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LA VERTU CURATIVE DE LA NATURE ET LA PRODUCTION ORGANIQUE

Les mouvements réflexes, avec leur finalité, ne dépendent pas seuls de l'activité instinctive de l'inconscient. Cette bonne et complaisante fille à tout faire se laisse imposer encore une foule de choses qui peuvent être comparées avec plus ou moins de bonheur à l'instinct. La comparaison est d'autant plus séduisante que son auteur possède des idées moins nettes de ces choses et trouve plus commode de pallier d'un mot Tinsuffisance du savoir.

Une grande partie des phénomènes consécutifs à certaines lésions et à certaines sections, et que Hartmann, ainsi que d'autres, invoque

presque toujours sans indiquer les sources, pour montrer Tindépendance des consciences ganglionnaires, la puissance de Tidée d'espèce ou seulement l'étendue de la force régénératrice, n'a plus été contrôlée depuis le milieu du siècle dernier, depuis Spallanzani, Bonnet, Schaeffer, etc. Demander une révision de ces matériaux à Hartmann serait injuste, d'autant plus qu'un grand nombre de faits subsistent et ont été constatés, dont il peut tirer profit pour son système.

Quant à nous, qui avons surtout intérêt à savoir si les faits sont exacts et méritent confiance, nous devons examiner les cas de régénération. Nous trouverons qu'un certain nombre de simples régénérations n'ont nullement besoin du luxe d'un inconscient surnaturel et qu'on les peut expliquer par les plus simples processus organiques ; d'autres , qui comptent parmi les ouvrages les plus merveilleux de l'inconscient, ou inspirent plus que des doutes, ou se ramènent à des cas plus simples ; d'autres enfin * nous placent dans cette alternative : explication scientifique à laquelle

i. Voir surtout la Physiologie comparée de Milne Edwards.

il faut renoncer provisoirement, ou principe idéal. On verra peu à peu que, plus il va, plus l'inconscient a d'appétit, si bien qu'à la fin il faut lui abandonner la direction et la prévision de tout ce qui se fait dans le monde organique. Avec cela, on nous assure sans cesse que tout arrive d'une manière naturelle. Alors pourquoi le grand principe de Hartmann se soucie-t-il de lois naturelles ?

Que Toiseau répare son nid endommagé ou qu'il lui repousse une plume arrachée, que Taraignée raccommode sa toile déchirée ou que le limaçon rajuste un morceau enlevé de sa coquille, tout cela revient au même, s'il en faut croire Hartmann. Partout l'idée inconsciente du but associée à la volonté consciente de le réaliser par le moyen qui doit y conduire.

L'idée inconsciente de la nécessité des organes, voilà la cause fondamentale de la réparation de la coquille du limaçon ! Pourquoi pas ? Quelle est donc T activité organique qui se manifeste, lorsqu'on enlève un morceau de la coquille d'un limaçon ? Les cellules glandulaires qui sécrètent les matériaux de la coquille, étant mises à nu, se trouvent danscin état d'irritation; le soleil, l'air, les contacts agissent

directement sur elles, et cette irritation mécanique produit une augmentation de la sécrétion, dont le résultat, lorsque c'est la surface de la coquille qui a été endommagée, est un rapiécetage assez misérable de la paroi calcaire. La restitution est plus complète lorsque le bord de la coquille a été brisé : en ce cas, elle est rœuvre de la partie marginale du manteau, qui seul est pourvu d'un appareil glandulaire complet.

Dans cet exemple et dans tous les faits de régénération analogues, pour celle d'une plume ou d'un cheveu, on n'a besoin d'aucun appareil métaphysique. Celui qui y a recours et prétend en même temps être à la hauteur des idées de la science se contredit tout d'une haleine. Mais rien ne caractérise mieux la manière et la méthode de Hartmann. Pour les phénomènes physiologiques les plus simples, par exemple pour les sécrétions cellulaires consécutives à des irritations mécaniques, il évite de recourir aux explications scientifiques les plus prochaines, afin de pouvoir invoquer son principe pour les cas plus difficiles avec une plus grande apparence de raison.

Diverses considérations accessoires viennent

démpntrer clairement queTidée qui doit reproduire le type spécifique détermine Tactivité génératrice. « Si Tanimal n'est pas encore tout à fait développé et qu'on retranche une partie de son corps, dit Hartmann, la partie régénérée ne reproduit pas l'état ancien, mais elle est conformée comme elle devrait l'être si elle avait suivi le développement normal que le type de l'espèce assigne à Tanimal. On peut le voir en coupant la patte d'une jeune salamandre ou la queue d'un têtard de grenouille. »

Que voit-on en effet ? Que de jeunes têtards reproduisent leur queue, tandis que d'autres plus âgés, de quatorze à vingt jours, ne supportent plus du tout la perte de la queue entière (d'après Gûnther, chez Owen).

Ce n'est pas là, je pense, un ouvrage bien imposant de Imconscient. De même, si l'ossification de la patte d'une salamandre a fait des progrès. Ce qu'on ne s'expliquerait point, ce qui pourrait même être attribué à un caprice de l'inconscient, ce serait que la salamandre recouvrât son moignon encore cartilagineux comme au moment.de la section, et non une patte osseuse, en rapport avec la nutrition du membre et avec la phase d'ossifi-

cation, c'est-à-dire avec la quantité de sels calcaires contenus dans le sang. L'accroissement annuel de la ramure des cerfs serait un autre témoignage de la sagesse de l'inconscient; pour nous, la nouvelle ramure du cerf paraît dépendre naturellement de la croissance de l'animal depuis la pousse de l'ancien bois.

Nous avons déjà parlé des lois naturelles dont l'inconscient fait un usage bien superflu: la contradiction, en effet, est flagrante. Les cas les plus simples feront comprendre notre pensée, comme ceux que nous venons de citer.

Ainsi, d'après Hartmann, l'inconscient doit compter les cheveux. Un cheveu est-il arraché ou tombe-t-il, il faut que l'inconscient intervienne pour qu'il soit remplacé. Certes, l'anonyme a eu bien raison de dire que la philosophie de rinconscient sera peut-être invoquée dans plusieurs siècles comme le dernier asile des dogmes de la théologie; ce que je viens d'écrire m'y fait précisément songer. Les lois générales de la physique et de la chimie ne jouent à côté de la volonté inconsciente qu'un rôle très- subordonné comme moyens pour atteindre le but. Qu'il n'en aille pas ainsi en réa-

lité, on le voit sans peine pour peu qu'on réfléchisse.

Dans des milliards et des milliards de cas, la régénération n'a pas lieu, alors qu'on devrait croire qu'il est excessivement facile pour la force psychique « de produire les circonstances grâce auxquelles, en vertu des lois générales physico -chimiques , la restitution des états normaux devrait suivre. » La nouvelle philosophie nous informe ici que la lésion n'est pas réparée lorsque la force de la volonté inconsciente ne peut triompher des circonstances.

Mais voilà justement où gît le lièvre : les circonstances sont r essentiel, non Vinconscient, mais Vinconnu et ces circonstances sont 1% dont la philosophie de Vinconscient ne novÀ rapproche pas d'une ligne. C'est l'œuvre des recherches pénibles qui réduisent les loii^ physiques et chimiques à leurs éléments.

Considérons maintenant d'autres exemples de la vertu curative de la nature. Parmi les circonstances secondaires qui doivent témoigner de l'intervention de l'inconscient, Hartmani^ rapporte que l'énergie médicatrice dépensé^ dans la régénération d'une partie est d* autant plus grande que la conservation de l'animal y est

plus intéressée. « AijQsî, selon Spallanzanî, les vers régénèrent leur tôte avant leur queue ; chez les poissons, les nageoires enlevées se reproduisent dans Tordre d'importance : d'abord les caudales, puis les pectorales, les ventrales, en dernier lieu les dorsales. » J'ignore la source où Hartmann a puisé l'expérience des nageoires.

Selon un savant très-digne de confiance. Van der Hœven, de petites parties enlevées sont seules régénérées, et la régénération ne s'étend qu'aux rayons osseux extérieurs, tandis que les parties qui soutiennent les nageoires ne se régénèrent pas. La succession qui a été indiquée plus haut dans la régénération s'expliquerait par la circonstance que c'est la nageoire caudale qui sert la plus, puis les nageoires pectorales et ventrales, enfin les nageoires dorsales, et que c'est aussi dans cette succession que l'afflux du sang est le plus vif, en vertu de causes purement mécaniques. La nageoire dorsale des Salmones, lorsqu'elle a été lésée, n'est plus restaurée. En tout cas, les circonstances sont ici plus puissantes que l'inconscient. Il n'est pas question d'une régénération des nageoires lorsque des parties de la musculature et du squelette ont été lésées en même temps, ce que l'on devrait

pourtant attendre d'après les paroles de Hartmann. Pourquoi le principe, Tidée, le type spécifique est-il impuissant dans ces cas simples ? La philosophie de Hartmann ne répond pas à cette question. Cette foule de cas, dont on pourrait augmenter le nombre, où éclate Y impuissance de V inconscient, est donc fort instructive. Les causes qu'allègue Hartmann (I, 127) touchant la diminution de la vertu curative chez les animaux supérieurs ne satisferont personne, parce qu'elles ne disent rien de l'absence de guérisons chez les inférieurs. Mais nous avons encore d'autres exemples à rapporter. Au nombre des régénérations les plus merveilleuses, on a toujours considéré celles qui ont lieu chez les vers coupés en deux, chez les limaçons après l'ablation de la tête . Spallanzani avait fait déjà ces expériences. Elles ont été souvent répétées et vivement discutées par ses contemporains, vers le milieu du siècle dernier. Des Versuche mit Schnecken [Expériences avec les limaçons)^ de Schaeffer, l'écrit le plus complet sur ce sujet, on ne tire pas grand'chose. De nouvelles recherches seraient nécessaires pour savoir si la tête se régénère réellement avec tous les

détails, le système nerveux, Tappareil pharyngien, etc., et avec toutes les particularités histologiques. La régénération de la partie postérieure du corps, dont parle Schaeffer, n'est pas une régénération complète : ce n'est qu'une cicatrisation avec restitution d'un peu de substance. Pour toutes cesguérisons incomplètes, la Philosophie de P inconscient a une excuse : la force de la volonté inconsciente n'a pas, il est vrai, triomphé des circonstances extérieures, elle n'a pu régénérer telle partie d'une façon normale ; mais le type spécifique apparaît pourtant à travers les monstruosités (I, 125).

Ce que raconte Hartmann de la régénération de la tête et de la queue des « annélides ou des vers » après des incisions transversales a besoin à la fois d'être restreint et étendu. Sur un segment du tronc d'un ver de terre, Spallanzani vit, en effet, la tête se développer, mais seulement quand on n'avait coupé qu'un petit fragment de la partie antérieure du ver. Dugès a répété ces expériences en 1828 {Annales des sciences naturelles , XV, p. 318), pour le Lumbricus trapezoides.

Il trouva que la tête se régénérait si huit

anneaux tout au plus avaient été enlevés. Les moitiés postérieures périssent simplement, et, en général, « tout segment peu considérable ne tarde pas à périr. » Les choses se passent tout autrement chez les Naïdes, où la guérison qui suit la section doit être rattachée à la reproduction par segmentation et bourgeonnement. C'est d'ici en général que s'ouvre la voie scientifique qui mène à Vintelligence véritable de la régénération.

Dugès, il y a cinquante ans, a fait aussi des expériences sur les Planaires; ces expériences, bien que loin de répondre aux exigences de la science de nos jours, sont pourtant assez intéressantes. L'assertion générale de Hartmann, qu'il n'a probablement pas puisée à la source, que, « chez les Planaires, chaque segment, quand même il ne représenterait que 1/10 ou 1/8 de ranimai tout entier, reproduit une Planaire nouvelle, » repose sur une seule expérience de Dugès, expérience superficielle et incertaine qui laisse beaucoup à désirer.

Cependant, je ne veux pas contester la possibilité de cette régénération complète d'un individu, car il résulte clairement de ce»

expériences que même le tronçon postérieur

dépourvu de ganglions possède une force extraordinaire de reproduction. Mais précisément cette circonstance, que Hartmann ignore probablement, est bien faite pour ébranler la croyance à une idée inconsciente qui se reconstruit son corps. Des chapitres sur l'instinct et les actions réflexes il ressort que Hartmann s'imagine que, partout où dans le règne animal apparaissent des ganglions ou des centres nerveux inférieurs, le type spécifique, l'idée de l'espèce s'est servie de ces appareils nerveux comme d'instruments pour régler, grâce à la présence des idées inconscientes dans ces appareils, les fonctions organiques. De même, les œuvres de 1* vertu curative delà nature, on nous l'a enseigné, sont encore des actions qui doivent être rapportées à l'instinct.

Mais, dans le cas des Planaires, lorsque les parties qui président à l'exécution de ce qu'effectue la volonté pour la régénération de l'organisation lésée, lorsque les ganglions qui possèdent l'idée inconsciente de l'intégrité des organes, idée nécessaire à la guérison, ont été détruits, où résident la volonté et ridée inconscientes? Là où elles se trouvent,

nous répondra-t-on, chez l'Hydre coupée en morceaux, dont les fragments peuvent reproduire un polype entier. Ce serait oublier la simplicité bien plus grande du polype, chez lequel se manifestent des phénomènes psychiques sans qu'il existe de nerfs, alors que, dans la régénération des Planaires par un tronçon postérieur ou par un fragment latéral, il s'agit d'une différenciation bien plus grande des tissus, d'une régénération du système nerveux tout entier ou de ses parties essentielles. Aussi bien, nous avouons volontiers que nous n'avons point par devers nous d'explication mécanique et physiologique de ces faits, et qu'en appeler à la mémoire organique c'est recourir à une hypothèse provisoire de valeur douteuse. Il existe encore un grand nombre d'observations de régénération chez les vers, par exemple celles où van Beneden a montré que les serpulacées se régénèrent complètement par l'extrémité caudale. L'intelligence de ces phénomènes nous échappe encore; mais on est sur la voie, je crois, grâce aux phénomènes de la reproduction par division ou segmentation. On ne saurait bien comprendre ce mode de reproduction chez des formes animales aussi

élevées que les annélides, si l'on ne part pas des plus simples phénomènes de division observés dans la reproduction des protistes.

La régénération des rayons arrachés d'une astérie apparaît bien comme un effet de la puissance curative de la nature ; mais, d'après des recherches récentes, ce n'est, dans tous les cas où la séparation a été régulière, qu'une reproduction par bourgeonnement. Les perturbations que subit dans ce cas l'organisme sont tout à fait étonnantes, par exemple, chez VOphiactis vi7*idis, petite ophiure de la Méditerranée, chez laquelle, dans la segmentation normale, Testomac, les vaisseaux, le système nerveux se déchirent juste au milieu.

Ici encore, la science doit provisoirement se contenter de rapprocher par analogie ces cas extrêmes des cas plus simples; quant à ce qu'as: sure la Philosophie de Vinconscient^ que l'inconscient préside d'abord au déchirement, puis à la régénération des tissus, la science n'y saurait rien voir qui ressemble à une connaissance scientifique. La philosophie de l'inconscient n'a jamais recours, pour apaiser notre soif de connaître, au vrai remède, aux sources abondantes et fécondes de la causalité ; elle ne pos-

sède que des préparations calmantes et assoupissantes.

C'est un opiacé à l'usage des esprits faibles.

Voilà tout le secret de son succès. Ces analogies systématiques, toutes de nuances et de dégradation savante, qu'enseigne Técole des sciences de la nature, existent à peine pour la philosophie de Tinconscient, parce que son principe n'en a que faire et est toujours prêt à intervenir même dans les choses les plus hétérogènes. 11 rapproche ainsi des phénomènes qu'un naturaliste n'aurait jamais la pensée de comparer.

Certaines- araignées et écre visses, lorsque l'une de leurs pattes est blessée, rejettent loin d'elles le moignon du membre fracturé à la hauteiu* de l'articulation supérieure la plus rapprochée. Cela résulte probablemement de contractions musculaires spasmodiques , partant morbides, produites par le nerf blessé, déchiré ou écrasé. Ce qui témoigne en faveur de cette opinion, c'est, entre autres exemples, que les holothuries, qui, quand on les a prises, expulsent leurs intestins, en sont empêchées lorsqu'on sectionne habilement et rapidement leur anneau nerveux pharyngien. On interrompt

ainsi le courant nerveux, très-puissant, qui provoque les efforts violents de la musculature tégunaentaîre.

Hartmann, qui n'a pas reconnu le point de convergence de ces phénomènes, y rattache le suivant. C'est ici qu'il faut l'entendre luimême : « Dans l'invagination intestinale et la hemie étranglée, des fragments d'intestins longs de plusieurs pouces , quelquefois longs d'un pied, sont rejetés par l'anus ; et cependant le malade continue souvent de vivre et les voies digestives se rétablissent. L'expulsion d'un fragment intestinal qui fait hernie peutelle être rapportée à une autre cause qu'à celle qui agit chez le crabe lorsqu'il rejette loin de lui sa patte fracturée, ou chez l'araignée qui fait sauter la sienne en éclats ? »

Alors même qu'on ne saurait pas ce que c'est qu'une invagination intestinale, on admettra sans peine que l'expulsion d'un fragment d'intestin mortifié à la suite d'une stase sanguine est une nécessité absolue, purement mécanique, à laquelle se joint, dans les cas les plus heureux, la réunion des bouts déchirés et l 'élimination par les voies naturelles du lambeau rejeté. On est d'autant plus éloigné de penser

ici à un principe surnaturel que, sur cent cas, c'est à peine s'il agit une seule fois avec quelque efficacité, tandis que, dans les quatre vingt-dixneuf autres, il laisse misérablement périr le malade. Ces quatre-vingt-dix-neuf victimes, en bons philosophes de l'inconscient, doivent se consoler en songeant que le principe y était, mais que des circonstances fatales ont empêché

son action.

Quant aux pattes de crabes ou d araignées, que ces animaux rejettent quand elles sont fracturées, la cause de ce phénomène, autant que nous pouvons la connaître d'une manière générale, est tout à fait différente. L'intervention de l'inconscient supposerait un double caprice de ce sorcier aux formes plus nombreuses que celles de Prêtée. D'abord il se restreindrait tout à fait sans motif à quelques crabes et araignées ; ensuite, il se livrerait a une prodigalité inutile de matériaux, puisque, dans tous les autres cas, le moignon sert] encore. Hartmann lui-même prise pourtant volontiers la lex parcimoniaa *, cette écono-i

i. La lex parcimoniœ a été établie pour la première fois| par Maapertuis ; cependant Topinion que la natui^e moDtre| une sa^e économie dans l'emploi des moyens matériels est anthropomorphique et^fausse, bien que fort en faveur auprès

nie de la nature que les naturalistes , il est mi, ne connaissent pas.

Mais cela, on l'imagine sans peine, n'em- 3arrasse point la philosophie de l'inconscient. jGs moyens de guérîson que la volonté trouve lans Torganisme sont très-restreints. Sa puisjance sur les divers tissus a des limites trèsmables. Le but qu'elle conçoit ne peut être ilteint souvent que par les détours les plus donnants. Aussi Tidée du but poursuivi au oailieu des moyens employés par l'organisme échappe souvent tout à fait aux yeux peu exercés. Le regard perçant du savant est seul en 5tat de la reconnaître, parce que seul il comprend qu'aucune voie plus courte ne pouvait conduire au but.

ie ceux qui n'oQt qu'une teinture de sciences naturelles. U )n est de cette prétendue économie comme de l'axiome qui lit que la ligne droite est le plus court chemin d'un point i un autre. Le plus court, soit, mais pas toujours le meileur. Au contraire, le naturaliste trouve souvent un gaspil« âge énorme de matériaux, avec ce résultat que de cette açon l'espèce se conserve. Comme toujours, on peut voir û la réalisation de lins, mais en faisant violence aux hoses. Hartmann le reconnaît en partie, lorsqu'il parle de létours par lesquels l'inconscient arrive au but. Touchant Ç gaspillage des germes (huîtres, vers rubanés), l'inconsient n'est guère excusable, car il aurait pu créer de meilfcurs arrangements pour leur conservation. On a vu de [uelle façon il s'excuse.

La physiologie et la pathologie ne possèdent pas ce le regard perçant du savant » ; d'après Hartmann, elles restent à la surface (1, 142); le naturaliste a rempli son devoir lorsqu'il a donné une explication provisoire (1, 138). Celui que ne satisfait pas la pénétrante révélation des perturbations, des maladies et des guérisons dues à rinconscient, dont nous avons donné quelques échantillons, il n'y a, en vérité, rien à lui dire. Parlons sérieusement : le chapitre de la vertu curative de la nature n'est malheureusement qu'un écheveau si embrouillé de vrai et de faux, de demi-erreurs et de faits à moitié mal compris, une telle collection d'observations très-simples, accessibles à l'explication, et de phénomènes encore tout â fait problématiques, qu'on a le vertige en le parcourant.

Seul, un estomac assez robuste pour digérer de pareilles choses sans en être indisposé peut absorber un tel chaos * .

Tout ce qui précède a pour conséquence nécessaire de présenter comme l'œuvre de Fia-

i . Les idées principales touchant la vertu curative de la nature se trouvent chez Carus {Psyché, p. 95-100). Seulement, grâce à un point de vue plus élevé de la nature de la maladie, Hartmann n'admet pas que Torganisme cède aui maladies considérées comme des idées étrangères.

conscient non - seulement le rétablissement des fonctions et des organes dérangés, mais, d une manière générale, toute production organique. Le plus éclalant triompfie de la physiologie moderne a été d'enlever à la force organisatrice, à la force vitale, tout prétexte d'existence. La « philosophie de V inconscient » ramène ces idées au son des tambours et des trompettes. Elle a bien annoncé, il est vrai, qu'elle tenait pour fausse toute spéculation en contradiction avec les claires données de la science, mais elle s'est réservé, comme une porte de derrière, la faculté de déclarer fausses toutes les conceptions et interprétations qui seraient en désaccord avec les résultats d'une spéculation purement logique (I, 12).

Comme la vertu curative de la nature, l'activité organique est un mode de l'instinct dont le propre est de réaliser l'idée type de l'espèce, tandis que la vertu curative de la nature a pour objet de conserver l'expression ainsi réalisée de l'idée dans les individus. En tête de toute cette déduction se trouve encore une fois, et dans sa forme la plus déplaisante, la finalité de la production organique. La fin du

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règne animal est le développement progressif de la conscience. L'accomplissement de ce but rendait nécessaire la division du monde organique en règne végétal et en règne animal. La plus grande dépense de forces pour la vie de la pensée intérieure exigeait que les animaux fussent déchargés du soin de tirer leur nourriture de la matière inorganique. Voilà Tœuvre des corps enracinés dans la terre, et si Ton demandait pourquoi le tout-puissant inconscient n'a pas créé des êtres qui, par une moitié de leur corps, tireraient la nourriture de la terre, tandis qu'avec l'autre ils feraient serviicette nourriture au développement de la conscience, on répondrait que la conscience ne peut atteindre un degré supérieur que par l'expérience et que l'expérience ne peut être

acquise que par la faculté de se mouvoir.

On démontre de la même manière comme quoi l'organisation animale, telle qu'elle existe, était nécessaire. La philosophie de l'inconscient ne s'aperçoit pas que, en- construisant le monde organique au point de vue téléologique , elle verse dans l'empirisme le plus grossier, à l'autre pôle de toute spéculation philosophique. Pourquoi donc le tout-puissant

et omniscient iaconscient n'a- 1- il pas arrangé les choses plus simplement ? Hartmann pourrait très-bien s'imaginer un principe organisateur qui aurait mis les animaux à même de \ivre des matières contenues dans Tair. Là où nous observons dans la nature des parties défectueuses, ou contraires au but, on nous informe qu'une finalité parfaite ne peut se rencontrer dans le détail, « parce qu'autrement le corps ne serait plus exposé à la maladie ni à l'affaiblissement : il serait immortel. » La nature conserve, en vertu de la consciente l^ex pardmoniœ, des organes typiques, mais devenus inutiles, parce qu'ils existent, et qu'elle n'aime pas à abandonner les voies battues.

Les productions organiques se rattacheraient d'une manière continue et progressive à l'activité instinctive {I, 164). Le même principe clairvoyant préside à la croissance et au renouvellement des coquilles , des carapaces d'écrevisse, des plumes et des poils, comme à la construction des nids et des cavernes. Si l'écureuil fait une provision plus abondante à l'approche d'un hiver rigoureux, — ce qu'il faudrait, d'ailleurs, examiner de plus près, il Dae semble, — c'est la même chose que si le

cheval se garnit d'une robe plus épaisse dans les années de froid. L'ouvrage de Hartmann nous offre toute une collection de' faits semblables mis en parallèle et identifiés avec les instincts, et nous accordons bien volontiers qu'il n'est pas possible de tirer une ligne de démarcation très-nette. Quant aux sciences naturelles, aussi conséquentes que la philosophie de l'inconscient dans l'explication des phénomènes par son principe, elles doivent naturellement continuer à lui opposer une fin de nonrecevoir.

La comparaison de la force organisatrice avec la vertu curative de la nature est aussi fort conséquente. Si Ton conçoit la nutrition au sens le plus étendu, le soin d'en préparer d'avance les matériaux sera une tâche capitale de la force organisatrice, et celle-ci deviendra force curative lorsqu'il s'agira de préserver l'organisme des perturbations qui le menacent. On peut y rattacher les phénomènes de reproduction, et, selon notre philosophe, l'âme; l'inconscient produit tous les changements qui ont lieu dans l'œuf, depuis la fécondation j usqu'à la fin de l'évolution de l'embryon.

Celui qui a pris la peine de suivre Hartmann

jusqu'ici auraadmiré avec quelle facilité il a résolu les problèmes les plus ardus. Les sciences naturelles ont préparé et posé les questions ; pour la Philosophie de Vinconscient^ c'était un jeu que d'y répondre. Dans le chapitre qui vient de nous arrêter, en effet, le problème capital de la biologie a été traité, en passant sans doute, — le problème de la reproduction et de l'hérédité. Quoi de plus simple que d'imaginer que l'âme s'empare pour le façonner du substratum matériel qui lui a été fourni et « est occupée, durant la plus grande partie de la vie embryonnaire, à construire les mécanismes qui lui épargneront plus tard dans la vie, en très-grande partie, le travail nécessaire pour dominer la matière. » Il n'y est point question du problème si difficile de l'hérédité * ; on n'a besoin que de la volonté qui produit, « avec des éléments qui sont partout les mêmes, les espèces les plus diverses avec les nuances si délicates qui les distinguent et la multitude infinie de leurs systèmes, de leurs organes et de leurs tissus. »

i. Comparez cependant Philosophie de F inconscient y II, 226, et Le Darwinisme f ce qu'il y a de vrai et de faux dans cette doctrine, p. 121. Nous y reviendrons plus bas.

Les succès de lo. Philosophie de Vinconsdent doivent être en grande partie attribués à cette absence de pensée et de réflexion qui se montre satisfaite de ces grandes phrases vides. En outre, les adeptes de cette doctrine se croient en possession du savoir le plus profond, alors qu'en fait et aux yeux des savants véritables les questions n'ont pas a,vancé d'un pas.

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