerte, le mouvement prompt et sûr, d'une adresse incomparable dans lart d'expérimenter. Exact, précis, tout à ses devoirs ; lorsqu'il préparait dans sa jeunesse, les leçons de chimie à l'Institution Royale, chaque expérience menée à point répondait si bien à la pensée et à la parole du maître, qu'on avait coutume alors de dire que celui-ci professait sur le velours. A la fin de sa vie, lorsqu'il avait quitté la chaire, redevenu auditeur, il suivait de l'œil tous les appareils , surveillant leur marche, prêt à la hâter ou à la ralentir, à réparer le moindre désordre, sans affectation, et comme s'il accomplissait l'office d'un régulateur naturel, identifié avec la pensée du professeur. Il vivait dans son laboratoire au milieu de ses instruments de recherche ; il s'y rendait le matin et en sortait le soir aussi exact qu'un négociant qui passe la journée dans ses bureaux. Toute sa vie fut consacrée à y tenter des expériences nouvelles, trouvant dans la plupart des cas, qu'il était plus court de faire parler la nature que d'essayer de la deviner. Obligé par sa mémoire ingrate et infidèle de noter et de numéroter les faits qu'il découvrait ou les idées qui germaient dans son esprit et d'en tenir registre, il en dressait soigneusement la table, certain que, sans cette précaution, il ne les retrouverait jamais au moment du besoin. Faraday, qui n'était pas mathématicien, a été moins prompt dans ses conceptions qu'Ampère ; son œuvre, fondée sur l'expérience seule, a été plus lente; mais, comme lui, il s'est élevé à la plus haute contemplation de la nature et, comme lui^ il a découvert tout un ensemble de faits certains et de lois

incontestables qui lient à jamais son nom glorieux à l'histoire de Téleclromagnétisme.

Entre Ampère et Faraday, l'un tout à la méditafion, l'autre tout à l'action, l'un demandant tout à la pensée, l'autre tout aux faits, rien de commun au premier abord. Le premier ressemble au physiologiste qui, partant des lois de la vie, descend à la connaissance des organes et à celle de leur jeu ; le second à Tanatomiste qui, de Pétude matérielle des appareils organiques, s'élève à la conception de leur mécanisme et à l'interprétation de leur rôle dans l'homme vivant. Partis de points opposés, ils arrivent pourtant au même but ; et nul ne saurait dire, alors, si la vérité qu'ils révèlent est le fruit d'une forte conception confirmée par l'expérience ou celui d'une expérience heureuse, interprétée par une intelligence sûre. C'est ainsi qu'un même spectacle s'offre au regard de l'aigle qu'un vol porte au sommet des Alpes et à celui du voyageur qui en a gravi les pentes lentement et pas à pas.

En ce qui concerne les sciences, je n'ai jamais connu d'esprit plus libre, plus dégagé, plus hardi : c'est le résultat de la méthode expérimentale. Il ne croyait môme pas à l'existence de la matière ; loin de lui tout accorder, il ne voyait dans l'univers qu'une seule force obéissant à une seule volonté. Ce qu'on appelle matière n'était à ses yeux qu'un assemblage de centres de force. Chose étrange assurément ! Dans un autre pays, qui donne le pas volontiers à la méthode mathématique, et où certaines témérités sont légèrement portées, ce n'est pas sans difficulté qu'on se persuade, au contraire, que les vérités scientifiques n'ont pas reçu leur dernière

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expression et qu'on peut y toucher sans sacrilège.

Cependant douter des vérités humaines^ c'est ouvrir la porte aux découvertes ; en faire des articles de foi, c'est la fermer. Douter des vérités divines, c'est livrer sa vie aux hasards ; y croire, c'est lui donner son lesL Telles étaient la conviction et la règle de Faraday.

C'est à regret qu'on se sépare de ce beau caractère, et, comme son digne successeur M. Tyndall, W je termine cette esquisse par une comparaison empruntée à son enseignement populaire.

Faraday aimait à démontrer que l'eau a horreur des impuretés ; qu'elle s'en dépouille par une foule de procédés, et que, si l'on fait refroidir et congeler, par exemple, de Teau trouble, colorée, salie, chargée de sels acres ou amers, d'aigres acides ou d'alcalis cuisants, le glaçon qui se forme dans son sein, éloignant de lui les souillures, se dégage limpide, inodore, agréable au goût, blanc et brillant comme le cristal.

Ainsi avons-nous connu Faraday ; aux prises avec les besoins, les tentations et les passions de la vie, il éloigna de bonne heure les mauvaises pensées, les sentiments égoïstes et les instincts vulgaires ou inférieurs, dégageant de plus en plus de Targile terrestre Tâme qu'il a rendue, enfin, à son Créateur, pure et sans tache.

J. B. Dumas.

C'est à l'Institution royale que sir Humphry Davy a fait ses mémorables expériences sur les métaux alcalins : c'est dans ce même laboratoire que M. Faraday a passé sa vie entière, consacrée, comme chacun sait, à

1 . Voir Faraday, Histoire d'un inventeur, par J. Tyndall (Traduction Moigno).

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l'étude des sciences physiques. C'est aussi dans Tamphiihéâtre de Tlnstitution royale que Faraday a conquis sa popularité comme professeur. Appelé à simplifier les faits et les théories, sans jamais les amoindrir^ afin de les présenter d'une manière élémentaire et précise à un auditoire exceptionnellement attentif et bien disposé, le profond physicien n'a jamais fait aucun sacrifice au désir de plaire et de s'attirer des applaudissements. Exact et rigoureux dans le développement de ses idées, scrupuleux et même puritain dans la forme, il a toujours enseigné sérieusement et non pas seulement vulgartséj comme on le dit aujourd'hui.

Henri Sainte-Claire Deville.

{Introduction à la traduction par W. Hugues du livre de Faraday : Histoire d'une chandelle.)

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