LAVOISIER
du métal a lieu précisément quand on élimine cet élément aériforme.
Pour mettre ces faits en évidence, il suffit à Lavoisier d'une balance exacte. Il pesa les corps froids et calcinés, et il vit clairement l'augmentation de poids qui résulte de la calcination. Supposer que les éléments de la matière conservent leur poids au milieu des modifications qu'ils peuvent subir était une vue ingénieuse; y trouver le principe d'une méthode générale de recherche était un trait de génie. Les anciens chimistes s'étaient bien à l'occasion servis de la balance, mais ils l'avaient considérée comme un instrument secondaire et n'avaient pas su en tirer parti.
Robert Boyle avait reconnu que les métaux augmentent de poids par la calcination; il avait attribué ce phénomène à la chaleur qu'ils absorbent. Stahl ne l'avait pas ignoré non plus; mais il n'y vit qu'une circonstance indifférente qu'il ne prit même pas la peine d'expliquer. On ne s'attachait de son temps qu'à l'apparence extérieure des faits, et Ton ne considérait que le côté qualificatif des phénomènes. Il appartenait à Lavoisier de fonder une science nouvelle sur la considération des quantités.
Dès l'année 1772, il fit connaître à l'Académie que le soufre et le phosphore augmentent de poids en brûlant dans Tair^ parce qu'ils absorbent une partie de cet air, et il établit que la réduction des chaux métalliques donne lieu à un dégagement de gaZi En 177/i, il produisit un mémoire décisif sur la calcination de l'étain. Ayant maintenu longtemps de l'étain en fusion dans un vase clos, il montrait que l'accroissement de poids du métal était égal au poids de l'air qui rentrait dans le vaisseau lorsqu'on ouvrait celui-ci après le refroidissement. Dans cette même année 1774, Priestley découvrit le gaz oxygène, et
192 l'académie et les académiciens.
Lavoisier reconnut tout de suite que c'était là l'élément de l'air qui entrait en combinaison avec les métaux. Déjà instruit des fonctions physiologiques de ce gaz, il l'appela d'abord air vital, ou « air éminemment propre à entretenir la combustion et la respiration » .
C'est en 1778 seulement qu'il lui donna le nom d'oxygène^ voulant marquer par là que ce gaz est l'origine de la qualité propre aux acides. De 177/; à 1778, en effet, il avait produit d'abord l'acide carbonique par la combustion du diamant, comme les anciens académiciens del Cimento^ puis l'acide phosphorique et les acides sulfurique et nitrique.
Dans ces quelques années, le rôle de l'oxygène était devenu tout à fait prépondérant en chimie. Lavoisier avait tracé la théorie générale des acides, des oxydes, des sels. Un acide résulte de l'union d'un corps simple, ordinairement non métallique, avec l'oxygène; un oxyde est une combinaison de métal et d'oxygène; un sel enfin est formé par l'union d'un acide et d'un oxyde. Ainsi se formulait un système complet qui, dès l'année 1778, s'opposait aux idées de Stahl.
Celles-ci ne cédèrent pourtant le terrain que fort lentement,
et Lavoisier rencontra pour adversaires plusieurs des savants
mêmes qui lui apportaient le tribut de leurs découvertes.
Priestley, par exemple, fut un de ces contradicteurs acharnés;
Je chimiste qui avait découvert l'oxygène tint jusqu'au bout
pour le phlogistique : pour lui, l'oxygène était de l'air déphlo-
gistiqué. Priestley était un esprit ardent et inquiet ; théologien
autant que physicien , il s'attira des persécutions par le
zèle avec lequel il défendit Tunitarisme ; l'ardeur qu'il montra
pour les principes de la Révolution française le fit nommer
membre de notre Convention nationale, mais lui ferma les
portes de sa patrie : il alla mourir en Amérique, près des