‹ Les sceptiques grecsChapitre 20 sur 31 · LES MÉDECINS SCEPTIQUES.- MÉNODOTE ET SEXTUS EMP1RICUS · texte numérisé non relu

LES MÉDECINS SCEPTIQUES.- MÉNODOTE ET SEXTUS EMP1RICUS

Le scepticisme empirique ne diffère pas essentiellement du scepticisme dialectique; il se sert des mêmes arguments et adopte les mêmes formules ; ses représentants sont les fidèles disciples d'iEnésidème et d'Àgrippa. Ils trouvent sans doute de nouveaux arguments, mais ces arguments ne modifient pas le fond de la doctrine : ils sont comme des variations infiniment diversifiées sur un thème déjà connu. Le principal mérite des sceptiques de la dernière période est d'avoir systématisé et coordonné les arguments de leurs devanciers. Rassembler ces éléments épars, en former un tout qui, par sa consistance, par l'union étroite des parties, par la puissance de synthèse qu'il suppose, soit l'égal des systèmes dogmatiques les plus célèbres, et pourtant conclue contre tout dogmatisme : telle paraît avoir été leur ambition.

Toutefois, si, par le fond de leurs idées, les sceptiques empiriques ne se distinguent pas nettement de leurs prédécesseurs, l'esprit dont ils sont animés, le but qu'ils poursuivent, quelquesunes des conclusions auxquelles ils sont conduits, leur assignent, selon nous, une place. à part. C'est pourquoi, contrairement à la plupart des historiens, nous avons distingué le scepticisme empirique et le scepticisme dialectique.

jEnésidème et ses successeurs immédiats n'étaient, croyons-

nous, que des dialecticiens : ils poursuivaient une fin purement négative et ne songeaient qu'à renverser le dogmatisme. La science supprimée, ils ne mettaient rien à sa place, et se contentaient, dans la vie pratique, d'une routine réglée sur l'opinion commune. Les sceptiques de la dernière période sont des médecins : s'ils veulent aussi, et de la même manière, détruire le dogmatisme ou la philosophie, c'est pour la remplacer par l'art, fondé sur l'observation , par la médecine , c'est-à-dire par une sorte de science. Ils sont purement et ouvertement phénoménistes, mais ils ont une méthode et en font même la théorie. Ils combattent le dogmatisme, comme de nos jours les positivistes combattent la métaphysique : à la philosophie ils opposent l'expérience ou l'observation (rrfprjo-if), comme aujourd'hui on oppose la science positive à la métaphysique.

Par suite, il y a lieu de distinguer dans leur doctrine deux parties : l'une négative ou destructive, l'autre positive ou constructive, et cette dernière n'est pas la moins curieuse ni la moins originale. On ne trouve rien de pareil chez les sceptiques de la période précédente. La dialectique n'est plus cultivée on aimée pour elle-même, elle est mise au service de l'empirisme; elle est un instrument qu'on emploie , mais qu'on rejette après s'en être servi, et qu'au fond on méprise.

Nulle part ailleurs, si ce n'est peut-être pendant certaines périodes peu connues de l'épicurisme, on n'a vu éclater dans l'antiquité le débat qui divise aujourd'hui les esprits entre la science positive et la métaphysique. A ce titre, l'histoire du scepticisme empirique est pour nous d'un haut intérêt. Les mêmes questions qui nous passionnent aujourd'hui s'y retrouvent, présentées en des termes différents et vues sous un autre angle.

Avant d'exposer la doctrine sceptique sous la forme définitive que lui a donnée Sextus Empiricus, dont les ouvrages pourraient être appelés la somme de tout le scepticisme, nous devons indiquer ce qu'il nous est possible de savoir des philosophe de cette dernière période.

I. Ménodote, dé Nicomédie, est le premier sceptique qui nous soit donné, en termes formels (1) , comme un médecin empirique. Son contemporain , qui avait été avec lui disciple d'Antiochus, Théodas (2) , de Laodicée, fut aussi certainement un médecin empirique (a) . C'est à partir de ces deux philosophes qu'est définitivement réalisée l'alliance du scepticisme et de la médecine empirique.

Il est bien difficile de fixer la date de ces deux contemporains. Sprengel (4) indique pour Ménodote 81 après J.-C, èl pour Théodas, 117; Daremberg * 5) , pour tous les deux, 90-120. Mais il y a certainement une erreur dans le calcul de Sprengel : Ménodote doit, en effet, avoir survécu à Théodas, puisque, dans la liste de Diogène, que nous avons si souvent citée, nous voyons que c'est à Ménodote que succéda Hérodote. La date indiquée par Daremberg ne semble pas exacte non plus, si l'on songe que Sextus (180-2 1 o) n'est séparé de nos deux philosophes que par une génération. Haas^, en se servant d'un livre de Galien, calcule qu'ils ont dû vivre vers i5o après J.-C. Cette solution semble bien la plus probable.

Nous savons peu de chose sur Théodas. Il avait composé deux ouvrages (7) : 'Etaayûyytf et Ke^aXa«x, assez importants pour que Galien ait écrit contre eux un commentaire (8) . Théodas paraît s'être occupé surtout des divisions de la médecine; il distinguait ^

"> Diog., IX, 116. Pseudo-Galen., hag., 4, vol. XIV, p. 683 : T«* iptetptxfo tspoéalyacLv . . . ped' otit Mrivàâoroe xai Eétjjos, oi xai dxptfâs ixpdrvvap avrlfp. Cf. Sext, P., I, 939 (avec la correction de Fabricius) : . . . Vh\v6ioiov xeà AivntriSriyLOp, oZxoi yàp fidXiala racôv/tt vpoéfflriaav rifç aldaewt (se. (Txevltxrjs).

M Appelé BeuûèSs par Diogène, &eo3as par Galien (De Itbr. propr., IX, vol. XIX, p. 38), Btviâs par Suidas (art. SeoSàatos).

<*> Gai., Ther. meth., II, ni,- vol. X, p. iÛ3.

(4) Versuch einer pragmatùchen Geëchichte der Ârzneikunde, p. 658 (Halle, Gebrauer, 1800).

W Hiit. des science» médicales, p. 160. Paris, Hacbelte, 1870.

w Op. cit., p. 8. Zeller (IV, p. 483, n. <j) place Ménodote dans la deuxième partie du n* siècle après J.-C.

M Gai., De lit>r. propr., IX, vol. XIX, p. 38. Cf. Suidas, loc. cit.

« Ibid.

W Galen., De eubfiguratione empii-ica, p. lu, Édit. Bonnet, Bonn, 1873.

trois parties : tignativa, curativa, sanativa. Il ajoutait que la connaissance médicale s'obtient par l'observation, l'histoire, le passage du semblable au semblable : c'est la doctrine constante de l'empirisme; nous la retrouverons plus loin, avec les corrections que Théodas et surtout Ménodote y ont apportées. Théodas parait être le premier (1) qui se soit servi du mot observation (rrfptiarts) pour désigner ce qu'on appelait jusqu'à lui avro^ia. Il semble aussi qu'il ait eu à cœur de montrer (2) que les empiriques font usage de la raison, et ne se bornent pas à amasser machinalement des observations,

Ménodote avait écrit plusieurs ouvrages; nous savons seulement que l'un d'eux, composé de onze livres, était dédié à Sévérus (3) . II avait aussi réfuté Asclépiade (4Î avec beaucoup de vigueur, h ce qu'il semble, et même de passion, car il se départit de la réserve sceptique, et déclara que les théories de son adversaire étaient certainement fausses (5) . Peut-être avait-il aussi écrit un ouvrage pour recommander l'étude des arts et des sciences (e \ chose qui surprendrait chez un sceptique, si on ne savait que les sceptiques avaient une manière de définir l'art ou la science purement empirique, qu'ils conciliaient ou croyaient concilier avec leurs négations (7 \ Enfin, il nous paraît extrêmement probable que Galien avait sous les yeux un livre de Ménodote (8) , nous ne saurions dire lequel, et qu'il le suivait de très près, lorsqu'il composa le De subfguralione empirica.

Ménodote a été un écrivain assez considérable pour que Galien ait écrit contre lui deux livres (9) . Il le prend à partie avec

(,) Galen,, De tubfyurationê impiric*, 3g.

» Ibid., Ao, 66.

(s > Galen., De tibr, propr, 9 IX, vol. XIX, p. 38.

< A > Galen., De nat. foc., I, ut, vol. II, p. 5s ; Kxtnol rà pi* A<tjcA jt «£!«■ ■ Mnp63orof 6 ifixetptxbf àÇéxtws i&kiyyju . . .

« Galen., Subfig., p. 66.

(6) A en juger par ïe litre de l'ouvrage de Galien (D* 1er. propr. , Joe. cil.) : raXypov wapa<Ppa(rfoC rov Myvo&drov tBporpe%1ix6s "kéyot iwl xàs t^vas*

M Voy. ci- dessous, cb. m.

w Voy. ci-dessous, p. 371.

w De Ubr. propr. , foc. cil.

MÉNODOTE ET SEXTUS EHPIRICUS. 313

vivacité et parait même avoir pour lui peu d'estime (i) . Peut-être ne faut-il pas s'en rapporter trop facilement au témoignage d'un adversaire. Mais, à en croire Galien, Ménodote aurait été un médecin peu recommandable, ne voyant dans la médecine qu'un moyen d'arriver à la richesse ou à la gloire (2) . Ce qui parait certain, c'est qu'il malmenait fort ses adversaires : il avait toujours, dit Galien f3) , l'insulte à la bouche, aboyant comme un chien ou injuriant comme un bouffon. Ces procédés rappellent assez bien la manière de Timon.

Quels qu'aient été les défauts personnels de Ménodote, il a été un puissant esprit; personne, dans l'antiquité, n'a eu un sentiment plus vif de ce que devait être la méthode des sciences de la nature. Nous montrerons plus loin< 4) que c'est lui qui a a donné à la méthode empirique une précision et une rigueur inconnues jusqu'à lui. Ménodote, si nous ne nous trompons, a le premier étroitement uni l'empirisme et le scepticisme, et donné à cette dernière doctrine un sens et une portée toute nouvelle.

A Ménodote succéda Hérodote de Tarse. Fabricius {5) et Zeller< 6 ' croient que cet Hérodote est le médecin du même nom dont Galien (7) parle à plusieurs reprises et qui vécut à Rome (8) . Mais Diogène ne nous dit pas qu'Hérodote le sceptique ait été médecin. S'il l'a été, il appartenait (9) non à la secte empirique, mais à l'école pneumatique, ce qui a un certain intérêt, parce qu'Hérodote a été le maitre de Sextus Empiricus. Le sceptique

W II TappeUe (De ven. tect., IX, vol. XI, p. 377) xcuiàs 6 ILripàèoTos.

<*> De pïac. Hippocr. et Platon., IX, vol. V, p. 751.

<*> Subfig. emp., 63 : «Menodolus, qui nunquam defecit ab injuria et bomolochia advenus medicos , vel manifeste latrans sicut cania, vel simpliciter injuriai» aicut homo qui est in platea, aut vituperans bomolochice, dicens eoa drimymoros, et drimyleones, et deauratos. et multis aliia talibus nominibus nuncupans dogmaticoa qui ante ipsum medicos et philosophos.»

<*> Ch. m.

« Bibloth.grœe., i84.

» Op. cit., p. 6.

" Galen., vol. XIII, 788, 801; XI, 6ao, 63o, 669.

« Galen., vol. VIII, 7 5i.

< 9 > Gai., vol. XI, p. 43a. Voir, sur ce point, Pappenheim, Lebentverhâltmsse d— Sext. Emp,, p. i5, 3o. Berlin, 1875.

empirique avait-il reçu les leçons d'un dogmatique? Peut-être y a-t-il ici une nouvelle confusion de noms. Peut-être aussi Hérodote a-t-il fait accidentellement l'éloge du pneumatisme, comme on verra plus tard que Sextus lui-même a des sympathies pour la secte des méthodiques.

Tout ce que nous savons de ce philosophe, c'est qu'il avait pris plaisir, suivant le procédé habituel des sceptiques, à montrer les contradictions des sens. Ainsi il soutenait que les substances les plus douces comme les plus amères ont le même pouvoir astringent (1) . Il vécut vraisemblablement vers i5o-i8o après L-C.

Nous avons sur son successeur, Sextus Empiricus, ou du moins sur sa doctrine, un peu plus de renseignements. Il faut étudier de près ce personnage, l'un des plus grands noms de l'école sceptique.

II. La biographie de Sextus Empiricus, comme celle d'jEnésidème et (l'Agrippa, est fort peu connue. C'est à peine si nous pouvons fixer avec quelque précision la date de sa vie. Il est cité par Diogène ( " 2) , mais la date de Diogène est aussi sujette à controverse, et parfois on se sert de cette mention de Sextus pour la déterminer. Pourtant on s'accorde assez généralement à le placer vers le milieu du ni* siècle après J.-C, et comme Diogène cite, outre Sextus, son successeur Saturninus, il est clair que notre philosophe Ta précédé au moins d'une génération. On pourrait être tenté de croire , avec Brandis (3) , que Sextus vivait au commencement du ni' siècle ; mais il nous dit lui-même que , de son temps . les stoïciens étaient les principaux adversaires des sceptiques ' 4l ; or, au 111 e siècle, après les Antonins, l'école stoïcienne était en

<*> Gai., De rimpl. medic. temp. etfac., I, 34, roi. XI, p. Ma, 443.

(s) Geschichte der Entwickehmg der griechiëchen PhUoëophie, B* II, p. 909 (Berlin, Reimer, 1866).

(*) P. , 1 , 65 : fiarà tous fufÀtrfa ifffiiv âvriêoÇoUtnas vvv êoypaTtxovs tom <rx* rijs Stoô»..

pleine décadence (1) . Il parait donc qu'il faut faire remonter la date de Sextus à une époque antérieure : il serait alors le contemporain de Galien, qui mourut vers fan aoo.

Une circonstance plaide en faveur de cette hypothèse : c'est qu'il était, au témoignage de Diogène (2) , disciple d'Hérodote, dont Galien parie souvent; il est vrai que c'est, comme l'a remarqué Haas (3) , dans les ouvrages qu'il composa vers la 6n de sa vie. Mais une autre difficulté se présente : comment se fait-il, si Sextus a été le contemporain de Galien, que ce dernier ne l'ait jamais nommé? Il cite pourtant un grand nombre de médecins de son temps, et attaque surtout les empiriques; or, il semble que Sextus ait appartenu, au moins pendant quelque temps, à cette école (4) , et on nous dit même qu'il en fut un des principaux représentants (5) .

On peut toutefois diminuer cette difficulté en admettant, avec Pappenheiin (6) , que Sextus n'a pas eu comme médecin tout l'éclat que lui attribue le pseudo-Galien; aussi bien le livre qu'il avait écrit sur la médecine avait fait peu de bruit, puisqu'il fut perdu de bonne heure, et ne nous est connu que par la mention qu'il en fait lui-même (7) . Il est possible enfin qu'il ne soit devenu chef d'école qu'après la publication des principaux écrits de Galien. On peut donc, malgré la difficulté signalée , fixer la date de ce philosophe au dernier quart du second siècle, entre 180 et 300 ou peut-être 310 après J.-C. (8) .

"> Ritler, Philo: ane., trad. Tiasot, t. IV, p. 193. Cf. Zeller, t. V, p. 8. « IX, 116.

« Op. CiU y p. 78.

(4) Yoy. ci-dessous, p. 317.

<»> Pseudo-Galen., hag., vol. XIV, p. 683 : MWJoto* xcâ VéÇrot oi ua\ dxpt&ût èxpdrvpav atfcifp (se. rifv ifiuttptx^v atptow. . .).

<°) Ltben$verhâltnisêe det Sext. Emp., p. 3 (Berlin, 1875).

f7) Voy. ci-dessous, p. 3a 0.

(B) Les historiens insistent, pour fixer ia date de Sextus, sur ce lait qu'il nomme Je stoïcien Basilides (M., VIII, a 58), qu'on regarde généralement comme un des maîtres de Marc-Aurèle. Mais Zeller a montré qu'il s'agit peut-être ici d'un autre Basilides, compris dans la liste des vingt stoïciens dont un fragment de Diogène, récemment publié par Val. Rose (Hermès, I, p. 370, Berlin, 1866), nous fait

Il est certain que Sextus était un Grec (1) , mais nous ne pouvons savoir ni où il était né, ni où il a enseigné. Divers passages de ses écrits nous indiquent qu'il n'était ni d'Athènes {2) ni d'Alexandrie ; il connaissait pourtant Athènes (5) , peut-être Alexandrie^, et on peut conjecturer qu'il a passé au moins quelque temps à Rome (5) . Tout ce que nous savons de certain, c'est qu'il fut chef de l'école sceptique w et qu'il enseigna au même endroit où son maître avait enseigné {1) .

Le surnom d'Empiricus, sous lequel il est désigné déjà par Diogène, semble indiquer qu'il était médecin de la secte empirique. Lui-même nous dît qu'il était médecin (8) , et un autre témoignage fort précisa le range aussi parmi les empiriques. Enfin nous savons par lui-même (J0) qu'il avait écrit un ou peutêtre deux ouvrages de médecine.

D'autre part, cependant, un passage des Hypotypa*e$l n) indique fi qujj inclinait plutôt vers l'école méthodique. Il reproche à l'empirisme d'affirmer dogmatiquement que les choses invisibles sont

connaître tes noms. Au surplus , quand il serait acquis par là que Sextus est postérieur à Marc-Aurèle, ce fait ne jetterait pas une grande lumière sur l'époque précise de sa vie.

« M. f I, 9/16; P., I, i5a; P., III, an, 916. Gomme l'a montré Fabririos (P. mt.,p. XIX, édit. de 18/11), c'est par erreur que Suidas (art. YâÇto*) l'appelle Lybien. Le même Suidas le confond aussi avec Sextus de Chéronée, neveu <fe Plutarque (Fabric, ibid.).

» M., VIII, iA5.

(4) M., I, ai3; M. t X, i5. On ne peut rien conclure de ces textes, car Sextus prend le nom d'Alexandrie pour exemple, i cause de sa célébrité, comme ailleurs (ibid. y 89) il prend pour exemple un homme habitant Rhodes.

<*> Il connaît les lois romaines (P., i4g, i5a, i56), ce qui, à vrai dire, ne prouve pas grand'chose. Gomme son maître Hérodote avait été un célèbre médecin à Rome (Pseud.-Gal., De puis., IV, xi, vol. VIII, p. 751), peut-être Sextus avait-il aussi résidé dans cette ville.

M Diog., loc. cit.

« P., III, IflO.

« Pseud.-Galen., I$ag. , h , vol. XIV, p. 683.

<"« M., Vil, aoa; tf.,I, 61.

( n > I, s 36 : A iuiwpla êx&lrn mpi T-fc dxaraX^as t&v dfyXwp halÊeGmevtsi. Cf. Jfcf., VIII, 3n 7 .'

MÉNODOTE ET SEXTUS EMPIRIGUS. 317

incompréhensibles. Les méthodiques, en s'attachant uniquement aux phénomènes, sans se préoccuper des choses cachées, soit pour les affirmer, soit pour les nier, s'accordent mieux avec les sceptiques.

Il est vrai que, dans un autre passage (1) , il semble se contredire en affirmant que sceptiques et empiriques sont d'accord pour déclarer que les choses cachées sont incompréhensibles.

Pour résoudre ces difficultés, il n'est pas nécessaire de supposer, avec Pappenheim (2) , qu'il n'y a, dans le second texte de Sextus, qu'une expression maladroite qui trahit sa pensée. Sextus a fort bien pu, sur un point qui n'intéresse après tout que la théorie de la connaissance , modifier les assertions des empiriques, et y apporter plus de réserves, sans cesser pour cela d'être empirique (3) . Nous trouverons dans l'exposition de la doctrine trop de preuves de la fidélité de Sextus à l'empirisme pour pouvoir douter qu'il ait bien mérité son surnom. Il convient d'ailleurs de remarquer ^ que, dans le second texte, il dit simplement que, d'après les empiriques et les sceptiques, les choses, cachées ne sont pas comprises (pi) xaràXafiSdveaOat). C'est un simple fait qu'il constate, ce n'est pas une affirmation dogmatique qu'il soutient. Enfin, il est encore possible, comme l'a pensé Philippson (5) , qu'il se soit exprimé comme il le fait dans IL pad. simplement parce qu'il reproduisait un passage d'un écrivain antérieur.

Nous possédons trois ouvrages de Sextus : les ïlvfâcoveioi faovtmc&aus et, réunis à une époque récente sous le titre de Ilpàs fxaOvfiaTtxovs , deux ouvrages, dirigés l'un contre les sciences en général, l'autre contre les philosophes dogmatiques. Ils forment onze livres, mais vraisemblablement il n'y en avait que dix à

W M., VIII, 191 : 0* piv Qaatp avrà (rà dtôqAa) f«} KonaXapÇdvtaBau Santp ol d*6 Tjfc èfixupiat iarpot xai ol due rne Zxàfrfow fyMeoQot. « Op. cit., n.36.

^ Cf. Zeiler, t. V, p. ho.

W Natorp (p. i56) est du même avis.

<*> Op. cit. , p. 6a.

l'origine; les deux livres Hpà* ymphç** et Hpè* dpt$finrtxoôf, dont l'on est fort court, n'avaient pas encore été séparés* 1 *.

Le premier de ces ouvrages, ainsi que l'indique le titre, est un résumé et comme un bréviaire du scepticisme. Il est divisé en trois livres : le premier définit et justifie directement le scepticisme; les deux autres le justifient indirectement et renferment une réfutation sommaire du dogmatisme.

Dans le Dpè* fjLadnfutrtxoûç , Sextus passe en revue tontes les sciences connues de son temps (ta èyx&nkim (jLaÔtfpjara) et s'efforce de démontrer que toutes leurs affirmations ne reposent sur rien, qn'on peut leur opposer sur chaque point des affirmations contraires et d'égale valeur. Les grammairiens, les rhéteurs, les géomètres, les arithméticiens, les astronomes, les musiciens sont successivement pris à partie dans les six livres dont se compose Fourrage.

C'est aux philosophes qu'est consacrée la troisième œuvre de Sextus : des cinq livres dont elle est formée, la réfutation de? logiciens occupe les deux premiers; celle des physiciens, les deux suivants ; le dernier est dirigé contre les systèmes de morale &\

On est en droit d affirmer que les ouvrages de Sextus ont été composés dans l'ordre suivant ^ : i° les HypoU/poses; a° le livre contre les philosophes ; 3° le livre contre les savants. En effet.

W C'est pour ce motif sans doute que Diogène (IX, 116) dit en partant de Sextus : Off xai rà Sixa tôh axtxlixfo xcù dXXa xdXXiola. Zeller a bien montre, contre Pappenheim (De Sêxti Empirici librorum numéro et ordine, Berlin, Weber. 1876. Cf. Die tropen dergriech. Skept., p. tg, 9 ; Berlin, 188 5) qu'il ne s'agit pa< ici des dix tropes attribués à JSnésidème, et non a Sextus, mais bien de dix foret. Suidas parie aussi des Séxa axtxlixi. Peut-être son témoignage a-t-il un peu plus de valeur que ne lui en attribue Zeller, si, au lieu de considérer Suidas comme un simple copiste de Diogène, on admet, avec Nietzsche ( Rhêin. Mue,, 1860, p. 948;, qu'il a puisé à la même source.

(1) A l'exemple de Zeller, et pour plus de simplicité, nous citerons le* déni ouvrages de Sextus sou* le titre collectif Upàs poSirfMmxofc , sans les distingua autrement que par le numéro des livres.

(3 > Pappenheim (De S. Emp. libr. num. et ordine) croit que le Up. po0. est 1* premier ouvrage de Sextus; il y découvre des traces de jeunesse et un aeeptkùaie moins décidé que dans les autres. Zeller, avec raison, selon nous, combat cette opinion. S'il y a des différences, et si elles ont quelque importance, elles proviennent

MÉNODOTE ET SEXTUS EMPIRIGUS. S19

le second de ces ouvrages est donné par Sextus lui-même (l) comme la continuation du premier. En outre, de nombreux passages disent expressément que les mêmes questions ont déjà été traitées ailleurs et font manifestement allusion aux Hypotyposes®. D'autre part, Sextus, dans le ïlpbe fiaûtipaTtxous, rappelle plusieurs fois (5) les arguments qu'il a dirigés contre les physiciens. Un passage de cet ouvrage (4] semble aussi renvoyer aux Hypoty poses {5) .

Outre ces trois ouvrages , nous trouvons encore dans le texte même de Sextus d'autres titres, tels que AvTtppvTixot , — Ta tarepi <flot)(&icûv , — Jîxsirlixâ vTroppr/para, — 2xôV7pcd£, — Ilepl Tîfc (7x$n1ixi}s dyaryiiç, — ïlvppcoveia. Faut-il y voir des ouvrages distincts des précédents et qui auraient été perdus, ou seule-

ploiot des modèles que Sexlus avait sous les yeux. Philippson (De Philodemi Hbro, p. 61, Berlin, 1881, diss. ioaug.) se prononce pour l'antériorité du Op. Jo/pa- TtMoôf sur les Hypotypotet, par celle raison que, dans ce dernier ouvrage, Sexlus penche vers les méthodiques, tandis que, dans le premier, il est pins favorable aux empiriques (voyez ci-dessus, p. 317). Mais l'argument invoqué par Philippson ne nous semble pas pouvoir être mis en balance avec les preuves décisives qui résultent du texte même de Sextus. Si on admet que Sextus a composé ses ouvrages dans un antre ordre que celui de leur publication et les a corrigés pour renvoyer de l'un à l'autre, on ne voit pas pourquoi il n'aurait pas en même temps effacé dans le Dp. èoyp. les traces de l'empirisme qui avait cessé de lui paraître vrai.

« M., Vil, 29, et P., I, 31 ; M., VU, 345, et P., I, 36; jhf., IX, i 9 5, et P., UI, i3;M., XI, iM,etP.,I, an.

<»> M., 1,35, et IX, io5; M., III, 116, et IX, 179.

» M., I, 33, à P., III, si59. Mais c'est peut-être une allusion à M., XI, s36.

« Non content de rattacher le livre contre les dogmatiques aux Hypotypom, Zeller croit pouvoir ajouter que les Hypotypo$es annoncent le Hp. ïoypar. H y. aurait quelque chose de singulier i renvoyer d'avance à un ouvrage futur. En tout cas, les deux textes cités par Zeller peuvent s'expliquer autrement: 1* Quand Sextus dit (P., I, ai) à propos du critérium de la vérité : llcpi oZ ip r$ dimppirrjjtp Xi&>ti*py Zeller, avec Fabricius, croit qu il fait allusion au passage M. , VU , «9 , où la même question est en effet traitée. Mais n'est-il pas plus naturel de penser qu'il songe au II* livre des Hypo1ypo$es, 16, où il traite aussi le même sujet? La critique du dogmatisme entreprise dès les Hypotypot§$ est appelée aussi dprtppncts (P., II, 17); s* De même le passage P., Il, ai5 : Utpïèè ékov noà pépovt êtaXs&psd* xoJ èv toU Çuatxois <H AcyoptVoif semble annoncer M., IX, 33 1, chapitre intitulé lit pi SXov xaï pépovt. Mais il est possible aussi et plus probable qu'il se rapporte au chapitre des Hypotypo$e$, III, 98.

ment des désignations différentes de ces mêmes ouvrages ? C'est pour ce dernier parti qu'on se prononce après un examen attentif des textes. On retrouve, en effet, soit dans les Hypotyposes, soit dans les deux autres ouvrages, tous les passages auxquels Sextus fait allusion quand il mentionne ces différents titres (,) .

Il y a pourtant des ouvrages de Sextus qui ne sont pas arrivés jusqu'à nous; ce sont : les ïarpixà vm{ivr[(iara&\ identiques sans doute aux Èfineiptxà uxo/WjtxoTa (3) , et le Ugpï 4^X^ (%) *

M Ainsi: i* Arrippirnxof Xàyot (P., I, 91) désigne soit M., VII, 99, soit plutôt P., II, là. — 9° II. oloi^tiav (AT., X, 5), cité à propos de la question da vide, se rapporté à Pi, III, 196, passage compris dans un développement intitulé U. ûhx&v dpxfib; le mot rfagefo» est employé comme équivalent de *p%*9 (P., III, 37). — 3* Les axtvlixà foofififfurra sont nommés trois fois : A. M., I, 99. kXtfBèf &*opov ; on retrouve P. , II, 80, kpvnapxtéf ialiv à dX^Btta, — B. A propos de la démonstration, M., II, 106 : OtftV Mtv èwdètt&s. Cf. P., II, 1A6 : Àri- %apxr6t trftv 4 d*dJti£if. — G. A propos de la voix, M., VI, 5s : T*» $*»*» dvfaupxrov. En corrigeant le texte, comme le fait Pappenheim pour faire droit à une objection de Fabricius, et en lisant : k*6 rif* wp èoypemxifr 6puXias an lira de poptvpfo , on retrouve l'équivalent dans M., VIII, i3i : Ovx dp* i&li» 4 $afo*. — /i° Les axêvl txd sont cités à propos de la notion de corps, M., I, 96; la même chose se retrouve dans P., III, 38 : ixmXr\^ov rd rôpo. Cf. M., IX, 3 5g. — 5* Le IlepJ vif* cxtxltxift dyctyiis, où il est question du critérium (M., VII, 99), semble faire allusion à P., I, 9J. — 6* UvppàvM> où il est question du temps (M., VI, 61), n'est autre que P., III, i36 (Ocpi xjpépw). Cf. M., X, 169. » Dr même, M., VI, 58 renvoie à M., VIII, i3i. Il y a pourtant ici une difficulté signalée par Fabricius (M., VI, 58, h.). Le même ouvrage est encore cité If., I, 989, à propos de la lecture des poètes. Fabricius remarque qu'on ne trouve pas trace, dans les ouvrages de Sextus, du passage auquel il est fait allusion. Pappenheim (op. cit.) croit le trouver dans P., I, 1A7, i5o. Mais il signale lui-même une difficulté qu'il ne surmonte pas. 11 se pourrait que, seuls parmi les ouvrages que nous venons de citer, les Uvppévtta fussent un livre perdu de Sextus. — Remarquons encore qu'en deux endroits des Hyp6typou$ Sextus fait allusion à des développements qu'il a dû donner ailleurs et qu'on ne trouve pas dans les ouvrages qui nous sont parvenus : P. , II , 9 1 9 , à propos de la division : HAan/repo» «V dûJûoit JfoÀt&pcfa, et P. , II, 969, Koi sleaSdtf ètakt&fuda. — Le fait que les questions relatives au syllogisme, à la définition, aux genres et aux espèces ne sont pas traitées dans le II. èoypi. donne à penser que Sextus les avait examinées ailleurs en détail.

(3) M., 1, 61. Pappenheim, qui avait d'abord adopté cette opinion (D* Sert Bmp. libr. mim. et ord.), semble plus tard, et sans dire pourquoi, disposé à rabandonner (LebennerK.Sext.Emp., 19).

Page 1