‹ Les sciences naturelles et les problèmes qu'elles font surgir;Chapitre 4 sur 44 · C.jniMOïCOO'^llJ · texte numérisé non relu

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vraie, l'abolition de l'esclavage est une double émancipation, et la liberté accordée bénéficie au maître plus qu'à raffranchi.

De semblables considérations s'appliquent à toutes les autres questions d'émancipation qui remuent le monde en ce moment. En effet, nous voyons demander de toutes parts que certaines classes de l'humanité soient affranchies des entraves qui leur ont été imposées par les artifices des hommes, et non par les nécessités de la nature. Parmi toutes ces questions il en est une qui domine peut-fttre toutes les autres; il n'y aura bientôt plus moyen d'y opposer une fin de non-recevoir; je parle de l'émancipation des femmes. Qiiels sont les droits politiques et sociaux des femmesî Que peut-on leur permettre de faire? que pourront-elles être? que pourra-t-on leur faire souffrir? jusqu'à quel point la société doit-elle s'opposer à leurs tœuz? jusqu'à quel point leur doit-on aide et protection? Et sous toutes ces questions on en rencontre une autre qui les implique toutes : celle de l'éducation des femmes.

Comme la femme a des ennemis acharnés, elle a des défenseurs fanatiques qui prennent le contrepied de ce que l'on avait toujours pensé, et veulent que l'homme considère toujours la femme comme le type supérieur de l'humanité ; ils nous demandent de reconnaître que l'intelligence des femmes est plus nette, plus vive que la nôtre, sinon plus puissante ; ils veulent que nous nous incUnions devant le

sens moral de la femme, plus pur et plus noble que celui de l'bomme, et nous somment d'abdiquer en faveur de l'autre sexe la souveraineté que nous avons usurpée sur la nature. D'autre part, il y a des hommes pleins d'une parfaite loyauté et de respect équitable envers le sexe, mais qui ont la tête dure, qui détestent les illusions, toutes cbarmantes qu'elles puissent être, et qui ne so bornent pas h répudier ce nouveau cuitç de la femme que certains senti m en la lis les, certains philosophes même, cher chent à nous inculquer, mais qui poussent l'audace jusqu'à nier l'égalité naturelle des sexes. Ils affirment, au contraire, qu'en tout ce qui tend à l'excellence morale ou physique, la femme, pnse en général, est inférieure à l'homme, en ce sens que chez elle les capacités qui nous y portent seront toujours en quantité moindre et inférieures en qualité. Fuites valoir près de ces individus la vivacité de perception, l'intuition instinctive des femmes, ils vous répondront que les particularités de leur esprit que l'on désigne ainsi, proviennent tout simplement de ce que l'aspect superficiel des choses les impressionne davantage, et de leur impuissance à maîtriser leurs expressions, tandis que la réQexion et le sentiment de sa responsiibilité rend l'homme maître des siennes. Si vous dites que le sexe faible sait mieux que nous supporter toutes les souffrances, les contradicteurs allËguent que Job était un homme, et que jusqu'à ces derniers temps on ne s'était pas avisé de compter la patience et le

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. courage à l'aide desquels on résiste aux longs tourments parmi les vertus féminines; si tous faites valoir la tendresse passionnée comme propre à la femme, on tous demandera aussitAL si, en faisant exception peut-Stre pour certains sonnets de M"" E. Browning, ce ne sont pas des hommes qui ont écrit les plus belles poésies d'amour; si en fait de musique c'est une dame du nom de Beethoven qui a écrit le chant d'A-délaïde et qui a ainsi donné un corps à l'idéal de la passion pure et tendre; si en&n c'est la Fomarine ou Haphaël qui a peint la madone de Saint-Sixte. Nous avons même rencontré un de ces hérétiques qui allait jusçju'â porter les mains sur l'arche, pour ainsi dire, et soutenait cet étrange paradoxe que, même en fait de beauté physique, l'homme l'emporte sur la Femme. 11 admettait sans doute que, pendant une petite période de la première jeunesse, il pouvait être difficile de décider si les ondulations gracieuses des formes de la jeune filie l'emportaient sur le parfait équilibre et la vigueur souple du jeune homme, et ne savait alors h qui donner la pomme. Mais si ce nouveau Paria pouvait hésiter entre Bacchus jeune et Vénus sortant des ondes, il affirmait que quand Vénus et Bacchus arriveraient à l'âge de trente ans, il n'y aurait plus de doute possible, la forme de l'homme ayant alors atteint toute sa noblesse et, selon lui, la femme étant en pleine décadence, de sorte qu'à cette époque sa beauté, en tant qu'elle est indépendante de la grâce ou de l'expression,

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n'est plus qu'âne question de draperies et d'accessoires.

Admettons cependant que tous ces arguments aient quelque fondement, et qu'on puisse les met- Ire au rang rie ceux qui établissept l'infériorité de la race nègre par rapport à la race blanche ; sont-ils valables en ce qui concerne l'émancipation des femmes? En les admettant comme bons, pouvons-nous nous refuser h donner aux femmes une aussi bonne éducation qu'aux hommes, et les priver des droits civils et politiques dont nous jouissons nous-mfimes? Nous voyons à chaque instant des gens fort capables commettre cette grosse erreur qui consiste à considérer une cause comme mauvaise parce que les arguments de ses défenseurs sont pour la plupart ineptes et insensés. Il nous semble tout simple qu'en trouvant ridicules les arguments des champions fanatiques de la femme, on se sente tenu cependant de travailler de toutes ses forces pour faire prévaloir les résultats pratiques qu'ils préconisent.

Ainsi, par exemple, prenons l'éducation. Admettons que la femme ait bien tous les défauts qu'on lui reproche. N'est-il pas tant soit peu absurde de sanctionner et de maintenir un système d'éducation qui semble avoir été organisé en vue d'exagérer tous ces défauts?

La fillette, dont le système nerveux ne présente pas la résistance et l'équilibre qu'on rencontre chez celui du jeune garçon, est privée', par le fait même de son éducation, de la plupart des plaisirs et des

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î physiques considérés à bon droit comme absolument nécessaires au parrait développement de la vigueur du sexe plus favorisé. La nature a fait la femme plus excitable que l'homme, toute disposée à se laisser entraîner par le flot des émotions qui procèdent chez elle de causes internes et cachées, comme des causes esLemes et palpables, et voilà que l'éducation des femmes fait tout ce qu'il faut pour affaiblir les contre-poids physiques de cette mobilité nerveuse, et tend de toute façon à exciter chez elle le cAté émotionnel de l'esprit et à afl'aibiir tout le reste. La jeune Aile est naturellement timide, portée i^ la dépendance, elle naît du parti conservateur; et nous lui enseignons qu'une dame comme il faut ne doit pas être indépendante dans ses allures, que l'esprit de foi aveugle est seul convenable pour elle, et que, quelle que soit la conduite qui nous soit permise, ou qu'il y ait même lieu d'encourager chez nous, à l'égard de notre frère, nous devons abandonner notre sœur k la tyrannie de l'autorité et de la tradition. A peu d'exceptions près, on élève les filles pour en faire les servantes ou les jouets des hommes, ou bien on veut en faire des anges qui les dominent, et l'on a e^ vue dans leur éducation un idéal qui va de Clârchen à Béatrice. Mais il ne semble pas que ceux qui se sont chargés de faire l'éducation des filles se soient jamais imaginés que la belle sainte ou la belle pécheresse n'étaient peut-étie ni l'une ni l'autre la femme idéale; que le type du caractère de la femme est tout simplement

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plus faible que celui de l'homme, sans 6tre meilleur et sans 6tre pire, et que les femmes ne doivent être ni les guides des hommes, ni leurs jouets, mais nos compagnes et nos aides dans la vie, nos égales en tant que la nature ne s'oppose pas à cette égalité. Si le système actuel de l'éducalion des femmes est pur le fait absurde, et se condamne lui-même, si la position de la femme est bien celle que nous indiquons, qu'y a-t'it à faire tout d'abord pour arriver à un meilleur état de choses î Nous répondons : il faut émanciper les filles. 11 faut reconnaître qu'elles ont les sens, les perceptions, les sentiments, les facultés de raisonnement, les émotions des garçons, et que l'esprit de la jeune fille prise en général ne diffère pas autant de l'espril du garçon que ne difTère l'esprit de tel garçon de celui de tel autre ; en sorte que tout argument qui justifie un système d'éduration comme devant s'appliquer à tous les garçons justifie par cela même l'application de cette éducation aux filles. Au lieu d'empêcher par des restrictions artificielles que les femmes acquièrent des connaissances, donnez-leur au contraire toute facilité pour cela. Trouvez bon que les Faustines do jour aillent sonder, si bon leur semble, les profondeurs

Du droit, de la médecine.

Voire infime, héla» t de ta philosophie.

Je demande de tout cœur qu'il y ait « de belles diplômées >. Un peu de sagesse ne les rendra pas

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moins aimables, et les boucles soyeuses de leurs cheveux blonds n'encadreront pas moins gracieusemenl une tête qui contiendra un peu de cerrelle. Bien plus, s'il y a moyen de surmonter des dirficultés pratiques évidentes, que les femmes qui se sentent disposées à affronter la lutte descendent dans l'arène, qu'elles déposBnt leurs rets pour s'emparer de la lance, qu'elles fassent montre de leur valeur et de leur force dans le grand combat de la vie. Si bon lui semble, que la femme se fasse négociant, avocat, diplomate. Que la carrière lui soilouverte, mais qu'elle comprenne aussi, corollaire obligé, qu'elle ne sera favorisée en rien. Que la nature soit juge du champ, et qu'elle distribue les palmes au seul mérite 1

Qu'en résulte Fait- il ? Nous n'aimons pas à faire le prophète, mais nous croyons que les résultats seraient ceux de toutes les autres émancipations. Les femmes trouveront leur vraie place, qui ne sera pas celle où nous les avons tenues jusqu'ici, ni celle que quelques-unes d'entre elles ambitionnent. La nature a sa vieille loi satique, elle ne sera pas abolie; il ne se produira pas un changement de dynastie. Les larges poitrines, les cerveaux masslfs, les muscles vigoureux, les robustes charpentes des hommes supérieurs l'emporteront toujours, chaque fois que dans la vie la récompense vaudra la peine qu'ils entrent en lutte contre les femmes supérieures. Ce qu'il y a ici de fâcheux pour la femme, c'est que plus elle acquerra de valeur moins

ses chances seront favorables. Des mères de plus grand mérile enfanteront des fils qui auront plus de mérite eus-mëmes, el l'élan acquis parle sexe à une génération sera reporté sur l'autre à la génération suivante. Le plus fervent adepte des théories de Darwin ne se hasardera sans doute pas à maintenir qu'au moyen d'une sélection effectuée par l'éducation mêoie, quelque bien conduite en ce sens qu'on puisse la supposer, on viendrait à bout des désavantai^ea physiques qui ont pesé sur la femme dans sa lutte pour l'existence contre l'homme.

De fait, nous sommes tout disposés à croire que la femme civilisée peut arriver à porter ses enfants sans danger et sans gêne, tout aussi bien que la femme sauvage, qu'elle doit m^me arriver à faire ce progrès. A mesure que la société s'approchera de son organisation parfaite, la maternité tiendra peutêtre beaucoup moins de place dans la vie de la femme qu'elle ne l'a fait jusqu'ici. Mais pourtant, à moins que l'espèce humaine ne doive s'éteindre, résultat que les plus ardents défenseurs des droits de la femme ne peuvent guère désirer, il faut bien que les uns ou les autres prennent la peine d'ajouter au monde un nombre d'enfants correspondant annuellement au nombre des morts, et assument la responsabilité de cette procréation. En raison de quelques chagrins domestiques, Sydney Smith, dit-on, avait émis l'idée qu'il est fâcheux que la race humaine n'ait pas été établie sur le modèle de la ruche, où toutes les femelles travailleuses sont neii-

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très. Mais comme ceci impliquerait une rérorme par trop radicale et tout à fait impossible à obtenir, il ne nous reste plus que cette vieille division de l'humanité en hommes qui sont pères virtuellement ou réellement, et en femmes qui sont mères virtuellement, quand même elles ne le sont pas du tout. Et nous croyons bien que lant que celte maternité virtuelle sera le lot de la Terome, ce sera pour elle . une effroyable surcharge dans cette course qu'on appelle la vie.

Si c'est là un poids que la nature impose à la romme, le devoir de l'homme est d'éviter qu'il lui en soit imposé un autre, et que l'injustice vienne reùforcer l'inégalité native.

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Dl l'ÉNUTION USkliLt. — OU rlUT-O.V u thuuvbh*

Une réunion d'ouvriers vient de se fonder à Londres {Soulh London Warking Men't Collège) en vue d'une grande œuvre à accomplir ; je pourrais même dire qu'il ne se présente pas actuellement de question plus importante que ce problème de l'éducation dont la solution va faire l'objet des efforts des fondateurs de cette institution.

Voici un fait qui commence enfin à être généralement reconnu. De toute part s'élève un concert de voix, souvent confuses et contradictoires, au sujet de l'éducation, et il n'est pas possible de nier que nous ayons fait un progrès marqué, par rapport aux discussions aniérieures, sur un des points au moins de la question. En dehors des classes rurales, personne n'oserait dire aujourd'hui que l'éducation est une chose mauvaise ; et s'il existe encore quelque représentant encroûté des adversaires de l'éducation, parti autrefois puissant et nombreux, il a soin de se taire. De fait, c'est une harmonie de voix presque fatigante, proclamant à l'unisson que l'éducation

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est la grande panacée de tous les maux de lliuina- Dite, etque, pouréviter la ruine déplorable de notre pays, il faut que tout le monde reçoive de l'éducation.

Les politiques nous disent : Donuez de l'éducation aux masses, car elles vont être souveraines. Le clergé pousse le marne cri, et affirme que le peuple s'éloigne du culte, et se précipite aux abtmes de l'incrédulité. Les manuracturiers, les capitalistes viennent ajouter leurs grosses voix à' ce chœur unanime. Ils déclarent que l'ignorance fait de mauvais ouvriers, que bientdt l'Angleterre ne pourra plus envoyer sur les marchés étrangers les produits manufacturés à plus bas prix que ceux des autres peuples, et alors, malheur 1 malheur I nous aurons perdu notre gloire. Puis on entend quelques voix proclamant qu'il faut répandre l'éducation, parce que ta foule se compose d'hommes et de femmes dont les capacités en ce qui concerne la manière d'être, l'action, la souffrance, sont illimitées, et qu'il est toujours vrai, aujourd'hui comme jadis, que les peuples périssent foute do connaissances.

Si ceux qui défendent de cette façon-ci la doctrine de l'éducation générale sont en minorité, ils ont, je l'avoue, toutes mes sympathies. Ils se demandent, non sans raison, si les autres arguments que l'on fait valoir eu faveur de l'éducation générale ne sont pas illusoires, si les fondements, sur lesquels quelquesuns de ces arguments reposent, sont sages et dignes de nous. Est-il sage de dire au peuple que, par

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crainte de sa puissance, tous tous disposez à faire ce que tous n'aTez pas fait, tant que vous n'aTiez pour cela d'autre motif que la pitié de sa faiblesse et de ses peines ? De plus le peuple pourra demander à bon droit : S'il est si préjudiciable que nous, qui sommes les souTerains de VaTenir, soyons ignorants de tout ce que le souTeraia doit savoir, comment se fnit-il que l'on n'ait pas éprouTé le même sentiment d'horreur à l'é;f;ard de l'ignorance des classes dirigeantes du temps passé?

Si l'on compare l'artisan et le propriétaire rural, on verra, nous le croyons bien, qu'en général ils se valent de tous points, en fait d'ignorance, d'esprit de caste, ou de préjugés. L'ignorance n'est pas la mSme dans les deux cas, il est vrai, l'exclusivisme dans chaque cas se rapporle à une classe différente, c'est de part et d'autre le même entêtement en faveur de préjugés distincts, mais on peut se demander si tout cela ne se vaut pas absolument. Le vieux système des protectionnistes, c'est la doctrine des sociétés coopératives appliquée parles propriétaires ruraux, et dans leurs sociétés coopératives les artisans ont réalisé les doclrioes des propriétaires. Les deux régimes se valent, pourquoi nous trouverions-nous plus mal de l'un que de l'autre?

Puis, se tournant vers le clergé, la minorité sceptique lui demande si c'est bien le défaut d'éducation qui écarte la foule de son ministère. Les hommes les mieux élevés méritent autant de reproches, h cet égard, que les ouvriers. Il serait bien possible

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que l'éducalioD n'ait rien à faire ici, pour aller au fond des choses.

Ensuite ces sceptiques, à l'esprit toujours contrariant, s'avisent de mettre en doute si la gloire qui consiste i vendre à meilleur marché que tout le reste du monde est un genre de gloire sur lequel on paisse beaucoup compter, et se demandent si nous ne payerions pas cette gloire-là trop cher, surtout si nous permettions que l'éducation, dont le but doit être de Taire des hommes, fût véduite à n'Atre plus qu'un procédé de fabrication d'outils humains , merveilleusement adroits dans l'exercice de leur industrie spéciale, mais ne pouvant plus servir à autre chose.

Enfin, cette même minorité demande si c'est pour le peuple seulement qu'il y aurait lieu de réformer et de perrectionner l'éducation. Ne pourrait-on pas obtenir, demandent ces sceptiques, que nos écoles publiques les plus riches, d'oti l'on sort avec des habitudes distinguées, un esprit de caste très-prononcé, et une aptitude marquée aux exercices physiques, fournissent aussi des connaissances à leurs élèves? Pour eux, nos vieilles universités, ces belles fondations du temps passé, ne remplissent plus guère leur but; aujourd'hui elles tiennent à la fois du séminaire ecclésiastique et du champ de course ; les jeunes gens y sont entraînés pour remporter les prix académiques, comme on entraine les chevaux pour lesgrandsprix, sans s'occuper dansle cas de l'homme, non plus que dans celui du cheval, des conditions

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auxquelles ils auroDtàsatisraireuUérieurenieDt dans la vie. Tandis que son zèle en faveur de l'éducatioQ ne le cède en rien au zèle des autres, notre miaorité affirme que si l'éducation des classes riches avait été instituée de Taçon à les rendre capables de diriger et de bien gouverner les classes pauvres, si l'éducation de celles-ci les avait mises à même de bien apprécier une direction sage et un bon gouvernement, les politiques n'auraient plus à redouter que la populate nous impos&t sa loi, le clergé ne pleurerait plus ta dispersion de son troupeau, les capitalistes n'auraient pas à préroirla ruine de notre prospérité.

Telle est la diversité des opinions au sujet des motifs qui nécessitent l'éducation, et doivent nous déterminer à cet égard. Mes auditeurs sont tout préparés ii reconnaître que les moyens proposés pour arriver au but qu'on veut atteindre ne sont pas moins discordants. L'éducation obligatoire a de nombreux partisans, et ce ne sont pas les moins bruyants. Nous autres Anglais avons conservé une foi touchante eu l'efficacité des actes ou décrets de parlement, bien que l'expérience nous ait toujours prouvé leur peo de valeur, et je crois qu'à la prochaine session l'instruction obligatoire serait décrétée, s'il était aucunement probable qu'une demidouzaine d'hommes d'État de marque, parmi les différents partis, pussent s'entendre sur ce que doit être celte éducation.

Les uns prétendent que le manque absolu d'édu-

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cation vaut mieux qu'une éducalion sans instruction religieuse. D'autres prétendent, d'une Ta^n tout aussi formelle, que l'éducation qui se base sur la théologie est plus nuisible encore. Mais, d'une part, ces derniers sont en minorité, et les premiers ne peuvent s'entendre sur ce que doit être l'instructioD religieuse qu'ils préconisent.

En tout cas, bien des gens nous demandent de faire que chacun sacbe lire, écrire et compter, et en soi l'avis est bon. Mais ceux qui se contenteraient de ce petit résultat, Taute de mieux, se trouvent en présence d'une objection qui m'a été faite autrefois. Votre s^tème, leur dira-t-on, revient à enseigner aux enfants la manière de se servir d'une cuiller, d'une fourchette et d'un couteau sans leur donner ensuite les aliments nécessaires. Je ne vois pas qu'il y ait rien à répondre à cette objection.

Nous voici en présence d'un écbeveau de fil bien embrouillé; mais il est parfaitement inutile de passer notre temps à le débrouiller, ou plutAt à montrer toutes les difficultés qui se présentent dans les dilTérentes solutions proposées par d'autres. Pour aller droit au but, cbercbons si nous avons quelque moyen de nous tirer nous-mêmes de toutes ces difficultés. Et pour commencer, proposons-nous cette question : Qu'est-ce que l'éducation ? Demandons-nous surtout quel est notre idéal d'une éducation vraiment libérale, de cette éducalion que Dous voudrions nous donner à nous-mêmes, si nous pouvions recommencer la vie, de cette éducation

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que nous donnerions à nos enfants, si nous pouvions faire plier le sorl à noire volonté. Je ne sais vraiment pas ce que vous en pensez, mais je vais vous dire comment je l'entends moi-même, et j'espère que notre maniËre de voir à cet égard ne sera pas trës-dilTérente.

Supposons qu'il soit bien certain que notre vie, notre fortune à tous, dût dépendre, un jour ou l'autre, d'une partie d'échecs qu'il s'agirait de gagner. Ne pensez-vous pas que notre premier devoir serait dès lors d'apprendre pour le moins le nom et la marche des piëces, de nous renseigner sur les séries des coups, et de connaître tous les moyens de faire échec, comme tous les moyens de s'en tirer. Ne pensez-vous pas que nous aurions pour le père, pour l'Etat qui laisserait grandir les siens, sansqu'ils sussent reconnaître un pion d'un cavalier, des sentiments.de bl&me bien voisins du mépris ?

Et pourtant, la chose est claire et tout élémentaire, la vie, la fortune, le bonheur de chacun de nous, et en bonne partie de tous ceux qui se rattachent à nous, dépendent de la connaissance que . , nous pouvons avoir des règles d'un jeu inliniment plus dirflcile et plus compliqué que le jeu d'échecs. Il s*agit d'un jeu qui se jone depuis des siècles plus nombreux que nous ne savons les compter; nous tous, hommes et femmes, sommes individuellement le joueur contre lequel la partie est engagée. L'échiquier, c'est le monde, dont les phénomènes naturels sont les pièces, et nous appelons lois

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de la nature, les règles de ce jeu-là. Nous jouons contre un adversaire qui nous est caché; nous savons qu'il ne triche pas, il ne Tait pas de fautes, il est patient dans ses coups. Mais nous savons aussi, pour l'avoir appris à notre grand dommage, qu'il ne nous passe pas la moindre faute et n'a nul souci de notre ignorance; les plus gros enjeux se payent aux bons joueurs avec ce genre de générosité surabondante par laquelle les forLs témoignent leur amour de la force. Quant à celui qui joue mal, il est fait mat, sans hâte comme sans pitié.

Yous rappelez-vous le tableau du peintre Retzsch qui représente Satan jouant aux échecs contre un homme qui a mis son Ame pour enjeu ? Au lieu du démon moqueur, mettez dans ce tableau un ange calme et fort qui ne veut pas le malheur de son adversaire, désirant même plutôt perdre que gagner, et ce serait pour moi l'image de la vie humaioe.

Eh bien, comme je l'entends, l'éducation consiste i apprendre les règles de ce jeu formidable. En d'autres termes, l'éducation doit d'abord faire connaître & l'intelligence les lois de la nature, et par ce mot de nature je n'entends pas seulement la matière et ses forces, mais aussi l'homme et sa manière d'agir ; puis elle façonnera nos affections et notre volonté de telle sorte que nous ayons toujours un désir ardent et sincère d'agir^n harmonie avec ces lois. Pour moi l'éducation comprend tout cela, ni plus ni moins. Pour qu'un système d'éduca-

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lion mérite ce nom, il faut qu'il satisfasse à ce programme, et s'il ne peut pas y satisfaire, ce ne sera pas, selon moi, une éducation, quelle que soil la force d'autorité ou le nombre de ceux qui voudront le faire valoir.

Pour parler d'une façon précise, il est important de se rappeler qu'il ne peut exister un homme sans éducation aucune. Prenons un cas extrAme. Supposons qu'un adulte, jouissant de toute la vigueur de ses facultés, puisse èlre tout à coup placé dans le monde, comme le fut Adam à ce que l'on prétend, et qu'il y soit abandonné pour se tirer d'affaire de son mieux. Cinq minutes ne se seraient pas passées que son éducation serait déjà, commencée. Par les yeux, les oreilles, le toucher, la nature aurait commencé à lui enseigner les pro priélés deS obJeLs. Le plaisir et la peine seraient à ses côtés pour lui dire de faire ceci et d'éviter cela, et peu à peu cet homme recevrait une éducation complète, réelle, adéquate aux circonstances oii il se trouverait, tout étroite qu'elle puisse être, toute rudimentaire et insurûsante qu'elle soit à notre point de vue mondain.

Et si un second Adam se présentait à notre solitaire, ou encore mieux, une Eve, un monde nouveau et plus grand, le monde des phénomènes sociaux et moraux lui serait révélé. Ses relations nouvelles lui feraient connaître des joies et des chagrins près desquels les joies et les chagrins qu'il aurait éprouvés jusqu'alors ne seraient que des ombres

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piles. Le bonheur et la tristesse reniplaceraient pour lui cesgrossiersconseîllersilepUisiretlapelue; mais ce serait toujours l'observation des conséquences naturelles des actes, ou, en d'autres termes, celle des lois de la nature de l'homme, qui déterminerait sa conduite.

Pour chacun de nous, il fut un jour où le monde était aussi nouveau qu'il le fut pour Adam. A ce moment, longtemps avant que nous ne fussions capables de recevoir aucune autre espèce d'instruction, la nature nous prenait par la main, et tant que le sommeil ne venait pas nous dérober à l'influence de ses leçons, elle agissait sur nous, et nous façonnait, pour nous faire mettre nos actions en harmonie avec ses lois, et pour éviter que des fautes trop grossières ne fussent cause de notre ruine prématurée. Encore ne faudrait-il pas dire que l'homme, quelque vieux qu'il soit, puisse arriver à un moment oîi ce genre d'éducation n'agit plus pour lui. Le monde est aussi nouveau pour nous tous qu'au premier jour, il présente toujours, aux yeux capables de les voir, des vérités inconnues. L'univers est la grande université oh la nature fait toujours patiemment notre éducation k tous tant que nous sommes, sans distinction de partis ou de sectes.

Ceux qui remportent les palmes dans celte université de la nature, ceux qui apprennent à connattre les lois qui gouvernent les hommes et les choses, et s'y conforment, sont ceux qui réussissent en ce monde, et sont réellement grands. La plupart des

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hommes constituent la foule des écoliers qui en savent juste assez pour se tirer d'affaire aux grands examens de la nature. Puis il y a ceux qui n'ont rien voulu apprendre, ils sont refusés, mais alors on ne renouvelle pas; ils sont fruits secs, et les fruits secs de la nature sont exterminés.

Ainsi, la nature a réglé cette question de l'instruction obligatoire; pour tout ce qui la concerne elle l'a décrétée à sa façon, il y a longtemps déjà. Mais toute législation obtigatouo est dure, et entraîne bien des perles; c'est ce qui arrive ici. L'ignorance est traitée avec la même rigueur que la désobéissance entêtée, et l'incapacité est punie à l'égal du crime. La discipline de la nature ne consiste pas en un avis suivi d'un coup, ce n'est même pas un coup précédant le mot d'avis, c'est le coup tout seul. A vous h. reconnaître pourquoi vous avez reçu le soufflet.

Le but de ce que nous appelons communément l'éducation, celle où l'homme intervient, et que j'appellerai l'éducation artiQcielle, est de subvenir à tout ce qui manque dans les méthodes d'éducation naturelles. Elle prépare l'enfant à recevoir l'éducation de la nature de telle sorte qu'il soit capable de la comprendre, et qu'il ne se complaise pas à lui désobéir ; elle le met à même de saisir les premiers signes de son déplaisir sans attendre ses coups. Bref, toute éducation artiQcielle doit être une anticipation de l'éducalion naturelle. Une éducation libérale est une éducation artiflcietle qui

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ne se borne pas à mettre un homme à même d'échapper à tous les maus résullaat de la désobéissance aux lois naturelles, mais qui de plus l'a dressé à apprécier les récompenses distribuées par la nature avec autant de profusion qu'elle répand tes châtiments, et à savoir s'emparer de ses bienfaits.

Je dirai qu'un homme a reçu une éducation libérale, quand il aura été élevé de telle sorte que son corps sera pour lui un serviteur toujours prêt à accomplir sa volonté et à exécuter facilement et avec plaisir le travail dont ce corps est capable comme instrument, quand l'intelligence de cet homme sera un inetrument de logique lucide et froid, dont toutes les parties seront en bon ordre . «t de'force égale, semblable en un mot à une machine à vapeur qui pourra s'appliquer à toute espèce de travail, qu'il s'agisse de tisser les délicatesses de la pensée on d'en forger lus soutiens. Il faudra que son esprit ait amassé la connaissance des grandes vérités fondamentales de la nature et des lois de ses opérations. L'ascétisme n'aura pas paralysé ses forces, il sera plein de vie et de feu, mais ses passions auront été dressées à se prosterner aux pieds de sa volonté puissante, obéissant elle-même à une conscieocepleine de délicatesses. 11 aura appns à aimer toutes beautés, celles de la nature comme <'<eUes de l'art, à détester toute bassesse, et à respecter les autres comme loi-même.

Selon moi, celui qui est tel que je le dis, et

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celui-là seal, a reçu une éducation libérale, car if est aussi pleiacment en harniouie avec la nature que peut l'être l'homme. 11 tirera de la nature tout le parti possible, la nature fera de lui tout ce que l'homme peut être. Us procéderont toujours ensemble en merveilleux accord ; elle sera sa mère kienFaisante ; il sera son interprète, sa personniâcation consciente, son ministre et son héraut.

En quel lieu se donne une éducation semblable à celle que nous indiquons, ou qui du moins s'en rapproche? Quelqu'un a-t-il jamais cherché à l'établir 7 Ou ne la trouvera pas dans toute l'Angleterre ; personne n'a fait encore chez nous une tentative en ce sens, Je suis, hélas 1 contraint de l'avouer. Gonsidérez nos écoles primaires et ce qu'on y enseigne. L'enFaut y apprend :

i" La lecture, l'écriture et le calcul, plus ou moins bien, mais la plupart du temps pas assez bien pour que la lecture soit pour lui un plaisir, pas assez pour qu'il puisse écrire convenablement la lettre la plus simple.

2° Beaucoup de théologie dogmatique, et la plupart du temps l'enfant n'en comprend pas un traître mot.

3" On lui fera connaître les principes les plus généraux et les plus simples de la morale, en les combinant avec les dogmes religieux, de telle sorte qu'ils sembleront en dépendre, pour subsister ou s'effondrer ensemble. C'esl faire, à mon avis, ce que ferait un savant qui nous raconterait l'his*

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toire de lu pomme qae Newton vit tomber dans son jardin, et nous donnerait celle anecdote comme partie Intégrante des lois de la gravitation, nous l'enseignant comme ayant une valeur égale à celle de la loi de la raison inverse du carré des distances.

4° On enseigne à cel enfant beaucoup d'histoire des Juifs, el la géographie de la Syrie; on lui enseignera un peu d'histoire et de géographie de son propre pays. Mais je doule fort qu'il y ait, sur les murs d'une de nos écoles, une carie du canton oti se trouve le village, afin que l'enfant puisse ap* prendre pratiquement ce qu'une carte signîQe.

5° On lui enseignera enfin, jusqu'à un certain point, la régularité, on lui enseignera à obéir en faisant attention aux ordres, h respecler les autres. Si le maître est un sot incapable, il arrivera à ce résultai par lacrainle; il y arrivera par l'affection, par la vénération, s'il est un sage.

En tant qu'un semblable cours scolaire consiste à faire connaître aux élèves la théorie des lois morales de la nature, el le^ dresse à obéir, il contient, je suis heureux de ie reconnaître, un élément important de l'éducation; bien plus, en ce qu'il embrasse, il se rapporte à. la partie majeure el la pins importante de toute éducation. Comparez cependant ce qui se fait en ce sens, et ce que l'on pourrait faire. Quel conlrastel D'une part, beaucoup de temps employé à des objets insignifiants; de l'autre, les choses capitales à peu près négligées. C'est la note

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d'auber);e de Falstaff; d'un côté un sou de pain, beaucoup trop de vin de l'autre.

De mandons- nous ce que peut savoir un enfant élevé de celte façon, et ce qu'il ne saura pas. Commençons parla chose la plus importante, la moralité qui doit diriger plus tard sa conduite. L'enrant sait très-bien que certains actes entraînent l'approbation, et d'autres, la désapprobation. Mais personne ne lui a jamais dit que toute loi morale a sa raison d'être dans la nature même des choses, raison aussi puissante, aussi inattaquable et bien définie que celle qui motive toute loi physique; que s'il vole, que s'il ment, il en résultera pour lui des conséquences fâcheuses, tout aussi certaines que s'il met la main dans le feu ou s'il se jette d'une fenêtre de grenier. De même, si on lui a dogmatiquement enseigné les grandes lois morales, on ne l'a pas dressé à appliquer ces lois aux problèmes difficilesqui résullentdes conditions compliquées de la civilisation moderne. N'aurait-on pas tort de demander la solution d'un problème de section conique & celui qui ne connaîtrait que les asiomes et les définitions des sciences matbémaUques ?

Un ouvrier doit subir la souffrance d'un dur labeur et peut-être les privations, tandisqu'ii verra des riches rouler sur l'or et nourrir leurs chiens de ce qui eût empêché ses enfants de mourir de faim. Neserait-il pas bon d'aider cet bomme à calmer les mauvaises penséesque lui suggère son mécontentement, en lui faisant voir dès sa jeunesse qu'il y a une relation

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nécessaire entre la loi morale qui défend de Toler, et ta stabilité de la société 7 N'aurait>il pas fallu lui prouver, une fois pour toutes, qu'il vaut mieux mourir de faim que de voler, tant pour lui que pour les siens et pour tous ceux qui procéderont de lui? Si, pour agir sur cet liomme et le convaincre, vous ne trouvez pas chez lui un fondement de connaissances, une habitude de penser, comment lui persuader, le jour oti il mourra de faim, que le capitaliste est autre chose qu'un voleur protégé par la marechaussée? Et s'il croit cela en toute sincérité, à quoi bon lui citer le commandement du Décalogue, lorsqu'il se dispose à faire rendre gorge au capitaliste ?

L'enfant n'apprend pas un mot de l'histoire politique ou de l'organisation de son propre pays. Il arrive à se figurer que tous les événements importants se sont passés il y a fort longtemps ; le souverain et la noblesse gouverneraient à la façon du roi David et des anciens du peuple d'Israël, les seuls modèles qui lui soient connus. Voulez-vous faire un électeur d'un homme ainsi renseigné? Aux temps de calme, il va vendre sa voix pour un pot de bière. Pourquoi pas? Elle vaut pour lui ce que valait la perle pour ce coq qui l'avait trouvée, et il en est tout aussi embarrassé. Mais au contraire, en temps de trouble, il applique sa théorie toute simple de gouvernement: il croit que ses chefs sont cause de ses souffrances, croyance dont les tésultats sont parfois effroyablement pratiques.

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Ce que l'enfant apprend moins que tonte autre chose duns notre système d'éducation primaire, c'est à se rendre compte des lois du monde physique et des relations de cause à effet qui y régnent. Ceci est d'autant plus fâcheux que les pauvres sont tout spécialement, exposés aux maux physiques, et qu'ils ont plus grand intérêt à s'en préserver que toute autre classe de la société. Si quoiqu'un a besoin de connaître les lois ordinaires de la mécanique, c'est l'artisan, semble-t-il, l'artisan dont le travail journalier s'exécute au milieu de leviers, de poulies et d'autres instruments du travail manuel. Si quelqu'un a besoin de connaître les lois ordinaires de la santé, c'est te pauvre ouvrier, dont une nourriture mal préparée ne répare pas les forces, dont la santé est minée par une aération insuffisante, par l'hucaidité, par toutes les autres mauvaises conditions qoi résultent du mauvais écoulement des eaux en général, et dont la moitié des enfants sont tués par des affections que l'on pourrait prévenir. L'éducation primaire, actuellement acceptée chez nous, ne s'en tient pas à éviler soigneusement d'indiquer h l'ouvrier que quelques-uns des plus grands maux dont il a 5 souffrir doivent être attribués à dos agents purement physiques, et qu'il en viendrait h bout par l'énergie, par la patience et par la frugalité; non, elle exerce sur lui une bien plus fâcheuse influence en le rendant sourd, autant que faire se peut, à la voix de ceux qui pourraient lui venir en aide, et en cherchant à remplacer les tendances naturelles qui

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le porteraîenl à faire des efforts pour améliorer sa condition, par une soumission orientale à ce qu'on déclare faussement âtre la volonté de Dieu.

11 ne faut donc pas s'étonner si, tout récemment, on a fait appel à la statistique pour prouver, bien sottement, que l'éducation ne sert à rien, en tant qu'elle ne diminue ni la misère ni le crime, parmi les foules. Je répondrai : Comment ce que vous désignez sous ce nom d'éducation pourrait-il avoir ce bon résultat? Si je suis un coquin ou un imbécile, je ne le serais pas moins quand j'aurais appris à lire et à écrire, à moins que l'on ne m'ait enseigné aussi à diriger mon talent de lecture et d'écriture en vue du vrai et du bien.

Supposons que quelqu'un se mette en tête de démontrer que les remèdes pbarmaceutiques sont inutiles en prouvant, statistiques en main, que le pour cent de la mortalité serait le même parmi des gens qui auraient appris à ouvrir une caisse contenant tous les médicaments possibles, etd'autres gens qui ne seraient même pas capables d'en reconnaître la clef. Voilà un argument bien absurde, mais il ne l'est pas plus que celui que je combats. La sagesse est le seul remède à opposer aux souffrances, au crime, à tous les autres maux de l'humanité. Enseigner à un homme la lecture et l'écriture, c'est lui mettre dans les mains la clef d'or du coffret qui la renferme. Mais ce coffret, l'ouvrira-l^il, c'est une tout autre affaire. EL, s'il n'est pas dirigé et qu'il l'ouvre, au lieu de se guérir, il s'empoison-

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nera peut-être en prenant la première drogue qui lui tombera sous la main. A notre époque, il vaut presque autant être aveugle que de ne pas savoir lire, ou estropié que de ne pas savoir écrire. Mais je le déclare, si l'on pouvait supposer qu'il fallût choisir, je voudrais que les enrants des pauvres ignorassent ces deux arts, malgré leur grande valeur, plutAt que de leur laisser ignorer cette connaissance de la sagesse et de la vertu, dont la lecture et récriture ne sont que le moyen.

On pourra dire que si toutes mes objections sont valables en ce qui concerne les écoles primaires, elles ne peuvent plus s'appliquer aux écoles d'ua degré supérieur, et qu'en tout cas les élèves de ces dernières y reçoivent une éducation libérale. De fait, ou y fait montre de tout sacriBer à ce but.

Cherchons à nous en rendre compte. Qu'enseignet-on dans les écoles secondaires, où l'on élève les enfants des classes moyennes en Angleterre, de plus que dans nos écoles primaires ? On y lit, on y écpt l'anglais, un peu plus il est vrai. Pourtant, nous le savons tous, il est rare de rencontrer un garçon des classes moyennes ou supérieures de la société, capable de lire à haute voix d'une façon convenable, ou d'écrire ses pensées, je ne dis pas en langage chfltié et élégant, mais seulement d'une façon claire et correcte. Le calcul des petites écoles prend ici le nom plus pompeux de malhématiquos élémentaires; à l'arithmétique on ajoutera un peu de géométrie et d'algèbre; mais, la plupart du temps, l'enfant

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n'a pas appris à raisonner ce qu'oa lui enseigne, et récite ces matières par cœur.

La théologie occupe une place absolument et relativement moindre, dans l'éducaUoD des classes moyennes, que dans celle des classes inférieures, en raison du plus grand nombre de sujets sur lesquels CD appelle l'attention des enfants. A cet égard, je puis bien le dire, les idées de ces enfants seront le plus souvent bien obscures et bien vagues; l'instruction religieuse qu'on leur aura donnée leur rappellera plus tard, avant tout, les longues beures péniblement passées à apprendre par cœur des textes liturgiques ou le catéchisme.

La géographie moderne, l'histoire moderne, la littérature moderne, la connaissance de la langue anglaise et de ses ressources, l'ensemble des scien'ces physiques, morales et sociales, tout cela est encore plus étranger aux élèves de nos écoles secondaires qu'à ceux des écoles primwres. Jusqu'à ces dernières années, un jeune garçon pouvait avoir fait toutes ses classes dans une de nos grandes écoles publiques, en se faisant toujours remarquer parmi les premiers, sans avoir même entendu parler d'aucun des sujets que j'indique. Il aurait pu n'avoir jamais entendu dire que la terre tourne autour du soleil, qu'il y avait eu une grande révolution en Angleterre en i088, et qu'il yen avait eu UD% en France en 178d ; il aurait "pu ififiorer que certains hommes remarquables nommés Chaucer, Shakespeare, Milton, Voltaire, Goethe,

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ScbiHer, eussent jamais vécu; on lui aurait dit que le premier était UQ Allemand, le dernier un Anglais, qu'il ne se serait pas récrié, et en fait de science il ne connaissait guère que celle du pugilat.

Si je dis que nous en étions là, il y a peu de temps, c'est qu'en Angleterre, quelques villes ont cherché à mettre l'éducation sur un meilleur pied. 11 ne faudrait pas cependant s'attendre, en aucun cas, à un bien grand résultat, si l'on voulait se rendre compte aujourd'hui des connaissances de la plupart des élèves de nos grandes institutions sur les sujets que je viens d'indiquer.

Arrêtons-nous en ce point, pour considérer tout ce que cela a d'étonnant. Un jour viendra certainement où les Anglais en parleront comme preuve capitale de la stupidité apathique de leurs ancêtres au dix-neuviéme siècle. Le monde n'a jamais vu un peuple plus commerçant, plus colonisateur et plus disposé h errer de toute part que ce peuple représenté par tes classes moyennes de la société anglaise. Depuis trois cents ans, ce peuple s'agite, pour faire de l'histoire sur une grande échelle, histoire bien intéressante assurément et que l'on étudierait avec avidité s'il s'agissait de la Grèce ou de Rome. Depuis lors, ce peuple a produit une littérature des plus remarquables. La prospérité d'aucune des nations du monde ne dépend aussi complètement, aussi absolument que chez nous de la façon dont nous savons nous rendre maîtres dos forces de la nature, de notre manière de compren-

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