‹ Les sciences au XVIIIe siècleChapitre 66 sur 143 · SECTIOINS D'ANATOMIE ET DE BOTANIQUE · texte numérisé non relu

SECTIOINS D'ANATOMIE ET DE BOTANIQUE

tout par lui-même et s'occuper de tous les détails, au point qu'aucune graine ne pouvait être donnée ou reçue que par ses mains. C'était trop, et, distrait d'ailleurs par d'autres soins, il laissa péricliter l'établissement.

Dufay lui succéda en 1732 : c'était un physicien de mérite, — dans le sens que le mot physicien a pour nous maintenant. L'électricité lui doit l'hypothèse des deux fluides, et c'est là, pour le dire en passant, un assez mauvais service qu'il rendit à la science. En tout cas, il sut remettre le Jardin du roi sur un bon pied et s'entourer d'un personnel d'élite. Atteint de la petite vérole et se sentant mourir, il pria le roi de lui donner pour successeur le jeune Buflon, qui ne paraissait alors avoir aucun titre à un pareil choix.

Fils d'un magistrat fort riche et fort considéré, Bufl'on, comme Réaumur, étudia d'abord toutes les sciences en amateur. Il commença par produire des mémoires de géométrie ; mais en voyageant à travers l'Europe, il avait rassemblé quelques notions sur les sciences de la nature, et, lorsque l'Académie des sciences l'appela dans son sein, à l'âge de vingt-sept ans, elle le plaça dans la section de botanique. Ce fut cinq ans après que le choix de Dufay mourant le désigna pour l'intendance du Jardin du roi. Sa vocation fut dès lors décidée, et il s'appliqua de toutes les forces de son génie à mériter cette épigraphe qu'on devait mettre un jour sur sa statue : Naturam amplectitur omnem. L'écrivain chez Buffon a éclipsé le savant. En somme, il n'a laissé que bien peu d'observations nouvelles et d'expériences précises. Son génie oratoire se complut, soit dans des œuvres de haut vol^ où se déroulent avec audace les hypothèses les plus hasardées, soit dans de splendides descriptions, qui brillent surtout par la belle et majestueuse ordonnance des détails.

200 i-'académie et les académiciens.

A côté de Buffon et sous sa direction^ nous trouvons dans le Jardin du roi une phalange d'éminents collaborateurs. Nommons d'abord Daubenton, compatriote et ami de l'historien de la nature. Il rédigea en partie les premiers volumes de V Histoire naturelle des animaux; mais il eut à souffrir d'un contact trop soutenu avec la hautaine personnalité de son ami, et il finit par s'absorber tout entier dans les collections du jardin, dont il fit un magnifique musée. On sait aussi que ce fut Daubenton qui naturalisa en France la race des moutons espagnols à long poil, ou mérinos.

Voici maintenant toute la famille des Jussieu, c'est-à-dire une série de travailleurs assidus et modestes, qui ont fait sans bruit une œuvre considérable et créé en quelque sorte la science des plantes.

Antoine de Jussieu, le premier membre célèbre de celte famille, était fils d'un apothicaire de Lyon (1). Venu à Paris, il fut distingué par Fagon, qui le choisit à vingt-trois ans (1709) pour remplacer Tournefort comme professeur de botanique au Jardin du roi. Appelé en 1711 à l'Académie, il fut chargé d'une mission scientifique en Espagne, et en rapporta d'excellents mémoires sur les diverses branches de l'histoire naturelle. Antoine éleva et instruisit son jeune frère Bernard, homme rare et éminent, qui amassa des trésors d'observations et qui, sans les produire lui-même, les légua précieusement aux héritiers de son nom.

L'esprit de famille et d'union brilla au plus haut point chez les Jussieu. Dans la petite maison de la rue des Bernardins,

(1) Cet apothicaire, Christophe de Jussieu^, était déjà lui-même un homme fort instruit. Il publia en 1708, ù Trévoux, un Nouveau TraiU de la thérioque qui obtint l'estime des connaisseurs. Il dirijrea d'uue façon intelligente l'éducation de son fils Antoine, qui fit ses études médicales à Montpellier.

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