LES SAGAS CARACTÈRE ET AUTHENTICITÉ DES ANNALES ISLANDAISES
Quant aux manuscrits originaux des voyages des NScandinaves dans l'Amérique du Nord, ils furent publiés pour la première fois en 1837 à Copenhague, en langue danoise et en latin. Ces relations, appelées sagas, furent écrites et conservées en Islande, point de départ des expéditions au Groenland et en Amérique. C’est dans cette précieuse collection qu'il faut maintenant chercher la trace la plus authentique de l’histoire des anciens peuples du Nord.
La race Scandinave était une race guerrière et aventureuse, et c'était une douce jouissance pour ces hommes d'autrefois de raconter et d'entendre raconter les exploits des héros et les faits mémorables de leur histoire. Aussi, quand un bâtiment arrivait en Islande, si complètement séparée du reste de l'Europe, les Islandais, avides de nouvelles, se pressaient autour des voyageurs et écoutaient avec ravissement le récit de leurs voyages. ‘ls apprenaient ainsi les événements qui se passaient en Suède, au Danemark et en Norvège, de même que les voyages accomplis dans les contrées situées à l’ouest de leur
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ile. Ces récits, répétés le soir à la veillée, se conservèrent vivaces dans la mémoire du peuple jusque vers le XITe siècle, alors qu'on s’occupa de les consigner par écrit.
La saga est donc un récit basé sur une tradition orale, ayant une forme précise, déterminée par le récit oral, et conservé aussi par écrit. Le style en est simple, claire, précis, et la saga elle-même ne contient que des faits. “L'auteur, dit M. Marmier, qui en a fait sur les lieux une étude particulière, raconte sans s'émouvoir et sans se permettre une seule digression. Les actions héroïques s’enchainent l'une à l’autre, les faits les plus étranges se succèdent, et il continue tranquillement son récit. Dans aucun pays on ne trouverait, ajoute-t-il, une série d'histoires populaires comparables aux sagas islandaises !.
“ De fait, écrit M. Reclus, pendant nombre de siècles, les Islandais furent peut-être les gens les plus civilisés de l'Europe ; tous ceux qui se réfugièrent en Islande étaient des chefs de la Scandinavie qui donnèrent à la mère patrie l'impulsion du mouvement littéraire.” Nous pourrions ajouter que non seulement ils étaient les plus instruits, mais encore les plus hardis et Les plus entreprenants de tous les peuples de cette époque.
Les annales islandaïises ne sont donc pas des récits imaginaires, mais bien des documents authentiques et dont on ne peut suspecter la bonne foi.
“L'authenticité des manuscrits d'où sont tirés ces récits, dit à son tour M Daniel Wilson”, ne laisse pas le moindre doute: et les narrations de quelques-uns d’entre eux sont si simples, si naturelles et si dépourvues de quoi que ce soit d’extravagant et d’improbable, que leur certitude morale et leur sincérité sont dignes de haute considération.”
On s'accorde à reconnaître que les sagas racontant les découvertes et l'établissement des contrées nouvelles par les Scandinaves furent mises par écrit au commencement du XIIIe siècle. Quelques-unes cependant portent des dates antérieures ; on a même assigné à l’une d'elles la date de 1120 ; pour d’antres, celle du milieu et de la fin de ce siècle.
À cette époque la langue nordike ou scandinave avait atteint sa perfection.
On a raison de croire, dit le célèbre antiquaire danois, M. Charles Christian Rafn, dans son Mémoire sur la découverte de l'Amérique au Xe siècle, que ces premières sagas furent composées par Thorlak Runofson, évêque de Scalholt, qui fut aussi l’auteur du plus ancien code ecclésiastique d'Islande, publié en 1123. Thorlak Runofson, né en 1085, avait pour mère Halfride, fille de Snorre, lequel, comme nous avons déjà eu occasion de le mentionner, naquit en Amérique.
Cela est tout à fait vraisemblable ; les liens d’une étroite parenté unissaient cet évêque à la famille Snorre, et il est bien naturel qu'il ait recueilli avec un soin particulier le récit des événements dont il était presque contemporain, et qui le touchaient de si près. La saga trouvée en 1863 dans les environs de l’église de Scalholt, racontant l'expédition de ce nommé Hervador dont nous avons déjà parlé, fut sans doute composée par ce même personnage, qui avait sa résidence à Ncalholt,
Jusque vers le XIVe siècle, les traditions orales furent fidèlement conservées et transcrites de même, avec simplicité et bonne foi. A cette époque le goût changea ; un esprit
! Un jour, raconte M. Marmier, ia fille d’un pêcheur, qui avait coutume de venir, chaque semaine, nous apporter des oiseaux de meret du poisson, entra dans ma chambre et me trouva occupé à étudier la saga de Nial. “Ah!
je connais ce livre, me dit-elle, je l'ai lu plusieurs fois quand j'étais enfant.” Et, à l’inst Île n’en indiqua les plus beaux passages, Je voudrais bien savoir, ajoute M. Marmier, où nous trouverions, en France, une fille de
pêcheur connaissant la Chronique de Saint-Denis.” ? Daniel Wilson, Prehistoric Man.
Da
nouveau, importé des régions méridionales, pénétra jusque dans la solitaire Islande. Pour plaire, il fallut que l'imagination embeilit les récits, exalta les héros; on était alors au plus beau temps de la chevalerie en Europe.
En 1831, Crosmus Rask comptait huit manuscrits dans lesquels le nom de Vinland ei des voyages y accomplis étaient mentionnés; mais M. Rafn en comptait dix-huit en
De son côté, Adam de Brême, dans son Historia Ecclesiastica (1073), parlant de la propagation du christianisme dans les pays septentrionaux, rapporte que le roi du Danemark lui avait dit que ses sujets avaient découvert une contrée à l’ouest appelée Vinland.
Sur la fin du XIVe siècle on réunit en un recueil le Codex Flatoyensis, ces récits de voyages. C’est dans ce recueil que l’on trouve la saga d'Olaf, fils de Tryggve, racontant les expéditions de Leif Ericson, qui découvrit le Vinland (!’ Amérique). Ce même recueil contient aussi la saga d'Erick le Rouge. Celle de Thorfinn Karlsefn lui attribue l’exploration des contrées déjà vues par Biarne, tout en laissant à Leif le mérite d'avoir découvert le Vinland. Cette dernière renferme des traits particuliers et qui servent à mieux caractériser la nature et la situation de ces contrées,
Les sagas de Biarn, Leif, Thorfinn et quelques autres ont un sens suffisamment clair, précis et vraisemblable pour être acceptées comme historiques. Elles ne se contredisent nullement ; les dates qu'elles fournissent concordent entre elles, et le tont est en parfaite harmonie avec le caractère bien connu des Scandinaves.
Un des hommes qui ont le mieux fait connaitre la littérature des sugas est l'évêque danois Müller, dans sa Bibliothèque des sagas. (3 vols., Copenhague, 1817-1820.)