‹ Les sciences naturelles et la philosophie de l'inconscientChapitre 12 sur 62 · XVIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVIII PRÉFACE

l'absolu, une guerre de deux principes contraires, et le monde devait résulter de l'antagonisme manichéen de ces deux principes, la volonté et l'idée. Hartmann ne décide pas, à la vérité, si les atomes ont une conscience, ce qui est ici une preuve de discrétion bien rare. Mais il ramène au son des trompettes et des cymbales la force vitale trop longtemps exilée. Une monère;, selon lui, ne saurait apparaître en vertu du seul jeu des forces de la matière inorganique. Une intervention spéciale et providentielle de l'inconscient a présidé à l'origine des êtres organisés : Tinconscient a dû animer la matière d'un souffle, comme le vieux lahweli des Hébreux.

Yoilà les grandes lignes du dernier système métaphysique enfanté par l'Allemagne. Au point de vue de la descendance intellectuelle, c'est un revenant de l'époque du romantisme et de la philosophie de la nature. On peut y voir un curieux cas d'atavisme spirituel. M. de Hartmann n'est pas plus que Hegel le dernier métaphysicien : la métaphysique ne finira sur cette planète qu'avec le dernier homme. On pourrait seulement souhaiter plus de variété dans ces grands poèmes philosophiques, dont le dernier aède semble toujours répéter l'écho du chant de ses ancêtres. Mais c'est là aussi un

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fait d'hérédité, et d'hérédité conservatrice, ou très-peu progressive. Darwin adniet bien que, c( quelle que soit la puissance de Thérédité, elle permet l'apparition incessante de caractères nouveaux », et ces caractères, à coup sûr, sont de la plus haute importance lorsqu'ils affectent un organe aussi complexe que le cerveau K Mais, seuls, les métaphysiciens ont été jusqu'ici réfractaires à cette loi générale de l'évolution.

Considéré comme poète et artiste, je veux dire comme métaphysicien, Hartmann est digne de s'asseoir aux pieds de ses maîtres et docteurs, Hegel, Schelling, Schopenhauer. Mais, si des naturalistes éminents tels que Oscar Schmidt, si des critiques et des historiens de la philosophie tels que Lange et Dûhring, ont pris la peine de réfuter Tœuvre du philosophe de l'inconscient, c'est qu'apparemment il y a autre chose dans cette œuvre qu'une cosmogonie enfantine. Si, comme le croient certains esprits superficiels, le ridicule suffisait pour tuer la métaphysique, il y a des siècles qu'elle serait défunte. Depuis Voltaire, au moins, on n'en parlerait plus. Mais Voltaire a passé ; la métaphysique demeure. C'est un peu comme le duel de la raison et de la foi : l'humanité n'en verra pas la fin. La science et la critique ont le devoir de maintenir dans de certaines limites, dans celles de l'observation et de l'expérience, les intempérances spéculatives de la

\. De la Variation des animaux et des plantes, II, 85.

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