‹ Les sciences au XVIIIe siècle: la physique de VoltaireChapitre 53 sur 144 · FONDATION DE L'ACADÉMIE · texte numérisé non relu

FONDATION DE L'ACADÉMIE

stituée ne comprit d'abord que seize membres choisis par Colbert avec grand soin. Les plus célèbres de ces premiers académiciens furent Huyghens, Roberval, Picard^ Âuzout; nous pouvons ajouter Claude Perrault, le frère de Charles, à la fois mé'decin et architecte, et qui devait bientôt s'immortaliser en fournissant les plans du nouveau Louvre.

Sous la protection éclairée de Colbert, les seize académiciens formaient une petite famille assidue au travail^ aussi modeste que laborieuse, attentive à tout étudier et absorbée dans le désir de découvrir des vérités nouvelles. L'Académie se réunissait deux fois par semaine, le mercredi et le samedi; les séances du mercredi étaient spécialement consacrées aux travaux mathématiques, celles du samedi aux expériences de chimie et d'histoire naturelle, que la langue du temps réunissait sous la désignation commune de physique. Tous les membres payaient largement de leur personne, tous les plans d'étude étaient mis en commun, et chacun s'ingéniait à combiner son action avec celle de ses collègues.

Ce n'est pas que les plans proposés fussent toujours heureux, ni que les expériences que l'on instituait fussent toujours fécondes. Il est certain que les méthodes alors suivies dans les études de chimie, d'histoire naturelle, nous paraissent maintenant bien stériles, et l'on est parfois porté à sourire en voyant retracées par le menu, dans les procès-verbaux de TAcadémie, quelques-unes des recherches qui étaient alors gravement poursuivies dans le laboratoire de nos savants. Pourtant cet examen nous laisse au fond une impression sérieuse ; on se sent pris de sympathie pour les allures simples, pour la robuste foi de ce petit groupe d'hommes entièrement adonnés à la recherche de la vérité.

Les travaux d'Huyghens sufflraient seuls à jeter un éclat du-

154 l'académie et les AGADÉlIflGIEMS.

rable sur les débuts de TAcadémie des sciences; placé entre Galilée et Newton, Huygbens est à peine inférieur à ces deux grands hommes ; son Traité sur le penduk, son Traité sur la lumih'e, restent parmi les livres qui ne peuvent pas périr et qui jalonnent de siècle en siècle la voie des connaissances humaines.

Les astronomes de TAcadémie naissante se signalèrent aussi par de véritables succès. Picard et Auzout, chargés par le roi de mesurer la grandeur de la terre, perfectionnèrent les méthodes géodésiques en appliquant pour la première fois les lunettes à la mesure des angles. Ce fut aussi Picard qui alla déterminer la position précise de l'observatoire que Tycho-Brahé avait fondé à Uranienbourg. On s'occupait alors de construire l'observatoire de Paris, et il importait de fixer avec la dernière exactitude la position relative des deux établissements pour pouvoir utiliser les travaux de ïycho-Brah^P Picard s'acquitta fort heureusement de cette mission. Il obtint encore dans ce voyage un autre résultat plus précieux ; il ramena de Danemark en France et attacha à l'Académie des sciences le jeune Rœmer, qui devait le premier déterminer Ja vitesse de la lumière en observant les occultations des satellites de Jupiter.

Golbert avait toujours soutenu avec un soin intelligent l'Académie qu'il avait fondée, plein de prévenances et de ménagements pour elle, soucieux de ses intérêts et de sa dignité. Après la mort de Golbert (1683), elle trouva dans l'impérieux Louvois un protecteur moins éclairé. Louvois, en accordant sa faveur à l'Académie, n'entendait pas la laisser libre de suivre à son gré des recherches d'une pure utilité scientifique; il voulait qu'elle eût toujours en vue les intérêts de TÉtat et la grandeur du roi. Cette pressiAi administrative froissa et paralysa l'Académie. Elle subit d'ailleurs vers cette époque des

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