CHAPITRE V
Les sciences naturelles. — Sections d'anatomie et de botanique. — Réaumur. — Le Jardin du roi; M. de Buffon et ses collaborateurs. — La famille des Jussieu; Gênera plantarurn. •— Essor de la botanique à la fin du jjviii^ siècle.
Les sciences que nous appelons naturelles, et que la langue du xviii^ siècle désignait sous le nom général de physique, alimentaient les sections d'anatomie et de botanique.
La section d'anatomie se recrutait principalement de médecins, de chirurgiens^ dont les travaux n'ont guère pour nous plus de valeur que ceux des anciens chimistes. Ce sont encore les médecins de Molière. Ils remplissent de leurs querelles les procès-verbaux de l'Académie; mais leur science y tient peu de place.
Nous trouvons cependant, parmi les anatomistes, un physicien du premier ordre, Réaumur. C'était un esprit universel; une grande position de fortune lui avait permis de se livrer de bonne heure à l'étude de toutes les sciences où son goût le portait. 11 débuta par des mémoires de géométrie, puis il se
198 l'académie et les académiciens.
fit connaître par d'importantes recherches sur la fabrication des aciers. Les résultats en furent consignés dans un livre, VArt de convertir le fer en acier et Vart cV adoucir le fer dur, qui eut un immense succès sous la régence, et dont l'intérêt ne s'est guère effacé que dans ces dernières années, par suite des progrès toul récents qu'a réalisés l'industrie des aciers. Mais Réaumur se fit surtout un nom important par ses études sur les animaux inférieurs. Il observa avec autant de sagacité que de patience les mœurs des mollusques et des insectes^ et jeta un grand jour sur les conditions élémentaires de leur vie. Ses recherches sur les insectes sont réunies dans un traité en six gros volumes, d'une lecture agréable et facile, et qui est pour les naturalistes une œuvre du premier ordre.
Si le xviir siècle fut pauvre sous le rapport des études anatomiques, il faut reconnaître au contraire que la botanique y brilla d'un vif éclat.
Les progrès en furent favorisés par une institution qui, pendant toute la période dont nous nous occupons, fut comme une annexe deTAcadémie des sciences : nous voulons parler du Jardin du roi, devenu plus tard le Muséum d'histoire naturelle. Quand l'Académie fut réorganisée en 1699, le premier membre qu'elle élut fut Fagon, médecin de Louis XIV et directeur du Jardin du roi. Fagon, absorbé par la pratique de son art, n'était pas un savant; mais il s'entendait à juger les gens. Il sut attacher à l'établissement qu'il dirigeait nombre d'hommes distingués, et l'élever ainsi à un haut degré de prospérité.
A la mort de Fagon, Chirac, nommé premier médecin du roi, reçut aussi, comme une dépendance de sa charge, la direction du Jardin. Il voulut y prendre une part active, faire