‹ Les Savoyards de divers étatsChapitre 1 sur 7 · Les Savoyards de divers états · texte numérisé non relu

Les Savoyards de divers états

« Si je meurs avant d’avoir publié la Bibliographie aixienne et les Médecins de la Savoiej je lègue les notes y relatives à mon ancien condisciple, resté mon ami, François Rabut. »

Guilland est mort le 22 octobre 1884.

Bans l’intervalle de ces deux dates, il avait publié la Bibliographie aixienne pour laquelle nous avions travaillé ensemble depuis plusieurs aimées en réunissant des fiches et en discutant le mode de publication.

, Ce travail devait paraître sous nos deux noms, lorsqu’en décembre 1879, il m’écrivit qu’il voulait introduire dans cette publication quelques appré- . dations et il ajoutait : Ceci est nécessairement personnel et pourrait porter les initiales de celui des deux collaborateurs qui endosserait le trait. Je le mis alors à l’aise en renonçant à figurer sur le titre de l’œuvre.

Elle a paru en 1880 dans le XIX e volume des Mémoires de la Société savoisienne d’histoire et d’archéologie, et le volume suivant (XX e 1881) contient un supplément ou appendice.

Dès lors, Guilland s’est occupé de recueillir de nombreuses notes sur les médecins de la Savoie. Je lui en avais fourni quelques-unes et j’ai pu ajouter encore quelques noms trouvés en poursuivant mes recherches sur l’histoire de notre province. Jo puis aujourd’hui livrer à la presse un travail, dont la plus considérable partie est due à mon bien regretté ami et à la publication duquel il tenait beaucoup. Déjà plusieurs articles avaient été rédigés par lui ; on en reconnaîtra aisément le style à la fois spirituel et affable. Ce que j’ai pu ajouter se distinguera facilement par la.sécheresse que fera excuser l’intention d’être exact (1).

N’était-il pas juste de faire précéder la biographie des 'médecins savoyards d’une courte notice sur la vie et les œuvres de son auteur? Je l’ai pensé et je le fais tout simplement en attendant que ce cher docteur trouve un biographe à la hauteur de ses mérites.

Je vais me contenter d’une énumération de ses travaux après avoir dit un mot de sa vie si bien remplie :

i,l) Lorsqu’il se sentit malade, Guilland m’écrivait : « Veux-tu accepter le legs de mes notes biog.-mèdicales?... De mes amis, toi seul es assez patriote, assez laborieux, assez toqué de recherches inédites, pour ne pas dédaigner ce legs et tâcher que le travail accompli ne soit pas perdu. » .

Louis Guilland est né à Chambéri le. 6 janvier 1820. Son père, Jean-François, docteur-médecin comme lui, était proto-médecin de la Savoie, médecin de la Maison.royale en deçà des Alpes, sous le gouvernement sarde.

En 1829, Louis est entré, comme moi, en 5 e , . externe au collège royal de cette ville, tenu par les Jésuites. Il avait alors pour répétiteur un bon élève de rhétorique nommé Perrot, dont le père et le frère ont tenu un restaurant au faubourg Mâché, et qui est entré dans l'ordre de Saint-Ignace (1).

Guilland fit ses premières études médicales 'à Chambéri, puis à Turin où il a pris son doctorat en 1842. L’année suivante, il a assisté aux leçons des écoles de Montpellier et de Paris ; il avait aussi visité les principales villes de l’Italie et plus particulièrement leurs hôpitaux et les.villes d’eaux de l’Allemagne.

Marié en 1847 à M n ° Adèle Chavogny, appartenant â une famille qui avait de grands intérêts industriels dans le département du Rhône, il a trouvé en elle une compagne-bonne et dévouée qui lui a rendu l’existence heureuse. De ce mariage sont nés trois enfants : Jean (1850) qui a pris son doctorat à Paris et exerce l’art médical à Aix-les-

(1) Les Jésuites tâchaient de recruter leurs meilleurs élèves. Tels ont été nos camarades, les frères Bouchet, fils d’un pharmacien de Chambéry, Ailloud, d’Aix-les-Bains, et autres.

Bains ; Marguerite (1853) mariée au notaire Antoine Gabet, de Chambéri, et Michel (1855), licencié en droit, chef de bureau du contentieux de la Compagnie du canal de Panama, à Paris.

Dès 1844, Guilland a exercé la médecine à Aixles-Bains, où son caractère affable lui a fait trouver d’excellentes relations avec les médecins étrangers et les baigneurs instruits. Il passait l’hiver : il Chambéri et l’automne à son cher Drumettaz, commune voisine d’Aix, où était sa maison de campagne qu’il appelait le doux et vieil asile de la famille où je repose mon cœur de ses secousses (1). Nous avions gamine tout jeunes dans cette villa où j’allais le voir trop rarement pendant les dernières années de son existence.

Guilland a occupé une place très honorable dans l’exercice de la médecine thermale. Il n’a cessé que lorsqu’il a été remplacé par son fils. Il avait été pendant deux ans médecin des prisons de Chambéri.

Guilland a fait partie de toutes les sociétés scientifiques de la Savoie, auxquelles il a apporté une part notable de son talent et de son dévouement, comme on le verra dans l’énumération de ses œuvres principales.

Il fut reçu membre de l’Académie des sciences

(1) Lettre de 1867. Il me disait alors que je lui rappelais ce temps éloigné : comme il est bon de se ressouvenir surtout à mesure que le passé se mot à dépasser l’avenir.

de Savoie le 6 juin 1850, et il en a été vice-président en 1861 et président en 1866, 1867 et 1868.

Membre de la Société savoisienne d’histoire et d’archéologie en 1857, il a fait partie du comité de publication de cette société en 1858.

Membre de la Société médicale qu’il a présidée en 1865 et qui a prospéré pendant sa longue direction.

.Membre de la Société d’histoire naturelle.

Il était un des membres les plus actifs de l’Association des médecins de la Savoie, qu’il a présidée jusqu’au moment où, vaincu par la maladie, il a sollicité son remplacement deux ans avant sa mort (1).

En 1863, Guilland prenait une part honorable aux travaux de la section médicale du 36 e Congrès scientifique de France, tenu à Chambéri du 10 au 30 août.

Il fut créé chevalier de l’Ordre de la Couronne d’Italie en octobre 1877, et se réjouissait de tenir cette distinction du roi Victor-Emmanuel.

Guilland aimait beaucoup la ville d’Aix qu’il habitait la plus grande partie de l’année.

Il fut un des fondateurs du Cercle d’Aix et son président pendant plusieurs années, et là, encore,

(1) C’est ici la place de rappeler un fait qui l’honore. A l’occasion de sa démission, la Société voulait faire placer son buste en bronze dans le local des séances, mais ayant été pressenti, il refusa énergiquement, conseillant l’emploi de l’argent à une œuvre utile.

il se dévoua de sa plume, de ses démarches et de sa santé quand ü fallut défendre les intérêts de cette cité auprès des divers gouvernements qui se sont succédés et auprès des autorités locales. Ce qu’il a écrit pour atteindre ce but dans les journaux et dans les revues médicales est considérable, tantôt sous le voile de l’anonyme, ou sous ses initiales L. G. et parfois sous le nom formé par l’énoncé de ses initiales Elgé. On en trouvera une longue énumération dans la Bibliographie aixienne, ce qui me dispense de répéter ici cette liste; je vais seulement signaler ceux des principaux travaux qui n’y figurent pas.

1° Lettre à Messieurs les membres de la Commission provisoire pour la fondation d’un nouveau journal politique à Chambéry; février 1848; in-f° de 5 pages autographiées.

2° Notice biographique sur le médecin Dacquin, 1852; in-8° 37 depages;

Extrait des Mémoires de l’Académie de Savoie. Ce travail a été le point de départ des recherches de Guilland sur les médecins savoyards ;

3° Projet d’une Société nationale des bains d’Aix ; 1856, in-8° de 13 pages ;

4° Les Bains d’Aix en Savoie; 1857, in-8° de 11 pages, contient la bibliographie décennaire d’Aix (1846-1856). C’est la première pensée d’une bibliographie aixienne ;

5° Rapport de la Commission médicale des bains d’Aix; 1860, in-8° de 14pages;

6° Introduction au 4 e volume, seconde série des Mémoires de l’Académie de Savoie ; 1861, contient des notices biographiques sur les académiciens décédés depuis 1854, au’nombre de vingt ;

7° Biographie \du docteur Neyret; 1861. Tirage à part d’un article paru dans le Courrier des Alpes;

8° Restauration de la chapelle de Saint-Anthelme à Chignin ; 1862, in-4° de 2 pages à 2 colonnes;

9° A propos de la note présentée au Conseil d’Etat par quelques médecins inspecteurs ; 1863 , in-8° de23 pages;

10° Sur la section médicale du 30 e Congrès scientifique, tenu à Chambéri, les 10, 20 août 1863, in-8° de 21 pages ;

11° Réponse au Discours de .réception à l’Académie de Savoie, de M. Boilleux, décembre 1863;

12° De la Médication par les ferrugineux et plus particulièrement par les eaux de la Bauche; 1865, in-8° de 53 pages;

13° Réponse aux Discours de réception, à l'Académie, de M. Burnier et du M' s Costa; 1865.

14° Jean-Claude Neyret (Notice biographique); 1865, in-8° de 8 pages;

15° L’Eau minérale de Challes, géologie, physique et chimie', physiologie et thérapeutique; 1874.'C’est l’œuvre d’une commission dont Guilland a été le rapporteur.

16° L’Epoque préhistorique du Club alpin français, dans l’annuaire de ce Glub alpin; ,l re année, 1874;

17° Société de Saint-Vincent de Paul. Noces ' d’or des conférences de Savoie, célébrées à Annecy le 17 juin 1883; in-8° de 35pages.

Il faudrait ajouter à cette liste une quantité de notes et d’articles qui se trouvent dans les procèsverbaux de l’Assemblée générale annuelle des médecins de la Savoie et dans les Bulletins de la Société médicale de Chambéri, dans toutes les séances de laquelle Guilland, son président, savait donner un grand intérêt à ces réunions annuelles. Il y prenait la parole pour revendiquer les droits, du corps médical, pour défendre la dignité professionnelle ou pour lire des notes nécrologiques sur les confrères décédés. Ses allocutions, toüjours à la fois spirituelles et bienveillantes avec une pointe satirique artistement ciselée, étaient le clou de ces séances.

Quand la nouvelle de la mort de Guilland se répandit, ce fut une douleur générale et, bien qu’il n’eût jamais varié dans ses opinions politiques qui lui faisaient apprécier un gouvernement monarchique, constitutionnel et libéral comme le meilleur de tous, les journaux de toutes nuances firent son éloge. Le même mouvement se produisit dans les nombreuses sociétés dont il avait fait partie et qui ont inséré dans leurs mémoires des témoignages de leurs regrets et de leur admiration. Partout il a

été signalé comme un excellent citoyen, aimant son pays et sachant le servir. Aussi, cette mort fit un grand vide dans le monde littéraire et savant de la Savoie. Le caractère fin et affable de Guilland a été apprécié par tous ceux qui l’ont connu.

J’avais eu un moment la pensée de terminer cette notice par des extraits de sa correspondance avec moi, qui auraient montré combien il était affectueux et spirituel. C’eût été un excellent moyen de faire mieux connaître son esprit et son cœur, en même temps que de produire d’intéressants détails sur rbistoire des sciences et des lettres en Savoie. Mais je renonce à ce projet qui aurait beaucoup allongé cette notice. Mieux vaudra plus tard en faire l’objet d’une publication spéciale intitulée : Correspondance littéraire de L. G. Ce sera encore un hommage à la mémoire de cet excellent ami et bon citoyen et un service rendu au pays.

Dans cette publication des Médecins savoyards on suivra l’ordre alphabétique qui avait été adopté par Guilland. Il avait déjà rédigé dans cet ordre les premières fiches.

Outre Grillet et les biographies générales, on cite souvent les travaux de Trompeo et de Bonino. Le premier, auteur de Medici ed archîatri délia real Casa di Savoia, et le second, auteur de Bio- ; grajia medica piemontese, publié à Turin en g vol. in-8° : 1824.

Page 1