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CHAPITRE PREMIER

Rien de plus obscur que l'histoire du scepticisme à partir du moment où la nouvelle Académie ayant cessé d'exister, on vit renaître une école qui prit le nom de pyrrhonienne. C'est à peine si, pour une période d'environ deux cents ans, nous pouvons savoir quelles furent les doctrines des plus illustres sceptiques. Le scepticisme est comme un fleuve qui s'enfonce sous la terre pour ne revenir à la lumière que fort loin de l'endroit où il a disparu.

Nous avons bien une liste de philosophes sceptiques, mais elle est trop courte pour le long espace de temps qu'elle doit remplir. 11 faut qu'il y ait une lacune dans la succession des philosophes sceptiques. Où est cette lacune ? C'est un premier problème qu'il faut essayer de résoudre.

En outre, on admet généralement qu'à partir du moment où le pyrrhonisme reparaît sous son propre nom, l'école sceptique forme un tout, où il n'y a lieu d'introduire aucune subdivision. Le nouveau scepticisme, pour la plupart des historiens, comprend sans distinction tous les philosophes qui se succédèrent depuis Ptolémée jusqu'à Sextus Empiricus. On croit que leur doctrine s'est développée régulièrement, sans modification notable : en particulier, on tient pour acquis que l'union du scepticisme avec la médecine empirique, incontestable depuis Ménodote jus-

qu'à Sextus, a commencé beaucoup plus tôt, et que la plupart des sceptiques, sinon tous, ont été en même temps des médecins.

Nous essaierons au contraire d'établir qu'il y a lieu de distinguer deux périodes, qui se succèdent sans doute sans interruption dans le -temps, mais diffèrent par le caractère des doctrines. Dans la première, le scepticisme est surtout dialectique. Dans la seconde, il devient empirique, fait alliance avec la secte médicale qui porte ie même nom , et sans rien abandonner des arguments précédemment invoqués, en ajoute de nouveaux, et les anime d'un tout autre esprit. C'est l'examen et la comparaison des doctrines qui justifiera celte distinction. Dans le présent chapitre, en passant en revue la suite des philosophes sceptiques, nous montrerons qu'il n'y a historiquement aucune raison sérieuse de considérer les philosophes sceptiques de notre première période comme ayant été des médecins, on comme ayant aucune affinité avec l'empirisme.

I. Un texte de Diogène 1 fort important au point de vue qui nous occupe renferme la liste des philosophes sceptiques. c^Timon, à ce que dit Ménodote, n'eut pas de successeur. Sa secte finit avec lui, pour être relevée ensuite par Ptolémée de Gyrène. Mais Hippobotus et Sotion disent qu'il eut pour disciples Dioscoride de Chypre, Nicolochus de Rhodes, Euphranor de Séleucie, et Praylus de Troade. . • Euphranor eut pour disciple Eubulus d'Alexandrie, et Eubulus fut le maître de Ptolémée: Sarpédon et Héraclide écoutèrent Ptolémée. A Héraclide succéda jEnésidème de Gnosse; à iEnésidème, Zeuxippe de Polis; à Zeuxippe, Zeuxis surnommé le Bancal; à Zeuxis, Antiochus de Laodicée sur le Lycus ; à Antiochus, Ménodote de Nicomédie, médecin empirique, et Théodas de Laodicée. A Ménodote succéda Hérodote de Tarse, fils d'Aricé; à Hérodote, Sextus Empiricus. auteur de dix livres sur h scepticisme, et d'autres ouvrages

c» IX, 116.

excellents; à Sextus succéda Saturninus Cythénas, empirique comme lui. »

Un calcul très simple prouve que cette liste est incomplète, ou qu'il s'est trouvé une période pendant laquelle l'école sceptique a tessé d'être représentée. En effet, Timon, on l'a vu, parait avoir vécu jusqu'en a35 av. J.-C. On fixe à peu près .unanimement la date de l'apparition de Sextus Empiricus à l'an 180 ap. J.-C. Entre ces deux points extrêmes, il s'est écoulé Ai5 ans; et pour remplir cet intervalle, nous avons douze noms : encore faut-il remarquer que plusieurs philosophes, Sarpédon et Héraclide, Ménodote et Théodas, ont reçu les* leçons d'un même maître, ce qui exclut l'idée de douze générations successives. Y eut-il douze chefs de l'école sceptique, il faudrait assigner à chacun une durée de près de trente-cinq ans, ce qui est sans exemple, et inadmissible.

On n'a pas de raison de croire que Diogène ou les auteurs dont il s'inspire aient omis aucun nom. Au contraire, deux textes précis nous disent qu'il y a eu une lacune dans l'enseignement sceptique : celui de Diogène, qu'on vient de lire, et un autre non moins formel, d'Aristoclès (l) .

Reste à savoir ou est cette lacune.

On admet généralement quelle s'est produite soit après Timon, soit après Eubulus. La première opinion a pour elle l'assertion formelle de Ménodote, qui, étant un des représentants les plus illustres de l'école sceptique, devait en bien connaître l'histoire. La seconde se fonde sur un calcul encore fort ;îraple. iEnésidème a vécu, suivant la plupart des historiens, au commencement de notre ère, ou au plus tôt, suivant une opilion défendue avec beaucoup d'ardeur par Haas (2) , vers l'an 60 iv. J.-C. En prenant pour point de départ cette date extrême,

f° Ap. Etueb., Prœp. ev., XIV, xriu, 99 : Mnitvàt imolpaÇimoç wiréh, es ti nêè fyévopjo Ta isapéxav, èyflks xai xtpùhtP h ÀXe£sy£pc/$ ri) xar* Ktywflov isnjat3jjfi6e in àva{(û*vptïv ijpÇaio ràp ÛÔXop roikop.

f> De phUotoph. iceptic. succeuionibus , Diœ. inaug., p. i3. Wurtxbourg, Slu- »r, 1875.

on voit que Ptolémée n'est séparé d'/Enésidème que par Sarpédon et Héraclide, qui furent tous deux ses disciples. On va aussi loin que possible en admettant avec Haas qu'il vécut vers 1 5o- 1 3 av. J.-C. Mais d'autre part, Eubulus n'est séparé de Timon que par deux générations : il ne peut guère avoir dépassé l'an 1 35 av. J.-C. 11 est donc impossible que Ptolémée ait été, comme le dit Diogène, disciple d'Eubulus. Remarquons d'ailleurs que Diogène parle en son nom, et cesse, en nommant le disciple d'Eubulus, d'invoquer les témoignages de Ménodote ou de Sotion. Il y a donc eu, avant Ptolémée, une éclipse de l'école sceptique.

Ce calcul, en ce qu'il a d'essentiel, n'est contesté par personne. Cependant, Haas s'est ici séparé de l'opinion commune des historiens. Il y a bien une lacune suivant lui; mais elle s'est produite après jEnésidème. Quant à la période qui nous occupe, il estime que le scepticisme n'a pas disparu, mais qu'il a cessé seulement de porter un nom distinct, et qu'il s'est confondu avec la. nouvelle Académie. Bien que Timon ait eu des mots durs pour Arcésilas (l) , il aurait fini par s'entendre avec lui. et Arcésilas serait son véritable continuateur. Les sceptiques auraient fraternisé avec les nouveaux académiciens et fait cause commune avec eux contre les stoïciens. Ce n'est que plus tard, quand Carnéade introduisit dans la doctrine des modifications qui en altéraient la pureté, que Ptolémée de Cyrène aurait dénoncé l'alliance , et recommencé à faire bande à part.

Cette interprétation, ingénieuse jusqu'à la subtilité, ne nous satisfait pas. Que ce soit pour une raison ou pour une autre, il demeure acquis que l'école sceptique a cessé pendant un temps d'avoir une existence distincte. H faut appeler les choses par leur nom , et cela s'appelle une éclipse. Nous aurons d'ailleurs l'occasion d'examiner les rapports du pyrrhonisme et de la nouvelle Académie, et de voir si à aucune époque, ils ont été aussi étroits que le croit Haas. Enfin un des maîtres de la secte nous

w Diog., IX, ii/i, n5.

dit en propres termes qu'il y a eu interruption M. Nous nous en tenons à ce témoignage formel.

II. (Test seulement à partir de Ptolémée que les philosophes sceptiques se succèdent sans interruption. Dans ce long espace de temps, nous croyons qu'il faut distinguer deux périodes : Tune, comprenant les sceptiques depuis Ptolémée jusqu'à Ménodote; l'autre, s'étendant de Ménodote à Saturninus. Examinons, en réservant iEnésidème, qui sera l'objet d'une étude particulière, ce que nous savons des philosophes de la première de ces périodes , et recherchons en particulier s'il y a de bonnes raisons de croire, comme on le dit souvent, qu'ils aient été des médecins. Mais auparavant, il conviendra de dire quelques mots des prétendus successeurs de Timon, d'après Hippobotus et Sotion.

Nous ne savons rien de Dioscoride de Chypre, de Nicolochus de Rhodes, d'Euphranor de Séleucie. De Praylus, Diogène nous dit seulement qu'il montra une telle énergie que, quoique innocent, il se laissa mettre en croix par ses concitoyens sans daigner leur adresser une parole. Eubulus est aussi tout à fait inconnu.

Il en est de même du rénovateur du scepticisme, Ptolémée de Gyrène : la date de sa vie, ne peut, on l'a vu ci-dessus, être fixée qu'indirectement, dans son rapport à celle d'^Enésidème, qui soulève elle-même de graves difficultés.

Des deux disciples de Ptolémée, l'un, Sarpédon, est tout à fait inconnu. Sur le second, Héraclide, on croit avoir quelques renseignements qu'il importe d'examiner de près. On connaît plusieurs Héraclide qui furent médecins : l'un d'eux n'est-il pas en même temps le philosophe sceptique dont iEnésidème reçut les leçons?

(,) L'interprétation que donne Haas (p. 11) du mot de Ménodote itéXtvev 1j dyaoy^ semble inadmissible. Nulle part on ne voit que les sceptiques eussent une manière particulière de vivre (vitœ raûone$ et inttttuta). Cf. Zeiler, Die Philo*. $er Griechen, vol. IV, p. 483, a.

Galien nous parie d'abord d'un Héraclide qui fut commentateur d'Hippocrate fl) f médecin empirique (2) , et auteur d'un ouvrage intitulé : Uepï ziis êftmipixys alpéatcjs^. En outre, il cite à plusieurs reprises Héraclide de Tarente, commentateur d'Hippocrate^, disciple de l'hérophiléen Mantias (5) , mais qui plus tard se rallia à la secte empirique. Évidemment ces deux Héraclide n'en font qu'un.

Il y en a un autre, appelé, par Galien et Strabon (61 , Héraclide d'Erythrée, dont on nous dit qu'il fut disciple de Chry senne (r \ et hérophîléen : il avait commenté, non plus, comme le précédent, toutes les œuvres d'Hippocrate, mais seulement les Epidémies M.

L'un de ces deux Héraclide est-il Héraclide le sceptique?

On est bien tenté de dire que le sceptique et l'empirique de Tarente sont le même personnage quand on songe aux liens étroits qui ont uni le scepticisme et l'empirisme. C'est le parti qu'a pris Haas (9) sans hésiter. Mais c'est une question de savoir si ces liens existaient déjà à l'époque dont nous parlons. D'ailleurs la chronologie oppose un obstacle insurmontable. Les historiens de la médecine assignent à Héraclide de Tarente une date bien

<*> In Hipp. demed.offic.,1, vol. XVIII, b, p. 63t. Edit. Kuhn, Lipria», i833. In Hipp. de hum. procm., vol. XVI, p. 1.

« De ther.meth., II, 7, vol. X, p. 1 Aa. In Hipp.apKor., VII, 70, vol. X VIII, a, p. 187. Suhfig. Emp., p. 66, s o.

< 3 > De Ub. propr., 9, vol. XIX, p. 38.

«> In Hipp. de hum., I, au, vol. XVI, p. 196.

W De comp. med. $ee. loc., VI, 9, vol. XII, p. 989 : ECfpoi* 3' èp psrà tous *a-

Xeuaùt Marr/çt xai ÔpaxAe/fy t£ Tapavilptp mXtttf* Çdppax* ytypap^èva UoXv

S 1 ht toùtop dpanépa 6 ÙpaxXelèrts xal 6 ïtèéoxako* aCrov Mamieu. kXXâ Hawrks lUv, âe ê£ iptff fr ÛpoÇlXetot oârv x<ù iiépetvep &xjpt mdrros. ô & Ûpaxïeihf évï ri)p tu» ipvetptx&p tatpSp ayuyiiv ixéxptpsv, larcpàs épurios xd %x 4X*a ris re^vfts ytyovàx xa\ tsXelolwv Çappdxup ipmttpoe.

<•> Geogr., XIV, p. 645.

< 7 > Galen., De diff. puU. t IV, 10, vol. VIII, p. 7*3. In Hipp. epUL, X, vol. XVII, a, p. 608 (où il faut lire sans doute ÈpaxXtlSov au Keu de flpaxXstou). Ar$ Med., vol. I, p. 3o5.

« In Hipp. epid., I, vol. XVII, a, p. 79 3.

<»> Op. cit., p. 67. Philippin, De Philod. Ubro m. oytulw (Berlin, 1875) fait aussi d'Héraclide un contemporain de Zenon l'épicurien.

antérieure : il aurait vécu de a5o à aao, suivant Daremberg (1) , et Sprengel (2) place vers 376 la date de Mantias, qui fut certainement le maître d'Héraclide. En admettant que cette date soit trop éloignée, puisque Cœlius Aurelianus (3) appelle Héraclide eorum (mjnriœrum) posterior atque omnium probabilior, toujours est-il que d'après un autre texte de Celse (4 \ il a dû précéder d'un temps appréciable l'époque d'Âsclépiade, qui vécut vers 100-80 av. J.-C. Il n'a donc pu être le maître cTiEnésidème, même si on admet que ce philosophe a vécu vers 60 av. J.-C. Gomme le fait observer Zeller (5) , ce n'est qu'en torturant le texte que Haas a pu l'accommoder à sa thèse (6) .

Si notre sceptique n'est pas Héraclide de Tarante, peut-il être Héraclide d'Erythrée? Zeller, sans se prononcer, incline vers cette opinion : il ne voit pas du moins d'obstacle dans les dates. Il nous semble pourtant qu'il y en a un, et tout & fait infranchissable.

(| ) Histoire des science» médicales, eh. vin, p. 167 (Paris, J.-B. Baillière, 1870).

M Versuch einer pragmatischen Geschichte der Arzneikunde, chronohgische Uebereicht (Halle, Gebraner, 1800.)

<*> De morb. acut., 1, 17.

< 4 > De Medic., proœm., v, 3. Edit. Daremberg. (Lipsiœ, Teubner, 1859.) «Ejus autem, qua? victu morbos carat, longe clarissimi auctores etiam altius quœdam agitare oonati, reram quoque nature sibi cognitionem vindicaveruot, tanquam sine ea Irnnca et debilis medicina esset Post quos, Serapion primus omnium nihil banc rationalem disciplina m pertinere ad medicinam professus, in usu tantum et experimentis eara posuit. Qnem Apollonius et Glaucias et aliquanto post Heraclides Tarentinus et aliqui non médiocres viri secuti, ex ipsa professione se empiricos appeilaverunt. Sic in duas partes ea quoque, quœ victu curât, medicina divisa est, aliis rationalem artem, aliis usum tantum sibi vindicantibus, nullo vero quicquam post eos, qui supra comprehensi sunt, agitante nui quod acceperat, donec Asdepiades medendi rationem ex magna parte mutavit.»

« Op. cit., LV, p. 3, 1.

O II entend que les mots post eos qui supra comprehensi sunt désignent, non pas les médecins qu'on vient de nommer, mais en général les clarissimi auctores antérieurs à Serapion. De cette manière, entre Héraclide et Asclépiade il pourrait ne pas y avoir d'intervalle appréciable. D'ailleurs un passage de Galien doit lever tous les doutes, De comp. medic. sec. loc., VI, 9, vol. XII, p. 989, cité ci-dessus, p. a3a. L'expression voXù tovtuv avarias* ÈpaxXetàys xaï 6 itidaxaXos aùrov Mapjias, après une énumération où est compris Asclépiade, semble décisive.

Il est bien vrai que Strabon (1) dit formellement qu'Héraclide d'Erythrée, l'hérophiléen, fut son contemporain. Mais d'autre part les historiens de la médecine assignent à Héraclide d'Erythrée une date beaucoup plus ancienne : Sprengel (2) le fait vivre vers ao& av. J.-C, et Daremberg (3) voit en lui un contemporain d'Héraclide de Tarente. Entre ces deux dates, la fin du m* siècle av. J.-C. et la fin du i", l'écart est considérable. Il faut, ou que les historiens de la médecine se soient gravement trompas, ou que, suivant l'hypothèse de Daremberg w , il y ait eu deux Héraclide, également hérophiléens, et tous deux d'Erythrée.

Quels arguments les historiens de la médecine apportent-ils? Daremberg invoque le passage où Galien (5) les cite ensemble : cette raison n'est pas décisive, la ressemblance des noms suffisant à expliquer ce rapprochement. Mais ailleurs (6) , Galien cite Héraclide d'Erythrée parmi ceux qui ont les premiers commenté Hippocrate. Il suit d'ordinaire très exactement l'ordre des temps : or Héraclide d'Erythrée est placé entre Zeuxis de Tarente , très ancien, comme nous le démontrerons plus loin, et Baccheius et Glaucias, qui le sont encore davantage. Enfin, chose décisive. Héraclide d'Erythrée nous est donné comme le disciple de Ghryserme (7) : nous avons peu de renseignements sur ce médecin, mais on s'accorde à le placer au ni c siècle (8) av. J.-C.

Il ne reste donc plus qu'à se rallier à l'hypothèse de Daremberg, si invraisemblable qu elle paraisse d'abord. Il y a eu deux Héra-

f 1 ) Geogr., XIV, p. 665 : Êx Tfr atofc <w6Xea* (Êptfpa) wù xaf 4pâfe ftpax\zlh\s ÛpoÇtteiof latpàt ava^oXacHif ktoXXapiov rov Mvd*.

<*> Op. cit., Chrorwhg. Ueber$icht. Cf. p. 597.

« Op. cit., p. 167.

» Ibid.

« In Hipp. epid., X, vol. XVII, a, p. 608 : Tàç ty tipaxUiov (se. HpaxAei èov) 7ov Tapawtvov te xad rov ÈpvOpaiov yeypawUvat dxoèslÇetç, . . .

C> In Hipp. epid. t 1, vol. XVII, a, p. 793 : T£jr tgpérwf iÇityrurapé*** 16 fkSXtov, iv oh xai Zev&s i&liv 6 TapatnTpot xcû 6 ÈpvQpaïoç ftpaxXetôip xtà «rpè aôrShi Bax%e7os te xal TXavxlas.

« De diff.puh., IV, 10, vol. VIII, p..743.

W a3o av. J.-C. suivant Sprengel (l. c); 970-360 soivanl Daremberg (/. r.).

clide d'Erythrée, hérophiléens tous deux, et si l'un d'eux a été le maître d'iEnésidème, c'est le contemporain de Strabon.

Cette qualité d'hérophiléen n'est pas un obstacle, comme le dît Zeller. Si la plupart des sceptiques sont empiriques, ils ne le sont pas tous, témoin Sextus Empiricus (1) , qui fut peut-être méthodique , et Hérodote. Sprengel (2) remarque d'ailleurs que beaucoup d'hérophiléens avaient adopté les principes empiriques (3) .

Si on pouvait établir avec certitude que le maître d'ifinésidème a été Héraclide d'Erythrée, contemporain de Strabon, un argument décisif serait acquis pour résoudre le problème si difficile de la date d'^Enésidème. Mais, on vient de le voir, la certitude fait entièrement défaut. Rien ne prouve que le maître d'iEnésidème ait été un médecin, et il n'y a peut-être ici qu'une homonymie fortuite. Le nom d'Héraclide était fort commun chez les Grecs. Pauly w en cite jusqu'à neuf qui ont obtenu quelque célébrité. L'unique raison qui provoque ces rapprochements, c'est que beaucoup de sceptiques ont été en même temps médet cins : mais ce n'est qu'à partir de Ménodote qu'on est en droit y * ^ de considérer le mariage entre le scepticisme et l'empirisme comme consommé. Dans l'énumération qu'il nous a laissée, Diogène, en nommant Ménodote, ajoute qu'il était empirique : que signifierait cette mention, si ses prédécesseurs l'avaient été aussi? Il est plus plausible d'admettre qu'il fut le premier. C'est peut-être une illusion historique de transporter aux premiers ce qui ne nous est affirmé que des derniers. /Enésidème ne nous est présenté nulle part comme un médecin : pourquoi son

M Voy. ci-dessous, p. a 36, 1.

» Op. cit., p. 595.

& Il est vrai que cette remarque ne parait guère pouvoir s'appliquer à Héradide d'Erythrée. (Galien, Ars med., vol. I, p. 3o5.) Ajoutons qu'en exprimant cette opinion, Sprengel s'appuie sur l'exemple de Zeuxis, & la fois hérophilécn et empirique; et c'est un point où certainement il se trompe. Voy. ci-dessous, p. 336.

< 4 > Rsal-Encyclopâdie der clauischen Allerthumtwisêeruchaft. Stuttgart, Metzler, 18/1/1.

maître l'aurait-il été? On peut être sceptique sans être méde- / cin, et médecin, même empirique, sans être sceptique. Ni historiquement, ni logiquement, le scepticisme ne dérive de l'empirisme, et l'empirisme ne dérive pas non plus du scepticisme (1) . Les deux doctrines ont dû se développer parallèlement : ce n'est que sur le tard qu'elles se sont aperçues de leurs affinités, et se sont unies. Nous montrerons même que, pour des raisons de pure doctrine, le scepticisme d'iEnésidème doit être distingué de celui des médecins. Aussi, conclurions-nous volontiers qu'Héraclide le sceptique n'est ni de Tarente, ni d'Erythrée. C'est un personnage dont on ne sait que le nom, à la manière de Sarpédon et de Zeuxippe ; et tous nos efforts pour le tirer de son obscurité sont parfaitement vains.

J iEnésidème succéda & Héraclide. Nous reviendrons plus loin sur ce philosophe, le plus grand nom peut-être de l'école sceptique.

Il eut pour successeur Zeuxippe de Polis (2) , dont nous ne savons rien , et qui fut lui-même remplacé par Zeuxis. Diogène {i) nous apprend que ce philosophe avait connu iEnésidème et composé un livre : Uspï Zvftûv XSycov. Ce titre donne à penser que, comme bien d'autres sceptiques, il exposait le pour et le contre sur divers sujets, de manière h conclure à Yisosthénie, c'est-à-dire à l'égale valeur des thèses contradictoires, et par suite à l'impossibilité de rien affirmer.

Au sujet de Zeuxis, une question se pose, analogue à celle que nous avons rencontrée à propos d'Héraclide. On connaît

W Sextus, après avoir déclaré que la doctrine des médecins méthodiques a plus d'affinité avec le scepticisme que la médecine empirique, ajoute que cette affinité même n'a rien d'absolu, et qu'on peut la constater seulement par la comparaison des théories : ce qui semble bien vouloir dire qu'elles se sont produites isolément, en pleine indépendance, et que le rapprochement ne peut avoir lieu qu'après coup. (P. , I , *k 1 : . . . xoà es irpèc cr&yxptmv ixeivtw ovg àv\&ç pijréop èx twtôht xai wr vapavXifaltav tofaoïs TtHfuupoftépotf. )

M Gobet écrit ZetÇivitos ô tgoXirvs au lieu de 6 UoXlryf, faisant ainsi de Zeuxippe un concitoyen d'iEnésidème. On fait observer que, pour que cette leçon fût légitime, il faudrait qu'on pût lire à «oA/tit* aûtoû.

deux Zeuxis, tous deux médecins : l'un empirique M, et commentateur d'Hippocrate (2Î (c est probablement le même qui est appelé Zeuxis deTarente) (3) : l'autre, Zeuxis de Laodicée, hérophiléen, et fondateur de la grande école de médecine hérophiïéenne, établie à Laodicée à l'exemple de l'école érasistratéenne fondée à Smyrne par Icésius (4 >.

Haas (5) affirme 9 et Zeller (A) est porté à croire que Zeuxis le sceptique n'est autre que Zeuxis l'empirique. Mais il y a ici une difficulté qui semble insurmontable. Galien (7) cite Zeuxis parmi ceux qui ont les premiers commenté Hippocrate. D'autre part, le fait que Zeuxis est cité à plusieurs reprises avec Héraclide de Tarente donne lieu de croire qu'il était à peu près du même temps : Daremberg (8) croit même qu'il lui était antérieur. Mais il y a mieux : dans un texte que ni Haas, ni Zeller n'ont cité, Zeuxis est expressément appelé par Galien le plus ancien des empiriques W. Ailleurs, il est dit que les écrits de Zeuxis sont devenus fort rares (10) , ce qui ne s'expliquerait guère s'il avait vécu à la fin du I er siècle après J.-C.

« Galen., In Hipp. aphor. VII, 70, vol. XVIII, a, 187.

W In Hipp. epid., I, vol. XVII, a, p. 6o5, 793. In Hipp. de hum., vol. XVI, p. 1. Knd, I, 96, vol. XVI, p. 196. In Hipp. de med. off., I, vol. XVIII, b, p. 63i.

« Gai., vol. XVII, », p. 793.

« Strab., «gr.,Xn t p.58o.

« Op. cit. , p. 73.

W Op. cit., V, p. A, a.

< 7 > In Hipp. de hum., I, a 4 , vol. XVI, p. 196 : Ô pèv yàp TXauxttu xal tlpaxXtiëns 6 TctfKunîvot , xal ZevÇts, ol «rpârroi fsdvra re ToViBaXcuov avyypéy^tœta èbrynodptvot . . . PoOÇot Se 6 Êpàno* xal £o£fro* ix xSv vtmépvv. Haas cite ce texte ; mais en supposant même que les mots ol vpôhoi servent seulement à opposer Héraclide et Zeuxis aux veéntpot, Rufus d'Éphèse et Sabinus, contemporains de Trajan , on ne voit pas bien comment ce passage autorise Haas à dire, que Zeuxis a vécu jusque vers Tan 100 après J.-C. (Ultra cmteehnum po$t Christum ctnnum vitam non prottdit).

W Op. cit., ch. vin.

M In Hipp. prœd., III, 58, vol. XVI, p. 636 : to&fiot pèv 6 tçiotos Mp Çv- Xdoativ pèv del fseipé\uvo$ ràt noXodat ypa<pàt, èvravSoi èè è*mpœv ZetÇtSt r$ tsaXeurdrCf) ipmuptxip, t$ tU ânavra rà tvxoxpdrovt f£i€A/a ysypatykt ÛTtofiv^fiara. . . .ZevÇte iè, et étpa ètî xal rotrov \tim\Loveùo*i.

f 10 ) In Hipp. epid., X, vol. XVII, a, p. 6o5: MXexratfUp oZv à péXXu XéyeiP vud Zerf&âo* iv t$ TBpéry t«v *lt rè fspoxeifiepov (Zt€\lop faopmpdxuv f xal Hp

Enfin, Érotien (1) place Zeuxis avant Zenon, qui vécut vers

Pour toutes ces raisons (2, 1 nous croyons qu'il faut, avec les historiens de la médecine, assigner à Zeuxis l'empirique une date fort antérieure : Q70-9Û0 d'après Daremberg; par conséquent, il n'a rien de commun avec Zeuxis le sceptique.

Il y aurait moins de difficulté à identifier ce dernier avec Zeuxis de Laodicée, d'autant plus que, suivant la remarque de Zeller (3j , son successeur dans l'école sceptique, Antiochus, était aussi de Laodicée. Zeller objecte que ce Zeuxis était un hérophiléen : mais c'était un hérophiléen, Philinus, qui avait fondé l'empirisme, et nous avons vu que peut-être les hérophiléens et les empiriques avaient fini par s'entendre sur beaucoup de points. Une autre difficulté, signalée encore par Zeller, c'est qu'à ce compte Zeuxis aurait eu deux successeurs : comme philosophe, dans l'école sceptique, d'après Diogène, il aurait été remplacé par Antiochus; comme médecin, dans l'école hérophiléenne, d'après Strabon, Alexandre Philalèthe aurait pris sa place. Peut-être n'est-ce pas là encore une raison décisive. Zeller en invoque une autre, plus grave. Si Zeuxis le sceptique et son successeur médecin, Alexandre Philalèthe, ont été contemporains de Strabon, c'est-à-dire ont vécu vers i5-ao ap. J.-C, son cinquième successeur, d'après la liste de Diogène, Sextus Empi-

tows dp&tvov tàajtep tUaBa «roicfr iv toïs voiofaott dpavéfi-fai tovç ^ovXoyJvous rèr idoplap TCLfjiTiv ypmtat xtpàs ixetvo là fkSXlov, dXX' àreiJà xà xov Zetf&Jo* v*©ftinfpaTa pr\x£ti <rKovâal6(Uva evapllei, ètà tout' jZluaav èftè SieXdeïv avrà rifw dpxllp duo toO Mv^fiovof tBoinadfievov avrils»

<') Glottar. in Hippocr., p. 87. Édit. Franz. Lipsiœ, 1780. K^uipop iè olpa dvayeypaÇévau roùt taepl top Zeû&y, elra Mai Ziftwira. Cf. Gai., vol. XVII, «, p. 619, 6»3.

W L'argument invoqué par Haas (op. ciL, p. 76) pour établir que Zeuxis esl postérieur à Héraclide d'Erythrée, contemporain de Strabon, serait décisif, si U texte de Galicn qu'il invoque (/n Hipp. epid. f VI, 1, vol. XVII, a, p. 793 : Zsi&s . . . ô TapavTÏvos xaâ o ÉpuQpalos tipaxXelèvt xal tapo ati&p Baxxjuot tc xsj TXavxtas) ne se rapportait visiblement au premier Héraclide d'Erythrée, disciple de Chryserme, et beaucoup plus ancien que Slrabon. (Voy. ci-dessus, p. 936.)

( s > Op. cit., vol. V, p. i, n. 5. Haas (p. 74, n. 9) distingue aussi Zeuxis le sceptique de Zeuxis l'hérophiléen.

ricus, qui vécut à la fin du second siècle ap. J.-C, est séparé de lui par un intervalle de près de deux cents ans. Il est impossible d'admettre que chacun des philosophes intermédiaires ait enseigné pendant près de quarante ans, surtout si l'on songe que deux d'entre eux, Ménodote et Théodas, ont connu le même maitre.

11 semble donc également inadmissible que Zeuxis le sceptique se confonde soit avec Zeuxis de Tarente, soit avec Zeuxis de Laodicée. C'est sans doute un troisième personnage, et cette fois encore, comme à propos d'Héraclide, nous remarquerons que s'il y a eu des médecins du nom de Zeuxis, ce n'est une raison ni pour qu'ils aient été sceptiques, ni pour que Zeuxis le sceptique ait été médecin. Il y a eu aussi bien des Zeuxis en Grèce : Pauly en compte jusqu'à six. Renonçons donc à des rapprochements que rien ne justifie suffisamment, et rendons grâces à Dieu qu'il ne se soit pas trouvé dans le cours des âges d'autres médecins portant le même nom qu'un philosophe sceptique. Nous aurions dû faire à leur sujet le même pénible travail que nous ont coûté Héraclide et Zeuxis.

Ântiochus, de Laodicée sur le Lycus (l) , succéda à Zeuxis. Tout ce que nous savons de lui, c'est que, comme Zeuxis et ;Enésidème^, il ne croyait qu'aux phénomènes.

Avec les successeurs d'Antiochus (3î , Ménodote et Théodas,

< l > Strtb., Geogr., XII, fin, 16, p. 358.

« Diog.,IX,io6.

< s > Outre les philosophes compris dans la liste de Diogène, et qui sont seulement les chefs de l'école, il est encore fait mention d'un certain nombre de sceptiques. Numéniu8 est nommé par Diogène (IV, 109) avec Timon, ASnésidème et Nausiphanes. Mais il y a peut-être ici une confusion. (Voir ci-dessus, p. 89.) Mnaséas et Philomélus sont cités par Âristoclès. (Ap. Eus., Prœp. Et., XIV, vi, 5.) Diogène (VII, 3a , 33, 36) parle aussi d'un Gassius, pyrrhonien, qui avait adressé à Zenon de nombreuses critiques. C'est probablement le même dont parle Galien "\( De tubjig. empirica , p. ho. Bonnet, Bonn, 1879), qui proscrivait l'emploi du raisonnement appelé passage du semblable au semblable, et avait écrit un livre entier sur ce sujet. Le fait que Gassius avait traité une telle question, et l'opposition que Galien établit entre lui et Théodas, donnent à penser qu'il vécut à peu près dans le même temps, et qu'il fut contemporain de Ménodote.

Agrippa est aussi, on le verra, un sceptique hors cadre. Il en est de même

commence une nouvelle période dans l'histoire du scepticisme : nous en parlerons plus loin. Il est temps k présent de chercher ce que nous pouvons savoir des doctrines des philosophes que nous avons passés en revue, et surtout du plus illustre d'entre eux, iEnésidème.

d'Apelles, qui avait écrit un livre intitulé Agrippa, et de Théodosius. {Diog., IX, 70. Cf. Suidas, art. Uvppcbret 01 . ) Ce dernier prétendait, dans ses Sommaires *c*ptiquei, que la philosophie sceptique ne doit pas être nommée pyrrhomenne; car si le mouvement de la pensée dans un -sens ou dans l'autre ne peut être compris par nous, nous ne connaissons pas les opinions de Pyrrhon, et par conséquent, nous ne pouvons nous déclarer pyrrhooiens. D'ailleurs Pyrrhon n'avait pas inventé le scepticisme. Peut-être est-ce Théodosius qui voulait compter Homère, les sept sages et Euripide parmi les ancêtres du scepticisme. (Diog., IX, 71.) Il disait aussi qu'on ne doit appeler pyrrhoniens que ceux qui vivent à la manière de Pyrrhoo.

D'après Suidas, Théodosius aurait composé plusieurs ouvrages, entre autres un commentaire du résumé de Théodas, et plusieurs autres, sur des sujets de mathématiques et d'astronomie. Mais comme Suidas lui-même parle d'un autre Théodosius qui avait composé un livre sur le printemps, Haas (p. 79) conjecture avec vraisemblance que Théodosius le sceptique est celui de Tripoli», et qu'il doit être distingué de Théodosius de Bitfaynie (Strabon, Geogr., XII, p. 566), le mathématicien.

Il faut encore compter parmi les sceptiques Dionysius d'Egine, dont le livre, intitulé Aixrvoxflf, a été résumé par Photius (Myriobib., cod., 1 85). Il y traitait cinquante questions de médecine, et chaque fois, à la manière des sceptiques, il opposait les thèses contraires. Par exemple, il montrait d'abord que le désir de boire et de manger avait son siège dans le corps tout entier; puis il établissait qu'il ne résidait que dans l'estomac.

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