‹ Les sciences naturelles et la philosophie de l'inconscientChapitre 11 sur 62 · XVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVI PRÉFACE

conciliateur de la science et de la métaphysique n'a pas moins été excommunié par les prêtres et par les philosophes que désavoué par les savants, convaincu d'ignorance par tous ceux qui ont qualité pour parler du transformisme et de la causalité mécanique de l'univers. Les philosophes ne lui pardonnent pas d'avoir voulu réconcilier, sous le nom de réalisme transcendantal, l'idéalisme transcendantal avec le réahsme naïf. Hartmann n'a pas seulement voulu montrer que la pensée humaine est en état d'atteindre l'Être; il croit avoir prouvé que le monde, tel que nous nous le représentons, existe réellement dans l'espace et dans le temps. 11 a voulu, lui, réfuter la Critique de la raison pure! Or, ce monde objectif, notre monde, ne serait lui-même qu'une objectivation, une apparence phénoménale d'un principe métaphysique et transcendant qu'il a cru découvrir derrière, et qui, pour lui, Hartmann, est le seul monde réel^ — l'inconscient, dont la connaissance est l'objet de la métaphysique. Le vrai nom du système de Hartmann n'est point celui de réalisme, même transcendantal. Ce nom, remarque Vaihinger, devrait être celui-là même que porte le système de Schelling, idéalisme objectif transcendantal ; car, pour Hartmann aussi, la réalité et la phénoménalité objective sont des concepts équivalents. Ainsi que les néo-platoniciens et les gnostiques, Hartmann distingue trois mondes : 1** le monde des idées ou représentations ; 2® le monde extérieur; S*» le monde de Tinconscient, de Têtre

PRÉFACE XVII

absolu , de la substance éternelle , dont le monde est la manifestation phénoménale.

Ainsi que Schelling et Hegel, il admet que la pensée et l'être sont au fond identiques, partant que nous pouvons connaître TÈtre. Cet être, la substance éternelle et absolue, en un mot l'inconscient, a deux attributs distincts qui le déterminent : la volonté et l'idée. L'inconscient, la volonté et l'idée ne sont qu'un dieu en trois personnes : c'est une trinité substantielle. Ce grand fétiche se comporte comme les enfants des hommes : il engendre même.

De Viîiconscient, qui est neutre, naissent un mâle et une femelle, la volonté * et Vidée, le premier couple métaphysique, qui rappelle le p^remier couple humain de l'Eden, Adam et Eve. Cette dualité rend seule possible la création du monde : la volonté, le père, appelle à la réalité le monde qui sommeillait en germe dans le sein de sa mère, l'idée. La volonté est père du monde : elle veut, et le monde est.

Tel est ce petit roman cosmogonique, — « un conte de nourrice, » dit Vaihinger. En tout cas, voilà le fondement théorique du pessimisme de M. de Hartmann.

Qu'il s'agisse de la doctrine des anciens Perses ou de la philosophie de 1 inconscient, il faut bien expliquer comment l'Être absolu est sorti de son éternel repos et de sa mystérieuse unité pour produire le monde et tomber dans la pluralité des phénomènes. Pour cela, une lutte intestine devait naître au sein même de

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