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zéro, a été jusqu'à la fin un processus purement physique, et même de Tespèce la plus simple : évaporation et restitution par endosmose. Hartmann lui-même connaît fort bien le mécanisme de la circulation de la sève (II, 68); néanmoins il rebat la cervelle de ses innocents admirateurs de son inconscient clairvoyant.

Ceux-ci doivent admettre qu'entre la branche verte de la serre chaude et les racines, lesquelles ne se doutent de rien, ce n'est pas le transport mécanique du liquide dans la tige qui a servi de moyen, mais bien Tinconscient, qui a ordonné aux racines d'absorber l'eau. Je ne saurais découvrir un autre sens aux paroles de Hartmann.

Naturellement l'activité organogénique des plantes insectivores, qui se nourrissent de substance animale, joue ici un rôle. Tout ce qui a été observé à ce sujet depuis le siècle dernier, Hartmann le fait servir à la confirmation de sa foi en une volonté qui travaille à réaliser des fins. 11 croit avec Autenrieth que la capture des insectes par les plantes est identique à l'instinct des polypes verts d'eau douce; a car, ajoute Hartmann, le contact de la bouche de cet animal produit aussi l'effet du poi-

son. » D'abord, cela est inexact; ce n'est pas le contact de la bouche, mais celui des organes urticants nîicroscopiques répandus sur tout le corps des polypes, qui est venimeux. Ensuite, le rôle physiologique de la digestion des matières animales chez ces plantes est encore fort obscur. La Philosophie de Vinconscient étant cUchée, on lira encore dans la prochaine édition : « Ces plantes absorbent par leurs feuilles les corps décomposés des insectes ; elles s'en nourrissent et s'en engraissent, comme le montrent les expériences faites sur la dionée. » Il sera donc utile de rappeler que c'*est justement le contraire qui a été dérn.ontré^. Le résultat de l'examen judicieux et méthodique n'est pas encourageant pour la philosophie de l'inconscient. « Notre connaissance de la contraction n'a en rien profité, et cela devait être, parce que le mouvement de notre feuille n'a rien à faire avec les contractions musculaires, mais se rattache aux autres mouvements des plantes. Des deux propriétés qui devaient établir l'affinité de la dionée avec les animag^ (capacité de digérer et contractiUté), la pre-

i. Munk, Die Elehtrischen und Bewegungerscheinungm am Blatte der Bionaea Muscipula (Leipzig, i 876).

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mière seule reste ; et même pour celle-ci des doutes se lèvent dans Tesprit lorsque, d'une part, on constate le grand nombre des racines de ces plantes et leur splendide croissance quand elles sont ^privées de toute nourriture animale ; d'autre part, lorsqu'on voit les feuilles périr par l'accès de la nourriture animale, étouffer en quelque sorte en mangeant, ou plus exactement être empoisonnées par la nourriture. »

Il se peut que la capture des insectes soit utile à la dionée, mais leur digestion lui est nuisible.

Mais ce sont surtout, comme on pouvait s'y attendre, les organes de la fécondation, de la reproduction en général, qui permettent à l'inconscient de déployer tous ses moyens. Nous nous contenterons de renvoyer, pour ce sujet, à l'ouvrage classique de Hermann Mueller, grâce auquel, sur ce terrain du moins, on peut considérer comme écartée l'intervention de l'inconscient.

Laissant de côté les mouvements réflexes et la vertu médicatrice de la nature dans le règne végétal, nous arrivons maintenant à quelques phénomènes auxquels Hartmann donne

le nom àHnstincts de la plante. Il commence par mettre sur le compte de l'instinct, c'est-àdire, nous le rappelons, d'une volonté consciente du moyen réalisant une fin inconsciemment voulue, les réactions de la plante consécutives à l'excitation de la lumière. C'est encore une fois, et non la dernière, le polype^ l'animal favori de Hartmann, qui doit en fournir la preuve. Le polype se porte d'un endroit obscur vers un endroit éclairé : le même instinct pousse les oscillaires vers la lumière, le tournesol vers le soleil. Chaque mouvement d'une feuille, privée des rayons directs du soleil, vers la lumière, serait de Tinstinct.

Par cette interprétation, par cette extension du concept de l'instinct que la botanique n'admet pas et qui n'est pas conforme à la méthode scientifique, la philosophie de l'inconscient sera naturellement forcée de donner le nom d'instinct à toute la croissance du monde végétal. Hartmann lui-môme indique, comme un résultat capital de la physiologie des plantes : « que les directions que les plantes ou Its parties des plantes suivent dans leur développement dépendent en général de la gravitation et de la lumière » (II, -69). Ainsi, la lumière

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et la pesanteur sont les causes efficientes qui poussent les oscillaîres dans une direction détenninée , qui font prendre à la feuille telle position. Nous ignorons les niodificatiôns moléculaires qui ont lieu dans ces mouvements; elles ne sont pas plus claires si Ton fait intervenir un principe métaphysique à titre de cause efficiente. Cela ne nous rend pas plus savant et ne sert qu'à porter la confusion dans la science.

Avec rinstinct esthétique de la plante, Hartmann ne se donne pas beaucoup de mal, et il ne nous en donne pas non plus : « Cet instinct ne peut être ici Tobjet d'une longue démonstration. » Il ajoute : « Tout être se donne toute la beauté que comporte la fin particulière de son espèce et que permettent les matériaux rebelles dont il dispose. » Quelle est donc la fin du règne végétal? Nous l'apprenons quelques lignes plus loin : créer des conditions d'existence pour lea animaux, en particulier les matériaux qu'ils consomment. Je trouve alors que la phrase citée ne dit pas autre chose que Qici : les plantes sont belles, parce qu'elles sont beUes.

Il est plus difficile, à en croire Hartmann, do décider si les plantes ont aussi une con-

science. Pour sauvegarder la sensibilité et la conscience des plantes, il part de l'indétermination bien connue des confins du règne végétal et du règne animal, et de lexistence du règne des protistes. Les malentendus et les inexactitudes * qui se glissent dans l'exposé des faits n'ont pas d'importance pour l'ensemble. Hartmann tire les conclusions suivantes : Il y a sans nul doute beaucoup d'animaux inférieurs (lesinfusoires et l'inévitable polype), qui, sans plus de doute, distinguent, choisissent, l)ref, possèdent une conscience, bien qu'ils n'aient point de nerfs. On observe quelque chose d'analogue chez les protistes. Or, comme la plante, ainsi que l'animal, est sortie du règne des protistes, elle doit posséder autant de conscience qu'il en existe dans ce règne. On peut donc affirmer «que l'oscillaire, aussi bien que le polype, est sensible à la lumière ; que la feuille de vigne sent la lumière, \ers laquelle

1 . Hartmann paraît ignorer, par exemple, que les oscillaires dont il parle. H, 88, en même temps que de son polype favori, sont identiques à « la petite espèce d*algues filiformes » dont il vient de décrire les mouvements d'après Schleiden. Pour les spores, il est à peu près encore aa point où en était Unger lorsqu'il publia son fameux mémoire Die Ffianze im Moment der Thiermrdung,

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elle s'efforce de tourner le côté droit, etc. i. » Si, des hauteurs de la conscience de rhomme et des animaux supérieurs, on descend de plus en plus bas Téchelle des organismes, et si Ton attribue des sensations conscientes même aux animaux inférieurs qui sont dépourvus de système nerveux, on atteint peu à peu une région où rembarras n'est pas moins grand que dans le raisonnement sophistique appelé sorite.

Dans cette région, ce que je nomme encore sensation n'est plus ce que je venais d'appeler ainsi, bien que je ne puisse en administrer une preuve effective. Je puis croire qu'une Arcella, une Gromia, une Radiolaire éprouve la sensation du goût; je ne saurais le prouver.

1. L'action instinctive de roscillaire, le mouvement vers la lumière, serait, nous dit-on, voulu avec conscience. Son but, probablement celui d'atteindi'e la lumière directe pour la formation de la chlorophylle (Hartmann n'indique pas le but), serait une idée inconsciente. Nous avons déjà exprimé plus àaut notre étonnement qu'à la place de la cause efficiente, physique, du mouvement, à savoir les courants du protoplasma, produits par la direction des rayons de la lumière, ainsi que les contractions et distensions de la matière organique, on fît intervenir sans nécessité une cause métaphysique. Ici encore, nous ne pouvons comprendre pourquoi cet effet doit être accompagné de sensation et de conscience. Un physicien métaphysicien finirait aussi par vouloir nous persuader que le merveilleux radiomètre se meut dans le vide avec conscience.

Il n'y a donc aucune nécessité de conclure à Texistence de la sensation chez les organismes inférieurs présentant quelque analogie avec les végétaux ou chez ceux qui sont indubitablement des plantes. Toutes les preuves qu'on apporte de la conscience des plantes sont des sophismes, non des raisons ])hilosophiques.

Évidemnaent il vaut mieux prendre le chemin inverse, c'est-à-dire commencer avec l'origine logiquement nécessaire du monde organique.

A la rigueur, et par hypothèse, on peut attribuer une sorte de mémoire à cette substance organique primordiale, comme une propriété inhérente à la substance ou à la molécule. On dépasserait peut-être ici, d'après l'état actuel des sciences naturelles, les données de la physique; du moins il est possible ainsi de s'imaginer l'origine et le développement de la conscience , sans avoir besoin d'accorder la conscience aux plantes, parce qu'on ne peut s'en débarrasser en descendant l'échelle des êtres.

Du même coup tombe d'elle-même la question de l'unité ou de la pluralité de la conscience des plantes.

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