‹ Les sciences au XVIIIe siècle: la physique de VoltaireChapitre 54 sur 144 · RÉFORME DE · texte numérisé non relu

RÉFORME DE

pertes irréparables ; Huyghens quitta la France après la révocation de redit de Nantes, sans vouloir profiter des facilités exceptionnelles qu'on lui offrait; Rœmer se retira de même en Danemark^ et Picard mourut en 168/».

On voit alors TAcadémie s'effacer et languir; elle abandonne le système du travail en commun qui avait soutenu son zèle ; le laboratoire est déserté, et les procès-verbaux deviennent stériles.

Cet état de choses dura jusqu'en 1699. Une nouvelle organisation donnée alors à l'Académie devint pour elle le signal d'une sorte de renaissance. Pontchartrain avait succédé à Louvois comme protecteur de la compagnie; son neveu, l'abbé Bignon, s'en fit donner la direction et mit en vigueur un règlement nouveau. Ce règlement, admirablement combiné, peut donner à lui seul une idée de la fécondité des travaux de l'Académie (1). Le nombre des académiciens fut porté de seize à cinquante, dont dix membres honoraires, vingt pensionnaires et vingt associés. Les membres honoraires étaient de grands seigneurs à qui l'on ne demandait pas une collaboration effective. Les pensionnaires, recrutés pour la plupart parmi les membres de l'ancienne compagnie, furent partagés en six sections, celles de géométrie, d'astronomie, de mécanique, de chimie, d'anatomie et de botanique. Les associés étaient des sortes d'adjoints^ dont douze devaient être pris parmi les Français et huit parmi les savants étrangers (2) . Une mesure importante caractérisait le nouvel ordre de choses : l'Académie se recrutait elle-

(1) Voyez à la fin de ce Yolume {Appendice B) le détail de ce règlement.

(2) Les huit premiers associés étrangers furent Leibniz, Tchirsnausen, GugUelmini, Hartsœcker, les deux frères BernouUi (Jacques et Jean); Rœmer et Newton.

156 l'académie et les académiciens.

même en présentant pour chaque place vacante une liste de trais membres à la nomination du roi. Le système se complétait par Tadjonction d'un élève à chaque pensionnaire. Les pensionnaires choisissaient eux-mêmes leurs élèves avec l'agrément de la compagnie et les soumettaient à la sanction royale ; ces jeunes surnuméraires avaient d'ailleurs le privilège défigurer, dans une proportion déterminée, sur les listes de présentation pour les places d'associés (1).

L'Académie, ainsi renouvelée et agrandie^ fut solennellement installée au Louvre dans un logement spacieux et confortable. Une nouvelle ère de travail commence alors pour elle. On a renoncé aux plans d'ensemble, à la culture collective, de la science. Chacun travaille comme il l'entend/ choisit ses sujets de recherches ; mais une règle sévère astreint tout académicien à un labeur effectif; sauf les membres honoraires, chacun doit fournir son tribut aux discussions et aux mémoires publiés par la compagnie. Des exclusions rigoureuses sont prononcées non-seulement contre les membres qui, sans excuse valable^ restent trop longtemps absents, mais même contre ceux qui assistent aux séances sans y apporter leur part de travail. Ceux dont Tâge a diminué les forces obtiennent seuls, sur leur demande, le titre de vétéran qui les dispense d'une occupation régulière (2).

Sous l'empire de ces dispositions, le rôle et l'influence de l'Académie grandissent rapidement. Elle acquiert une notoriété considérable, et tout ce qui intéresse les sciences vient

(1) Le tilre d'élève fut aboli en 1716 par une ordonnance du régent^et remplacé par celui d'adjoint.

(2) Le titre de vétéran fut accordé successivement à Saurin^ à Jacques Cassini, à Maraldi, à Fontenelle, à Leyinery^ à Mairan, à La Condamine et à Grandjean de Foucby.

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