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XVII. — LA PHILOSOPHIE ET LA THÉORIE GÉNÉRALE DU DROIT

Les ouvrages de philosophie du droit ne sont pas aussi nombreux en France que dans les autres branches de la science juridique. Et cela vient sans doute de ce que l'enseignement des Facultés de droit n'a jamais compris, d'une façon

définitive, cette branche cependant si importante des connaissances humaines, qui se rattache à la fois à la philosophie et au droit. Aussi les principaux ouvrages qui y ont été consacrés émanent-ils presque tous de philosophes plutôt que de juristes.

Il y a, d'ailleurs, sur ces questions, une série ininterrompue de travaux, dont certains sont particulièrement prophétiques dans l'analyse et la critique qu'ils ont faites des théories allemandes sur l'origine et le fondement du droit. Le livre de notre grand philosophe Alfred Fouillée, Vidée moderne du droit, dénonce dès 1878 les dangers de cette philosophie de la force créatrice du droit, qui érige la guerre en œuvre sainte et où Hégel fait de la destruction de contrées entières une œuvre de sauvage beauté nécessaire.

Or, ni dans les œuvres un peu anciennes de Lerminier, de Schutzemberger, de Bélime, d'OuDOT, de Franck, ni dans les ouvrages ou les articles plus récents de MM. Boistel, Renouvier, Tanon, Tissot, Richard, Charmont, de Vareilles-Sommières, Beaussire, Charles Beudant, on ne trouvera jamais soutenues que les doctrines les plus généreuses, les plus idéalistes, les plus conformes aux grandes idées de justice, de raison, d'équité, de droit individuel, qui ont toujours été la doctrine française.

A côté des œuvres de philosophie du droit proprement dit il faut placer des travaux qui prennent leur point de départ plutôt dans le droit que dans la philosophie, dans le droit qu'ils envisagent au point de vue des théories générales, plutôt que sous le point de vue juridique positif, quelquefois avec utilisation de matériaux de législation comparée.

Il s'est produit dans cet ordre d'idées, dans ces derniers temps, des œuvres considérables.

Dans le droit privé, les travaux de M. Gény, de M. Lambert, de M. Demogue, de M. Charmont, de M. Duguit et surtout de M. R. Saleilles, sont parmi les plus importants à signaler.

Les travaux de M. Saleilles méritent d'attirer plus particulièrement l'attention. On a dit de lui très exactement que « sa marque distinctive et son mérite éminent consistent

à avoir su élever le droit à la hauteur de la philosophie générale » . Il n'est pas de problème juridique dont il n'élargisse de suite la portée par le côté élevé par lequel il l'envisage.

Quant au droit public, il faut citer l'œuvre si discutable mais puissante de Duguit, le savant professeur de la Faculté de droit de Bordeaux, l'ouvrage si plein d'idées de M. Hauriou, les Principes du droit public, quelques articles qu'on trouvera réunis dans mes deux volumes de Mélanges (i), le livre si remarquable d'un jeune juriste mort trop tôt pour avoir donné toute sa mesure, M. Jean Cruet, la Vie du droit.

Il faudrait signaler aussi dans un ordre d'idées qui se rapproche de celui de la théorie générale du droit, mais où le point de vue juridique reste prépondérant, les travaux si considérables de droit comparé qui ont vu le jour en France sous l'impulsion de notre Société de législation comparée. On les trouvera dans Y Annuaire de la législation étrangère, dans le Bulletin de la Société de législation comparée et dans les Procès-verbaux des séances et documents du Congrès international de droit comparé, tenu à Paris du 31 juillet au 4 août 1900.

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