‹ Les sciences naturelles et la philosophie de l'inconscientChapitre 7 sur 62 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

mann s'eS;{ révélé» tout entier au monde dam sa Philosopha ^de V inconscient ; \\ n'a pluj rien à nc^us apprendre ; il se répète même, eij ies derniers écrits, comme un poète que li muse ne, visite plus. Il pourrait disparaître aar il est déjà immortel, gt rien n'empêche de dire de lui, comme d'un 'héros d'un autre genre ;

Bxpende Annibalem : quoi libras in duce summo

• C'est surtout en Allemagne que la Philosophie de Vinconsdent a trouvé des critiques.

En France, elle n'a guère rencontré que des apologistes ou des détracteurs. Elle nous a surtout laissés indifférents. Que sait-on, en général, de la philosophie de l'inconscient? On répète que c'est une conception pessimiste de Tuçivers*, une prédication de l'Évangile du ni- * "hilisi!he,'uuQ' religion nouvelle qui mène au âalut -ptr' Textinction dans le Nirwana. Bref, i^. de Hartmann apparaît comme le Bouddha ^e liOccident. Il y a du vrai dans cette opinion populaire. L'auteur de la Philosophie de Vinconsdent dirait même ici que l'instinct des foules, infaillible comme on sait, ne s'est pas trompé à son endroit. Tout l'échafaudage du système piétaphysique de l'inconscient, laborieusement édifié sur les constructions assez mal assis*es et branlantes de Hegel, de Schelling et de Schopenhauer, sera depuis longtemps à terre, que la philosophie amère et triste -qui se

PRÉFACE III

dégage de Tœuvre de M. de HgLrtmaun, comme du livre de V Imitation ou* àB% vieu^ soutras bouddhiques , servira encore d'aliment aux âmes d'une profonde sensibilité, d'une délieatesse douloureuse et maladive, qufse replient, solitaires, loin du coAmerce du monde, et qu'emplit fennfti incurable de vivre. Un temps viendra- peut-être où les trois stades de Villusion seront les trois premiers articles de foi d'une religion nouvelle. Ne faut-il pas toujours à l'homme une religion ? Les trois syoAoles de la société moderne, qu'il croit avoit découverts dans l'Evangile de Jésus, la liberté, l'égalité, la fraternité, il s'en dégoûtera quelque jour, comme du Credo des apôtres et des saiûts mystères d'Eleusis.

Le peuple a donc bien saisi d'instinct la signification véritable de l'œuvre de M. de Hartmann. Mais il y a autre chose encore dans la Philosophie de l'inconscient qu'une conception pessimiste de l'existence : il y a toute une métaphysique qui a la prétention d'expliquer théoriquement l'origine de l'évolution de l'univers, de la vie et de l'intelligence. Goifime toute philosophie digne de ce nom, la philosophie de l'inconscient est un essai de synthèse générale des premiers principes de toutes les sciences, reliés entre eux par une. hypothèse universelle. Or, cette hypothèse étant foncièrement spirituaUste, on pense bien qu'il n'a pas manqué en France de hardis métaphysiciens, trop hardis peut-être, qui se sont jetés sur la philosophie de M. de Hartmann

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comme sur un élixir de longue vie, bien fait pour raflimer un peu la pauvre vieille philosophie dualiste de l'Université.

C'est sans doute un assez mauvais cartésien que M. de Hartmann ; son déisme n'est point exempt d'hérésies; s^ morale, enfin, n'est point celle qu'on professe en ^orbonne. Mais qu'importe ! M. de Hartmann, au moins, n'est pas matérialiste, comme on dit dans l'école.

II ne lui suffît pas de peupler le monde d'esprits», comme un Papou; dans l'univers entier, il ne voit, comme M. Janet, que finalité et causes finales. Quel triomphe pour le spiritualisme français, pour la philosophie officielle, approuvée et reconnue par l'État! et que Ton comprend bien, après cela, tout le parti que les habiles ont su tirer de ces précieux aveux de la ce science allemande 1 »

Malheureusement, la science allemande, qui n'a que faire de la philosophie de l'inconscient, loin d'accepter l'étrange alliance que celle-ci lui offrait, l'a- repoussée et hautement désavouée. Le plus retentissant, le plus humiliant pour, Hartmann de ces désaveux est le livre de M. Oscar Schmidt, professeur de zoologie et d'anatomie comparée à l'université de Strasbourg, dont nous offrons la traduction au pubHc français : les Sciences naturelles et la Philosophie de Vinconsdent. L'éminent naturaliste, déjà connu en France par le livre que la Bibliothèque scientifique internationale a publié sous le titre de : Descendance et Darwinisme, a fait enfin justice du

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préjugé vulgaire, partagé jusqu'ici par quelques philosophes français, qui admire chez M. de Hartmann la solidité des connaissances scientifiques. M. Schmidt a montré combien Hartmann avait été infidèle à cette méthode inductive des sciences de la nature par laquelle il annonçait, dans l'épigraphe de son livre, être arrivé aux résultats spéculatifs de sa philosophie. Bien loin d'avoir été, comme il s'en vante, à la hauteur de la science de son temps, Hartmann a laissé paraître, dans le choix de ses guides, un goût très-pranoncé pour certaines doctrines vieillies, déjà fossiles, et, qui pis est, décriées comme de honteuses superstitions spirites.

L'absence de critique, de bonne et solide judiciaire, est surtout frappante dans cette élection « inconsciente » de maintes autorités qu'il adopte , sans s'apercevoir qu'elles sont inconciliables avec d* autres. Par exemple, la physiologie et la psychologie d'un Carus, pour ne rien dire de celles d'un Reichenbach, le révélateur de l'od, ne sauraient se concilier avec cell es d'un Jean Mueller, d'un duBois-Raymond, d'un Virchow, d'un Goltz ou d'un Wundt.

« Qui considère ceux-ci comme des autorités, remarque très-justement M. Schmidt, ne peut en croire ceux-là. y> La critique est pleinement dans son droit; elle ne fait qu'appliquer un principe reconnu dans toutes les sciences , quand, de l'examen des sources, elle juge du degré de crédibilité et de confiance que mérite un auteur. A cet égards Hartmann apparaît

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