CHAPITRE II
I secrétaires perpétuels de la compagnie. — L*abbé Duhamel. — Fontenelle. — Dortous de Mniran. — Voltaire, secrétaire perpétuel en projet. — Grandjeau de Fouchy. — Condorcet.
A travers les travaux de nos savants, il nous faut montrer la physionomie propre d’un certain nombre d’académiciens. Traçons à la hâte une petite galerie de médaillons. A côté des hommes célèbres dont la gloire a été consacrée par la postérité, nous aurons à y placer quelques ligures secondaires, oubliées maintenant, mais qui n’ont pas laissé de remplir dans leur temps des rôles de quelque importance.
Voici d’abord la série des secrétaires perpétuels de la compagnie.
Le premier fut Duhamel, un modeste et savant abbé, que Colbert avait choisi à cause de sa belle latinité. Duhamel avait résumé dans un livre un instant célèbre, Philosophia velus et
l’académie et les académiciens.
nova, les opinions philosophiques de toutes les écoles. Sans se piquer d’invention, il savait exposer les idées d’autrui, et sa critique témoigne d’un jugement sûr.
Duhamel eut d’ailleurs la bonne fortune de choisir pour aide et de léguer à l’Académie, pour second secrétaire perpétuel, l’ingénieux et brillant auteur de la Pluralité des mondes.
Fontenelle eut un talent éclectique. 11 passe pour avoir réussi également dans les lettres et dans les sciences. Neveu des deux Corneille par sa mère, il inclina naturellement dans sa jeunesse vers les succès littéraires. 11 fit des tragédies, mais elles furent sifflées. Doué d’un esprit aussi prudent que sagace, il ne força point son naturel, et se tourna du côté de la critique. La célèbre querelle des anciens et des modernes était alors dans toute sa force; Fontenelle, esprit pratique, — utilitaire, comme nous dirions maintenant, — prit parti pour les modernes dans une série de dialogues qui ne laissèrent pas d’avoir une certaine vogue. Mais il trouva surtout sa voie le jour où il publia ses célèbres entretiens sur la Pluralité des mondes. Le succès en fut immense. L'élégant docteur et la belle marquise que Fontenelle mettait en scène parlaient des hautes conceptions ce la science dans une langue claire et facile dont quelques concetti n’altéraient point la précision. Fontenelle comprit qu'il avait un rôle à jouer, une position à prendre, en mettant à la portée des esprits littéraires les grandes vérités de la science. Il s’appliqua donc à les étudier, et suivit le mouvement scientifique de son temps. Mais il s’y prit sur le lard, et chez lui la forme emporta toujours le fond. Nous avons déjà apprécié la valeur de Fontenelle; nous avons dit qu’il ne fut point un savant et qu’il ne prit les sciences que par leur surface. Il était admirablement habile à saisir ce qui pouvait frapper les esprits; mais, sur