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PREMIÈRE PARTIE PREUVES ARCHÉOLOGIQUES

Il ne s'écrit plus d'histoire sur l'Amérique sans qu'on y raconte les voyages qu'y firent autrefois les Scandinaves. Les études contemporaines sur cet important sujet, celles surtout qui ont été faites sous les auspices de la société des Antiquaires du Nord, qui a son siège à Copenhague, ont démontré, croyons-nous, jusqu'à parfaite évidence, l’authenticité de la découverte de notre continent par les Scandinaves, au Xe siècle. L'étude des sagas islandaiïses fait voir que, plusieurs centaines d'années avant que la science et le génie de Colomb lui eussent acquis la certitude qu'il devait exister un autre continent que ceux de l’Europe, de l'Asie et de l'Afrique, l'Amérique Septentrionale était connue et visitée par d'intréides navigateurs du nord de l'Europe. Cela, cependant, ne diminue en rien la gloire de l’illustre Génois. Les voyages des Scandinaves en Amérique ont été l'effet du hasard, et ces braves gens étaient loin de s’imaginer qu'ils découvraient la cinquième partie du monde. Ils n'attachaient d'autre importancé à leurs découvertes que celle de l'avantage immédiat qu'en retirerait leur commerce. Ki l’on ajoute à ces circonstances le peu de communications que les peuples de l’ancien continent avaient alors entre eux, et la difficulté de généraliser les connaissances humaines, on ne peut guère s'étonner si la découverte de l'Amérique à cette époqne est restée un fait isolé et sans conséquences.

Le cas de Christophe Colomb est bien différent. Chez lui l’idée de l'existence d’un continent résultait de ses études scientifiques et des réflexions de son génie. Quelques vagues récits des anciens ont bien pu attirer son attention, mais à lui l'honneur d’avoir triomphé des difficultés sans nombre et vraiment désespérantes qu'il a rencontrées dans l'exécution de son projet ! à lui la gloire d’être le véritable découvreur de l'Amérique !

Si les lumières de l'Evangile ont pu rayonner sur tant d’intelligences jusqu'alors plongées dans les ténèbres de l’idolätrie ; si, aujourd’hui même, tant de peuples naguère étrangers à l'Amérique, ont pu y fonder une patrie heureuse et prospère, ne l'oublions pas, nous sommes redevables de ces avantages à la vertu, aux lumières et au courage de Colomb.

“Que serait aujourd'hui notre glorieuse patrie, sans Colomb ? s'écrie un auteur amé-

ricain! N'était-elle pas aussi complètement inconnue en 1492 que si les Scandinaves ne Lalel l'eussent jamais découverte ? Nous ne voyons pas, ajoute le même auteur, ce que le geure dest humain pourrait y gagner à priver Christophe Colomb de la gloire qu’il semble avoir si quel noblement méritée !.”?

Il n’en est pas moins vrai cepndant que les Scandinaves abordaient, dès le Xe siècle, tem] et dans d’autres circonstances, les rivages de l'Amérique du Nord; et c'est ce que nous | allons essayer de démontrer en étudiant les preuves qui témoignent de leur séjour dans | cs “à le nouveau monde, et les récits de ces voyages, tels que nous les transmettent les annales | est E islandaises. nav I gens néce:

La Tour DE Newport ruin bliss Y a-t-il des preuves archéologiques du séjour des Scandinaves en Amérique à une date donnée, antérieure à Christophe Colomb ? testa Cette question a soulevé des débats intéressants auxquels ont pris part plusieurs pie savants de l’ancien et du nouveau continent, et il est curieux de constater la diverguce sidès d'opinions qui existe à ce sujet.

À cette époque reculée, c'était l’usage dans tous les pays scandinaves de construire qu'il

les maisons et même les édifices publics en bois *; il ne faut pas s'étonner si les constructions élevées au Vinland n'aient pu résister aux injures du temps, et qu'il ne soit resté aucun vestige de ces maisons de bois appelées hdi; dans les sagas .

La ville de Newport cependant renferme un singulier édifice appelé par les habitants le Vieux Moulin (O/d Mi.). Cet édifice, réclamé par quelques antiquaires comme étant d'origine scandinave, est situé sur le sommet et à l’ouest de la colline qui porte la partie haute de Newport, non loin de l’avenue Bellevue. Non aspect sombre et délabré forme un contraste étrange avec les élégantes villas du voisinage, et c'est en vain que le voyageur étonné essaie aujourd'hui de préciser sa destination première et la date de sa construction. Cette dernière question surtout a donné lieu à bien des suppositions. Certains auteurs prétendent que ce monument aurait été élevé dans le cours du XIe ou du XIIe siècle par les Scandinaves, lorsqu'ils s’établirent au Vinland ; d’autres soutiennent qu'il fut élevé par les premiers colons du Rhode-Island. Quoi qu'il en soit, ce curieux monument a vu se succéder bien des générations, et nous allons ici passer en revue ce que l'on sait de son histoire, et tâcher de démontrer ce qu'ont probablement été son origile et sa destination.

Cet édifice, qui a la forme d’une rotonde, et qui n’est aujourd'hui qu’une ruine, a été construit en granit brut du pays cimenté par un mortier de sable très résistant. Cette rotonde repose sûr huit arches romaines appuyées sur autant de colonnes cylindriques, hautes de dix pieds. La hauteur des arches est de deux pieds six pouces, et l'édifice entier mesure environ vingt-quatre pieds de haut. Si la destination primitive de cette construction était de servir de moulin à vent, c'était assurément un monument remarquable pour l’époque.

13 Magazine’of American History (1888), p. 272. ? Geoffroy, Histoire des peuples scandinaves, p. 9.

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(Généralement ces sortes de constructions étaient assises à fleur de terre, et consistaient en une tour en pierre dont l'intérieur était divisé suivant l'usage auquel on les destinait. Une seule porte, percée aussi à fleur de terre, donnait entrée dans la tour, et quelques petites ouvertures ménagées dans la muraille en éclairaient les étages supérieurs.

Il existe encore dans notre province plusieurs de ces moulins élevés dans les premiers temps de la colonie, et tous sont construits d’après ce principe.

Il est donc difficile d'admettre que les premiers colons du Rhode-Island aient voulu se payer le luxe d'un moulin à vent si coûteux et d'un genre si singulier. Pourtant, il est bien étonnant qu'ils n'aient pas parlé de ce monument élevé autrefois par les Scandinaves, si, à leur arrivée en ce pays, en 1636, ils en avaient trouvé les ruines remarquables.

Il est vrai que les premiers colons anglais, qui paï nature étaient avant tout des gens pratiques, avaient bien d’autres préoccupations, au milieu des circonstances et des nécessités qui accompagnent la fondation d’une colonie, que de rechercher l'origine des ruines qui pouvaient elors exister dans le voisinage ou sur le lieu même de leur établissement.

La première mention qui soit faite de ce monument est celle qui se trouve daus le testament de M. Benedict Arnold, alors gouverneur du Rhode-Island. Il l’appelle son “moulin de pierre” (my stone-built wind-mill). A quelque point de vue qu’on le considère, il n’y a pas de doute que cet édifice était à cette époque la propriéte du gouverneur Arnold, et qu'il s’en servait comme d’un moulin, sans qu'on puisse cependant affirmer qu'il en eût ordonné la construction.

Je ne sais sur quelle autorité s'appuient M. Gravier' et M. Gaffarel*, lorsqu'ils disent qu'il en parle comme remontant à une haule antiquité. Voici d’ailleurs la partie de son testament qui y a rapport. Ce testament est daté du 20 décembre 1677. L'eudroit où son corps devra être inhumé y est désigné comme “étant et s'étendant sur ma terre dans ou près de la ligne ou sentier conduisant de ma maison à mon moulin de pierre, dans la ville de Newport ci-haut mentionnée *,”?

De cette expression: mon moulin de pierre, plusieurs ont conciu que c'était le gouverneur lui-même qui l'avait fait construire ; cela peut être et ne pas être ; cette partie du testament signifie tout au plus que ce moulin était alors sa propriété.

Un des premiers colons du pays, Peter Easton, avait l'habitude de noter les principaux événements de la colonie. Une de ses notes se lit comme suit: “1663. — Cette année nous avons érigé le premier moulin à vent.” (This year 1wve erected the first wind-mill).

Lossing, dans son Pictorial Field-book of the Revolution (vol. XVII, p. 50), dit que ce moulin était en bois, et décrit l'endroit où il était situé.

En 1675, le même Easton mentionne dans son journal, à la date du 20 août : “ Une tempête a abattu notre moulin à vent” (A storm blew down our wind-mil)". D'où il faudrait conelure que le gouverneur Arnold, dans l'intervalle qui s’est écoulé de cette dernière date jusqu’à celle de sa mort, aurait fait ériger, sur les débris de l’ancien moulin, celui dont il est fait mention dans son testament, ou bien aurait ordonné la construction, en pierre et à grands grands frais, d'un nouveau moulin. Cela est possible, mais guère

1 Découverte de l'Amérique par les Normands au Xe siècle, p. 168. * Rapports de l'Amérique, p. 282. Palfrey, History of New England, vol. 1, p. 57. 1 Voir Scribner’s Monthly, année 1879, No du mois de mars, à l’art, intitulé: The Old Mill at Newport, p. 635.

Sec. I, 1890. 6.

42 ATPHONSE GAGNON

probable, d'antant moins que ce dernier édifice devant avoir une tout autre importance que celle d'un moulin en bois, il serait bien surprenant que son érection, si elle avait alors eu lieu, n’eût été remarquée par personne, et qu’il n’y eût rien dans les archives de la colonie qui témoignât de ce fait, tandis que le moulin en bois dont parle le nomiaé Easton fut tout un événement parmi les colons, au point que le Conseil général accorda à son auteur, pour le récompenser de son esprit d'entreprise, un octroi de terre d’un mille de long. De là certaines présomptions qui tendraient à établir le fait que la tour de Newport, appelée mon moulin de pierre par le gouverneur Arnoid, aurait été construite avant l’arrivée des colons, que ce dernier en serait devenu l'acquéreur et l'aurait transformée en un mouiin à vent.

C’est pourquoi M. George C. Channing, dans ses Zarly Recollections of Newport, dit : The very style and grace of this structure preclude the idea that it could have been erected upon almost a barren waste merely to grind the Indian corn ; c'est-à-dire : “ Le style même et la grâce de cette construction font rejeter l’idée qu’elle aurait pu être érigée, dans un pays presque inculte, à seule fin d'y moudre du maïs” M. Lossing croit pareillement que la construction de ce qui est maintenant appelé le Vieux Moulin était antérieure à l'immigration anglaise, et il rapporte que les Indiens, questionnés à ce sujet, par M. Caddington et autres premiers colons, ne connaissaient rien de son origine.

Ce qui est également vrai, c'est qu'il ne faut regarder ni les Indiens qui habitaient la Nouvelle-Angleterre il y a deux cents ans, ni les Mound-Builders, ni les constructeurs de pueblos, pas plus que les Aztèques ou les Incas, comme les auteurs du monument de Newport, en admettant même qu'ils auraient habité autrefois cette partie des Etats-Unis.

Enfin, M. Rafn, secrétaire de la société des Antiquaires du Nord, dont l'opinion s'impose en pareille matière, est d'avis que cet édifice fut érigé par les Scaadinaves, lors de leur séjour en Amérique. Il a démontré que la partie de la Nouvelle-Angleterre comprise dans les Etats actuels du Massachusetts et du Rhode-Ilsland, fut découverte à la fin du Xe siècle par ces derniers, et qu’ils fondèrent une colonie au commencement de Xfe siècle dans les environs du Rhode-Island, comme on le verra plus loin. Cette théorie, d'ailleurs, est aujourd’hui acceptée par presque tous les antiquaires. On admettra que si la présence des Scandinaves dans le Rhode-Island, au XIe siècle, ne justifie pas absolument la prétention aw’ils construisirent la tour de Newport, du moins elle tend à démontrer qu'ils en furent les constructeurs probables.

Les antiquaires du Nord ont établi que cette tour de Newport présente un mode d'architecture semblable à ce qu'ils appellent antigothique, mode fort répandu au nord et à l’ouest de l’Europe entre le VIITe et le XITe siècles.

Vers l'époque de l'établissement des Ncandinaves au Vinland, le christianisme était prêché dans toute la Scandinavie et ses colonies. Un évêque du Groenland, Erick Upsi, vint en l'an 1121 résider en Améri:* au milieu des nouveaux colons.

Or, durant plusieurs s'ecles après le triomphe de la religion sous Constantin, il fut d'usage de construire, p':s des églises, des édifices spacieux appelés b»ptistères, où l'on baptisait, avant de les :dmettre dans l’église, ceux qui se faisaient eñrétiens. Il existe encore quelques-uns Ge ces édifices dans diverses parties de l'Europe, à Ravenne, à Florence, à Parme, à Pise, de même que dans les pays septentrionaux. Au Groenland, on en a trouvé un à Igalikko, situé à trois cents pieds, et un autre, à Kakortoka, à quatre cent quarante pieds de l’église. Ils présentaient tous deux la même architecture que la

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tour du Rhode-Island ; et M. Rafn les considère des baptistères d'autrefois ; c’est ce que tendent à démontrer l’histoire et l'archéologie.

Cette opinion des antiquaires du Nord est aussi partagée par des autorités en matière d'art et d'archéologie, comme MM. Boisserte, Klenze, Thiersch et Kallenback, qui, jugeant le vieux monument de Newport d'après des dessins qu’on leur avait envoyés d'Amérique, ont déclaré que cet édifice était une ruine d’un baptistère, tel qu'il était d'usage d’en construire dans la première partie du moyen âge’. |

Les tours du Groenland décrites par M. Rafn étaient aussi de: baptistères. Généralement il n’y avait qu'un seul baptistère par diocèse”. Celui de Newport est le seul que l'on ait trouvé; il devait suflire aux besoins d’une colonie qui, peu considérable, était probablement comprise dans un seul diocèse. Si l’on n'a trouvé aucun vestige d'église ou de chapelle dans les environs, c'est que, sans doute, et suivant en cela l’usage qui s’est perpétué jusqu'à nos jours dans certaines parties des pays d’origine scandinave, on construisait en bois les édifices publics, et même les églises ; mais on apportait plus de soin dans l'édification du baptistère, monument principal du diocèse et attribut exclusif du siège épiscopal.

On voit donc par ce qui précède que ceux qui veulent soutenir que la rotonde de Newport fut élevée par le gouverneur Arnold sont incapables d'en fournir la preuve ; leurs assertions sont gratuites; tout repose sur une conjecture ; aucun document quelconque n'en établit la certitude.

Si les défenseurs de l'antiquité du monument ne peuvent pas non plus produire une preuve positive à l'appui de leur opinion, du moins leur langage comporte un raisonnement logique et vraisemblable.

LE Roc DE DIGHTON

Les anciens peuples du Norû prenaient un soin particulier de tracer des inscriptions, ou d'ériger des monuments, afin de perpétuer le souvenir de leur passage dans les pays qu'ils parcouraient. Ainsi, étant en Grèce, ils gravent leurs caractères runiques sur les murs du Pirée, Il n'y a pas encore bien longtemps qu'on découvrait aux Orcades des inscriptions runiques remarquables, contenant le récit des voyages qu'y firent les Scandinaves, du Xe au XIIe siècles. Toute la côte occidentale du Groenland jusqu’à l'ile Kingiktorseok, par 72° 55’ de latitude nord est parsemée de stèles commémoratives.

Nous ne dirons rien des inscriptions en caractères inconnus trouvées cà et là sur le territoire des Etats-Unis ; leur étude jusqu'à présent a donné lieu à des interprétations trop diverses et d’une nature trop étrangère à notre sujet pour que nous nous en occupions ici. Nous ne nous arrêterons qu'à l'examen du Roc de Dighton, situé sur la rive droite de la rivière Taunton, dans le comté de Bristol, Etat du Massachusetts, dont l'inscription, dans l'opinion d'un grand nombre de savants, est d’origine scandinave.

l Pre-Columbian Discon :y of America, p. 29, vol, VI, Chambers Papers for the People. ? M. l'abbé Martigny, Dictionnaire des Antiquités chrétiennes. ? Geoffroy, Histoire des Peuples scandinares. Gravier, L'Amérique découverte par les Normands au Xe siècle, p. 170.

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Cette inscription, remarquée pour la première fois en 1680, est gravée sur un bloc erratique de gneiss ou granit secondaire présentant une forme pyramidale, et mesurant treize pieds de base sur cinq pieds un pouce de hauteur. Aux Etats-Unis on le désigne généralement sous le nom de Dighton Writing Rock, parce que c'est de Dighton qu'on vient habituellement le visiter. Les agents atmosphériques et l'action de la mer qui, comme une amie fidèle, le recouvre de ses flots deux fois par jour, ont nécessairement modifié sa surface; de sorte que les caractères que l'on découvre sur le côté regardant la rivière ont perdu de leur fraicheur primitive.

On en a tiré des empreintes à différentes époques. Les incisions, larges d'un demipouce, varient d’un simple aflleurement à un tiers de pouce de profondeur, et tout porte à croire qu'elles n’ont pu être faites qu'avec un instrument de fer.

Pendant un grand nombre d'années, de 1680 à 1880, cette inscription, qui a exercé la sagacité des savants, a été tour à tour attribuée aux Phéniciens, aux Scythes et aux Romains ; quelques-uns mêmes, croyant que ces caractères étaient plutôt hiéroglyphiques qu'alphabétiques, les attribuaient aux Chinois et aux Japonais. Warden, qui fit une étude particulière de cette inscription, avoue “qu'il est diflicile de découvrir dans ces étranges figures triangulaires, et ces têtes humaines, des caractères phéniciens ou des preuves de l'origine des peuples d'Amérique.”

M. Thomas Web' ne croit pas que ces caractères puissent être l’œuvre des Indiens.

“On sait, dit-il, qu'on ne trouve nulle part dans notre vaste domaine, d'inscriptions lapidaires consacrant un souvenir historique des Indiens.”

D'ailleurs, dès 1680, lors de la découverte, M. Danforth, faisant un dessin du Roc de Dighton, entendit de vieux Indiens lui raconter que, suivant une ancienne tradition, ‘une maison de bois (wooden house) aurait apporté des hommes qui naviguèrent sur la rivière Assonnet et combattirent ave: succès contre les indigènes.” Preuve évidente, ajoute Issac Grenwood, que les vieux Indiens considéraient comme très antique l'inscription du Roc de Dighton, et qu'ils l’attribuaient à des hommes de race étrangère *.

Palfrey* ignorait donc ces faits lorsqu'il écrivait en 1859, tout en admettant que ces caractères, vu leur profondeur, semblaient avoir été tracés au moyen d’un instrument en fer “qu'il n’y a aucune 1reuve démontrant qu’ils furent tracés à une date antérieure à celle où les Anglais fournissaient abondamment du fer aux Indigènes.” D'où il conclut qu'on fait bien de ne plus s'en occuper, et que “c’est en vain qu'on en a torturé le sens pour en tirer le témoignage qu’:lle est l’œuvre d'hommes civilisés.” (1t has been tortured altogelher in vain for a confession that it is the work of civilized men.)

M. Wintrope, de Cambridge, Etat du Massachusetts, écrivait, entre autres choses, en 1774, au sujet de ce fameux roc qu'il avait vu trente ans auparavant, qu'il ne pouvait

- dire “si les Indiens avaient tracé ces caractères pour rappeler un événement mémorable

ou pour s'amuser, sans autre but que de passer quelques-unes de ces heures de loisir qu'ils avaient en si grand nombre, mais qu'il était bien certain toutefois que ce travail était bien antérieur à l'arrivée des Anglais dans le pays.”

Cette affirmation vaut pour le moins celle de M. Palfrey attribuant aux indigènes l'exécution de ce travail, après l’arrivée des Anglais dans le pays, avec du fer que ces derniers leur auraient fourni. M. Palfrey a vu l'inscription, dit-il, en 1859, et il était

Thomas Web, apud Rafn, Ant. Amer. * Congrès des Amér. Nancy, 1875.

% History of New England. vol. 1, pp. 56 et 5

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plus difficile à cette date-là de juger de son ancienneté qu'en 1744, époque de la visite de M. Wintrope!.

D'ailleurs, M. Palfrey base son opinion sur la singulière expérience que fit M. Schoolcraft, qui plaça deux croquis de l'inscription entre les mains d'un chef algonquin ; ve dernier, sans en connaitre la provenance, déclara que les signes qu'on lui montrait, à l'exception de quelques figures près du centre qui lui étaient étrangères, commémoraient le combat de deux tribus. Cette épreuve, suivant nous, ne comporte pas un caractère assez sérieux pour qu'on puisse en tirer une conclusion semblable à celle que déduit M. Schoolcraft, et qui sert d'autorité à M. Palfrey. En effet, il est très naturel de croire que ce chef indien, en voyant les caractères étranges, les figures t'iangulaires, les têtes humaines que comporte cette inscription, n'ait pu penser à autre chose qu'à un combat entre deux tribus indiennes. Le contraire aurait lieu de nous étonner. M. Palfrey appelle cela “le mot probable de l'énigme, de son origine et de sa signification ” (fhe probable clue to its origin and meaning).

S'il est vrai que l'inscription du Roc de Dighton remonte à une plus haute antiquité que celle de l'établissement de la Nouvelle-Angleterre par les Anglais, il est donc puéril de considérer les Indiens comme les auteurs probables de ce travail, pour la simple raison que, ignorant l'usage du fer, ils étaient dans l'impossibilité de graver sur le granit des caractères comme ceux du roc de la rivière Taunton ; ce n’est pas avec des os, des arêtes de poisson et des pierres grossièrement taillées, leurs seuls outils, qu'ils pouvaient accomplir ce travail.

Je passerai sous silence les étranges hypothèses de Mathieu, qui attribuait l’œuvre du Roc de Dighton aux Atlantes ; de Gibelin et du révérend Erza Stiles, qui lui donnaient une origine phénicienne ; de Moreau de Dommartin, qui découvrait dans le mont. nt

de la rivier. aunton un fragment de la sphère céleste orientale. Quoique ces hommes fussent ioute de bonne foi, il est trop évident que l'amour du merveilleux joue ici le rôle pin L.. Dans la recherche de la vérité sur un fait de ce genre, il faut éviter

avec soin tout écart de l'imagination. On est toujours ‘plus près de la vérité lorsqu'on s’en tient, à défaut de preuves indiscutables, aux raisonnements les plus vraisemblables,. Or, les anciens ne nous ont transmis aucun récit faisant positivement mention de voyages accomplis par les Phéniciens et autres peuples de l'antiquité en Amérique. Mais ce n’est pas la même chose pour les Scandinaves. Personnene met en doute qu’ils aient connu et visité les côtes américaines dès le Xe siècle ; s’il y a quelques divergences d'opinions à ce sujet, ce n'est qu'à l'égard de l’endroit où ils séjournèrent et qu'ils appelérent Finland.

En ces dermers temps cependant, la société Historique du Rhode-fsland a fait une étude plus complète du Roc de Dighton. De leur côté, deux savants danois, MM. Christian Rafn et Finn Magnusen, versés dans la connaissance des antiquités scandinaves, ayant fait du Roc de Dighton un examen approfondi, ont reconnu aisément que l'inscription était runique, genre d'écriture dont se servaient les anciens peuples du Nord, et que les combinaisons de figures qu'on y remarque se rapportaient aux aventures de Thortinn Karlsefn dans ces lieux. La découverte de la saga de Thorfinn, que l'on croyait perdue,

! Ethmological Researches, I, 112 et suiv. IV, 119 et suiv., Comp, S, F. Haven, Archæology of the United States, p. 133, dans les Smithsonian Contributions to Knorrledge, VTT.

est venue à point, depuis, pour confirmer cette interprétation. ‘ En appliquant, dit … Gravier, aux figures de l'inscription les faits racontés dans la sugu, on obtient une solution rationnelle, sans torturer le texte ni les figures du dessin. db: Eu effet, ce manuscrit nous apprend que Thorfinn Karlsefn, dont les avcêtres avaient sig été illustres dans les pays scandinaves, vint en 1006, trafiquer au Groenland. Bien accueilli Feb par Leif, il épousa en 1007 Gudride, veuve de Thorstein, fils d'Erick le Rouge. Au prin- Le temps de cette même année, il s'embarqua avec cent soixante hommes d'équipage pour le A Vinland, c'est-à-dire ces mêmes contrées que Leif, autre fils d'Erick le Rouge, avait déjà découvertes. Le bras du Gulf Stream, qui suit les côtes occidentales, le porta d’abord dans le détroit de Davis; puis il fat ramené au sud par le courant polaire des côtes du à 6 Labrador, Continuant sa route, il vit le Helluland (Terre-Neuve), le Markland (Nouvelle- doi Ecosse), le cap Kjalarnes (Cod), et s'engagea dans le Straumfjord (Buzzard's Bay), où il Th prit terre et construisit des habitations.

Au printemps de 1008, Thorfinn se dirigea vers l’ouest avec cent trente et un hommes, dans le but de découvrir les maisons que Leif avait fait élever, lors de sa découverte de 2e l'Amérique, Quelques jours auparavant, un de ses compagnons nommé Thorhall, suivi da de neuf hommes, l'avait abandonné. En emmenant avec lui cent trente et un hommes, dé il en laissait donc vingt dans le Straumfjord pour garder les bâtiments qu'il y avait fait Re ériger *. qu

Thorfinn prit terre, d'après les indications de la saga, sur la rive orientale de la rivière Taunton, dans un endroit qu'il nomma Hop, mot islandais qui signifie rivages d’une petite baie. Il entra en relation avec les indigènes qu’il nomma Skrellings, et dont la description répondrait plutôt aux Esquimaux qu'aux Indiens que nos pères connurent plus tard. Dans l'automne de cette même année, Gudride le rendit père d’un fils qui reçut le nom de Snorre. Un jour que les Skrellings étaient répandus autour du camp, un taureau, sortant tout à coup du bois, se précipite en mugissant au milieu des Esquimaux, qui, tout effrayés, se sauvèrent en emportant leurs marchandises. Ce déplorable incident excita la défiance des indigènes, au point qu'il s'ensuivit un combat où Thorfinn perdit deux hommes.

Ne se croyant plus en sûreté, il résolut de retourner dans sa patrie; mais avant de quitter définitivement cette partie du pays, il voulut y perpétuer le souvenir de son

passage par un monument, et ce fut alors qu'il fit graver l'inscription du roc de la rivière Taunton.

Nous allons voir maintenant s'ilest vrai que le Dighton Writing Rock, comme lappellent les Américains, fait allusion à ces circonstances.

“A la gauche du lecteur, dit M. (Gravier , le nombre vingt est exprimé en chitfres romains. C’est la mention des vingt hommes dont Magnusen ne parle pas, et qui moururent ou restèrent dans le Straumfjord..….

“Vers le centre de l'inscription, on lit distinetement, également en chiffres romains, CXXXI, nombre exact des compagnons de Thorfinn. A côté se trouvent deux lettres : l'N latino-sothiques et le rune madr. Leur valeur épigraphique est Nord et Homme.

! Découverte de l'Amérique par les Normands au Xe siècle. ? Congrès des Américanistes, Nancy, 1875, vol. I. # Découverte de l'Amérique par les Normands au Xe siècle, p. 95.

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Si l'on ajoute au nombre CXXXI l'équivalent ce ces deux lettres, on a: CXXXI hommes du Nord.

“Vient ensuite la lettre latino-gothique M, abréviation de nam, auquel les Islandais anciens et modernes ajoutent ordinairement le préfixe land, Land-nam, dit Magnusen, signifie : soit “occupation du pays ou territoire,” soit “terre occupée” ou “terre tombée au pouvoir du découvreur ou premier occupant.” Le mot OR qui suit, ajoute le même auteur, marque la prise de possession, l'occupation. Nam or signifie donc: “ Territoire occupée par nous ” (Terriloria a nobis occupata), où même : ‘ Nos colonies ” (Coloniæ nostra).

“ Au-dessous de MO vient le mot ORFINZ.

‘Après avoir discuté toutes les lettres de ce mot, Rafn y ajoute le fhuu qui se trouve à gauche du lecteur, ce qui donne TORFINZ. Cette partie de l'inscription phonétique doit donc se lire comme suit: CXXXI hommes du Nord ont occupé ce pays avec Thorfinn.

“Quant aux figures cryptographiques, il est difficile d'en saisir le sens exact, ainsi que l'avoue le savant Magnusen. On y voit cependant assez distinctement une femme et un petit enfant accompagné du rune SOL (knésol), première lettre du nom de Snorre, dans lesquels on reconnait aisément Gudrida et son fils. On y voit aussi deux personnages qui semblent combattre un animal qui court ; les personnages peuvent être Thorfinn et Snorre Thorbrandson ; l'animal est le taureau dont la sortie eut de si fâcheuses conséquences.

“ En tout cas, ajoute M. Gravier, le Roc de Dighton a révélé une partie assez notable de son secret pour qu'on ne puisse plus mettre en doute la présence, sur la rivière Taunton, tout au commencement du XIe siècle, de Thorfinn Karlsefn et des Ncandinaves.”

Verra-t-où un simple jeu de la nature, s'écrie M. Madier de Montjau, un caprice du hasard dans ces lettres, ces chiffres et ces figures qui cadrent si parfaitement avec Îles indications des sagas ? Nous ne le pensons pas. Nous croyons fermement, au contraire, que si le Dighton Rock garde encore une partie de son secret, il nous apprend au moins, d'une manière certaine, que, tout au commencement du XIe siècle, les Ncandinaves ont planté leurs tentes en Amérique, sur les rives de ja rivière Tauuton."”

“Cette inscription n'est certainement pas due aux Peaux-Rouges, dit M. Nadaillac (L'Amérique préhistorique). On connait bien d'eux quelques rares représentations d'hommes ou d'animaux ; mais ils n'ont jamais connu l'emploi de signes pouvant représenter des mots. L'explication la plus plausible est d'attribuer leur origine aux premiers navigateurs scandinaves, et, si l'on veut, à leur chef Thortinn, dont on a prétendu lire le nom.”

I'est diflicile de croire aussi que cette inscription puisse être ‘ l'œuvre des Indiens des temps historiques !;” ceux qui l'ont vue les premiers affirment qu'elle est bien antérieure à l'établissement des Anglais aux Etats-Unis, et que, dès cette époque, les Indiens eux-mêmes non seulement ne s'en reconnaissaient pas les auteurs maïs l'attribuaient à des hommes d’une race étrangère. On ne peut pas dire non plis que “les archéologues les plus en vue semblent partager cette dernière opinion *” puisiae, au contraire, des archéologues les plus éminents, des véritables savants comme les antiquaires danois Rafn et Magnusen, juges naturels et des plus compétents en une question de ce genre, ont

! Congrès des Américanistes, Nancy, 1875, vol, I. * Justin Winsor, — Narralive and Critical History of America, vol. 1, p. 104.

déclaré que cette inscription du Roc de Dighton était en caractères runiques et l'œuvre des anciens Ncandinaves.

Toute discussion sur ce sujet, suivant nous, se résume à ceci :

Etant donné que l'inscription du Roc de Dighton était en caractères runiques, il est évident qu'il fallait, pour l’interpréter, quelqu'un qui fût versé dans la connaissance des antiquités scandinaves, et, surtout, bien au fait de cet ancien genre d'écriture. Or, MM. Rafn et Magnussen, qui étaient on ne peut mieux au fait sous ces rapports, ont déclaré que cette inscription est d’origne scandinave, et qu'elle rappelle le passage de Thorfinn et de ses compagnons à cet endroit. Croirons-nous que les deux illustres antiquaires danois

aur * voulu, pour donner à leurs ancêtres une gloire non méritée, risquer leur répu- ' de savants et d'auteurs véridiques, et se rendre coupables d’imposture en falsifiant e ‘ texfs Une telle pensée ferait injure à la mémoire de ces deux hommes distingués.

Janiel Wilson, traitant cette même question d'interprétation du Roc de Dighton les antiquaires danois semble le faire avec une pointe d’ironie dont il est difhicile de se rendre compte. |

Lui DÉCOUVERTE D'UN TOMBEAU SCANDINAVE SUR LES BORDS DE LA RIVIÈRE POTOMAU.

Voici une troisième preuve archéologique de la présence des Scandinaves sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre, à l'époque qui nous occupe : celle de la découverte d'un tombeau scandinave sur les bords de la rivière Potomac. Cette découverte eut lieu dans les circonstances suivantes :

En 1862 Philippe Marsh trouva eu Islande, près de l’église de Skaholt, un manuscrit latin portant la date de 1117. Ce manuscrit raconte les voyages des [Islandais au Vinland. Il parle de leurs combats avec les Skrellings ou Esquimaux, et surtout d'une expédition tentée par un nommé Hervador, qui partit du Vinland dans la direction du sud.

Hervador navigua dans la baie de Cheseapeak, et s'engagea dans le Potomac. Arrivé à environ deux milles au-dessous des chutes de cette rivière, appelée Hvidsoerk dans la saga, et à douze milles et demi de l’endroit où s'élève maintenant Washington, Hervador fut attaqué par des indigènes et une des femmes de l'expédition, nommée Syasi, fut mortellement atteinte d’une flèche. Elle fut inhumée sur le lieu même du combat, sous une voûte formée par le rocher d'Arrow-Head. Sir Thomas Murray traduisit ce document en anglais, et précise l'itinéraire d'IHervador.

Eh bier, ce qui prouve d’une manière incontestable la bonne foi et l'authenticité de ces relations de voyages, c'est que celle-c1, pour n’en citer qu’un exemple, indique d'une manière si précise l'endroit du pays où ces événements se sont passés, que le savant Raflinson, le géologue Lequereux, le professeur Brand, de Washington, et le docteur Boyce, de Boston, n'eurent qu'à suivre ces indications pour retrouver le tombeau de Nyasi. Le 28 juin 1867, ils trouvèrent à l'endroit indiqué dans la saga et précisé par sir Thomas Murray, une inscription qui avait été protégée par la voûte que forme le rocher, et par le voisinage d'un antique sapin.

! Daniel Wilson, lrehistoric Man.

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Elle fut ainsi traduite par M. Raffinson : “Ici repose Syasi la blonde, de l'Islande orientale, veuve de Kjoldre, sœur de Thorgr, par son père, âgée de vingt-cinq ans; que Dieu lui fasse grâce” Cette inscription porte la date de 1051. Les caractères étaient gravés sur six lignes, en runes navock d'une hauteur de trois pouces, et atteignant parfois une profondeur d’un huitième de pouce.

En fouillant le sol, ils trouvèrent des ossements, quelques objets de toilette, et deux pièces de monnaie du Bas-Empire. ‘“ Cette dernière découverte, dit M. Gaffarel (Rapports de l'Amérique), ne doit pas nous surprendre. Les travaux de M. Rafn (Antiquités russes et ortentales d'après les monuments historiques des Islandais el des Scandinaves) ont surabondament prouvé les rapports des anciens peuples du Nord avec les Bysantins, au service desquels ils s'enrolaient sous le nom de Varègues.”

Tous les objets trouvés dans ce tombeau sont aujourd’hui déposés à Washington, au musée du Smithsonian Institute !,

Voilà, il me semble, une preuve archéologique bien tangible de la présence des Scandinaves en Amérique.

Comment se fait-il que M. Justin Winsor, dans l'ouvrage remarquable qu'il vient de publier, ne mentionne pas ce fait’? Ce n’est pourtant pas une légende, une histoire qui se perd dans la nuit des temps ; il y a assez de témoins pour attester l'authenticité de cette découverte, et ces hommes ne sont pas des mythes, mais bien des contemporains.

Une espèce de solennité a présidé, j'oserais dire, à cette découverte ; l'extraordinaire de la circonstance en valait bien la peine. Quatre hommes, bien connus et distingués par leur savoir, s'assemblent, se consultent et partent, un livre à la main, à la recherche d’un endroit où il est dit que huit siècles auparavant, dans un combat qui eut lieu entre des Scandinaves et des indigènes, une femme perdit la vie et fut enterrée à l'endroit témoin de ses derniers moments. Le succès couronne leurs recherches ; ils trouvent en effet, à l'endroit présumé et précisé par sir Thomas Murray, le traducteur de la saga, non pas sans doute un cadavre intact, mais quelques ossements qui tombent en poussière, et, ce qui est mieux encore, une inscription indiquant le nom de la personne inhumée, son origine, la date de sa mort, etc.

Il existe donc, contrairement à l'opinion de certains auteurs américains, des preuves archéologiques constatant la présence des Scandinaves sur notre continent.

Il faut admettre que la Tour de Newport n'offre pas le caractère d’une certitude archéologique. Mais toutes les probabilités sont qu'elle a été érigée il y a huit cents ans par les Scandinaves pour servir de baptistère: c’est ce que l'archéologie et les récits des sagas tendent à établir. Ceux qui veulent n'y voir que l’œuvre du gouverneur Arnold

Voir Le Tour du Monde, No 23, citant un article de l’Union de Washington.

* M. Justin Winsor, président de l'American Historical Association, et remplissant les fonctions de conservateur à la bibliothèque de l’université d'Harvard, vient de terminer la publication d’un ouvrage de grand mérite intitulé : Narrative and Critical History of America, 8 vols. C’est l'ouvrage le plus complet que nous ayons sur l’histoire générale de l'Amérique. Le premier volume est consacré aux temps préhistoriques. M. Winsor traite aussi de l’histoire du Canada, des Etats-Unis, de l'Amérique Centrale, du Mexique et des Indes Occidentales. Cette œuvre est précieuse en ce sens surtont que le lecteur est mis au courant de la plupart des recherches et des travaux qui 86 sont accomplis depuis quatre siècles touchant l'histoire de notre continent. Chaque chapitre est suivi d'une étude critique sur les sources des renseignements qui v onttrait. Toutefois, il est bon de remarquer que cet ouvrage a été fait en collaboration, et que chaque écrivain, quel que soit son mérite, doit nécessairement porter la responsabilité de ses assertions, qui peuvent bien, dans certains cas, n'être pas l'écho d’une opinion généralement reçue.

Sec. I, 1890. 7.

50 ALPHONSE GAGNON ne s'appuient que sur une simple supposition ; ils ne peuvent fournir aucune preuve sérieuse.

L'inscription du Roc de Dighton ne peut être attribuée à d’autres qu'aux Scandinaves ; les Indiens ne possédaient pas les ivstruments voulus pour graver de tels caractères ; elle n’a pu être faite par les Indiens des temps historiques avec des instruments en fer fourni par les Anglais, puisque, aux premiers temps de la colonie, elle accusait déjà un cachet d'antiquité, et que les Indiens eux-mêmes en attribuaient l'origine à des hommes “qui naviguèrent autrefois sur la rivière Assonnet dans une maison de bois ; ” enfin, son interprétation, au lieu d’avoir été lortured in vain, n’a présenté aucune difficulté aux savants antiquaires danois, qui ont de suite reconnu que les caractères de cette inscriL.ion étaient runiques, et qu'ils commémoraient le passage des Scandinaves à cet endroit. Depuis, les relations des sagas n'ont fait que confirmer la déclaration des antiquaires danois.

Dans une question de ce genre, il ne suffit pas de dire que telle chose est ou n’est pas ; il faut fournir des preuves, et dire pourquoi l’on admet ou l’on rejette telle hypothèse.

Enfin, si tout concourt à prouver que l'inscription du Roc de Dighton est l’œuvre des hardis navigateurs qui visitèrent ces parages il y a huit siècles, il n’y a pas de mal à admettre qu’elle est bien plutôt l'œuvre des Scandinaves que des Indiens; et en cela nous serons bien plus près de la vérité que certains auteurs américains qui traitent d’enthousiastes ceux qui soutiennent cette opinion, et qui déclarent que des raisonnements comme ceux-là sont maintenant rejetés.

Quant à la découverte du tombeau scandinave sur les bords du Potomac, elle comporte une preuve archéologique indiscutable ; il serait puéril de nous étendre davantage sur le sujet.

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