‹ Les sciences au XVIIIe siècleChapitre 15 sur 143 · LA MARQUISE DU CHATELET · texte numérisé non relu

LA MARQUISE DU CHATELET

accompagner par M. de Forcalquier et venaient relancer l'auteur de la Henriade dans son logis; on saccageait ses alexandrins, on mettait en déroute ses notes historiques, et l'on faisait des collations avec son vin de Champagne.

Bientôt recommencent pour Voltaire les inquiétudes, les persécutions. Les Lettres sur les Anglais^ qui avaient touché à tant de sujets politiques et philosophiques, offraient assez de prise à ses ennemis pour lui susciter de sérieux embarras. En comparant à chaque instant la société anglaise et la société française, l'auteur avait fait tourner ce parallèle à notre confusion. En vain il avait pris ou cru prendre les précautions nécessaires. Il avait (( égorgé la petite bagatelle de l'immortalité de l'âme, pour ne pas heurter de front nos seigneurs les théologiens , gens qui voient si clairement notre spiritualité qu'ils feraient brûler, s'ils pouvaient, les corps de ceux qui en doutent.» Il avait fait tous ses efforts pour « éclaircir Newton et obscurcir Locke. » Les récriminations de toutes sortes n'en pleuvaient pas moins sur l'auteur des Lettres philosophiques. Il avait pour un temps conjuré le danger en s'engageant envers le cardinal de Fleury et le garde des sceaux à ne pas publier ces lettres en France; mais on en faisait des éditions en Hollande, on en faisait même à Rouen et ailleurs sous la rubrique d'Amsterdam. En vain Voltaire cherchait à dégager sa responsabilité^ tonnait contre les libraires; on le soupçonnait, on l'accusait d'une secrète connivence avec eux, si bien que les Lettres furent enfin condamnées par un arrêt de la grande chambre du parlement et brûlées au pied du grand escalier du palais.

Pendant ces démêlés. Voltaire crut devoir se retirer en lieu sûr. Le marquis du Châtelet, un mari des moins gênants, un vrai mari de la régence, lui offrit un asile en Champagne au

SAIGEY. 2

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château de Cirey, près de Chaumont; c'était une retraite commode, à deux pas de la frontière de Lorraine, et d'où l'on pouvait fuir à la première alerte. Voltaire courut s'y cacher, et madame du Ghâtelet se hâta de Ty rejoindre.

Gircy était fort délabré. 11 fallut d'abord le rendre habitable. Voilà Voltaire changé en architecte, faisant construire des corps de bâtiments, mettant des cheminées où il y avait des escaliers et des escaliers à la place des cheminées, faisant peindre, lambrisser, vernisser, dorer les murs, présidant h. la plantation des jardins, installant les écuries. C'est ainsi qu'il organisa cette résidence de Cirey, où, — sauf quelques excursions à Paris et en Hollande, une visite au prince royal de Prusse et quelques séjours à la cour du roi Stanislas, — il demeura jusqu'en 17^9.

Comme les années passées à Cirey sont celles qui marquent le plus dans la carrière scientifique de Voltaire, comme nous nous proposons d'examiner avec quelques développements les divers travaux qu'il y produisit, on nous pardonnera de donner avant tout et pour n'y plus revenir quelques indications sur les lieux mômes, sur les hôtes du château, sur la vie qu'on y menait. On aura ainsi le cadre où se place plus particulière-, ment la figure de Voltaire physicien.

et On vous attend à Cirey, écrit Voltaire à M. de la Faye, secrétaire du cabinet du roi; venez voir la maison dont j'ai été l'architecte. J'imite Apollon : je garde des troupeaux, je bâtis, je fais des vers, mais je ne suis pas chassé du ciel. Vous verrez sur la porte ;

• îngens incepta est^ fit parvula casa, sed œvum

Degitur hk felix et benC;, magna sat est. »

On pouvait lire encore, il y a quelques années, cette inscri-

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