‹ Les sciences au 18. siecle la physique de VoltaireChapitre 12 sur 94 · I.A PIlVSIQBli DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

I.A PIlVSIQBli DE VOLTAIRE

rail complet de chasse, des armes perfectionnées, un costume de nemrod élégant. Le cheval et la chasse furent bientôt abandonnés, et les journées de Cirey restèrent entièrement consacrées au travail.

Cette existence il la fois calme et remplie a été peinte par madame du Châtelet dans le quatrain suivant, qui resta longtemps gravé au milieu des jardins du château :

Du repos, une douce élude,

Peu de livres, point d'ennuyeux,

Un ami dans la solitude,

Voilà mon sort; il est lieu roux.

Comme Émilie n’était point très-portée à faire des vers, il est bien possible que ceux-lù, quoique mis sous son nom, ne soient pas de sa fabrique ; elle n’avait pas loin à chercher pour trouver un faiseur de quatrains.

Les étrangers qui ont visité Cirey rendent d’ailleurs le même témoignage. Le président Hénault y est venu en 1764 avant de se rendre à Plombières. 11 s’exprime avec enthousiasme dans ses Mémoires sur le bonheur des hôtes du château : « Je les trouvai seuls, dit-il, et un père minime en tiers, grand géomètre et professeur de philosophie à Rome. Si l’on voulait faire un tableau à plaisir d’une retraite délicieuse, l’asile de la paix, de l’union, du calme de l'âme, de l’aménité, des talents, de la réciprocité de l’estime, des attraits cTc la philosophie, joints aux charmes de la poésie, on aurait peint Cirey. Un bâtiment simple et élégant de rez-de-chaussée, des cabinets remplis de mécanique et d'instruments de chimie. Voltaire commençant, continuant, achevant des ouvrages de tous genres n

La solitude — cette solitude dont se plaignait tout «à l’heure madame Denis — n’était pas telle d’ailleurs qu’on n’eût tou-

LA VIL l;E CIUEY.

jours quelque hôte de distinction ; c’étaient à tour de rôle Clairaut, Maupertuis, le Vénitien Algarotti, Bernouilli, La Condamine, Helvétius, le président Hénault, dom Calmet, pour ne mentionner que les plus illustres ; nous ne parlons pas de monsieur du Châtelet, qui venait soigner sa goutte à Circy quand son régiment ne le retenait pas, ni de l’abbé de Breteuil, le frère de la marquise, vicaire général de l’archevéché de Sens, bon vivant, toujours farci de contes drôlatiques qui faisaient pousser des cris effarouchés à Voltaire môme.

Quelle que fût la société réunie à Girey, l’emploi des journées était uniformément réglé. Vers onze heures, on se réunissait pour déjeuner dans la fameuse galerie de Voltaire. Une conversation d’une demi-heure environ suivait le déjeuner; puis Voltaire se levait et faisait une grande révérence aux personnes présentes; on savait ce que cela voulait dire, et chacun se retirait. On ne se réunissait plus que vers les neuf heures du soir, pour le souper. Presque toujours il fallait arracher Voltaire à son écritoire pour l’amener à table, et il n’y arrivait qu’au milieu du repas. Est-il besoin de dire qu’il allumait tout de suite l’esprit des convives, et que sa verve intarissable faisait les frais du souper?

11 y avait des jours pourtant où les habitants de Circy sortaient de ces habitudes régulières : c’étaient les jours de représentation ou de répétition dramatique. Cirey avait son théâtre, une petite galerie de bois légèrement construite, et, quand le vent était à la tragédie, on y jouait quelquefois jusqu’à vingt et vingt-cinq actes de suite ; au besoin, à défaut de tragédies, on y faisait venir les marionnettes, et môme Voltaire ne dédaignait pas d’y montrer la lanterne magique en tirant de son sac pour ces occasions quelques grosses bouffonneries.

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