‹ Les sciences naturelles et les problèmes qu'elles font surgir;Chapitre 3 sur 44 · VI PREFACE NOUVELLE · texte numérisé non relu

VI PREFACE NOUVELLE

façon dont les hommes doivent comprendre leur propre nature comme leurs relations avec le reste de l'univers. Je crois surtout que cette influence doit s'accroître de jour en jour.

Comme je suis convaincu que l'interprétation vraie de la nature est pour l'homme l'affaire la plus importante, que seule elle peut le conduire au bien-être matériel, lui douner une base sérieuse et solide pour l'action sociale, lui fournir une exacte conception du passé, et une fidèle anticipation de l'avenir de l'univers dont il est une partie, je me suis efforcé de faire participer le grand public à mes pensées en les revêtant d'un langage simple et dépourvu de termes techniques.

Me confinant aux branches de la science qui font l'objet de faire ressortir mes propres études, j'ai cherché à faire ressortir l'action des résultats delà recherche moderne sur l'histoire du globe et del'originede ses populations vivantes, età mettre

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PRËPACB NOUVELLE. VII

ceux qui ne sont pas versés dans les recherches biologiques, à même d'apprécier la valeur et l'importance du livre de M- Darwin, VOrigine des Espèces, ce grand ouvrage, si discuté et si mal compris. J'ai beaucoup combattu pour faire admettre les éléments des sciences physiques dans les cours d'instruction adoptés dans les écoles, et finalement m'aventutant dans ces régions oîi la science et la philosophie arrivent à se rencontrer, j'ai été amené à peser les droits de deux Français éminents à être considérés comme les représenlanis de cette pensée scientiSque moderne, que quelques-uns appellent lu Nouvelle Philosophie.

Pendant les années écoulées depuis que les deux essais sur la Valeur scientifique du Positivisme et le Discours de la méthode ont été écrits, la réûexion n'a pas modifié ma conviction, que si Auguste Comte a exercé une influence négative ou même fâcheuse sur les sciences phy-

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VUI TRÉFACE NOUVELLE-

siqiuss, René Deseartea est te pèce véritable de • la peaséu nuK^roe.

Je dois de sincères remerctnieiits au (roducteuff deces essais. Grâce aux soins coaseieReieux qu'il a mis dans ce travail, il a rendu itdèlenient ma peoflée.

Th. Huxley.

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DE L'UTILITÉ DE TRATAIUSH AU DRVELOPFIIÊNT DES C0.V.>'A1SSA.NCSS ItATURELLES

Sermon laïque fronoïKé à Sl-Martin's Hall, le dimanche soir 7 janvier 1806.

Dans les premiers jours du mois de janvier 1666, il y a donc aujourd'hui deux ceuls ans, ceux de nos ancêtres qui habitaient cette grande ville de Londres, déjà bien ancienne alors, jouissaient d'un moment de répit entre les souffrances que leur firent éprouver deux épouvantables calamités; la première était sur son déclin, la seconde allait survenir.

Selon la tradition, c'est à quelques pas du Heu actuel de notre réunion que la peste, maladie mortelle et si douloureuse, se déclara d'abord dans les derniers mois de l'année 1664. On la connaissait déjà, mais elle n'avait jamais frappé le peuple d'Angleterre, et tout particulièrement les habitants de

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i DÉVELOPPEHEM

Londres, avec autant de violence qu'on )e vit pendant l'année suivante. Defoe nous a retracé de main de maUre, dans une Action des plus véridiques(]), ce qui arriva pendant ces mois lugubres. 11 nous montre la Mort, escortée des Souffrances et de la Terreur, parcourant les rues étroites du vieux Londres! dont elle avait fait son empire; elle avait remplacé le bourdonnement des affaires par un silence qu'interrompaient seules les lamentations de ceux qui pleuraient cinquante mille morts, les tristes accusations et les folles prières des fanatiques et les imprécations plus folles encore de débauchés sans espoir.

Mais, au commencement de l'année 1666, la mortalité redescendait à son taux habituel ; çà et là se produisait bien encore quelque cas de peste ; pourtant les citoyens ricbes qui avaient fui à l'approcbe du fléau rentraient dans leurs demeures. Les autres reprenaient la série de leurs travaux journaliers, ou de leurs plaisirs, et tout annonçait que le courant qui fait la vie de la grande ville allait rentrer dans ^es rives pour couler dés lors sans interruption avec «ne force nouvelle.

Espoir trompeur ! La grande peste ne revint pas, il est vrai, mais le grand incendie vint détruire la ville, comme la peste avait détruit ses habitants. Au mois de septembre de cette année 1666, le feu avait réduit en cendres les cinq sixièmes des rtches-

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ses qui avaient Tait la gloire de Londres, mais n'avail pu abaltre l'énergie indomptable de ses habitants, bien plus glorieuse que toutes ces richesses détruites.

Nos ancêtres expliquaient à leur manière chacune de ces calamités. Ils subissaient la peste dans un esprit d'humilité et de pénitence, parce qu'ils l'attribuaient au jugement de Dieu, Mais l'incendie leur inspirait une indignation pleine de fureur, parce qu'ils l'attribuaient à la malice humaine. Pour les uns, c'était l'œuvre des républicains; pour les autres, des gens du pape, selon que chacun était partisan du roi ou des puritains.

Si, en ce point où nous sommes, centre d'un quartier élégant et très-peuplé du vieux Londres, quelqu'un était alors venu proposer à nos ancêtres la doctrine que je vais vous développer, il aurait été, je pense, fort mal accueilli quand on l'aurait entendu dire que toutes ces hypothèses étaient également fausses, et que la peste n'était pas plus le jugement de Dieu, comme ils l'entendaient, que l'incendie n'avait été l'oeuvre d'une secte religieuse ou politique; qu'ils avaient déterminé eux-mêmes et la peste et l'incendie, et que pour éviter le retour de ces calamités, qui leur semblaient être absolument au delù de la portée du conlrfile des hommes et résulter manirestement de la colère divine ou des complots et des artifices de leurs ennemis, c'est à eux-mêmes qu'ils devaient avoir recours.

On s'imagine le concert de saints anatbëmes des

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puritains de l'époque, faisant chorus avec les jurons profanes et l'ironie pétillante des Rocbesters, des Sedieys et les insultes des politiques fanatiques, qui eût accueilli cet esprit positif déclarant ensuite que si l'on arrivait jamais à empêcher le retour de semblables malheurs, ce ue serait pas par le triomphe des croyances de Laud ou de Millon, ni par celui des républicains ou des monarchistes; si enfin ce partisan du bon sens avait professé que, pour atteindre ce but, il fallait seconder les efforts d'une .corporation insignîGanle qui s'étaitétabliequelques années avant l'époque de la grande pesLe et du grand incendie et qui avait attiré l'attention aussi peu qu'elle était pourtant remarquable.

Une vingtaine d'années avant les premières manifestations de la peste, quelques hommes d'éludé, calmes, à l'esprit réfléchi, s'étaient réunis dans l'intention de travailler, selon leur propre expression, au développement des connaissances naturelles. On ne peut exprimer le but qu'ils se proposaient plus clairement que ne l'a fait un des premiers organisateurs de leur compagnie, a Nous nous étions prou posé, dit-il, laissant de c6té toute discussion reii- « gieuse et politique, de prendre en considération H les recherches philosophiques et tout ce qui s'y u rapporte, et d'en faire le sujet de nos entretiens. « Ainsi donc, nous nous occupions : de médeti cine, d'anatomie, de géométrie, d'astronomie, de «navigation, de statique, d'aimantation, de chimie, « de mécanique et d'expérimentations naturelles;

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« nous nous enquérions de l'état de ces études et de « tout ce qui se faisait en ce genre, tant chez nous « en Angleterre, qu'à l'étranger. Puis nous avions « pris pour sujet de nos entretiens : la circulation « du sang, les valvules des veines, les vaisseaux cby- <( lirères et les vaisseaux lymphatiques, l'hypothèse « de Copernic, la nature des comètes et des étoiles « nouvelles, les satellites de Jupiter, la forme ovale a de Saturne (cette planËte leur paraissait avoir celte H forme), les taches du soleil et la rotation de cet 1 astre sur son axe, les inégalités et la description de <i la lune, les différentes phases de Vénus et de Merci cure, les améliorations à apporler aux télescopes « el à la fabrication de leurs lentilles, la pesanteur « de l'air, !a possibilité ou l'impossibilité du vide, et < l'horreur du vide qui se manifesterait dans la na* K lure, l'expérienco de Torricelli au moyen du vif u argent, la cbute des corps pesants et )e degré d'uca célération que présente ce mouvement, ainsi que a plusieurs autres choses du môme genre, dont <( quelques-unes étaient alors des découvertes toutes H récentes, et d'autres n'étaient pas connues et gél< néralement acceptées comme elles le sont mainn tenant -, ainsi que d'autres choses encore se rap- " portant à ce que l'on appelle aujourd'hui la <i philosophie nouvelle, et à laquelle on a beaucoup « travaillé depuis l'époque du Florentin Galilée et « de l'Anglais François Bacon lord Yerulam, en <i Italie, en France, en Allemagne, et ailleurs à « l'étranger comme ici en Angleterre, u

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C'esl en ces termes que le savant docteur Wallis, écrivant en 1696, raconte ce qui était arrivé un demi-siècle avant, vers l'année 1645. Les premiers membres de l'association se réunissaient k Oxford dans l'appartement du docteur Wilkins, qui fut plus tard évêque. Puis ils se retrouvèrent à Londres et attirèrent l'attention du roi. Les Stuarts avaient toujours favorisé la science; Charles II, celui de ces rois sans grande valeur dont les vices furent le plus apparents, l'aimait comme son père et son grandpère; nous en avons ici la preuve. Non content de dire à propos de ses philosophes des choses trèsspirituelles, le roi Charles agissait encore à leur égard en homme sage. Il leur accorda tous les soins qu'il put leur donner sans faire tort à ses maîtresses et à ses chiens caniches, et de plus, se trouvant sans argent selon son habitude, il sollicita en leur faveur les libéralités du duc d'Ormond; mais il échoua de ce c6té, et alors il leur donna le collège de Cbelsea, une charte et la masse que devait porter leur massier; enQn il mit le comble h ses faveurs en ne leur imposant pas autrement le patronage royal ou l'intervention de l'Etat.

C'est ainsi que ces quelques jeunes gens qui désiraient étudier la « philosophie nouvelle n et s'étaient réunis vers le milieu du dix-septième siècle, tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre, à Oxford ou à Londres, devinrent de plus en plus nombreux et prirent plus de valeur de jour en jour, jusqu'à ce que plus lard la Société Royale pour le développement des cotmais-

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aancea naturelles eut acquis grande renommée et droit à la véuération du peuple anglais. Depuis lors, comme foyer principal de l'acUTÎté scientifique en ce pays et comme premier champion de la cause dont la défense avait été son but, elle n'a pas périclité.

C'est grflce au secours de la Société Royale que Newton a publié ses Principïa, Si tous les livres du inonde venaient à disparaître et qu'il ne restât plus que les bulletins de cette Société (I), nous sommes fondés à dire que la base des sciences physiques subsisterait intacte, et qu'on retrouverait les vestiges de tout le progrès intellectuel des deux derniers siècles, dont tous les grands traits seraient complets, malgré la perte de bien des détails. Cette Société ne présente pas aujourd'hui de signe de décadence. Comme à l'époque du docteur Wallis, nous nous proposons, en laissant de côté toute discussion religieuse et politique, de prendre en considération les recherches philosophiques et d'en faire le sujet de nos entretiens. Mais nos mathématiques sont telles aujourd'hui que, pour les apprendre. Newton serait forcé de se remettre sur tes bancs ; notre statique, notre mécanique, notre aimantation, notre chimie et nos expérimentations naturelles constituent une telle somme de connaissances physiques et chimiques que, si Galiléepouvait y jeter un simple coupd'œil, cela seul le dédommagerait des persé-

' (1) PhUotaphieal transactions.

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cations que pourrait lui Taire subir toute une bande de cardinaux inquisiteurs, et si Vésale, siHarrey, pouvaient contempler notre médecine, notre anatomie, l'arbre immense qui a surgi du grain de sénevé déposé par eux, les variétés infinies de l'être, les mondes nouveaux dévoilés dans le temps et dans l'espace, les grands problèmes auxquels se sont adressés avec de notables succès les efforts de l'homme, ils en seraient éblouis.

Ce merveilleux progrès intellectuel se manifeste dans la vie pratique d'une façon non moins remarquable; c'est là un fait qui est rais aujourd'hui en lumière, plus peut-être qu'il ne serait uécessaire. Pour n'envisager la question qu'ù ce point de vue, le mouvement que représente le chemin parcouru par la Société Royale est sans parallèle dans l'histoire de l'humanité.

Les spéculations subtiles de la scolaslique rempliraient peut-être un aussi grand nombre de gros volumes que les bulletins de la Société Royale, et, pour se rendre maître des produits de la pensée du moyen âge, il faudrait peut-être y dévouer plus de temps et d'énergie que pour connaître la philosophie nouvelle ; mais quand les plus grands esprits de l'Europe y passeraient plus de temps encore qu'il ne s'en est écoulé depuis le grand incendie, les résultats en seraient vains et illusoires, en ce qui concerne notre état social.

D'autre part, si ce noble personnage qui fut le premier président de la Société Royale pouvait

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soulever la pierre de son tombeau pour TÎsiter encore une fois la Société qui lui était si chère, il se trouverait transporté au cœur d'une civilisation qui dilTère matérielIenieDt plus de celle qu'il a connue, que celle-ci ne diffère de la civilisation du premier siècle. Et si cette ombre avait encore toute la sagacité naturelle qui distingua lord Brouncker, il ne lui faudrait pas de bien longues réflexions pour s'apercevoir que tous ces grands navires, ces chemins do fer, ces télégraphes, ces manufactures, ces presses d'imprimerie, sans lesquels tout l'édiGce de la société moderne en Angleterre s'écroulerait, pour se réduire en un paupérisme torpide et famélique, que tout cela, dis-je, qui est le soutien de notre Ëtat, n'est que la manifestation de peu de valeur relative du grand courant intellectuel dont ils n'avaient pu contempler, lui et ses compagnons, que le point de départ; mais en voyant ces merveilles, il y reconnaîtrait ce qii'ils eurent pour heureuse mission de cultiver à son état de pureté primitive.

On peut bien se figurer ce noble revenant, encore soucieux des calamités de son époque, nous demandant combien de fois depuis lors l'incendie avait détruit la ville de Londres, combien de fois la peste y avait fauché ses milliers de victimes. Il faudrait lui répondre que si Londres contient dix fois autant de matières inflammables qu'en 1666, que si, non contents de remplir nos appartements de boiseries et de draperies légères, nous en sommes

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10 DfiVELOPPEHENT

venus k faire circuler dans tous les coins de nos rues et de nos maisons, comme objets de première nécessité, des gaz infiammables et explosibles, nous ne laissons plus jamais le feu détruire une rue entière. Il nous demanderait sans doute comment cela se Tait, et il nous faudrait lui expliquer qu'au moyen du progrès des sciences naturelles, nous sommes parvenus à fabriquer de nombreuses machines pour lancer l'eau sur le feu, et chacune de ces machines eût fourni à l'ingénieux M. Hooke, premier curateur et expérimentateur delà Société, des matériaux en abondance suffisante pour faire les frais de ses discours pendant une demi-douzaine de séances. De plus il faudrait lui faire remarquer que, sans les progrès des sciences naturelles, nous n'eussions même pas été capables de façonner les outils qui servent à coDslruire ces maciiines. Enfin nous devrions lui expliquer que, si de grands incendies se produisent ■ encore et nous occasionnent de grandes pertes, il existe des sociéLës qui les compensent au moyen d'opérations financières rendues possibles par le seul progrès des sciences naturelles dans la voie des mathématiques et par l'accumulation des richesses, résultat direct d'une autre forme de connaissances naturelles.

Mais la peste? Les observations que pourrait faire lord Brouncker ne le conduiraient pas à penser, je le crains, que les Anglais du dix-neuvième siècle sont plus purs dans leur vie, plus fervents dans leur

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DES CONNAISSANCES NATURELLES. il

foi religieuse, que la génération qui a produit un Boyle, un Evelyn, un Milton. Il retrouverait la fange dans les bas-fonds de noire société, au lieu de la voir recouvrir ses sonamets; mais, hélas I notre corruption mérite en somma un jugement auasi sévère que celle de la restauration, et alors il nous faudrait lui expliquer, en rougissant de honte cette fois, que nous avons lieu de croire que ce ne sont ni les progrès de notre foi ou de notre moralité qui nous sauvent do la peste, mais que nous devons encore cela aux progrès des connaissances naturelles. Nous avons appris que la peste ne s'établit que chez ceux qui lui préparent des demeures malpropres et misérables. Il lui faut des villes aux rues étroites, sans eau courante, rendues infectes par l'accumulation des immondices. Il lui faut des maisons bumides, mal éclairées et sans air, aux habitants sales, mal nourris et en guenilles. Telle était la villa de Londres en 1663. Telles sont les villes de l'Orient où règne toujours la peste. Dans ces derniers temps nous avons acquis quelques connaissances de la nature, et noua lui obéissons lant soit peu. Gomme nos connaissan* ces naturelles sont en progrès, comme nous obéissons partiellement à la nature, nous n'avons plus de peste ; mais comme nos connaissances sont incomplètes, notre obéissance imparfaite, la fièvre typhoïde est endémique chez nous, et nous avons des épidémies de choléra. Pourtant on est en droit de dire que quand nos connaissances seront plus com-

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plètes, si nous savons alors nous conformer aux connaissances acquises, la ville de Londres pourra compter les siècles écoulés depuis la dernière irruption de la Ëèvre typhoïde ou du cboléra, comme elle compte aujourd'hui, avec reconnaissance, les deux cents ans écoules sans qu'elle ait vu survenir celte peste qui fondit trois fois sur elle pendant la première moitié du dix-septième siècle.

N'eit-il pas certain qu'il n'y a rien dans ces explications qui ne soit pleinement conârmé par les faits 7 N'est-ii pas certain que les principes qu'ils impliquent sont admis par tous les penseurs? Peuton nier que nos concitoyens soient moins exposés h l'incenilie, à la famine, à la peste, à tous les maux qui résultent de l'incapacité où nous sommes de nous rendre maîtres de la nature et de savoir prévoir son cours, que ne l'étaient les concitoyens de Milton? Lasanté, la richesse, le bien-être, ne sont-ils pas aujourd'hui plus abondants qu'ils ne l'étaient alors ? Il n'est pas moins certain que cela provient des progrès effectués dans les connaissances de la nature, répandues de toute part, devenues familières, et dominant, sans qu'on s'en rende compte le plus souvent, toutes nos actions.

Accordons pour le moment, aux contempteurs des sciences naturelles, leur argument de prédilection : Nos progrès en ce sens ne peuvent ajouter qu'aux ressources de la civilisation matérielle. Admettons que les fondateurs de la Société Royale n'avaient pas en vue une récompense plus élevée

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Je ne puis admettre cependant que j'exagérais en TOUS donnant à entendre tout & l'beure que pour l'homme capable de distinguer les événements réellement importants, de les reconnaître parmi les événements plus marquants, mais de moindre importance réelle, le point de départ des efforts combinés des hommes pour faire progresserles sciences naturelles devait sembler plus considérable que la peste, plus lumineux que les lueurs de l'incendie, car cet événement était gros de bonheur pourVhumanité, et le dommage causé par ces épouvantables fléaux devenait relativement insignifiant.

Pour chacune des victimes de la peste, il est certain que la filature mécanique fait vivre aujourd'hui des centaines d'hommes, et leur assure leur part de bonheur terrestre. Le grand incendie de Londres, au pis aller, n'a pas détruit ce que brûle journellement en charbon, dans les entrailles de la terre, la pompe à vapeur, dont le produit se chiffre par une somme de richesse près de laquelle les millions perdus dans le grand incendie ne sont plus qu'nne babiole.

Mais après tout, les machines fileuses, les pompes à vapeur, ne sont que jouets d'enfants dont ta valeur est accidentelle; les sciences naturelles créent une inanité de machines bien autrement ingénieuses, et si nous n'entendons pas sans cesse chanter les louanges de ces inventions admirables, c'est qu'il n'est pas possible d'en faire directement des instruments de production de la richesse. Quand

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je vois tes sciences oaturelles répandre ainsi leurs dons parmi les hommes, je pense k la paysanne des Alpes. Lourdement chargée, elle gravit la moDtagne, ne songeant qu'à sa famille ; elle tricota des bas sans effort, sans mSme penser à son tricot. Des bas tricotés, c'est là assurément une fort bonne chose, les enfants s'en trouveront bien. Que penseriez-TOus de celui qui, méprisant cette bonne mère, ne verrait en elle qu'une machiné à faire des bas et ne l'évaluerait qu'en raison du bien-être physique qu'elle procure?

On voit pourtant des aveugles, conducteurs d'aveugles, et en grand nombre, qui considèrent ainsi les connaissances naturelles, et pour eux cette mère bienfaisante de l'humanité n'est qu'une machine à fabriquer le bien-être. Pour eux, le progrès des connaissances naturelles n'est que l'augmentation des ressources matérielles et des jouissances de l'homme, et ne peut être autre chose .

Ils ne veulent pas reconnaître dans les sciences naturelles la vraie mère de l'humanité, qui élève ses enfants avec tendresse, parfois aussi avec sévérité, quand la sévérité est nécessaire, et leur indique la voie qu'ils doivent parcourir, les instruisant de toute chose utile à leur bien réel. Pour eux, c'est une marraine de la nature des fées, qui a pour ses favoris des bottes de sept lieues, des armes enchantées, de toutes-puissantes lampes d'Aladdin, à l'aide desquelles on arrivera un jour à prolonger les télégraphes jusqu'aux, astres et à voir l'autre face de la lune, de

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DES CONNAISSANCES NATURBUES. lE

sorte que nous pourrons alors remeraer Dieu de tous les avantages que nous aurons sur nos ancêtres arriérés.

S'il en élaît ainsi, je ne me soucierais guère, quant à tnoi, de travailler péniblement au service des connaissances naturelles. J'aimerais tout autant, ce me semble, travailler tranquillement k me façonner une hache de pierre à la façon de mes ancêtres d'il y a quelques milliers d'années, que de subir toute la vie cette longue maladie de la pensée dont nous sommes tous tourmentés, si ce peu de bien-être matériel est notre seule récompense. Mais, je puis l'affirmer, ni la raison ni les faits ne confirment une semblable manière de voir. Ceux qui parlent ainsi sont, à mon avis, des gens tellement désireux de voir ce qui dépasse Ja nature, ou ce qu'elle nous cache, qu'ils sont incapables, par cela même, de voir ce qu'elle montre à tous les yeux.

J'hésiterais ù vous parler d'une façon si absolue, si je n'avais pour me jusliBer les fuils les plus simples et les plus palpables. Il suffit de faire appel ausvérités les plus notoires pour reconnaître, comme justification complète de mes assertions, que le progrès des connaissances naturelles, quels que soient la direction qui lui était donnée et le but terre à terre que se proposaient ses premiers instigateurs, n'a pas seulement valu aux hommes un bénéfice pratique, mais en produisant ce résultat a déterminé une révolution dans leur conception de L'univers et d'euxmêmes, et a profondément changé leurs modes de

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Ifl DÉVELOPPEMENT

penser et leurs interprétalions du bien et du mal. Je dis qoe les sciences naturelles, en cherchant à satisfaire les besoins naturels, ont trouvé les idées qui seules peuvent apaiser nos désirs spirituels. Je dis que les sciences naturelles, en cherchant à élucider les lois du bien-être, ont été amenées à découvrir les lois de la conduite et à établir les fondements d'une moralité nouvelle.

Examinons tous ces points séparément, et voyons d'abord quelles sont les grandes idées introduites dans l'esprit humain par les sciences naturelles. Je ne puis m'empécher de croire que les fondements de toutes les connaissances de la nature furent posés quand la raison de l'homme contempla pour la première fois les faits de la nature, quand l'homme sauvage reconnut, par exemple, que dans ses deux mains il y a pins de doigts que dans une seule; qu'il est pins court de traverser un ruisseau que d'en faire le tour en remontant à sa source; qu'une pierre reste en place quand on n'y touche pas et qu'elle tombe de la main qui ne la retient plus ; que la lumière et la chaleur suiventle soleil pour disparaître avec lui ; qu'un bflton se consume dans le feu ; que les plantes et les animaux croissent et meurent ; qu'en frappant son voisin il excitait sa colère et s'exposait ainsi à en recevoir des coups, tandis qu'en lui offrant un fruit il lui faisait plaisir et pouvait en retour recevoir de lui un poisson. Les ébauches grossières des mathématiques, de la physique, delà chimie, de la biologie, des sciences morales.

économiques et politiques furent tracées quand les hommes eurent acquis ces connaissances primitives. El dès que semontra la science, le premier germe de la religion se montra aussi. Ecoutez ce vieux chant ■l'Homère qui, malgré ses trois mille ans d'existence, n'a pas perdu de sa fraîcheur :

Quand au ciel \ea ftoilea qui escortent la lime nous semblent belles, qumd les vents se CBlment, quand se montre chaque sommet des monta, leurs crêtes et leurs vallées, et que les cieui immenses se découvrent jusqu'au zénitb, quand les astres resplendissent, la joie envaliit le cœur du berger.

Si le Grec à demi sauvage pouvait à ce point prendre part aux sentiments que nous éprouvons aujourd'hui, soyons certains qu'il ne s'en tenait pas là, et qu'après ce moment de bonheur, comme nous, il sentait survenir une certaine tristesse. Celte petite étincelle de l'intelligence humaine qui se réveille, brille si peu au milieu de l'abime de notre ignorance fatale. Elle nous fait voir les imperfections irrémédiables, les aspirations irréalisables de la nature humaine, et ne semble pas pouvoir aller au delà. En reconnaissanL les limites qui lui sont imposées, en voyant ouvert devant lui le livre dont il ne peut pénétrer le secret, l'homme éprouve une tristesse qui est l'essence de toute religion, et en cherchant à donner à ce sentiment une forme, au moyen de celles que lui fournit son intelligence, il donne naissance ans théologies supérieures.

Ainsi donc, dès que l'intelligence commença à poindre, les fondements de toutes les connaissances

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(8 lÉVELOPPBMENT

séculières ou sacrées furent bientôt posés, nous n'en saurions douter, quoique les premiers édifices de la pensée religieuse aient élé longtemps sans solidité intrinsèque, et se soient accommodés pour ainsi dire à toutes les Ibéories possibles du gouvernement de l'univers. Dès l'origine, il y eut 'assurément la conviction bien arr&lée dans les esprits les plus grossiers que îa constance successiïe de certains phénomènes impliquait, au moins pour ces phénomènes, un ordre Qie et régulateur. Je ne puis croire que le plus grossier adorateur des fétiches se soit jamais imaginé qu'il y avait dans la pierre qui tombe un dieu qui en déterminait la chute, ou dans le fruit un dieu qui en déterminait la douceur. Il semble bien certain que, dès l'origine, l'humanité se rendit compte de tons les phénomènes de ce genre à un point de vue strictement positif et scîentilique. Mais, quant à tous les événements insolites qui se présentent journellement, l'homme inculte devait se prendre comme terme de comparaison, comme centre et comme mesure du monde, et il ne lui était guère possible de faire autrement. Reconnaissant que sa volonté libre et indépendante de toute cause en apparence, est très-efficace pour déterminer bien des événements, il était tout naturel qu'il assignât des événements autres et plus gi'andsà des volontés plus grandes et différentes de la sienne. Il en arrivait donc à considérer le monde, et tout ce qu'il contient, comme le résultat des volontés de personnes semblables k lui, plus puissantes qu'il ne

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l'était lui-même, et capables d'âtre apaisées ou im< tées comme lui. Toute l'humanité a traversé ces phases ou les traverse actuelletuenl, après avoir interprété ainsi le plan de l'univers et ce qui s'y passe. Et maintenant nous pouvons rechercher quelle action ont eue les progrès effectués dans les connaissances naturelles sur la manière de voir de ceux qui ont atteint le point où nous sommes, et qui se sont misa cultiver ces sciences, sans autre but que « l'honneur de Dieu et le bien de l'homme ii comme l'a dit Bacon. Ainsi, par exemple, chez un ancien peuple, rien ne peut paraître plus sage au point de vue matériel, plus innocent au point de vue théologique, que de chercher à connaître la succession précise des saisons, qui devait guider les agriculteurs, ou la position des étoiles à l'aide desquelles les premiers navigateurs étaient à même de se diriger. Mais qu'est-il résulté de celte recherche qui semblait si absolument se borner aux besoins à satisfaire ? Vous répondrez tous : l'astronomie; l'astronomie, eneSet, qui, plus qu'aucune autre science, afourni à l'esprit des hommes des idées générales, dont la nature s'écarie le plus de l'expérience journalière, et qui, plus que toute autre, lésa mis dans l'impossibilité d'accepler lescroyances de leurs pères; l'astronomie qui leur dit que cette terre, qui parait si vaste et si sohde, n'est qu'un atàme au milieu des atâmes, roulant vers un butinconnu dans l'espace sans limites; l'astronomie qui nous démontre que ces cieux qui nous semblent si calmes sont l'espace immense que

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remplit unenn»tiëre infiniment subtile, bouitlonnant, tourbillonnant sans cesse comme une mer en furie. C'est l'astronomie qui nous découvre les régions infinies où rien n'est connu, où, semble-t-ij, rien ne l'a jamais été, si ce n'est que la matière et la force j existent et j réagissent selon des lois immuables. C'est l'astronomie encore qui nous amène à contempler des phénomènes dont la nature nous prouve à la fois qu'ils ont eu forcément un commencement et qu'ils auront aussi une fin, mais que ce commencement est infiniment reculé par rapporta nos conceptions du temps, et que cette fin ne peut se prévoir que perdue dans les profondeurs incommensurables (le l'avenir.

Mais ce ne sont pas seulement ceux qui étudient l'astronomie qui ont reçu des idées au lieu du pain qu'ils demandaient.

Peut-il y avoir rien de plus innocent que de cbercher à faire monter l'eau et à la distribuer au moyen d'une pompe? Peut-on mieux se renfermer dans les grossières limites de l'utile? Mais les pompes ont amené des discussions sur l'horreur du vide manifestée par la nature ; puis on s'aperçut que la nature n'a nullement horreur du vide, mais que l'air est un corps pesant; ceci conduisit à reconnaître que toute matière est pesante, et que cette force qui détermine le poids des corps se répand dans tout l'univers; bref, la théorie de la gravitation universelle et de la force sans limite fut établie. Et d'un autre c6té, en apprenant à manier les gaz, on lit la découverte

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DES COHN&ISSANCBS NATURELLES. 21

de l'osygène, d'où naquirent U cbimie moderne et la notion d'indeslructibilité de U maliëre.

Quand une roue tourne très-vite autour de son moyeu, elle s'échauffe; peut-on se figurer quelque chose de plus simple, de plus pratique, que de chercher à éviter cet échauffement ? Il serait bien utile aux charretiers et à tous lesconducteurs de voitures, d'Glre bien renseignés à ce sujet, et si un bomme ingénieux pouvait leur faire connaître la cause de ce phénomène et déduire de sa connaissance le moyen de l'éviter, ceJui-là leur rendrait grand service. Le comte Rumford fut un homme ingénieux de ce f!eare ; lui et ses successeurs nous conduisirent à la théorie de la persistance ou de l'indestructibilité des forces. De plus, en étudiant les inUniment petits comme les infiniment grands, les hommes qui recherchaient les connaissances naturelles du genre de ce que nous appelons la physique ou la chimie, ont trouvé partout un ordre défini etsuccessifqui semble n'avoir jamais été enfreint. Et qn'est-il arrivé en médecine, en anatomie? L'anatomiste, le physiologiste , le médecin, avaient un but bien direct et pratique : le soulagement des souffrances humaines, et ils s'y dévouent assidûment. Ont-ils pu se borner à ce qui est strictement utile, mieux que les autres chercheurs? C'est & eux, je le ci-ains bien, qu'on jettera surtout la pierre. Si l'astronome, en effet, nous à montré les profondeurs infinies de l'espace et la durée de l'univers, pour nous, pratiquement éternelle ; si le physicien

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et le chimisLe ont démontré la petitesse infiDia des parties qui constituent cet univers et la durée, pratiquement étemelle pour nous, de ]a matière et de la force, proclamant l'un et l'autre l'universalité d'un ordre stable et d'une succession qui peut se prévoir avec certitude dans les événements, ceux qui se sont mi» à étudier la biologie ont accepté tout cela, et y ont ajouté de leur cAté bien des thèses qui semblent étranges. Les astronomes avaient découvert que la terre n'est qu'un poiut excentrique dans l'univers, bien loin d'en être le centre; de même les naturalistes reconnurent que l'homme n'est pas centre de la nature vivante, qu'il n'est qu'une des modifications infinies de la vie; et comme l'astronome reconnait dans les dispositions du système solaire des signes qui lui permettent de lui assigner une durée qui pour lapratique est sans fin, de même le biologiste reconnaît les traces des anciennes formes de la vie peuplant le monde penôanl de longues périodes d'une durée illimitée par rapport à l'expérience humaine. Bien plus, le physiologiste reconnait que la vie ne se manifeste que sous certaines conditions, résultant de dispositions moléculaires, tout comme un phénomène physique ou chimique quelconque, et l'ordre fixe, la causalité immuable se révèlent à lui dans toutes ses recherches, d'une façon aussi manifeste que dans tout l'ensemble de la nature. Je ne saurais, malgré toute ma bonne volonté, reconnaître que la religion ait débuté autrement

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que toutes les connaissances dont je tous parle. Provenant comme celles-ci de l'action de l'esprit humain, sur le monde extérieur, et de la réaction du monde extérieur sur la pensée de l'homme, la religion a pris le masque intellectuel du fétichisme ou du polythéisme, du théisme ou de l'atbéisme, de la superstition ou du rationalisme. Je n'ai pas à m'occuper de la valeur ou des défauts de ces formes différentes de la pensée religieuse, mais il est indispensable à mon argument de bien vous faire comprendre que, si la religion de nos jours diffôre de celle des temps passés, cela provient de ce que la théologie actuelle est plus scientiflque; c'est que la théologie a abandonné les idoles de bois et de pierre; c'est qu'elle commence à sentir la nécessité de récuser des livres, des traditions, dont on s'était fait de nouvelles idoles, en même temps que les vaines minuties des spéculations ecclésiastiques ; elle se sent appelée à l'autel de l'inconnu, de l'inconnaissable, pour s'y livrer en silence aux émotions grandes et nobles de son culte. Telles sont quelques-unes des conceptions nouvelles qui se sont produites sous l'influence du progrès des connaissances naturelles. L'homme a reconnu que pour lui l'étendue de l'univers est infinie, et que pour lui l'univers est éternel. Vidée que la terre est une portion inilnitésimale de l'univers visible est familière aujourd'hui, et par rapport à nos évaluations de la durée, sa durée est éternelle cependant. On a reconnu encore que l'homme

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n'est qu'une des formes ionombraL ■■';,! !.[■ qui se rencontrent actuellement su \ni v :■ ' que toutes ces formes ne sont que - .1, ' talions ultimes d'une série incomm. ^ dule qui les a précédées. Bref, chaque pas que faisait l'iiomme dans la voie des connaissances naturelles lui découvrait, de plus en plus, l'ordre immuable de la nature. Cette idée s'emparait . ' "s de son esprit; il la formulait tant bien que mal en la désignant sous le nom de lois de la nature, métaphore malheureuse d'ailleurs; il reconnaissait que tout changement provient de cet ordre défini, et per-lait de plus en plus la croyance en la spontanéité . .^i l'action se rétrécit sans cesse pour lui.

Il ne s'agit pas de savoir si ces idée* sont bien fondées ou non. Elles esisteut, il n'y a ) !i' -'-v :■ et proviennent fatalement du rrosr' la (i ■■.■■■■ naissances naturelles. S'il e :i rr :. '., u est cer~ lain, par cela m6me, qu'elles, iuifienl- les convictions humaines les plus ii^portantes, celles que l'homme a chéries de tout son coeur.

Il nous reste à examiner une seconde qu ju. Jusqu'à quel point les progrès de nos connaissances naturelles ont-ils donné une forme nouvelle et différente aux conceptions que nous pouvons appeler l'éthique intellectuelle de l'humanité? Et quelles sont les convictions morales qui tiennent le plus au cœur de l'homme barbare ou à demi ràvilisé ?

A cet état de développement social, la base la plus ferme des croyances est pour l'homme la foi

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' '■ '■f^HNAlSSANCES NATURELLES. 2S

'.'^omme croit alors qu'il y a méhs recherches contradîcloires ; le uou.o . ite, )e scepticisme un péché ; quand

l'aulorilé legui'à^'e s'est prononcée sur l'objet de la croyance, quand la foi a accepté ses décisions, la raison est boiV' de cause. II y a aujourd'hui bien des gens de gfai^d mérite qui défendent ces principes, et'je t. a/pas à discuter en ce moment leur inanièr'e de voir. Qu'il me suffise de bien vous faire comprendre, qu'en dehors de toute discussion possible, les progrès des connaissances naturelles provifnteiit de méthodes en contradiction formelle avec utilités ces croyances, et qui affirment précisé- '' nt le contraire de ce qu'elles avancent.

"-'ui qi'' -^terche à faire progresser les connaisfis se refuse absolument à reconnattrtj 1 aiin, '•—.«« valable à rencontre de la

raison. Pour lUt, i '".isme est le premier des de-

voirs, la foi avAigle, II.- '^rand péché impardonnable. Il ne peut en être autrement. Tout progrès, eu fait de science naturelle, a toujours impliqué la négation ai. Hiie de l'autorilé, l'amour d'un scepticisme que rien n'arrête, l'annihilation de l'esprit de foi aveugle. Celui qui, de tout son cœur, se dévoue à la science n'accepte pas ses convictions en raison de la croyance des hommes qu'il vénère le plus, il ne les accepte pas parce que des prodiges et des merveilles en garantissent la vérité, il les accepte parce que l'expérience lui prouve que chaque fois qu'il les met en contact avec lajiature, leur source

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Sfl DËVELOPP. DES CONNAISSANCES NATURELLES.

première, chaque Tois qu'il les met à l'épreuve en faisant appel à l'expérience et à l'obserration, la nature les conRrme. L'homme de science a appris à croire à la justi&cation, non par la foi, mais par la vérification.

Ainsi donc, sans prétendre un seul instant mépriser les résultats pratiques du progrès des connaissances naturelles et son influence blenraisante sur la civilisation matérielle, il faut admettre, je pense, que les grandes idées dout je vous ai tracé l'ébauche incomplète, que l'esprit moral que j'ai cherché à vous indiquer sommairement, constituent la signification réelle et permanente de ces connaissances.

Si ces idées doivent, comme je le crois, prendre avec les années un empire de plus en plus grand sur le monde ; si cet esprit est destiné, comme je le crois, à s'étendre sur tout le domaine de la pensée de l'homme et doit se répandre sur tout l'ensemble de ses connaissances ; si, en s'approchant de sa maturité, la race humaine reconnaît, comme elle le reconnaîtra, je le crois encore, qu'il n'y a qu'un genre de connaissances, qu'une seule méthode pour y atteindre, nous alors, qui sommes encore dans l'enfance, avons bien lieu de penser que notre premier devoir est de constater l'utilité de travailler au développement des connaissances naturelles pour nous faciliter, à nousmêmes et à nos successeurs, la voie qui mène au noble but offert à l'humaaité.

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LE mite ET LE NOIR; Km (ffitSim D'JIANCIPATION.

Ne suis-je pas homme comme vous, ne suis-je pas votre frère? Ce cri plaintif que nous adressait le pauvre nègre vient enfin de recevoir une réponse décisive sur les champs de bataille de l'Amérique, et la conclusion des combats sanglants s'accorde plei* nement avec celle à laquelle nous étions arrivés ici d'une façon plus paciRque.

C'est une question réglée; mais ceux-là mêmes qui sont les plus convaincus que le sort des armes a favorisé la justice, doivent reconnaître que la plupart des arguments mis en avant par les vainqueurs sont sans valeur aucune; les résultats immédiats ne répondront probablement pas aus espérances des émancipateurs, et dépasseront peut-èlre toutes les craintes du parti vaincu. Il peut être absolument vrai que certains nègres valent mieux que certains blancs ; mais aucun homme de bon sens, bien renseigné sur les faits, ne peut croire qu'en général le nègre vaille le blanc, bien loin de lui être supérieur. Et s'il en est ainsi, il est impossible de croire que, dès qu'on aura écarté toutes leurs incapacités civiles, dès que la carrière leur sera ouverte et qu'ils

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ne seront ni favorisés ni opprimés, nos frères prognathes puissent lutter avec avantage contre leurs rivaux mieux pourvus de cervelle, bien qne les m&choires de ceux-ci soient moins fortement développées, la lutte étant de celles qui s'effectuent par les pensées et non à coups de dents. Nos frères noirs ne pourront donc pas atteindre aux plus hautes places de la hiérarchie qu'a établie la civilisation, bien qu'il ne soit nullement nécessaire malgré cela de les confiner au dernier rang. Mais quelle que soit la position d'équilibre stable où les lois de la gravitation sociale finiront par établir le nègre, s'il est alors mécontent de son sort, il ne pourra plus s'en prendre qu'à ta nature. Le blanc pourra s'en laver les mains et n'aura plus de reproches à se faire. Si nous voulons considérer le fond des choses, telle est la véritable justification de la politique antiesclavagiste,

La doctrine de l'égalité des droits naturels n'est peut-être qu'une illusion contraire à la logique. Le nègre esclave était un animal bien nourri ; l'émancipation en fera peut-être un misérable mendiant, et peut-être encore faudra-t-il que nous nous passions de chemises de coton. Mais il y a une loi morale qui dit qu'un être humain ne peut se rendre maître arbitraire d'un autre sans se faire grand tort à lui-même, et si, comme certains le pensent, l'expérience démontre cette loi aussi facilement qu'une vérité physique quelconque, il faut envisager virilement tous les maux qui peuvent résulter de l'émancipation. Si la loi morale que nous indiquons est

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