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CHAPITRE VIII

l'influence indirecte de l'activité CONSCIENTE- DE l'ame sur les fonctions organiques

En examinant la prétendue influence dé- Tinconscient dans les productions organiques en même temps que la vertu curative de lanature, nous avons interrompu Tordre suivi par Hartmann dans ^z, Philosophie. Nous devrions étudier les chapitres intercalés d'une? manière épisodique dans la troisième partie de Touvrage, sur Tâme des plantes et le développement progressif de la vie organique. Mais,, auparavant, il convient de considérer rapidement les rapports de la volonté consciente avec les fonctions organiques. Je dis rapidement^ parce que, pour ce qui me concerne, je n'ai

rien à objecter aux idées relatives à la polarité des molécules nerveuses et à Fexcitation du courant nerveux, idées à peu près d'accord avec les opinions des physiologistes, non plus qu*à l'opinion d'après laquelle, à défaut de nerfs, d'autres éléments histologiques sont capables de recevoir des impressions de la volonté.

Ce n'est pas, toutefois, sans intérêt ni sans étonnement que nous apprenons que M. de Hartmann croit, pour l'avoir éprouvé lui-môme, non-seulement au magnétisme, à l'influence du magnétisme sur les organismes, mais aussi à une puissance pareille de la volonté chez les saints qui imposent les mains et chez les thaumaturges. Jusqu'ici, la science était au moins unanime à reconnaître que l'imagination des croyants et des infirmes faisait tous les frais de ces guérisons. Notre étonnement augmente lorsqu'on nous reconunande (I, 152), à l'effet d'apprendre plus à fond ce qui a trait à ces phénomènes, non pas en manière d'avis, mais en toute assurance, les œuvres de Reichenbach, le charlatan de l'od I

C'est à peine si, par exception, un ou deux lecteurs de la Philosophie de Hartmann aborderont l'étude des ouvrages mêmes de Reichen-

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bach. La plupart, comme il arrive d'ordinaire, ne s'occuperont pas autrement de la citation. Pour juger de ce que Hartmann demande à son public et se faire une idée des alliés avec lesquels la philosophie de l'inconscient vit en bonne intelligence, quelques détails sur la doctrine de l'od sont nécessaires.

Il y a environ vingt ans, un chimiste connu par plusieurs belles découvertes. Je baron de Reichenbach, inventa une force, appelée od, qui devait servir d'appui au magnétisme animal et, en même temps, l'expliquer par un principe général supérieur. Le théâtre de ses études sur l'od était de préférence la ville de Vienne, le berceau du mesmérisme, de la phrénologieet d'autres farces des temps modernes. Les poupées et les marionnettes parlantes chez lesquelles Reichenbach étudie et lit les phénomènes de la nouvelle force sont pour la plupart de jeunes et vieilles Grâces de la capitale autrichienne, exaltées et nerveuses. Leurs noms à toutes passeront à la postérité dans les écrits de Reichenbach.

L'od est de la môme nature que l'électricité, la lumière , et, en général , ce qu'on appelait les forces impondérables. Pour percevoir par

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le toucher et par la vue les effets de l^lément. impondérable qui émane des cristaux , des pierres, des plantes, des animaux vivants ou en putréfaction, et du monde physique tout entier, il faut, hélas I posséder une disposition particulière , une irritabilité spéciale , il faut être un sensitif , comme dit Reichenbach.

Lui-môme, le fondateur de la doctrine nouvelle, n'est pas un sensitif ; par lui-même, il ne perçoit point Tod, mais il se fie aux témoignages des sensitives, heureusement très-nombreuses. Il dirige l'expérience ; celles-ci observent : c'est pour ainsi dire un aveugle qui laisse les autres regarder pour lui dans le microscope.

Jusqu'ici, la science de la nature n'avait affaire qu'à des forces cosmiques et terrestres dont les phénomènes et les effets pouvaient être perçus par tout observateur possédant des sens normaux ; mais nous ne voulons pas trop nous arrêter à l'étrange qualité contraire de Tod. Écoutons comment il se manifeste aux sensitives qu'il favorise de ses révélations.

La couleur jaune fait sur ces femmes une impression désagréable; le bleu, une impression agréable; la base d'un cristal produit sur

la main cfni s'en approche une sensation tiède et désagréable; Tautre bout, le sommet, una sensation fraîche et agréable ; ce naême cristal, dans un endroit parfaitement sombre, apparaît au sensitif avec un éclat très-lumineux. Les^ fleurs aussi et les hommes deviennent lumineux pour le sensitif dans la chambre obscure; Tod qu'ils dégagent est lumineux. Les miasmes^ qui émanent des cimetières sont lumineux comme l'od. Une demoiselle découvrit par lasensation tiède et désagréable qu'elle éprouvadans le mollet gauche la conduite d'eau qui traversait le parc de Reichenbach. Les sensitifs sont également affectés par les mineraisqui gisent sous le sol ; ce sont des baguettes^ divinatoires vivantes.

Un .verre d'eau placé dans la lumière bleuede l'arc-en-ciel, au pôle aigu du cristal dont nous avons parlé, possède pour le sensitif un goût agréable, légèrement acide; le goût de l'eau devient désagréable si l'on a exposé leverre à l'influence de la lumière rouge ou jaune, de la lune, de Tautre bout du cristal. Gomme le verre d'eau, on peut charger d'od tout autre corps; on peut le faire passer àtravers tous les corps ; mais, par malheur, it

ne se laisse pas isoler, ce qui est «n grand obstacle à l'observation. Les corps se divisent en ceux qui paraissent tièdes et ceux qui paraissent frais au côté gauche du sensitif qui les examine.

Cela, de même que les particularités déjà mentionnées, montre qu'il existe dans le monde physique une polarité odique ; les matières électro-positives sont tièdes, les électronégatives fraîches. Celles-ci sont par conséquent odo-négatives , celles-là odo-positives. L'homme a tout le côté gauche, depuis le sommet de la tête jusqu'aux doigts des pieds, odo- positif, le côté droit odo -négatif; Taxe principal de notre corps est par conséquent Taxe horizontal; il y a pourtant aussi des axes odiques en longueur et en épaisseur. Les électricités de môme nom se repoussent, celles de nom^ contraire s'attirent : il en est de même des polarités de l'od. Un sensitif ne peut supporter le regard de mon œil gauche dans son œil gauche. L'hémisphère septentrional de la terre est odo -positif ; comme la moitié gauche de notre corps est aussi odopositive, un sensitif ne peut se coucher sur le côté gauche. L'axe longitudinal odique fait

qu'un vrai sensitif ne se sent à son aise au lit que s'il est couché au méridien odique, la tête au nord.

Ennemoser aussi sait que les malades guérissent quand le lit se trouve dans Taxe céleste voulu. Les magnétisés distinguent Teau magnétisée de Teau ordinaire ; devant un miroir, ils sentent les effets violents de la surcharge magnétique, provoqués par le reflet du fluide ; et Reichenbach a observé , c'està-dire s'est fait raconter que quelques-unes de ses dames sensitives sentaient devant la glace un souffle tiède désagréable. Nous laissons la comparaison fort détaillée du magnétisme animal avec l'od. Cependant Reichenbach avait trop de sens pour que la faiblesse du traitement magnétique pût lui échapper. Quand j'ai aperçu des médecins au lit des malades, dit-il, je les ai vus faire, à de rares exceptions près, des sauts si contraires à toute saine physique de l'od , qu'il était impossible qu'il pût en résulter quelque bien pour le malade I

Les sciences naturelles ont dû souvent reconnaître des faits en apparence incroyables et contraires à toutes les lois généralement acceptées. Bien qu'une foule de circonstances et

de faits, rapportés par Reichenbach de ses sensitives, paraissent exagérés ou positivement faux à tout naturaliste non prévenu, il valait pourtant la peine d'examiner une série des prétendus phénomènes essentiels de la nouvelle doctrine. Reichenbach chercha donc à convaincre les naturalistes de Berlin, mais il tomba tout à plat. Un témoin oculaire, le docteur Vogel, en a publié un excellent récit, fort impartial. Les tentatives faites pour démontrer les effets de Tod par la photographie ont complètement échoué, et les dames sensitives ont fait un terrible fiasco, ce Je commençais, raconte Vogel, par faire la connaissance d'une dame sensitive dans une chambre obscure.

Lorsque je m'approchais d'elle, elle afl&rmait voir une lueur à mes mains et autour de ma tête. Je la priais alors de m 'indiquer les mouvements que j'exécuterais avec ma tête. Ella indiquait que ces mouvements avaient lieu tantôt à gauche , tantôt à droite, tandis qu'en réalité je n'avais pas remué la tête. Reichenbach voulut examiner la force visuelle de la dame en s'éloignant d'elle à reculons. Lorsqu'il eut fait six pas, elle dit : Maintenant je ne vous vois plus. Je répétai l'expérience.

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mais je ne m'éloignai que de deux pas à peine, puis je frappai des pieds comme si je marchais. Lorsque j'eus frappé deux fois, la dame sensitive s'écria : Maintenant je ne vous vois plus !

— Un soir, je trouvai quelques dames et quelques hommes dans la chambre obscure. Je fis des expériences avec un monsieur sur la phosphorescence des mains. Il ne pouvait me donner d'indications exactes sur leurs mouvements ; il disait que la lueur restait souvent en place et souvent changeait. Tout d'un coup il s'écria : Maintenant je vois votre main très-distinctement ! Je le priai de la saisir. Il le fît et saisit l'air. J'avais les deux mains dans mes poches I

— Les sensitifs prétendaient aussi voir une cloche qui sonne. J'étendis un mouchoir entre leurs yeux et la cloche; une des dames dit alors que la cloche n'était plus visible. J'abaissai le mouchoir de façon à la rendre de nouveau visible si elle pouvait l'être. Cependant personne ne la vit. Mais en même temps je sentis que l'on tira sur mon mouchoir, et je saisis deux mains. Avant de répondre, les sensitives avaient promené leurs mains, senti le mouchoir, et, croyant que celui-ci cachait encore la cloche, déclaré qu'elle était encore in-

visible. Oui, oui, disait Reichenbach, avec moi les expériences réussissent toujours, avec des étrangers rarement ou jamais. »

C'est l'arrêt de mort de la force odique, confirmé par Reichenbach lui-même. Pour se rendre intéressantes, une partie des sensitives a tout simplement menti; une autre aperçu des phénomènes lumineux subjectifs, ce qu'on appelle la phosphorescence des yeux, c'est-àdire une reproduction cérébrale d'impressions lumineuses antérieures. Que ces sensations visuelles soient fort communes, surtout lorsqu'on est excité et qu'on désire voir quelque chose, voilà à quoi l'inventeur de l'od n'a pas fait attention. Il a encore oublié de dire à son public que la phosphorescence de quelques cristaux dans l'obscurité est un fait connu en physique, quoique encore assez peu expliqué, mais que peut voir le premier venu sans être sensisif. Les illusions des perceptions lumineuses subjectives dans la chambre obscure ont été également confirmées par les consciencieuses expériences d'Aubert et d'Oppel sur la chimère de l'od.

Nous voilà maintenant suffisamment édifiés sur ce sujet. C'est bien en vain qu'on se

vante de suivre la méthode inductive des sciences naturelles lorsqu'on attache, comme Hartmann , une importance sérieuse à des faits de ce genre, unanimement relégués par la physique et la physiologie dans le domaine de la jonglerie. Hartmann s'est laissé aller à cette faiblesse impardonnable par sa tendance au mesmérisme, qu'il reconnaît vrai avec cette restriction : il se sent obligé de mépriser comme de vains fanfarons, comme des charlatans menteurs, les magnétiseurs qui ne craignent pas déposer aux somnambules des questions qui n'intéressent pas directement ces dernières. Mais il admet la seconde vue ou clairvoyance dans les affaires individuelles, la dictée d'ordonnances médicales par des hystériques magnétisées et, ce qui est l'essentiel, l'effet curatif de ces remèdes, comme des faits bien établis d'après la méthode inductive des sciences naturelles.

Oui, il paraît croyable à Hartmann que des personnes clairvoyantes indiquent pour les maladies d'autres personnes des médicaments efficaces, pourvu que celles-ci leur soient particulièrement chères (II, 12). Le fait que les ordonnances des voyants ne sortent

pas du cercle des riens inoffensifs, — par exemple de Teau magnétisée, — et ne contiennent que des remèdes dont on a parlé en leur présence, n'arrête pas Hartmann. Il embrouille ainsi sans aucune nécessité le phénomène, et saisit alors l'occasion qui se pré- -sente fort à propos de confesser sa foi à la réalité des rêves, des pressentiments, des visions prophétiques, et à l'intervention de Tinconscient dans toutes ces jongleries.

Que dit donc, quelques pages plus loin, le philosophe de Tinconscient ? « 11 n'y a qu'une philosophie qui puisse espérer de tenir tête au matérialisme : c'est celle qui tient pleinement compte de toits les résultats des sciences naturelles ! »

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