‹ Les sciences au XVIIIe siècleChapitre 69 sur 143 · ESSOR DE LA BOTANIQUE · texte numérisé non relu

ESSOR DE LA BOTANIQUE

même la clef^ mais qu'il appliqua pourtant dès l'année 1759, en plantant le jardin botanique de ïrianon. Il eut encore une plus belle occasion de l'appliquer lorsqu'en 1773 et 177^ il replanta complètement le Jardin du roi à Paris. Mais ces innovations, si importantes en elles-mêmes, passèrent inaperçues dans leur temps. La famille des Jussieu a conservé religieusement quelques feuilles de papier qui ne contiennent que des noms de plantes écrits de la main de Bernard : ce sont des espèces séparées en genres et familles par de simples tirets. Ces tirets marquent nettement, pour nous qui en avons maintenant la clef, l'idée fondamentale que suivait Bernard. Ce n'est qu'en 1789 que cette idée, mûrie par les méditations de Laurent de Jussieu et par une série d'observations, reçut enfin son expression définitive dans cet ouvrage qui reste une des gloires du xviii^ siècle. Le titré môme du livre rappelait le mémorable essai fait au Jardin du roi. Laurent l'avait appelé : Gênera plantarum secundlim ordines naturelles disposita, juxtà methodum in Horto Regio Parisiensi exaratam anno \llk*

cil A [M TUE VI

F.cs approches do 1789. — La réforme des poids et mesures. — Rôle des académiciens au milieu des agitations sociales. — Suppression de l'Académie en 1793. — Organisation de l'Institut en 1793.

Les dernières feuilles du Gênera plantarum s'imprimaient au bruit du canon sous lequel tombait la Bastille. Depuis sa fondation, l'Académie avait soigneusement borné son horizon au domaine de la science^ et s'était strictement abstenue de toute préoccupation politique. Dans la longue série de ses procèsverbaux, on eût cherché vainement, avant 1789^ une simple allusion aux événements du dehors. Les temps allaient venir où, quelque soin qu'elle mît à s'en défendre, les agitations de la vie publique devaient retentir jusque dans son sein.

Le h juillet 1789, on lit au procès-verbal : « Il est décidé de témoigner à M. Bailly, de la part de l'Académie, sa satisfaction de la manière dont il a rempli les fonctions de président de l'Assemblée nationale. » Après cette motion tout à fait inusitée, TAcadémie se hâte de reprendre son ordre du jour; elle entend une lecture de Coulomb sur le frottement des pivots et

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un mémoire sur la culture de l'indigo. Quelques jours après, l'Académie se rend en corps à Ghaillot, où habitait Bailly, pour le féliciter au sujet de sa nomination de maire de Paris. A l'heure même où ses collègues faisaient cette démarche, Bailly était à l'Hôtel de ville, où il cherchait en vain à soustraire Berthier et FouUon aux fureurs de la populace. Dès la séance suivante, il accourt pour remercier ses collègues de la part qu'ils prennent à son rôle politique.

Ce sont là des faits tout à fait extraordinaires dans les annales académiques. D'ordinaire les procès-verbaux restent impassibles en face des plus graves événements. Le lendemain de la prise de la Bastille, le mercredi 15 juillet 1789, l'Académie tient séance comme à l'ordinaire; aucune trace de ce qui s'est passé la veille; vingt-trois membres sont présents : Tillet et Broussenet rendent compte d'une machine pour enlever la carie du blé ; un auteur étranger propose un procédé pour conserver l'eau douce à la mer; Charles enfin lit un travail sur la graduation des aréomètres. A la séance suivante, trois jours après, Laplace présente un grand travail sur l'obliquité de l'écliptique.

Il semble que l'Académie, un peu émue d'abord au premier souffle de la Révolution, ait vite repris possession d'ellemême, et se soit imposé de nouveaux efforts pour se maintenir strictement sur le terrain de la science. Plusieurs mois seulement après la nuit du k août, dans les derniers jours de 1789, le duc de la Rochefoucauld vient proposer d'abolir toute distinction entre les académiciens. L'Académie n'accepte qu'avec tiédeur cette motion égalitaire; elle nomme des commissions, elle élabore des projets, elle traîne l'affaire en longueur. Pendant ce temps, les séances ne laissent pas d'être remplies par des communications du plus haut intérêt : Le-

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gendre fait connaître ses recherches sur les fonctions ellip* tiques; Laplace apporte les premiers fragments de sa Afécanique céleste; Lavoisier, aidé de Berthollct et de Fourcroy, achève sa victoire sur les anciennes écoles chimiques. Le contraste est complet entre les agitations de la place publique et les paisibles discussions de la savante assemblée.

Cependant les événements se précipitent. L'Académie, malgré le soin qu'elle met à se tenir à Técart, est entraînée à des communications fréquentes avec l'Assemblée nationale, puis avec la Convention.

Chargée de préparer les éléments de la réforme générale des poids et mesures, elle nomme aussitôt cinq commissions pour ce grand objet : Cassini, Méchain etLegendre s'occupent des mesures astronomiques; Meusnier et Monge sont chargés de mesurer les bases terrestres avec une rigoureuse précision; Borda et Coulomb étudient la longueur du pendule qui bat la seconde ; Lavoisier et Haiiy déterminent le poids de l'eau distillée; Tillet, Bris^on et Vandermonde, enfin, dressent l'inextricable réseau des mesures anciennes. Toutes ces commissions se mettent à l'œuvre, incessamment pressées par l'assemblée toute-puissante, qui s'étonne que ce qu'elle a décrété ne soit pas aussitôt achevé de tout point.

Sur beaucoup de questions secondaires, l'Académie cherche à éluder les embarras qui résultent pour elle des consultations qu'on lui demande. Elle émet le désir de n'avoir plus à donner son avis sur les indemnités que les particuliers ou les villes réclament au gouvernement. On la consulte sur des données relatives à la question brûlante des subsistances ; elle se retranche derrière des résultats antérieurement acquis. On la consulte sur des engins de guerre, elle argue de sa mission de paix.

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Elle avait tous les genres de prudence, et évitait soigneusement de donner prise aux déclamations des clubs. Quelques membres mettent un jour en avant l'idée de construire un grand télescope sur le modèle de celui qu'Herschel avait récemment établi. La dépense devait s'élever à 100 000 francs. On proposait d'y affecter une somme de 36 000 francs que l'Académie avait en caisse et qui provenait de prix non distribués; on y consacrerait encore la valeur d'une pépite d'or pesant plus de 10 livres et qui ornait le cabinet de l'Académie ; le surplus serait demandé à l'Assemblée nationale. L'Académie vit bientôt qu'elle avait fait fausse route en appelant l'attention des clubs sur la petite fortune dont elle disposait; elle renonça à son télescope, et elle se bâta d'offrir à la nation sa pépite ainsi que le résidu de sa caisse.

•L'esprit d'union régnait d'ailleurs parmi les académiciens. A mesure que les circonstances devenaient plus graves, ils se serraient plus étroitement les uns contre les autres pour faire face aux dangers communs. Les procès-verbaux ne mentionnent à cet égard qu'une seule exception, qu'on peut relever pour la flétrir. Le 11 août 1792, le lendemain de l'invasion des Tuileries, Fourcroy, le cbimiste Fourcroy, qui devait être plus tard un des liants fonctionnaires de l'empire, se lève et demande qu'on lise la liste des académiciens pour y effectuer des radiations. On élude sa proposition; mais huit jours après il revient à la charge : il fait remarquer que la Société de médecine a rayé plusieurs de ses membres émigrés ou notoirement convaincus d'incivisme; il demande qu'on en use de même. On lui répond que « l'Académie ne doit pas prendre connaissance des principes de ses membres ni de leurs opinions politiques, le progrès des sciences étant son unique occupation ». Battu sur ce terrain, Fourcroy se tourne d'un autre

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