‹ Les sciences au XVIIIe siècleChapitre 57 sur 143 · LES SECRÉTAIRES PERPÉTUELS · texte numérisé non relu

LES SECRÉTAIRES PERPÉTUELS

beaucoup de points, il n'en savait guère plus que ses lecteurs. Il comprenait tous les systèmes, les exposait avec une grande lucidité et n'y croyait qu'à demi. Il développait à merveille les opinions des autres, sans avoir assez d'autorité pour les juger. I! portait d'ailleurs sa préférence sur celles qui se prêtaient à un exposé brillant, et c'était là une circonstance qui eût été de nature à fausser ses jugements, s'il ne s'était tenu toujours sur la plus extrême réserve. On sait que, s'il eût eu la main pleine de vérités, il eût hésité à l'ouvrir. Quoi qu'il en soit, quand il eut été nommé secrétaire perpétuel de TAcadémie des sciences, il devint pour cette compagnie un brillant historien, ou tout au moins un incomparable nouvelliste. Son Histoire de r Académie, ses Éloges, ont créé un genre de littérature, et l'on peut dire qu'il a fait école.

Fontenelle, né en 1657, ne mourut qu'en 1757, âgé par conséquent de cent ans à peu près. Il n'atteignit un si grand âge qu'en aidant sa bonne constitution par une hygiène intelligente. 11 eut donc soin de diminuer son travail aux approches de la vieillesse, et, dès l'année 1739, il se démit de ses fonctions de secrétaire perpétuel.

Il y fut remplacé par Dortous de Mairan. Nous trouvons en Mairan un exemple de ces célébrités d'un jour qui s'évanouissent devant la postérité. Peu de savants ont eu une carrière plus facile et ont joui de plus d'estime parmi leurs contemporains. L'Académie des sciences, comme si elle ne pouvait faire trop pour le posséder, lui fit un honneur qu'elle n'avait encore fait à personne, et qui fut refusé plus tard aux hommes les plus illustres : elle le nomma d'emblée pensionnaire sans le faire passer par les grades inférieurs d'adjoint ou d'associé. L'Académie française le distingua de son côlé, et

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l'appela dans son sein. Cependant Mairan n'a rien laissé pour ainsi dire, et rien ne justifie à nos yeux les faveurs exceptionnelles dont il fut l'objet. Sans doute son principal mérite consistait dans ces qualités d'entregent qui frappent vivement les contemporains^ mais dont l'histoire perd le souvenir. C'était un homme du Midi (il était de Béziers), et il avait sans doute ce genre de mérite tout extérieur qui s'en va en mousse ou en fumée. 11 ne resta d'ailleurs que trois ans secrétaire perpétuel, et céda sa place en 17^3 à Grandjean de Fouchy.

L'Académie eut en Fouchy, pendant plus de trente ans, un secrétaire diligent et infatigable, activement mêlé aux travaux de ses confrères et attentif à les enregistrer avec un soin jaloux. Il avait des dehors un peu ternes, mais il possédait les qualités solides de son emploi. Comme Duhamel^ qu'il rappelle par plus d'un côté, il eut la modestie de se choisir un adjoint doué des qualités les plus brillantes, et de se donner ainsi un successeur qui devait l'effacer : ce fut Gondorcet, qui, devenu titulaire après avoir été adjoint, conserva les fonctions de secrétaire jusqu'en 1793.

Gondorcet fut préféré à Bailly, dont la candidature était soutenue par une partie de l'Académie. C'est qu'en effet Gondorcet était un géomètre de race. Nourri aux mathématiques, il avait reçu dès la jeunesse cette forte éducation scientifique qui ne se remplace plus tard que par un vernis spécieux. Aucune question ne pouvait avoir pour lui de replis cachés; il était à même de les pénétrer toutes jusqu'au vif. Aussi habile à parler qu'à écrire, il remplit ses fonctions avec 'autant de zèle que d'éloquence. Nous avons déjà parlé de ses éloges académiques, qui ne perdent point à être comparés à ceux de Fontenelle,

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et auxquels Voltaire ne faisait qu'un reproche, c'est qu'on désirerait voir mourir les académiciens pour les entendre louer par une telle bouche. En 1791, Gondorcet, que son ardent amour du bien public avait jeté depuis longtemps dans la politique et qui négligeait un peu l'Académie pour les journaux, fut nommé membre de l'Assemblée législative. Il fit partie ensuite de la Convention; il y vola avec les Girondins et fut entraîné dans leur ruine.

A l'époque où il se sentait absorbé par la vie politique^ Condorcet demanda à l'Académie, comme avait faitGrandjean de Fouchy, un auxiliaire et un adjoint; TAcadémie ne lui donna qu'un suppléant temporaire qu'elle renouvela tous les trois mois. Ce furent successivement Fourcroy, L. de Jussieu, Sage et Bovy.

Telle fut la liste officielle des secrétaires perpétuels de l'ancienne Académie. Nous avons déjà dit comment il failUt s'y introduire, entre les noms de Fontenelle et de Condorcet, un nom bien plus glorieux, celui même de Voltaire. Nous avons exposé comment, à l'époque où Fontenelle songeait à abandonner une fonction devenue trop fatigante pour sa vieillesse, Voltaire, à qui ses ennemis avaient jusque-là fermé les portes de l'Académie française, avait conçu le secret dessein de fausser compagnie aux quarante et d'aller chez leurs voisins recueillir la charge de « premier ministre de la philosophie ». Nous nous sommes arrêté longuement (1) sur la période où, retiré à Girey, il cherchait à se créer des titres scientifiques de diverses natures, résumant les théories de Newton dans son

(1) Voyez, clans le livre P^ du présent volume, les chapitres iv, v et vi, pages 32-78, et notamment, pour ce qui concerne spécialement la candidature de Voltaire, les pa^^e^ 66-70.

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livre des Eléments de philosophie newtonienne^ faisant des expériences originales sur la chaleur, concourant pour un prix proposé par l'Académie sur la nature et la propagation du feu; allant enfin jusqu'à conquérir son diplôme de géomètre en prenant part à la grande controverse qui agitait les savants de l'époque au sujet des forces vives. Nous avons dit aussi comment ces velléités prirent fin^ et comment Voltaire, abandonnante physique et la géométrie, revint tout entier, suivant les conseils de Glairaut, aux occupations qui répondaient mieux à sa nature.

Laissons donc la candidature hypothétique de Voltaire, et revenons vite à notre galerie des véritables académiciens. Nous ne nous arrêterons, comme nous l'avons annoncé déjà et comme il est d'ailleurs naturel de le faire, qu'à un très-petit nombre de figures. Mais on trouvera à la fin de ce volume (voyez V appendice A) une liste complète de tous les membres de l'Académie depuis sa fondation en 1666 jusqu'à l'organisation de llnstitut en 1795. Aux noms des membres est jointe l'indication des principaux ouvrages qu'ils ont publiés.

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