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L'idée téléologîque a été, dans les temps modernes, extirpée des sciences naturelles : elles n'en ont pas besoin; bien plus, leurs résultats sont inconciliables avec cette conception. Aussi, bien qu'il croie avoir le droit de mépriser les miracles, chose grossière et absurde, Hartmann se trouve à beaucoup d'égards dans la situation •de ces adversaires de la biologie darwinienne pour lesquels, ainsi qu'on le voit, par exemple, •chez Wigand, le Dieu personnel est ce qu'il faut toujours commencer par admettre comme cause de tout ce qui arrive. Il est convaincu de la conformité de la création à son but {Zweckmaessigkeit) ; il y découvre, non le résultat de processus naturels qui s'équilibrent et parviennent ainsi à une assez bonne fin : ce but doit avoir été atteint sous une direction supérieure, bien que par des moyens naturels.
L'idée téléologique, le concept de fin, est donc une des colonnes les plus importantes de ia philosophie de l'inconscient. Or, une fois cette idée éliminée des sciences naturelles, <îette philosophie devient à peu près superflue. Voilà pourquoi la polémique acerbe de l'Anonyme et de Lange n'a fait sur Hartmann -aucune impression, et encore moins les objec-
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tions de Klein contre le calcul des probabilités appliqué aux causes finales.
Soutenir d'une façon spécieuse, comme le fait Hartmann, que la finalité implique la causalité (1, 37 et suiv.), voilà qui n'amènera guère l'entente avec un adversaire de la téléologie. Les exemples produits pour expliquer le calcul des probabilités appliqué aux causes finales intelligentes n'auront pas plus de succès.
6oit Z la fin, M le moyen, nn les circonstances matérielles constatées au moment où commence laction de M, qui, pour ^'accomplir, doit avoir une cause efficiente suffisante. Trois cas sont possibles : I, nn suffit pour que M arrive ; II, nn a besoin du concours d'autres causes matérielles^ III, un élément de nature spirituelle doit intervenir si l'on croit pouvoir faire abstraction. du second cas. Donc 1+ III sont certains. Supposons que la probabilité du
cas I soit — » la probabilité du cas III devient
alors = 1 — - = ^ ~ ; c'est-à-dire que plus
X grandit, plus grande est aussi la probabilité de l'intervention d'une cause surnaturelle. Ce calcul est aussi simple que lumineux, et son
application à la démonstration du surnaturel, c'est-à-dire de l'inconscient, triompherait de toute contradiction si le cas II, où il s'agit en réalité de faits naturels, se laissait aussi facilement que sur le papier rayer d'un trait de plume. Qu'il n'en soit pas ainsi, les exemples choisis par Hartmann lui-même le prouvent d'abondance.
Considérons seulement celui de l'incubation det l'œuf. « L'éclosion du jeune oiseau, dit Hartmann, demande que l'œuf soit couvé; c'est un fait d'observation. Les circonstances matérielles (nn) qui précèdent immédiatement l'incubation (M) sont l'existence et la qualité de l'œuf, l'existence et la constitution physique de l'oiseau, et la température du lieu où se trouve l'œuf. On ne conçoit pas d'autres circonstances qui soient essentielles. 11 est bien peu vraisemblable que ces circonstances suffisent à expliquer comment Toiseau, si vif et si mobile, abandonne son genre de vie habituel, auquel l'instinct le sollicite, pour se tenir immobile et ennuyé sur des œufs. Si l'afflux du sang dans l'abdomen cause une sensation de chaleur plus vive, cette impression, loin de s'affaiblir, est encore accrue
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par rimmobilité et par la double chaleur du nid et des œufs. Ainsi la probabilité repré-
sentée par ~ est très-petite, celle de
se rapproche de 1 •
ce Examinons l'autre question; voyons si nous connaissons un cas où, l'oiseau et les œufs restant les mêmes, l'incubation n'a cependant pas lieu. Nous rencontrons d'abord des oiseaux qui ont fait leur nid dans des serres chaudes et qui ne couvent pas. L'autruche ne couve que la nuit, et pas du tout dans les régions brûlantes de la Nigritie. Parmi les circonstances nn^ l'oiseau et l'œuf ne peuvent donc plus être considérés comme des raisons suffisantes de l'incubation (M) ; il ne reste plus, comme circonstance matérielle complémentaire, que la température du nid. Mais personne n'estimera vraisemblable que la basse température soit la cause directe du phénomène de l'incubation ; il ne reste donc qu'à le rattacher à une cause intelligente, qui fait servir l'influence constatée de la température à la production du phénomène. C'est là, en quelque sorte, une certitude, bien que la question de
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la nature intime de cette cause intelligente demeure pleinement ouverte. »
La première proposition de Hartmann fausse déjà, selon moi, toute la suite de ce raisonnement. La seule et unique cause de Téclosion du jeune oiseau, ce n'est pas Tincubation, c'est la température. Les oiseaux qui ne couvent pas eux-mêmes, abandonnant ce soin à la chaleur du climat, n'ont rien à faire dans toute la question relative à l'instinct de couver, car ils sont exactement dans le même cas que les autres animaux innombrables qui ne couvent pas. Quelques espèces de ces oiseaux qui ne couvent pas, les autruches par exemple, n'ont très- vraisemblablement jamais couvé, et ils n'ont pas plus eu à apprendre qu'à oublier cette fonction; les autres, qui abandonnent leurs œufs à la chaleur de matières en décomposition, ont appris ce procédé commode nous ne savons comment, bien que nous puissions nous en faire une idée. Ainsi, la manière dont la question est posée est fausse. 11 faudrait dire : « Quelles sont les circonstances qui engagent l'oiseau à couver? »
Nous observons que les oiseaux domestiques, les poules, les oies, s'accroupissent
pour couver même quand il n'y a pas d'œufs.
On n'a donc que faire de l'autruche et des régions brûlantes de la Nigritie pour prouver que ce n'est pas Toeuf qui amène l'oiseau à demeurer immobile. S'ennuie-t-il ? Nous l'ignorons, mais il est permis d'en douter; nous ne savons pas davantage jusqu'à quel point l'élévation de la température lui plaît. Il senable que cela lui fait plaisir. Par conséquent, il faut aussi éliminer, comme Hartmann l'a noté, parmi les causes qui pourraient inviter l'oiseau à couver, la température froide. Bref, les circonstances matérielles que nous connaissons ne suffisent pas à expliquer pourquoi l'oiseau va s'accroupir sur un nid, que ce nid contienne ou non des œufs. Mais on n'aurait le droit d'éliminer le cas II et d'adopter,
ce ~"~ 1
avec la formule presque = 1, Tinter-
vention d*un principe surnaturel, que si l'on connaissait toute l'évolution paléontologique du reptile à l'oiseau que nous voyons couver, et qu'il devînt évident que tout à coup les oiseaux se fussent mis un beau matin à couver. A coup sûr, nous ne connaissons pas toutes les causes matérielles de l'incubation;
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ce n'est certes pas une raison pour adopter les sophismes de Hartmann et recourir à une <îause métaphysique.
De même pour l'exemple de la vision. Treize conditions, plus ou moins indépendantes les unes des autres, seraient nécessaires à l'exercice de la vue, et, d'un tour de main, Hartmann calcule qu'il y a en tout, pour l'existence d'une cause intelligente, une probabilité de 0,99988, c'est-à-dire qu'elle équivaut aune certitude. Hartmann ne se trompe pas en craignant de ne pas convertir un seul adversaire •des causes finales par de tels exemples, et cela par la bonne raison qu'ils sont insignifiants, insignifiants parce qu'ils dépassent trop l'horizon de notre vue. Des dilettantes sont seuls capables d'admirer ces tours de passepasse.
Bien que cette introduction de la Philosophie de V inconscient ne doive être qu'une première initiation à la doctrine, on y considère déjà comme presque complètement établie la connaissance de la finalité. Des causes intelligentes concourent à la production des phénomènes matériels; des causes intelligentes agissent conformément à leur nature; pour
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cela , une volonté et une idée de • ce qui est voulu sont nécessaires, a idée du processus matériel qui doit être effectué ». Et voilà comme rinconscient existe dans l'instinct, par exemple. Quod erat demonstrandum.
Ces remarques préliminaires ne nous ont guère inspiré de confiance dans Tinconscient. Il est temps d'examiner les phénomènes physiques dans lesquels l'inconscient doit prouver qu'il existe, manifester sa nature et révéler sa puissance. L'ordre dans lequel nous procéderons est tout indiqué par la Philosophie de l'inconscient. Nous parlerons d'abord de la première partie de l'œuvre, « les manifestations de l'inconscient dans la vie corporelle. » La mesure que Hartmann veut qu'on applique à sa philosophie est l'accord de celle-ci avec les résultats des sciences naturelles à notre époque.