‹ Les sciences au XVIIIe siècle: la physique de VoltaireChapitre 30 sur 144 · MORT DE MADAME DO GHATELET · texte numérisé non relu

MORT DE MADAME DO GHATELET

ans, de bien plus grands Iiommes en physique et en géométrie qu'aujourd'hui, et à peine parlait-on d'eux. Les choses ont bien changé. J'ai aimé la physique tant qu'elle n'a point voulu dominer sur la poésie ; à présent qu'elle écrase tous les arts, je ne veux plus la regarder que comme un tyran de mauvaise compagnie... On ne saurait parler physique un quart d'heure et s'entendre. On peut parler poésie, musique, histoire, litté*rature, tout le long du jour. »

£t en effet, à partir de 17&2, Voltaire ne s'occupe plus guère de Newton et consorts; les études historiques reprennent chez lui tout le terrain que la physique a perdu.

Voici venir d'ailleurs l'année 1743, pendant laquelle il de-^ vient une manière de diplomate ; il court sur les bords du Rhin avec une mission secrète obtenue par le crédit de ma« dame de Chàteauroux; il va à La Haye, il va à Postdam ; il est chargé de brouiller les états généraux de Hollande avec le roi de Prusse et d'amener ce prince à recommencer la guerre con-^ trc TAutriche.

Les quatre ou cinq dernières années du séjour à Girey sont consacrées à de nombreux voyages à Paris^ puis à des excur-< siens fréquentes à la cour du roi Stanislas.

Nous arrivons ainsi aux incidents qui coûtèrent la vie à madame du Châtelet et qui, en brisant tout à coup les liens qui retenaient Voltaire depuis quinze années, vinrent le jeter dans une nouvelle existence.

On a maintes fois raconté la mort de madame du Ch&telet, et tout le monde connaît les épisodes singuliers qui l'amenèrent ; nous pouvons cependant rappeler en quelques mots ces incidents bizarres, burlesques parfois^ qni devaient aboutir à une catastrophe. Us sont, à vrai dire, dans notre sujets tant

Ik LA PHYSIQUE DE VOLTAIRE.

les souvenirs de Cirey et de la marquise sont inséparables de tout ce qui touche aux études scientifiques de Voltaire.

La marquise et Voltaire se trouvaient en 1747 à Lunéville^ où se tenait la cour du roi Stanislas. C'est là que madame du Ghâtelet fit la connaissance du marquis de Saint*-Lambert, capitaine aux gardes lorraines, ofiScier brillant et spirituel. Treize années de liaison avec Voltaire avaient amené quelque langueur dans TafiTection d'abord si ardente de la marquise; peut-être avait-elle été un peu refroidie par la tiédeur même de son amant, qui mettait dans ses tragédies le plus vif de son tempérament (1) et qui avait d'ailleurs cinquante-trois ans bien sonnés. Saint-Lambert fut-il pressant, irrésistible? Bref, elle prit feu pour lui, et elle se jeta dans ce nouvel attachement avec tout l'entrain d'une passion née sur le tard : la marquise avait elle-même ses quarante et un ans.

Voltaire ne vit rien d'abord ou fit semblant de ne rien voir jusqu'à ce qu'un soir, à Cirey, pour être entré trop brusquement dans la chambre oîi se tenaient les deux nouveaux amants, force lui fut d'éclater. Il se répand en injures, insulte Saint- Lambert, qui se met à sa disposition, puis il va s'enfermer chez lui, donnant Perdre à son valet de tout préparer pour son départ dès le lendemain matin.

Cependant madame du Ghâtelet, le premier moment de surprise passé, monte à l'appartement de Voltaire. Il s'était mis au lit^ elle s'assied à son chevet, et alors commence une

• (1) Déjà, en 1733, Voltaire, écrivant à son ami Gideyille, disait de luimême :

... Mon cœur à l'amour quelquefois s'abandonne ; J'ai bien peu de tempérament ; Mais ma msdtresse me pardonne.

Et je raime plus tendrement.

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