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de plus, — on peut en faire un point de définition, — ils reproduisent par la génération des êtres semblables à eux-mêmes.
S'il n'existait qu'un nombre borné d'espèces^ on pourrait s'en tenir à cette considération; mais il y en a un nombre si considérable, qu'il est nécessaire de les réunir en groupes, de créer des genres^ des familles.
Là commence l'embarras des naturalistes. Les caractères spécifiques sont en quelque sorte évidents et ont été en tous cas fixés depuis longtemps. Sur les caractères génériques, au contraire, il n'y avait encore, au commencement du xviii^ siècle, qu'incertitude et confusion.
Plusieurs systèmes ou méthodes de classification furent essayés ; mais aucun ne mérite une attention sérieuse avant celui de Linné, qui fut publié en 173^.
Linné prit pour critère, pour caractère générique, les organes de la fécondation des plantes, sur lesquels on n'avait des connaissances précises que depuis les dernières années du xvii^ siècle. Il réforma d'ailleurs la nomenclature botanique et créa une véritable langue, comme on devait le faire plus tard en chimie. Toute plante fut désignée par deux mots ; un substantif qui en indiquait le genre, un adjectif qui en marquait l'espèce. Avant lui il fallait des phrases entières pour nommer un végétal ; la nomenclature linnéenne rendit un immense service en dégageant l'allure de l'idiome botanique.
Linné d'ailleurs, nous venons de le dire, classait les plantes d'après l'état de leurs organes fécondateurs, des étamines et des pistils. Il établissait vingt-quatre grandes classes où il plaçait les végétaux suivant que les étamines ou pistils sont visibles ou non, suivant qu'ils sont réunis dans une même fleur ou portés par deux fleurs différentes, mâle et femelle, suivant qu'ils sont adhérents entre eux ou complètement libres, sui-
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vantque les étamines sont égales ou inégales, rares ou nombreuses. Le système de Linné étail-il réellement fondé sur la nature, ou n'offrait-il qu'un arrangement conventionnel? Il est certain qu'en ne tenant compte que d'un seul organe, il ne pouvait suivre la nature dans tous ses détails^ et qu'il devait arriver à des rapprochements forcés; il devait classer dans le même groupe des plantes étonnées d'une pareille parenté : aussi son système a-t-il été rangé parmi ceux que l'on appelle artificiels.
En regard de ce système viennent se placer ceux qui ont la prétention de suivre la nature pas à pas, et qui prennent en conséquence le nom de méthode naturelle.
Mentionnons d'abord celui d'Adanson, célèbre naturaliste, issu d'une famille écossaise, mais né en Provence. Il publia en 1763 un livre sur les Familles des plantes.
Au lieu de fonder comme Linné sa classification sur un seul organe, au lieu de prendre un seul caraclère, il s'efforça de de les prendre tous, et s'ingénia à en tenir également compte; établissant une série de systèmes fondés chacun sur un caractère particulier, il prenait entre eux une sorte de moyenne, et son système général était le résultat de tous ces systèmes partiels.
Les Jussieu, Bernard d'abord, Laurent ensuite, adoptèrent ridée d'Adanson, mais avec une très-importante modification. Adanson mettait tous les caractères sur la même ligne, il leur donnait à tous une égale importance; les Jussieu, au contraire, tout en tenant compte de tous les caractères, leur attribuèrent des valeurs très-inégales. Certains traits étaient prépondérants, quelques autres n'étaient admis qu'à titre accessoire. C'est ce que Laurent de Jussieu exprimait en disant que les caractères doivent être « pesés et non comptés». En établissant l'espèce de
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moyenne dont nous parlions tout à l'heure à propos d'Adanson, il donnait aux différents systèmes des coefficients divers. f En somme^ la classification des Jussieu a prévalu, et elle règne encore de nos jours. Laurent nous apprend, dans le Gênera plantarum, le procédé dont il s'est servi pour créer les genres et les familles. Si les botanistes, après s'être montrés d'accord au sujet des espèces, commencent à se diviser dès qu'il s'agit de grouper ces espèces en genres et en familles, il y a cependant quelques groupes naturels qui se forment d'eux-mêmes et au sujet desquels aucune contestation ne se produit. Laurent pensa qu'il trouverait la clef de la méthode naturelle en étudiant ces familles incontestées, en comparant leurs caractères, en voyant quels traits leur étaient communs et quels autres différaient de l'une à l'autre. Il choisit ainsi sept familles universellement admises : celles qu'on connaît sous les noms de Graminées, Liliacées, Labiées, Composées, Ombellifères^ Cru' ci fer es, Légumineuses.
Il reconnut que, dans chacune de ces familles, la structure de l'embryon est identique sous le rapport des cotylédons. On sait que les embryons végétaux se divisent en trois classes, suivant qu'ils affectent une forme purement ovoïde, ou qu'ils présentent un ou deux de ces mamelons qui ont reçu le nom de cotylédons. Cette structure de l'embryon détermine celle du végétal dans tout son développement, et l'ensemble des végétaux se classe ainsi en acotylédonés, monocotylédonés, et dicotylédones. Il y avait donc là^ pour la classification de JussieU;, un caractère d'importance tout à fait majeure.
Il en trouva un autre dans la manière dont les étamines, organes mâles, s'insèrent sur le disque qui forme la base de la fleur. Elles sont dites hypogynes, périgynes, épigynes, suivant leur mode d'insertion par rapport aux organes femelles.
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Au-dessous de ces caractères prépondérants, il en reconnut d'autres dans l'étude d'autres familles naturelles.
On voit par ce qui précède quel est le principe propre aux Jussieu : c'est celui de la subordination des caractères. Et tout de suite on sent quelles sont la portée philosophique et la valeur pratique de ce principe. Il faut supposer qu'il y a un plan dans la nature, et, dès qu'on entrevoit quelques lignes de ce plan, on en découvre d'autres par là même. Un caractère d'un ordre supérieur en entraîne à sa suite un certain nombre d'ordre différent, et en exclut au contraire quelques autres ; dès que Ton a constaté le premier, on est sûr que les autres manquent ou coexistent. Une partie de l'organisation d'une plante est donc annoncée d'avance par un seul point qu'on a su vérifier. On comprend comment une pareille méthode porte et soutient celui qui l'emploie.
Ainsi l'absence ou la présence des cotylédons, leur unité ou leur dualité, n'importent point seulement à l'embryon végétal; elles déterminent toute une série de faits dans l'existence entière de la plante. Quand nous disons qu'un végétal est monocotylédoné ou dicotylédoné, nous n'avons point seulement une idée qui intéresse son embryon, mais nous avons des données précises sur l'agencement de tous ses organes, sur la manière dont il germe et se ramifie, sur la structure et la nervation de ses feuilles, sur la symétrie de ses fleurs, etc.
On voit naître ici, dans la botanique, l'idée fondamentale que Cuvier transportera plus tard dans la zoologie, dans la paléontologie, et dont il tirera de si merveilleux effets.
Ce grand principe de la subordination des caractères appartient donc, comme nous l'avons montré, aux Jussieu. Bernard, modeste et silencieux, l'avait élaboré le premier. II en avait tiré une classification, dont il ne donna pas lui-