DU POSITIVISME DANS SES RAPPORTS, ETC
non pas cependant, en tant que mon expérience me permettait d'en juger, dans les discussions relatives à la philosophie des sciences physiques, mais dans les chapitres qui se rapportent à la sociologie spéculative et pratique. J'y trouvais en effet bien dos choses de nature à intéresser vivement tous ceux qui, comme moi, voient s'éclipser les anciennes croyances du monde et attendent impatiemment le jour nouveau. Rien ne pouvait Être plus intéressant pour un biologiste que de voir établir l'étude de sa science comme partie essentielle des prolégomènes d'une interprétation nouvelle des jîhénomènes sociaux. Rien ne pouvait mieux satisfaire un adorateur de l'austère véracité scientifique que cette tentative de se passer de toutes croyances, sauf celles qui pouvaient braver la lumière, celles qui, loin de craindre la critique, la recherchaient; et d'autre part un homme qui aime le courage et le parler net devait être profondément touché envoyant, à la première page du Discours sur Uememble du posili' visme, l'auleur annoncer avec calme qu'il se proposait de a réorganiser sans Dieu ni roi, parle culte systématique de l'humanité, » la charpente ébranlée de la société moderne.
A cette époque, je savais assez bien mon Faust, et en lisant celte puissante parole je me sentais la velléité de répéter les vers connus du cboaur des anges :
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Î08 DU POSITIVISMK
Elle tombe, elle péricUtel
Nous portons i
Ses débris dans le néant! '
Toi, pniesMit Ptnni leB flU de 1* terre 1 - |
Toi, superbe, Reliitia-U !
Dans ton cnur, bldi-la de nonveaD I '
Cependant, en suivant les progrès de ce piiis^anl i flls de la terre dans son œuvre de reconstruction, je me sentais bien perplexe pour ne pas dire désappointé. Dieu, sans doute, avait disparu ; mais à sa place régnait le nouveau Grand Être suprême, fétiche gigantesque sorti tout frais émoulu des mains de M. Comte. Il n'était pas plus question du roi, mais à sa place je trouvais une organisation sociale minutieusement déiiaie qui exertierait, le jouroti elle serait mise en pratique, une autorité despotique à faire pâlir celle du plus despote des sultans, et que ne saurait surpasser aucun presbytère puritain dans toute sa puissance. Supposant M. Comte établi dans la chaire de saint Pierre, et les noms de la plupart des saints changés, je ne pouvais reconnaître, dans mon aveuglement, en quoi le culte systématique de l'humanité diffère de l'absolutisme papal. Pour citer Fattit encore une fois, je me prenais à répéter aveo Marguerite :
A tort ou à raison, telle était l'impression que l'étude des œuvres de M. Comte avait laissée dans
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mon esprit ; mais en même temps ce philosophe m'avait convaincu, ce dont je lui serai toujours reconnaissant, qu'il est non -seulement possible d'organiser la société sur une base nouvelle et purement scientinque, mais mftme que c'est là te seul but valable auquel doivent tendre tous nos débats et toutes nos luttes politiques.
Comme je l'ai dit, cette partie des écrits de M. Comte qui traite de la philosophie des sciences physiques me semblait avoir une valeur singuliôrement restreinte, et prouver qu'en ce qui concerne la science comme on l'entend habituellement, la connaissance qu'il avait de la plupart des branches qui la constituent était des plus superficielles et purement de seconde main. Je n'entends pas seulement dire ainsi que Comte n'était pas au niveau des connaissances actuelles, ou qu'il ne savait pas les détails scientifiques connus de son temps. 11 ne serait pas juste de reprocher de semblables défauts à un philosophe, à un écrivain de la génération passée. Voici ce qui me frappait : Comte n'a pas su saisir les grands traits de la science ; il se trompe étrangement à l'égard du mérite de ses contempo* r^ins scienUflques, et ses idées erronées au sujet du rôle que devait jouer dans l'avenir quelques-unes des doctrines scientifiques qui avaient cours de son temps, nous font sourire. Personne ne sera étonné de m'entendre dire qu'avec de semblables impressions dans l'esprit, j'ai été périodiquement irrité, depuis seize ans, en voyant représenter si souvent
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M. Comte comme le porte-drapeau de la pensée scîentiRque, et de voir certains écrivains publics étiqueter eomtiste ou poitlivùles d'autres écrivains dont la philosophie ne dérive que d'eux-mêmes ou de celle de Hume, et cela malgré des protestations énergiques. Combien d'efforts n'a-t-il pas fallu à M. Mill pour se débarrasser de cette étiquette? J'observe aussi M. Spencer, comme on regarde un homme de bien luttant contre l'adver^té, chercher encore à se dépêtrer de cet écriteau qu'on lui a accolé, tout disposé à s'arracher la peau et le reste plutôt que de conserver semblable marque. Puis viendrait peut-être mon tour; aussi, voyant, il y a peu de jours, un prélat éminent autoriser cette con> fusion populaire et lui donner cours, je profilais d'une occasion qui se présentait pour revendiquer ce qui appartient à Hume dans cette philosophie dite nouvelle, et en même temps pour répudier le positivisme en ce qui me concerne (1) .
{)] M. Congreve m'a Tait l'bonneur de me critiquer dans le numéro d'avril 1889 de la Revue bimensuelle (Forlnightlf Heview), et je suis beureui de remarquer qu'il ne se hasarde p*s à mettre en doute Injustice de mes réclamations en faieur de Hume. 11 se borne h, donner !i entendre que Je n'ai pas été parfaitement loyal en me taisant sur la liatite estime de Conte pour Hume. Après y avoir bien rÉOéchi, je n'arrive pas t reconnaître mon tort. Si J'avais donné k entendre qne Comte avait Tait des emprunts à Hume sans les avouer, ou si, au lieu de chercher à exprimer ce que Je pense du mérite de Huioe, avec la modesUe d'un Écrivain sans autorité en matière philosophique. J'avais afllrmé que personne n'avait jusque-là bien compris la valeur du grand philosophe écossais, lus r«-
„,CA)uyk
Dans mon intention, les quelques lignes de mon article sur la Base physique de la vie (1), qui se rapportent aux doctrines de Comte, n'avaient absolument pas d'autre motif. Mais il semble que les partisans de M'. Comte en Angleterre, pour quelques-uns desquels, soit dit en passant, j'ai le plus sincère respect, ont pris ombrage de mes paroles plus que je ne l'aurais voulu, et l'articlo récent de M. CoDgreve est l'expression du mécontentement que j'ai excité parmi les adeptes du positivisme.
Dans une péroraison qui me semble viser à l'effet,
" marques de M. Congreve seraient justes ; msis comme je ne suis coupitbleni de l'une ni de l'autre de ces riutes,son observation ne porte pus pour ne pss dire qu'elle est injustifiable. Et m6me, s'il m'était venu à l'espricde citée les eipressions d© M. Comte par rapport i. Hume, je m'en serais peut-être bien abstenu. Eu effet, M. Comte, comme il nous en donne lui-mSme la preuve, est parfois fort trancliant dans sa manière de parler d'écrirains dont il n'a pas lu une seule ligne. Ainsi (*) il écrit : « Le plus grand des métaphysiciens modemea, l'illustre Kant, a noblement mérité une éternella kdimration, en tentant, le premier, d'échapper directement il l'absolu philosophique par sa célèbre conception da la double réalité, i la fois objective et subjective, qui indique un si juste sentiment de ta saine philosophie, n
Hais ailleurs ("j, M. Comte nous dit : ■ Je n'ai Jamais lu, en aucune langue, ni Vico, ni Kant, ni Horder, ni Hegel, etc.. Je ne connais leurs divers ouvrsgcsque d'après quelques relations indirectes et certains extraits fort insufnsants. n
Qui peut savoir si Hume n'eat pas compris dans cet etc. f Et, s'il en est ainsi, que signiHent les louanges que peut lui adresser H. Comte?
H) Voyez p. 195.
(1 Cemte, Cowi de Philaiophie poÊiliiie, lome VI, p. 61». (**) Comte, Frélacc penoanelle, même volume, p. 39-
cartacCoOgk
M. CoDgreve, indigné en raison de t'admiration qu'il professe pour la vie de H. Comte, me met au défi de nier le caractère de grandeur qai s'y dénote, et il a recours à un langage violent parce que je ne montre pas de signe de Téuéràtion pour son idole. Je ne me soucie pas, je l'arooe, de passer mon temps i dénigrer on homme méritant bien en somme qu'on parle de lui avec respect. Je ne spécifierai donc pas les raisons qui me décident à accepter sans faéater le défi de M. Gougreve, et h me refuser de reconnaître, en M. Comte, rien qui mérite le nom de grandeur de caractère, si ce n'est son arrogance qui est assurément sublime. Tout ce que je me bornerai à faire obserrer, c'est que M, Congreve a raison en disant que je parl^ de son père spirituel en termes tant soit peu dédaigneux ; mais si j'ai parlé de lui sur ce ton, c'est qu'au moment oh j'écrivais les pages précédentes, je venais de parcourir un livre qu'il connaltbien sans doute, celui de H.Uttré SUT Augutle Comte et la phùotophie positive . Bien qu'il y ait une mesure généralement admise et assez précise pour reconnaître ce qui est bien on mal, et même ce qui est généreux ou mesquin, on peut dire que la beauté ou la grandeur d'une vie est plus ou moins une affaire de goût, et comme les idées de M. Congreve par rapport à l'excellence littéraire sont si difi'érentes des miennes, il est fort possible que notre manière de coniprendre la beauté ou la laideur morale soit tout aussi divergente. Ainsi donc, tout en conservant ma manière de voir
DANS SES RAPPORTS AVEC U SCIENCE- 2t3
je ne me permettrai pas de chercher querelle à la sienne. Mais quand H. Gongreve établit tout an échafaudage d'insinuations habilement accumulées pour chercher à faire croire au public que j'ai péché contre l'honnêteté hltéraire en critiquant Comte sans l'avoir lu, il me sera permis de lui rappeler qu'il a négligé la mazime bien connue d'un des sages de la diplomatie : Si vous voulez Taire du tort à un homme, il Taut dire ce qui est probable, aussi bien que ce qui est vrai.
Et quand H. Congreve dit que je me suis assuré un avantage sur lui , en faisant intervenir le christianisme dans le débat, au moyen de cette phrase (1): « On peut résumer pratiquement la philosophie de M . Comte en disant que c'est du catholicisme sans christianisme,!! donnant à entendre que par ces paroles je faisais appel aux passions religieuses {odium ikeotogicum) , il s'expose à une réponse fort désagréable .
Ne serais-je pas en droit d'Insinuer que M. Congreve n'a pas lu les œuvres de Comte, qu'il prouve du moins ne pas connaître la Philosophie positive par cette phrase de son article : « Le contexte nous montre que M. Huxley n'a de l'œuvre complète (]u'une vue d'ensemble toute superficielle. Quand il fiiit mention du catholicisme, ceci devient évident. ■ Mais si je faisais cette insinuation, elle serait à la fois très-injuste et inconvenante, je la re-
(!) Voyei p. lOS.
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pousse donc. Et pourtant il est de fait que ma petite épigramme, qui a si fort irrité M. Coiigreve, ne fait que résumer en quelques mots le passage suivant du cinquième volume de la Philosophie positive, p. 344(i):
« La seule solution possible de ce grand problème n historique, qui n'a jamais pu être philosophique- « ment posé jusqu'ici, consiste à concevoir, en sens u radicalement inverse des notions habituelles, que a ce qui devait nécessairement périr ainsi, dans le can thoUcisme, c'était la doctrine, et non C organisation, u qui n'a été passagèrement ruinée que par suite » de son inévitable adhérence élémentaire à la phi- « losophie théologique, destinée à succomber gra- « duellement sous l'irrésistible émancipation de la « raison humaine ; tandis qu'une telle constitution n convenablement reconslruile sur des bases intellectuela les, à la fois plus étendues et plus stables, devra fina- H lenient présider à l'indispensable réorganisation spi- (i rituelle des sociétés modernes, sauf les différences « essentielles spontanément correspondantes à l'extrême « diversité des doctrines fondamentales; à moins de a supposer, ce qui sérail certainement conlradic- ■ toire à l'ensemble des lois de notre nature, que « les immenses efforts de tant de grands hommes, n secondés par la persévérante sollicitude des oa- « tions civilisées, dans la fondation séculaire de ce « chef-d'œuvre politique de la sagesse humaine.
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Il doivent ôtre enfin irrévocablement perdus pour (t l'élile de l'humanité, sauf les résultats capitaux « mais provisoires qui s'y rapportaient immédian lement. Cette explication générale, déjà évidem- (I ment motivée par la suite des considérations « propres à ce chapitre, sera de plus en plus conBr- « mée par tout le reste de noire opération histori- « que, dont elle constituera spontanément la principale « conclusion politique, n
Rien ne saurait être plus clair. L'idéal de Comte, comme il l'exprime lui-même, c'est l'organisation catholique sans la doctrine du catholicisme, ou en d'autres termes le catholicisme sans christianisme. Assurément on n'a pas le droit de m'imputer des motifs mesquins, quand je me borne à étahlir les doctrines d'un homme en me servant de ses propres paroles autant que faire se peut.
Si je poursuivais davantage cette discussion avec M. Congreve, jn craindrais de fatiguer mes lecteurs. Jene me trouve pas non plus obligé de me prononcer sur le mérite ou les défauts de M. Comte en ce qui concerne la sociologie. M. Mill, dont M. Congreve lui-même ne récusera pas sans doutela compétence, s'est prononcé, à cet égard, sur la philosophie de M. Comte avec une vigueur et une autorité à laquelle je ne puis nullement prétendre, et aussi avec une sévérité assez souvent voisine du mépris, et que je ne voudrais pas surpasser, quand même cela me serait possible. Je n'en suis qu'à l'étude, de toutes cesquestions, je m'en tiens aujugementdeM. Mill jusqu'à ce
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qu'OD m'ait fait voir oii il pèche, et je ne veux pas accepter une discussion que je n'ai pas provoquée.
La seule obligation qui m'incombe, c'est de justifier ce qui ne l'est pas encore dans ce que j'ai écrit au sujet du positivisme', à savoir, l'opinion exprimée dans le passage suivant : « En tant que mes études m'ont mis & même de reconnaître ce qui caractérise spécialement la philosophie positive, je lui trouve peu de valeur scientifique, pour ne paa dire qu'elle en est enliëremeat dépourvue, et j'y trouve bien des choses aussi contraires à l'essence même de la science que tout ce que renferme le catholicisme ultramontain (1). ii
Il y a ici deux propositions, La première, c'est que le positivisme est sans valeur scientifique, ou peu s'en faut. La seconde, que son esprit est antiscientifique. Je vais chercher à rendre bien évidentes ces deux affirmations.
1" Celui qui a la moindre connaissance superficielle des sciences physiques ne peut manquer de reconnaître, en lisant les leçons de Comte, que l'auteur est singulièrement dépourvu de connaissances réelles en ces matières, et aussi qu'il joue vraiment de malheur. Que penser d'un contemporain'de Young et de Fresnel qui ne manque jamais une occasion de traiter avec dédain l'hypothèse d'un éther base' fondamentale de lu théorie des ondes lumineuses et de tant d'autres choses en physique moderne, et qui respecte si peu la valeur intellectuelle de quelques-uns des hommes les plus
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éniinents de son époque, qu'il pense réfuter la théorie des ondes en indiquant simplement l'existence de la nuit(l). Il nous donne une étrange mesure de sa propre valeur comme critique scientifique, cet homme qui nous enseigne que !a phrénologie est une grande science et la psychologie une chimère, que Gall est un des grands hommes de son siècle, que Cuvier est brillant, mais superficiel {2}. Ne jouet-il pas de malheur aux yeux de tous, ce raisonneur spéculatif si hardi, qui, peu d'instants avant l'aube de l'histolo|;ie moderne, cette pure application du microscope à l'anatomie, réprouve ce qu'il appelle Vabtts des recherches microscopiques et la valeur exagérée qu'on leur a attribuée. On allait démontrer runiformité morphologique des tissus de la grande majorité des plantes et des animaux, et Comte tournait en ridicule ceux qui cherchaient à rapporter tous les tissus à un tissu générateur, formé par le chimérique et inintelligible assemblage d'une sorte de monades organiques qui seraient dès lors les vrais éléments primordiaux de tout corps vivant (3). C'est Comte enfin qui nous dit que toutes les objections faites contre l'arrangement des espèces vivantes en série linéaire, sont essentiellement absurdes, que l'ordre de la série animale est nécessairement linéaire (4), tandisque le contraire est précisément une
(i) Cornus, Phil, pos., t. n, p. HO.
1,2) Id., ibiJ., t. VI, p. 393.
(3) Id., ibid., t. m, p. 3S0.
(4) U.,ibid., p. 38T.
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des vérités les mieux établies et les plus importaotes de la zoologie. Demandez aux mathématiciens, aux astronomes, aux physiciens, aux chimistes, aux biologistes ce qu'ils pensent de la Philosophie positive, et ils seront tous d'accord pour certifier que, quel que soit le mérite de M, Comte à d'autres égards, il n'a répandu aucune lumière sur la philosophie de leurs études particulières.
Pour être juste cependant, il faut reconnaître que même les plus ardents disciples de M. Comte se taisent judicieusement au sujet de ses connaissances scientiRques, ou de sa manière d'apprécier les sciences, et préfèrent baser les droits que peut avoir leur maître à l'autorité scientifique sur sa loi des trois états et sur sa classification des sciences. Mais ici encorej je me trouve aussi complètement en opposition avec eux que d'autres l'ont été avant moi, et notamment M. Herbert Spencer. Un examen critique de .ce que M. Comte veut nous enseigner sur la loi des trois états n'aboutit qu'à une série d'affirmations plus ou moins contradictoires, pour formuler une vérité imparfaitement comprise ; et sa classification des sciences, soit au point de vue de l'histoire, soit au point de vue de la logique, est à mon sens absolument sans valeur.
Considérons la loi des trois états, telle qu'elle nous est présentée au commencement de la première leçon de la Philosophie positive : a En étudiant II ain^ le développement total de l'intelligence « humaine dans ses diverses sphères d'activité, de<
c.a.-.:Mo,C<)Oi^lc
ti puis soa premier essor le plus simple jusqu'à nos
« jours, je crois avoir découvert une grand loi fon-
<i damentale, à laquelle' il est assujetti par une
<f nécessité invariable, et qui me semble pouvoir
« fitre solidement établie, soit sur les preuves ra-
« tîonnelles fournies par la connaissance de notre
H organisation, soit sur les vérifications historiques
H résultant d'un examen attentir du passé. Cette
« loi consiste en ce que chacune de nos concep-
<i tîons principales, chaque branche de nos connais-
(I sances, passe successivement par troisr étals
« théoriques différents : l'état théologique ou fictif;
« l'état métaphysique ou abstrait; l'éLat scientifique
H ou positif. En d'autres termes, l'esprit humain,
« par sa nature, emploie successivement dans cha-
o cuns de ses recherches trois méthodes de pbilo-
« sopher, dont le caractère est essentiellement différent
a et même radicalement opposé : d'abord la méthode
H théologique, ensuite la méthode métaphysique,
c et enOa la méthode positive. De là, trois sortes de
fl philosophie. Ou de systèmes généraux de concep-
n lions sur l'ensemble des phénomènes qui s'excluent
« mutuellement ; la première est le point de départ
u nécessaire de l'intelligence humaine ; la troisième,
« son état fixe et définitif; la seconde est unique-
41 ment destinée à servir de transition, n
Bien ne saurait être plus précis que ces affirmalions ; on peut les formuler par les propositions suivantes :
«. L'intelligence humaine est soumise à la loi par
....,CA)uyk
âSO DU POSITIVISME
une nécessité invariable, ce que démontrent à priori la nature el la constitution de l'intelligence; et en même temps nous pouvons constater historiquement que l'intelligence humaine a toujours été soumise à cette loi.
b. Toutes les branches des connaissances humaines traversent les trois états, en commençant nécessairement par le premier.
c. Les trois états s'excluent mutuellement, en tant qu'essentiellement différents, el même radicalement opposés.
Deux questions se présentent. M. Comte ne se meltra-t-il pas plus tard en contradiction avec luimême? Les faits ne le contrediront-ils pas? Je réponds affirmativement à ces deux questions; et par rapport à la première, je prends comme témoignage un passage remarquable qui se trouve à. lapage 491 du quatrième volume de la Philosophie positive, alors que M. Comte avait eu le temps de réfléchir plus complètement aux idées qu'il expose dans toute leur simplicité au début de son premier volume :
-f A proprement parler, la philosophie théologii{ que, même dans notre première enfance, indivio duelle ou sociale, n'a jamais pu être rigoureuse- II ment universelle, c'est-à-dire que, pour les ordres « quelconques de phénomènes, les faits les plus a simples et les plus communs oni toujours été regardés « comme essenCieliement assujettis à des lois naturelles, a au lieu d'être attribués à l'arbitraire volonté des « agents surnaturels. L'illustre Adam Smllhja, par
«Gou^lc
«exemple, tr6s-heureusemenl remarqué dans ses « essais philosophiques qu'on ne trouvait, en au- « cun temps ni en aucun pays, un Dieu pour la <( pesanteur. lien est ainsi, en général, même à l'égard << des sujets ksplits compliqués, envers tous les phéno- « mènes assez élémentaires et assez familiers pour que « la parfaite invariabilité de leurs relations effectives n att toujours dû frapper spontanément l'observateur « le moins préparé. Dans l'ordre moral et social. (I qu'une vaine opposition voudrait aujourd'liui <i systématiquement interdire à la philosophie posi- « tive, il y a eu nécessairement, en tout temps, la « pensée des lois nalurelles, relativement aux plus « simples phénomènes de la vie journalière, comme <i l'exige évidemment la conduite générale de notre « existence réelle, individuelle ou sociale, qui n'au< « rait pu jamais comporter aucune prévoyance « quelconque, si tous les phénomènes humains (I avaient été rigoureusement attribués à des agents « surnaturels, puisque dès lors la prière aurait « logiquement constitué la seule ressource imagi- « nable pour influersur le cours habituel des actions u humaines. On doit même remarquer, a ce sujet, que « c'est, au contraire, Cébauche spontanés des premières Il lois naturelles propres aux actes individuels ou sou ciaux qui, fictivement transportée à tous les phénott mènes du monde extérieur, a d'abord fourni, d'après a nos explications précédentes, le vrai principe fona damenlal de la philosophie théolugique. Ainsi, le « germe élémentaire de la philosophie positioe est cer-
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ii2 DU POSITIVISME
(( tainemenl tout avssi primitif au fond que celui de la « philosophie thêologique elle-même, quoiqu'il n'ait « pu se développer que beaucoup plus tard. Uoe telle II notion importe extrêmement à la parraite ratio- « nalité de notre théorie sociologique, puisque, la «vie humaine ne pouvant jamais offrir aucune « véritable création quelconque, mais toujours une u simple évolution graduelle, i'essor Qnal de l'esprit (( positir deviendrait scientifiquement incompré- 11 hensible, si, dès l'origine, on n'en concevait, à .((tous égards, les premiers rudiments nécessaires. « Depuis cette situation primitive, à mesure que u nos observations se sont spontanément étendues (1 et généralisées, cetessor, d'abord à peineappréciau ble, a constamment suivi, sans cesser longtemps « d'6tre subalterne, une progression très-lente, mais « continue, la philosophie théologique restant tou- H jours réservée pour les phénomènes, de moins Il en moins nombreux, dont les lois naturelles ne i< pouvaient encore être aucunement connues. »
Comparez les propositions implicitement énoncées ici avec celles que nous avons remarquées dans le premier volume.
a. Il est de Tait que l'intelligence humaine n'a pas été invariablement soumise A la loi des trois états, et par conséquent la nécessité de la loi ne peut être démontrée à priori.
b. Bon nombre de nos connaissances de toutes sortes ne sont pas passées par les trois états, et plus particulièrement par le premier, comme
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M. Comte a soin de nous le faire remarquer.
c. L'état positif a coexisté plus ou moins avec l'état théologique dès les premières lueurs de l'inteiligence humaine.
Et pour compléter cette série de contradictions, l'assertion que les trois états sont essentiellement difrérentsetmëme radicalement opposés vient se heurter un peu plus bas, sur la même page, à rafArmaLion que l'élat métaphysique est tout simplement, en somme, une modification générale du premier. D'ailleurs, dans la quarantième leçon, comme dans un de ses premiers essais, fort intéressant, intitulé : ConsidéraCtons philosophiques sur les sciences et les lavants (1835), les trois états se réduisent pratiquement à deux : « Le véritable esprit général de toute « philosophie théologique ou métaphysique conu siste à prendre pour principe, dans l'explication « des phénomènes du monde extérieur, notre sen- « timent immédiat des phénomènes humains; <i tandis que, au contraire, la philosophie positive « est toujours caractérisée non moins profondément « par la subordination nécessaire et rationnelle de (I la conception de l'homme à celle du monde ? m
Je laisse aux disciples de M. Comte le soin de décider quelle est celle de ces afllrmatioos contradictoires qui exprime ce que leur maître voulait nous dire réellement. Qu'il me soit permis, seulement, de faire remarquer que les hommes de science n'ont pas l'habitude d'attacher grande importance à des lois formulées de cette façon.
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224 DU POSITIVISMK
Les afrirmations ultérieures sont assurément bien plus logiques el mieux d'accord avec les faits que les premières; mais elles ue donnent pas cependant uneexplication juste et suffisante du développement de l'intelligence, qu'il s'agisse de l'individa ou de l'espèce htimaine. Tous ceux qui voudront observer attentivement le développement de l'intelligence chez un enfant reconnaîtront que, dès ses premières manifestations, sa pensée reflète la nature de deui façons différentes. D'abord l'enfant accumule des sensations, et il écbafaude des associations, tout en se formant une conception des choses et de leurs relations qui est plus positive en réalité, et moins embrouillée d'hypothèses de toutes sortes, que ne le sera, ù aucune époque de sa vie, sa façon de concevoir le monde et de se concevoir lui-même. A.UCUQ enfant n'a recours à des personniflcations imaginaires pour expliquer les propriétés ordinaires d'objets inanimés, ou ne représentant pas des êtres vivants. Il n'imagine pas un dieu de la douceur pour expliquer le goût du sucre, ou un esprit du saut pour expliquer le rebondissement de sa balle. De semblables phénomènes, qui forment la base d'une trèsgrande part de ses idées, sont acceptés par lui tout simplement et comme laits ultimes, ne présentant pas de difficulté et ne demandant pas d'explication. En tout ce qui concerne ces phénomènes importants, tout ordinaires qu'ils soient, l'esprit de l'enfant est dans cet état que M. Comte appelleraitl'^Mï/ïMiïi/.
Mais, ù côté de cette condition mentale, il s'en
produit une autre. L'enfant arrive à se connaître comme cause d'action, et comme sujet passif et pensant. Les actes qui résultent de ses désirs font partie des événements les plus intéressants, les plus marquants qui l'entourent; et de plus ces actes proviennent évidemment d'affections déterminées en lui par ce qui l'entoure, ou par d'autres changements ettectués en sa personne. Parmi ces objets environnants ceux qui l'intéressent et lui importent le plus sont : la mère et le p6re, les frères et sœurs, les bonnes qui le soignent. Bientôt, l'esprit de l'enfant «st forcé de supposer que ces êtres si remarquables pour lui sont d'une nature semblable ^ la sienne, et cette première conception anlhropomorphique devient pour lui une hypothèse des plus heureuses, et dont chaque instant amènera la justification, 11 n'est donc pas étonnant qu'il l'étende à d'autres objets l'intéressant de même, dès que ceux-ci ne sont pas par trop dissemblables aux premiers, qu'il l'étende, disons-nous, au chien, au chat, aux animaux domestiques, aussi bien qu'à la poupée, aux jouets, au livre d'images, qui pour lui seront tous doués de volonté, d'affections et de la capacité d'être sages ou d'être méchants. Mais ce serait évidemment une simple perversion de langage que d'appeler cet état intellectuel un état théologique, soit que l'on prenne ce mot en son sens réel, soit qu'on le prenne en l'opposant à l'idée du scientillque ou du positif. L'enfantn'adorenisonpère, ni sa mère, ni un chien, ni une poupée. Au contraire, rien n'est plus curieux
c.an:a(,GoOgk
que le manque absolu de vénération, de respect même, qu'il me soit permis de le faire observer, d'un jeune eafanlentouré de soins et d'amour; rien n'est plus frappant que sa tendance à croire en lui comme centre de l'univers, et sa disposition k exercer une tyrannie despotique sur ceux qui l'écraseraient du bout du doigt.
Il serait encore moins juste de dire que cet an- ' tbropomorpbisme de la première enfance n'est pas scieutiQque, ouqu'ilestopposéàl'espritdelascience. L'enfant reconnaît que bien des phénomènes résultent de ses propres affections ; il ne tardera pas i acquérir d'excellentes raisons pour croire que bon nombre d'autresphénomènes résultent désaffections d'êtres qui diffèrent de lui, tout en lui ressemblant plus ou moins. Ainsi muni de bonnes preuves pour croire que bien des événements des plus intéressants pour lui s'expliquent par l'hypotbÈse qu'ils sont l'œuvre d'intelligences semblables à la sienne, pourquoi l'enfant qui a découvert la cause vraie d'un grand nombre de phénomènes restreindrait-il l'application d'une bypothèse si fructueuse? Le chien a comme le chat une manière d'intelligence ; pourquoi la poupée et le livre d'images n'en juraient-ils pas leur part, en rapport avec leur ressemblance aux êtres intelligents?
Dans cette voie, la seule limite qui se présente est précisément celle qui doit se présenter en se plaçant au point de vue scientifique, c'est-à-dire que l'enfant appliquera son interprétation anthropomor-
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phique aux seuls phénomènes qui ressembleront par leur nature générale, ouleurs caprices apparents, à ceux dont l'enrant reconnaît la cause en lui-même ou en d'autres êtres qui lui ressemblent. Pour lui, tout le reste de la nature se compose de choses qui s'expliquent d'elles-mêmes, ou qui sont inexplicables.
Ce n'est qu'à un état ultérieur de son développement que l'intelligence de l'homme arrive !t reconnaître le conflit apparent de son interprétation anthropomorphique de la nature et l'interprétation que j'appellerai pAysfgMe(l). A ce moment, il cherche à étendre sur toute la nature son interprétation anthropomorphique, ce qui est la tendance de la théologie, ou bien il donne la môme prédominance exclusive à son interprétation physique, ce qui est la tendance de la science, ou enfin il adopte un juste milieu, et prenant à l'interprétation anthropomorphique sa tendance à personnifier, à l'interprétation physique sa tendance à exclure la volonté et les affections, il abouUt & ce que M. Comte appelle
(1) Le mot positif est k rejeter ici, en quelque sens qu'on veuille le prendre, soit qu'il indique cette qualité mentale fort développée assurément chei M. Comte, mais, de toutes celles d'un philosoplic, la qualité tlont il peut le mieux se paaaer; soit qu'appliqué à un aystèmo qui a pour point de départ d'énormes négations, il Taille pour le moins considérer comme mallieureuse ia qualification de positif; soit enfln qu'en s'en tenant au sens pliiloso phique spécial du mot impliquant un sf stèma de la pensée dans lequel on ne suppose rien au deli du contenu des faits observés, il signifie ce qui n'a Jamais eiisté et n'existera Jamais,
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Vélat métaphysii/ue, ce mot étant dans ses écrits un terme de mépris pour indiquer ce qui lui déplaît. Ce qui est vrai du développement intellectuel de l'individu l'est aussi, mutaiis mutanUis, de celui de l'espèce. Il est absurde de dire que toutes les conceptions d'hommes à la période de barbarie primilive soient à l'état tbéologique. Ces conceptions sont alors, neuf fois sur dix, éminemment réalistes et aussi positives que peuvent les rendre l'ignorance et l'étroitesse d'esprit. Il nevientpfisplusàlapensée d'un sauvage qu'à celui d'un entant, de demander le pourquoi des événements journaliers et ordinaires qui forment la majeure partie de sa vie mentale. Mais par rapport aux événements plus frappants, insolites et qui l'obligent â faire des raisonnements spéculatifs, il est éminemment antbropomorphiste, et son anthropomorphisme, comparé à celui de l'enfant, se complique de l'impression profonde que fait sur lui, chose bien naturelled ailleurs, la mort de ceux de son espèce. Le guerrier plein d'énergie féroce qui était peut-être le chef despotique de sa tribu est frappé à mort. Le voilà gisant, et un enfant peut dès lors insulter cet homme si terrible l'instant d'auparavant ; une mouche môme se pose sur ces lèvres d'oti partaient les ordres redoutés, sans que rien ne la dérange. Pourtant l'aspect extérieur du mort ne semble guère plus changé que pendant le sommeil, et ce sommeil, est-ce donc autre chose, comme celui qui l'observe l'a reconnu par lui-même,. qu'un abandon momentané du corps pour aller errer au
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DANS SES RAPPORTS AVBC LA SCIENCE. S!ft
pays des songes? La violence commise sur ce chef tombé à terre n'aurait-elle pas forcé ce quelque •chose qui fait l'essence de l'homme à errer ainsi ? Et si dès lors l'esprit n'est plus capable de reprendre -son enveloppe, s'il a oublié les moyens d'y rentrer, ne conserve l'ai t-il pas cependant quelques-unes des puissances dont il était en possession pendant' la vie? Ne pourra-t-ii pas nous venir en aide si nous savons lui plaire, ou bien ne pourra-t-il pas nous nuire si nous le fichons, et c'est cette dernière impression qui semble de beaucoup ta plus générale. Ne sera-t-il pas bon de faire pour l'esprit tout ce qui aurait pu faire plaisir à l'homme pendant sa vie, tout ce qui aurait pu apaiser sa colère. Il n'est pas possible d'étudier les écrits dignes de foi qui nous font connaître la manière de penser des sauvages, sans constater qu'au fond de leurs croyances spéculatives il se trouve toujours un enchaînement d'idées de ce genre.
Il y a des sauvages sans dieux, en donnant à ce mot quelque sens légitime qu'il soit permis de lui attribuer, mais il n'y en a pas sans esprits, sans revenants. Le fétichisme, le culte des ancêtres ou des béros, la démonologis des sauvages primitifs sont, à mon avis, leurs façons différentes d'exprimer la «royance aux esQ^its et leur interprétation anthropomorphique des événements insolites qui l'accompagnent. La sorcellerie, la magie, traduisent ces croyances dans la pratique, et sont à notre façon d'entendre le culte religieux, ce qu'est à la tbéolo-
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gie, l'anthropomorphisme naïf des eorants ou des sauvages.
Dans les progrès que fait l'espèce pour passer de l'élat sauvage à une civilisation avancée, l'anthropomorphisme, en se développant, devient théologie, tandis que l'interprétation physique de la nature, le pkysieisme {si ce néologiane m'est permis) devient science; mais les deux tendances subissent à la rois un développement simultané, et non successir. Pendant longtemps elles s'exercent l'une et l'aulre dans un domaine spécial et où la tendance opposée n'a pas prise ; en même temps, il y a entre ces deus tendances un terrain ouvert de part et d'autre à leurs incursions. Ici régnent les entités métaphysiques, espèces bâtardes qui doivent au physicisme leur aspect estérieurj à l'anthropomorphisme leur substance, et qui font tout particulièrement l'objet de l'antipathie dç M. Comte.
Mais avec le cours des siècles, les limites du physicisme s'étendent. Tout le domaine des entités b&tardes est annexé à la science ; et même la théologie, dans ses formes les plus pures, cesse d'être anthropomorphique,quoi qu'elle en dise. L'anthropomorphisme s'est réfugié dans sa dernière forteresse, l'hommeméme. Pourtant la science investit de près la place; les philosophes , se préparent à la lutte, et s'attaquent au plus grand des problèmes spéculatifs, le problème ultime : La nature humaine possède-t-elle un élément de liberté, un libre arbitre de ses volontés, élément vraiment anthropomor-
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phique; ou faut-il ne Yoir en elle que !e plus curieux et le plus compliqué des mécanismes de l'univers? Certaines gens, à l'avis desifuels je me range, pensent que c'est là une bataille qui durera toujours, et, au point de vue des besoins de la vie, la prolongation de la lutte équivaut pratiquement au triomphe de l'anthropomorphisme.
La classiScation des sciences qui donnerait droit à M. Comte de réclamer, d'après ses adhérents, la dignité de philosophe scientifique, à laquelle lui donnait droit déjà la loi des trois états, me semble exposée précisément aux objections que nous avons l'ait valoir contre cette loi. Elle se contredit ellemême; les faits la contredisent également. Examinons successivement les points principaux de cette classiOcation.
« Il faut distinguer, par rapport à tous les ordres « des phénomènes, deux genres de sciences uatuf relies; les unes abstraites, générales, ont pour u objet la découverte des lois qui régissent les did verses classes de phénomènes, en considérant tous n les cas qu'on peut concevoir ; les autres concrè- « tes, particulières descriptives, et qu'on désigne i( quelquefois sous le nom de sciences naturelles «proprement dites, consistent dans l'application « de ces lois à l'histoire effective des différents êtres n existants (1). »
Plus loin, l'auteur énumère les sciencesabslraites.
(1) Comte, Phil. poi., 1. 1, p. 50.
Ce sont : les mathématiques, l'astronomie, la physique, la chimie, la physiologie et la physique sociale, les titres de ces deux dernières sciences étant changés postérieurement en ceux de biologie et de sociologie. M. Comte explique dans les termes suivants la distinction qu'il établit entre les sciences abstraites et les sciences concrètes :
d On pourra d'abord apercevoir très-nettement n cette distinction en comparant, d'une part, la i( physiologie générale, et d'une autre part la zoolon gie et la botanique proprement dites. Ce sont évi- « demment, en effet, deux travaux d'un caractère (1 fort distinct, que d'étudier, en général, les lois de i[ la vie, ou de déterminer le mode d'existence de « chaque corps vivant, en particulier. Celle seconde V étude, en outre, est néceùairement fondée sur lapre- « mière. »
M, Comte nous fait voir dans le passage que j'ai souligné tout ce qu'il y. a de faux et dlnsufOsant dans ses connaissances relatives aux sciences physiques, purement dérivées de la lecture des livres et non de l'étude de la nature. L'étude spéciale des êtres vivants est nécessairement fondée sur l'étude générale des lois delà vie!... Le peu que j'en saisine conduit h. penser que si M. Comte avait eu la moindre connaissance pratique des sciences biologiques, il aurait' renversé sa phrase, après avoir constaté que nous ne pouvons connaître les lois générales de la vie qu'en les fondant sur l'étude des êtres vivants individuels.
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L'exemple qu'il prend pour expliquer sa disliuction est assurément mal choisi ; mais les expressions ■dont il se sert pour définir ce qu'il entend par sciences abstraites ne me semblent pas moins critiquabiBs. Est-il permis de dire que l'astronomie, U physique, la chimie, la biologie considèrent tout les ■cas gu'on peut concevoir dans le domaine de chacune de ces sciences respectives 7 L'astronome s'occupet-il d'un autre système de l'univers que celui qui se dévoile à ses yeux 7 Raisonne-t-il sur les mouvemenls possibles des corps qui s'attireraient en raison inverse, disons, par exemple, du cube de leurs distances? La biologie, abstraite ou concrète, traite- ■t-elle d'autres formes de la vie que de celles qui existent actuellement ou qui ont existé autrefois?- Et si les sciences abstraites embrassent tous les cas concevables de l'opération des lois qui les concernent, n'embrassent-elles pas nécessairement le sujet des sciences concrètes qui doit être concevable puisqu'il existe? De fait, une distinction du genre de celle qu'établit M. Comte ne peut se soutenii-, et tout d'abord cette classification s'écroule par défaut de construction.
Mais accordons à M. Comte ses six sciences abstraites. 11 les arrange ensuite selon ce qu'il appelle leur ordre naturel ou leur hiérarchie, la place des sciences étant déterminée dans cette hiérarchie par le degré de généralité et de simplicité dés conceptions dont elles traitent. Les mathématiques occupent la première place; puis viennentsuccessivement
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l'astroDomie, la pbysique, la chimie, la biologie et enÛD la sociologie, dernière science de la série. Pour faire valoir cette classiDcation M. Comte s'a[>puie d'abord sur a sa conformilé essentielle avec la coordination en quelque sorte spontanée qui se trouve en effet impliciLemenL admise par les savants livrés à l'étude des diverses branches de la philosophie naturelle. »
Mais je nie absolument cette conformité. Si une chose est claire, par rapport au progrès de la science moderne, c'est sa tendance à réduire tous les problèmes scientifiques, hormis les problèmes purement mathématiques, & des questions de physique moléculaire c'est-à-dire aux attractions, aux répulsions, ■ aux mouvements des particules ultimes de la matière, et à la coordination de ces particules entre elles. Les phénomènes sociaux sont le résultat de l'action réciproque des hommes, parties composantes de la société, les uns sur les autres et sur l'univers environnant. Mais dans le langage des sciences physiques, nécessairement matérialiste parlanatnre même des choses, les actions des hommes, en tant que la science peut les étudier, sont le résultat de changements moléculaires dans la matière qui les compose, et en fin de compte elles finissent par rentrer dans l'élude des sciences physiques. A forlimi, les phénomènes biologiques et chimiques sont, en dernière analyse, des questions de pbysique moléculaire. Aussi tous les cbimistes, tous les biologistes qui regardent au delà de ce qui Tait l'objet immédiat
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de leurs occupations, reconnaissent ce fait. Il faut encore remarquer que les phénomènes biologiques sont en rapport avec la physique moléculaire d'une fa^on aussi directe, aussi immédiate que ceux de la chimie. La physique ordinaire, la chimie, la biolof;ie ne sont pas trois échelons successifs dans l'échelle des connaissances, comme H. Comte voudraitnous le faire croire, mais trois branches d'un tronc commun, la physique moléculaire.
Quant k l'astronomie, je ne m'explique pas qu'avec un moment d'attention pour se rendre compte de la nature de celte science, on n'arrire pas à voir qu'elle se compose de deux parties. En premier lieu, c'est une description des phénomènes, méritnnt le nom d'histoire naturelle au mSme titre que la zoologie descriptive ou la botanique. Puis elle comprend une explication de ces phénomènes, qui nous est fournie par les lois d'une force, la gravitation, dont l'étude fait aussi bien partie de la physique, que celle de la chaleur ou de l'électricité. 11 serait aussi rationnel de faire de l'étsde delà chaleur solaire une science préliminaire du calorique, que de placer l'étude de l'attraction des corps qui composent l'univers en général, avant celle des corps terrestres particuliers, que nous pouvons seule connaître expérimentalement. C'est parce qu'il est possible d'exprimeren formules mathématiques la trèsgrande majorité des phénomènes astronomiques que l'astronomie est arrivée à une si grande perfection, et encore parce qu'on peut expliquer la plu-
part àe ses phénomènes par l'application de lois physiques fort simples.
Il faut remarquer, en premier lieu, qu'en ce qui concerne les mathématiques, M. Comte réunit sous cette dénomination les relations pures de l'espace et de la quantité, comprises régulièrement sous ce nom, avec la mécanique rationnelle et la statiqne, développementsmalhémattques des notions de force et de mouvement, les plus générales des conceptions physiques. Si nous reportons celles-ci à la place qu'elles doivent occuper en physique il nous reste les mathématiques pures, et il n'est pas plus possible de les mettre au commencement qo'à la fin d'une hiérarchie des sciences. En effet, les mathématiques comme la logique doivent intervenir également dans toutes les sciences, bien que la complexité des phénomènes naturels établisse une difficulté pratique si considérableà l'application actuelle des mathématiques dans ce cas, qu'elle y reste à peu prësnulle.
Sur ce sujet des mathématiques, M. Comte se livre d'ailleurs à des affirmations qu'explique seule sa complète ignorance pratique des sciences physi^ ques. Il dit par exemple :
H C'est donc par l'étude des mathématiques, et « seulement par elle, que l'on peut se faire une idée « justeet approfondie de ce que c'est qu'une science. "C'est là unf'gwemenl que l'on doit chercher à conu naître avec précision la méthode générale que l'esprit « humain emploie amslamment dans toutes ses recher-
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a chei positives, parce que nulle part ailleurs les <( questions ne sont résolues d'un» manière aussi - « complète et les déductions prolongées aussi loin <( avec une sévérité rigoureuse. C'est là également (( que notre entendement a donné les plus grandes H preuves de sa force, parce que les idées qu'il y « considère sont du plus haut degré d'abstraction (c possible dans l'ordre positif. Taute éducation tctenH- « ftgw qui ne commence point par une lelle étude pèche V donc néceuairement par sa base (I). n
Ainsi donc, l'étude qui peut seule nous procurer une idée juste et approfondie de ce que c'est qu'une science, et nous fournir en même temps une conception exacte de la méthode générale desrecher* ches scientifiques, est celle qui ne sait rien ni de l'observation, ni de l'expérimentation, ni de l'induction, ni du déterminisme. De plus, l'éducation dont tout le secret coosisteà procéderdu facile au difficile, du concret h l'abstrait, doit être renversée et passer de l'abstrait au concret.
M. Comte allègue un second argument en faveur de sa hiérarchie des sciences. Je cite textuellement :
n Un second caractère très-essentiel de notre clas- « sification, c'est d'être nécessairement conforme à « l'ordre effectif de développement de la philosophie H naturelle. C'est ce que vérifie tout ce qu'on sait de n l'histoire des sciences (S), »
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Mais M. Spencer a si bien et si complélement démonlré (1) qne le développement historique des sciences ne correspond en rien à lear position dans la biérarcbie de Comte, que je ne perdrai pas mon temps à reproduire sa réfutation.
Voici une troisième proposition de M. Comte pour faire valoir sa classification des sciences :
u En troisième lieu, celte classification présente la Il propriété très -remarquable de marquer exactefl ment la perfection relative des différentes scien- « ces, laquelle consiste essentiellement dans le degré « de précision des connaissances et dans leur coor- 11 dination plus ou moins. intime (2). »
11 m'est tout à fait impossible de comprendre la distinction que M. Comte cherche k établir dans ce passage, malgré les amplifications qu'il donne un peu plus loin. Chaque science doit se composer de connaissances précises, et ces connaissances se coordonner en propositions générales, faute de quoi elles ne constitueraientplus une science. QuandM. Comte nous dit, pour expliquer les affirmations citées cidessus, que "les phénomènes organiques ne comporteot qu'une étude à la fois moins exacte et moins systématique que les phénomènes des corps bruts, » je n'arrive pas à me rendre compte de ce que cela signifie. Quand j'affirme que par l'excitation d'un nerf moteur le muscle auquel il se rend devient fi la
(1) SpeDcer, Essai sur la Genéte de la st (!) Comte, Pliil. pos., 1. 1, p. 73.
fois plus court et plus gros sans changer de volume, cette affirmation ne itae semble pas seulement aussi vraie, mais en même temps aussi précise ou exacte que celle du physicien qui nous enseigne qu'en chauffant une barre de fer, la barre devient à la fois plus longue et plus grosse en prenant un volume plus considérable ; et en fait de précision je ne vois pas de différence entre renonciation de cette loi 'morphologique : les aiûmaux qui allaitent leurs petits ont deux condyles occipitaux, et celle de cette loi physique : l'eau soumise à l'électrolyse se décompose en oxygène et hydrogène dont le poids total est égal au poids de l'eau décomposée. Quant à dire que les recherches anatomiques ou physiologiques sont moins systématiques que celles du physicien ou du chimiste, c'est là une assertion vraiment inconcevable. Les méthodes des sciences physiques sont toujours les mêmes en principe, et le physiologiste dont les recherches ne seraient pas systématiques échouerait dans son étude plus vite encore que celui qui s'occupe de sujets plus simples.
Ainsi donc la classiRcalion des sciences de M. Comte me semble complètement défectueuseàtous égards. Dans cet article déjà bien long, il est impossible de rechercher comment on pourrait y substituer une classification meilleure, et cela est d'autant moins nécessaire que M. Spencer vient de publier une seconde édiLlon de son essai remarquable sur ce même sujet. ' â° La seconde affirmation que je me suis cru en
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droit de faire dans l'article auquel je f>uis forcé de me reporter si souvent, c'est que la philosophie positive contient bien des choses aussi contraires à l'essence même de la science, que tout ce que renferme le catholicisme ultramontain.
Ces paroles se rapportent d'une part au dogmatisme et à l'esprit étroit qui régnent si souvent chez M. Comte quand il discute des doctrines qui lui déplaisent, et qui réduisent l'expression de ses opinions à de simples puérilités passionnées. C'est ce qui a lieu, par exemple, dans toute son argumentation , contre la théorie d'un élher, et quandil s'élèvecon- ' tre la psychologie ou l'économie politique, son lan- ' gage n'est pas digne d'un savant. D'autre part, je ' faisais allusion à cet esprit tracassier de systématisation, de réglementation qui remplit la Philosophie positive et sa montre dans les derniers volumes de cet ouvrage, de façon à bien nous faire prévoir le» monstruosités antiscientiQques des derniers écrits de Comte.
Ceux qui veulent établir une ligne de démarcation entre l'esprit de la Philosophie positive et celui de la Politique et des œuvres subséquentes, me semblent (si je puis exprimer mon opinion formée d'après une étude incomplète de ces derniers ouvrages) n'avoir pas pris garde à ce que Comte cherche à prouver, et prouve même fort effectivement, dans l'appendice général de la Politique positive. « Dès u mon début, dit- il, je tentai de fonder le nouveau « pouvoir spirituel que j'institue aujourd'hui. »
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DANS SiJS RAPPORTS AVEC LA SCIENCE. 24t
« Ma politique, loin d'être aucunement opposée h (i ma ptiilosophie, en constitue tellement la suite <i naturelle, que celle-ci fut directement instituée « pour servir de base à celle-là, comme le prouve u cet appendice (1). »
Ceci est parfaitement exacte. Dans son essai remarquable ayant pour titre : Considêraiions sur le pouvoir spirituel, publié en mars 1826, Comte propose l'établissement d'un pouvoir spirituel moderne, qui pourrait dans ses prévisions, exercer sur les arbitres temporelles une influence plusf^randequecelle aa clergé catbolique au douzième siècle, époque de >ute son indépendance et de sa plus grande puisince. Ce pouvoir spirituel doit en effet, d'après l'auleur,gouvemer l'opinion et exercer sur l'éducation un contrôle suprême dans toutes les nations de l'Occident i de plus les pouvoirs spirituels des difTérents peuples européens doivent être associés et soumis à une direction commune ou souveraines^ spirituelle.
Ainsi donc, quatre ans avant la publication du premier volume de la Philosophie positive, M. Comte avait déjà complètement organisé dans son esprit un système de catholicisme sans ch7-istianisme et naturellement l'esprit pontifical se montre dans le dernier ouvrage non pas seulement comme je viens de l'indiquer, mais d'une façon plus notoire encore par une attaque contre la liberté de conscience qui éclate dans le quatrième volume :
(I) Comte, loc. cit., préface spéciale, pp. I, U.
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tiî DU POSITIVISME
n II n'y a point 6e liberté de conscience en astro- «nomie, en physique, en chimie, en philosophie « même, en ce sens que chacun trouverait absurde « de ne pas croire de confiance auz principes établis Il dans les sciences par les hommes compétents. »
L'ultramontanisme n'a rien, d'après moi, de plus complètement sacerdotal^ de plus contraire à l'esprit scientifique, que ce que je viens de citer. Tous les grands progrès scientifiques sont dus justement à des hommes qui n'ont pas hésité à douter des principes établis dans les sciences par les hommes compétents; elle grand enseignement de la science, sa grande utilité comme moyen de discipline mentale, c'est qu'elle nous inculque cette maxime, que le seul droit d'une arfirmation à la croyance dépend de l'impossibilité d'une réfutation.
Ainsi sans dépasser les limites de la Philosophie positioe, nous voyons que son auteur a en vue l'établissement d'un système social dans lequel un pouvoir spirituel organisé doit dominer et diriger le pouvoir temporel aussi absolument que les Innocent et les Grégoire ont cherché à gouverner l'Europe du moyen Age, et de ce système est proscrite la liberté de conscience qui s'exercerait à rencontre des hommes compétents dont doit être composé le nouveau clergé du positivisme. M. Congreve avait-il oublié tout cela, comme d'autres parties de la Philosophie positive, à ce qu'il semble, lorsqu'il a écrit qu'en se tenant soigneusement au sens précis des mots, « il n'est pas permis à un homme de bonne
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foi de dire que la Philosophie positive contient bien des choses aussi contraires à la science que saurait l'être le système catholique (1), u
Ainsi donc, comme on peut le remarquer, M. Comte veut conserver toute l'organisation catholique, et le résultat lo^jique de cette partie de sa doctrine dansla pratique sérail l'établissementd'une Institutionqui correspondrait à celte inslilulion éminemment catholique, mais assez contraire à l'esprit scientifique, de l'aveu de tous, le saint-orfice.
J'espère en avoir dit assez pour démontrer que dans le peu de lignes écrites par moi au sujet de M. Comte et de sa philosophie, je ne parlais pas k la légère, sans renseignements suffisanls, et moins encore par méchanceté. Après avoir aujourd'hui développé ma pensée, je ne voudrais pas donner à croire que pour moi les œuvres de M. Comte sont sans valeur. Je respecte de tout mon cojur ceux qui poussés par lui ont réfléchi prorondément aux problèmes sociaux, et luttent en gens de cœur pour régénérer la société. Ceux-là ont toute ma sympathie, et c'est cette impulsion donnée par lui qui sauvera de l'oubli le nom et la réputation d'Auguste Comte. Quant à sa philosophie, je la quitte en citant ses propres paroles, qui m'ont élé rapportées par un esposilivisle, actuellement un des hommes les plus
(I) J'avais dit à Vessence de la science, pour indiquer que j'avais cil vue l'esprit aciËntiflque, et non les détails ; maU M. Congrore a trouvé bon de laiBsec de cftté ce mot important.
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éminenU de l'Institut de France, M. Charles Robia: ic La philosophie est une tentative incessante de l'esprit humain pour arriver au repos ; mais elle se trouve incessamment aussi, dérangée par les progrès continus de la science. De là vient pour le philosophe l'obligation de refaire chaque soir la synthèse de ses conceptions ; et un jour viendra où l'homme raisonnable ne fera plus d'autre prière du soir. »