‹ Les sciences naturelles et les problèmes qu'elles font surgir;Chapitre 31 sur 44 · L..an:a(,GO0gk · texte numérisé non relu

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certain que la définition des espèces sera toujours purement siructurale ou morphologique. Si les naturalistes n'avaient pas si souvent perdu de vue les bornes fatales de notre connaissance, ils auraient évité, sans doute, de confondre bien des idées. Mais si l'on peut admettre en toute sécurité que les caractères morphologiques de la plupart des espèces nous sont seuls connus, les particularités fonctionnelles ou physiologiques de quelques-unes de ces espèces ont été étudiées, et les résultats de celte étude forment une portion considérable et fort intéressante de la physiologie de la reproduction.

Quand on étudie la nature, on admire d'autant plus, on s'étonne d'autant moins, qu'on arrive k mieux connaître ses opérations ; mais parmi tous ses miracles incessamment répétés, i! n'en est peut- 6tre pas de plus admirable que le développement de l'embryon d'une plante ou d'un animal. Examinez l'œuf récemment pondu d'unanimal bien commun, une salamandre aquatique ou triton, par exemple. C'est un petit sphéroïde où les plus puissants microscopes ne font reconnaître qu'un sac sans structure définissable, renfermant un fluide glaireux dans lequel des granulations sont suspendues. D'étranges possibilités cependant sont latentes dans ce globule semi-fluide. Qu'un rayon de soleil vienne un peu réchaulfer l'eau où il repose, la matière plastique va subir des changements si rapides, si uniformes pourtant, et indiquant si bien une intention qui présiderait à leur succession, qu'on les compare

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involontairement à ceux que produit un sculpteur habile sur une masse informe de glaise. Comme sous un ébancboir invisible, on voit la masse se rii- Tiser et se subdiviser en portions de plus eo plus petites, jusqu'à ce qu'elle soit réduite à une aggrégation de granulations assez ténues pour fabriquer les tissus les plus fins de l'organisme naissant. Puis, comme sous l'action d'un doigt délicat, la ligue que va occuper la colonne vertébrale se marque ; le contour du corps se trace ; d'un côté la tète se renfle, la queue s'allonge de l'autre, les flancs, les membres se façonnent et prennent si bien les proportions voulues du corps des salamandres, tout cela s'opère d'une façon si artistique, qu'après avoir observé ce processus pendant desheures, on en vient à se demander si des instruments plus puissants que le microscope ne nous feraient pas voir l'artiste caché, travaillant avec son plan devant lui pour perfectionner son travail par ses habiles manipula- Uofls.

Un peu plus tard le jeune amphibie parcourra les eaux, et sera la terreur de tous les insectes du voisinage ; cette proie va lui procurer les particules alibiles qu'il ajoutera à sa structure pour assurer sa croissance ; ces particules alihiles iront toutes se déposera l'endroit convenable et dans les proportions relatives voulues pour reproduire la forme, la couleur, les dimensions ijui caractérisent les animaux dont il procède ; déplus cette même tendance directnce contr{kle la merveilleuse capacité que

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possèdent ces animaux de reproduire une partie perdue. Coupez les pattes, la queue, les m&choires séparément ou toutes ensemble, et, comme l'a fait voir Spallanzani il y a longtemps, toutes ces parties repoussent, et enoiitre le membre réintégré se reforme sur Je type du membre perdu. La nouvelle mâchoire, la nouvelle patte sont bien patte ou mâchoire de triton et ae ressemblent jamais à celles d'une grenouille. Ce qui est vrai du triton l'est aussi de tout animal et de toute plante : le gland de chêne tend à s'élever, à se transformer en ce géant des forêts de la branche duquel il est tombé ; le spore du plus humble lichen reproduit l'incrustation verte ou brune qui lui a donné naissance, et à l'autre extrémité de l'échelle vilale, l'enfant qui n'aurait pas de traits do ressemblance avec ses parents, ni du c6té paternel, ni du c&té maternel, serait regardé comme une espèce de monstre.

Ainsi donc, le but unique vers lequel tend l'impulsion formatrice dans tous les âtres vivants, le plan que VArchée des anciens philosophes cherche à effectuer, consiste, semble-t-il, à mouler le rejeton sur l'image de son procréateur. Telle est la première grande loi de la reproduction : Le descendant tend à ressembler à celui ouà ceux qui lui ont donné naissance, plus qu'à toute autre chose.

La science nous fera voir un jour ou l'autre comment il se fait que cette loi soit une conséquence nécessaire des lois plus générales qui gouvernent la matière ; pour le moment, contentons-nous de re-

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marquer qu'elle semble 6ti'e en harmonie avec ces dernières, nous ne pouvons guère en dire davantage. Nous savons que les phénomènes vitaux ne font qu'un avec les autres phénomènes physiques, loin d'en être nettement séparés; et d'ailleurs la matière et la force sont deux noms pour indiquer un même artiste qui façonne tout ce qui vit, comme tout ce qui est inanimé. Les corps vivants doivent donc obéir aux mêmes grandes lois que tout le reste de la matière ; or, dans la nature, il n'y en a pas d'une plus large application que celle-ci : un corps poussé par deux forces prend la direction de leur résultante. Mais les corps vivants peuvent être considéréssimplement comme un faisceau extrêmement complexe de forces rassemblées dans une masse matérielle, comme les forces complexes de l'aimant sont maintenues dans l'acier par sa force coercible. Puisque les différences sexuelles sont relativement minimes, ou, en d'autres termes, comme les forces totales du mâle et de la femelle ont une tendance fort semblable, il faut nous attendre à voir leur résultante, le rejeton, dévier fort peu d'une voie parallèle à celle que parcourt un de ses deux ascendants, ou de celles qu'ils parcourent tous deux ensemble, pour ainsi dire parallèlement.

Qu'on se représente la raison de la loi par telle métaphore physique ou par telle analogie que Ton voudra, ce qu'il y a d'important cependant est d'en reconnaître l'existence, et de saisir la portée des conséquences qui peuvent s'en déduire. En elfet.

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les choses qui ressemblent au memei se ressemblent entre elles, et si dans une grande série de générations chaque descendant ressemble à son ascendant, il en résulte que toute la descendance et tous les procréateursdoivent se ressembler entre eux. Ainsi donc, étant donnée une réunion originelle de procréateurs ayant toute liberté pour se reproduire et multiplier, la loi en question amène Torcément, au bout d'un certain temps, la production d'un groupe indéfiniment grand, dont tous les membres se ressembleront beaucoup, et seront alliés par le sang, prore* nant tous du même ascendant ou du mSme couple d'ascendants. La preuve que tous les membres d'un groupe donné d'animaux ou de plantes présentent cette liliatioQ serait généralement considérée comme suffisante pour faire de ce groupe une espèce physiologique, car la plupart des physiologistes donnent pour déOnitioD de l'espèce : La descendance d'une souche primitive unique.

Il est parfaitement vrai que tous les groupes auxquels nous donnons le nom d'eipèce peuvent provenir d'une souche unique, selon les lois connues de la reproduction, et il est même fort probable qu'ils ont été produits ainsi ; mais cette conclusion repose pourtant sur une déduction, et on ne peut guère espérer l'établir sur une base d'observation. Dire que la souche unique ainsi supposée est primitive, et c'est là après tout le point essentiel, c'est faire une hypothèse, et de plus cette hypothèse est absolument sans fondement, si l'on entend dire ainsi

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qtie ces Êtres primitifs sont intlépeailants d'aucun autre être vivant. Quand une hypothèse qui ne s'appuie sur'rien fait partie essentielle d'une définition scientifique,' cette définition porte en elle-même sa -condamnation ; mais en supposant même que la définition soit soutenable dans la forme, le physiologiste qui voudrait l'appliquer dans ta nature ne tarderait pas à se trouver embarrassé dans des difficultés . considérables, en admettant même qu'il lui soit possible de s'en tirer. Comme nous l'avons dit, il est indubitable que les descendants tendent à reproduire l'organisme de leurs ascendants, mais il est également vrai qu'il n'y a jamais alors reproduction d'identité, soit comme forme, soit comme structure. Il y a toujours une certaine déviation; si le procréateur est unique, ses caractères précis ne sont pas reproduits, et quand les aexes sont séparés, comme cela a lieu dans la plupart des animaux et dans un bon nombre de plantes, le produit ne représente pas la moyenne esacte de ses deus ascendants. D'après les principes généraux cette petite déviation se comprend, d'ailleurs, aussi bien que la similarité générale, si l'on rëllécbit à la complexité du faisceau de forces qui agissent concurremment, et de plus il est bien improbable, dans un cas donné, que leur résultante réelle puisse coïncider avec la moyenne des caractères les plus apparents des deux procréateurs. Mais quelle que soit cependant la cause de cette déviation, la coexistence de ces deux tendances aux variations et & la similarité générale est

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d'une fort grande importance par sa portée sur la question de l'origine de l'espèce.

Comme règle générale, un descendant diffère peu de son procréateur; mais parfois la différence est bien plus marquée, el dès lors cette descendance divergente reçoit le nom de variété. Il y a un nombre considérable de variétés que nous avons tout lieu de croire produites de cette façon; mais le plus souvent leur origine n'a pas été notée- et inscrite d'une façon précise. Parmi les cas dûment établis nous en choisirons deux qui montrent bien et d'une façon toute spéciale les traits principaux de celte variabilité. Le premier est celui de la race des moutons Ancons dont le colonel David Humphreys, membre de la Société royale, a donné un compte rendu fort bien fait dans une lettre adressée à sir Joseph Banks, et ultérieurement publié dans les Transaciions philosophiques de l'année 1813. Il rapporte qu'un certain Seth Wright, propriétaire d'une ferme sur les bords de la rivière Charles, dans l'Étal de Massachusetts, possédait un troupeau de quinze brebis et d'un bélier de l'espèce ordinaire. En 1791 une des brebis mit bas un agneau m&le, et, sans qu'on puisse en reconnaître la raison, cet agneau différait du père el de la mère par ta longueur relative de son corps et par ses jambes courtes et incurvées en dehors. Cet agneau ne pouvait donc rivaliser avec les autres moutons du troupeau quand ils prenaient leurs ébats à sauter, au giand ennui du bon fermier, par-dessus les baies des voisins.

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Réaucnur, je vous cite comme vous le voyez une autorité considérable, nous donne les détails du second cas (i). Un couple maltais du nom de Kelleia, dont les mains et les pieds ressemblaient aux mains et aux pieds de tout le monde, eut un Bis, ûratio, possédant six doigts parfaitement mobiles à chaque main, et à chaque pied six orteils qui n'étaient pas - tout à fait aussi bien formés. Aucune cause n'expliquait la production de cette singulière variété de l'espèce humaine.

Deux circonstances mérilent d'être soigneusement notées dans ces deux cas. Dans tihacun d'eux la variété semble s'élre produite en pleine force, et pour ainsi dire, persaltum. Une différence tranchée et bien considérable se montre tout d'un coup entre le bélier Ancon et les moutons communs, entre Gratio Kelleia aux six doigts et aux six orteils et les hommes ordinaires. Dans un cas comme dans l'autre, aucune cause évidente n'esplique la production de la variété. Ces phénomènes ont eu assurément leur cause déterminante, comme tous les autres phénomènes, mais ici la cause ne se montre pas, et, nous pouvons croire, en toute confiance, que ce que l'on désigne ordinairement sous le nom de changements dons iei conditions physiques, tels que climat, nourriture, etc, , n'avait pas eu lieu, et n'intervenait en rien. Ce ne sont pas des cas de ce que l'on appelle communément l'adaptation aux circonstances, mais,

(I) Voyet! ârl de faire éclore des oiaeauT . ParJs, 1119.

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pour me servir d'une expression commoOe, bien qu'elle soit erronée, ces variations se produisirent spontanément. La recherche infructueuse des causes finales mène bien loin leurs investigateurs, noais même ces lëléologistes courageux, toujours prfils il sauter à pieds joints sur toutes les lois physiques, quaud ils poursuivent le Tantâme dont ils sont épris, seraient bien embarrassés de découvrir le but auquel pouvaient correspondre les jambes trop courtes du bélier de Seth Wright,- ou les membres hexadactyles de GratioKelleia.

Les variétés se produisent donc sans que nous sachions pourquoi, et il est inHaiment probable que la plupart des variétés se sont produites de cette façon ^oDtanée ; mais nous sommes loin, bien assurément, denier qu'en certains cas, il soit possible de remonter aux influences externes bien manifestes qui les ont déterminées. Ces influences sont certainement capables de modifier l'enveloppe tégumentaire, d'en changer la couleur, d'augmenter ou de diminuer les dimensions des muscles, et parmi les plantes d'occasionner la métamorphose des étamlnesen pétales, etc. Mais, quelle que soit ta cause d'où proviennent ces changements, ce qui nous intéresse spécialement pour l'instant, c'est d'observer qu'une fois produites les variétés obéissent à la loi fondamentale qufveot que le semblable tende à reproduire son semblable, et leure rejetons nous en fournissent un exemple, par leur tendance à dévier, dans le même sens, de la souche originelle, que les

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procréateurs de ceux-ci en déviaient eux-mêmes. Mais, en outre, il y aurait, semble-t-il, dans bien des eas, une influence dominante dans une variété nouveltement produite, et qui lui donnerait un certain avantage sur les descendants normaux de la même souche. Ceci se dénote d'nne façon frappante dans le cas de Gralio Kelleia qui se maria avec une femme dont lesextremitesetaieDtnormales.il eneut quutra enfants, Salvator, George, André et Marie, L'aîné de ces enfants, un garçon, Salvator, avait six doigts et six orteils comme son père ; k second et le troisième enfants, deux garçons, avaient cinq doigts et cinq orteils comme leur mère, mais les mains et les pieds de George étaient un peu difformes; le dernier enfant, une flile, avait cinq doigts et cinq orteils, mais ses pouces étaient difformes aussi. La variété se produisait ainsi dans toute sa pureté chez l'alné, le type normal se produisait pur chez le troisième enfant et presque pur chez le second et le dernier; il semblerait donc tout d'abord que le type normal avait été jusqu'ici plus puissant que la variété. Mais tousces enfants grandirentetse marièrent; lesfemmes des garçons, le mari de la Bile étaient normalement constitués, et remarquez ce qui se produisit alors : Salvator eutquatre enfants^ trois de ceux-ci présentaient les membres hexadactyles de leur grand-père et de leur père, le plus jeune était pentadactyle comme la mère et la grand'mère; ainsi donc cette fois, malgré une double dilution desangpentadactyle, la variété hexadacly le l'emportait. Celle variété l'em-

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portait d'une façon plus marquée encore dans la descendance de deux autres de ces enTanls, Marie et George. Marie dont les pouces seulement élaient difformes donna naissance à un fils qui avait six orteils, et à trois autres enfants normalement constitués; mais Geoi^e qui n'était pas pentadactyle tout à fait anssi pur que sa sœur, eut d'abord deux filles qui avaient l'une et l'autre six doigts et six orteils ; puis il eut une fille qui avait six doigts à cbaque main et six orteils au pied droit, mais elle n'en avait que cinq au pied gauche ; il eut enfin un garçon qui n'avait que cinq doigts à chaque main et à chaque pied. Dans tous ces cas, U variété semble donc avoir sauté pour ainsi dire au-dessus d'une génération' pour se reproduire dans toute sa force h, la génération suivante. Finalement, André pentadaclyle pur fut père de nombreux enfants, dont aucun ne s'écartait du type normal .

Si une vari;ition, qui se rapproche des monstruosités par sa nature même, tend ainsi puissamment i se reproduire, il n'est pas étonnant que des modiflcalions moins marquées tendent à se perpétuer encore plus, et l'histoire des moulons Ancons est à cet égard particulièrement instructive. Les Américains sont gens avisés. Les voisins du fermier de Massachusetts reconnurent donc bien vite que ce serait pour eux une excellente affaire si tous ses moutons avaient les tendances casanières que possédait, par le fait même de sa constitution, le petit agneau nouveau-né, et iisconseillërentà Wright de tuer son

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vieux bélier et de le remplacer par le nouveau venu. Leur sagacité prévoyante se trouva justifiée, et lise produisit alors, ou peus'en faut, ceque nous avons vu se produire dans la descendance de Gralio Kellcia. Les jeunes agneaux étaient presque toujours des Ancons purs, ou des moutons de pure race commune (1). Mais quand on eut obtenu un nombre de moutons Âncous suffisant pour les entrecroiser, leurs produits furent presque toujours des Ancons purs. Le colonel nous dit même qu'il ne connaît qu'un seul cas douteux de nature mixte. Voici donc un exemple remarquable et bien établi d'une race fort distincte qui se produit per sa[tum ; on outre, cette race se propage du premier coup dans toute sa pureté, et ne présente pas de formes mixtes, même quand on la croise avec une autre.

En ayant soin de choisir des Ancons des deux sexes, comme reproducteurs, il fut donc facile d'établir une race des plus tranchées, et si bien marquée

(1) Les afHroiïtiona du colonel Humphraf» sont des plus explicitea sur ce point : a Quand une brebis Ancon est couverte par un bélier ordinaire, le produit ressemble entièrement, soit i. la brebis, soit au bélier. Le produit de in brebis ordinaire couverte par un bélier Ancon ressemble complètement aussi, soit au père, soit à la mère, sans réunir les particularités essentielles qui les distinguent. On a souvent vu des brebis ordi' naires couvertes par des béliers Ancons avoir deux agneaux jumeaux, et alors il arrivait parfois que l'un des deui agneauK ressemblait entièrement à la brebis, l'autre au bélier. Ce contraste était bien frappant quand on voyait un agneau il jambes courtes, et un agneau à Jambes longues, tous deux d'une même portée, téter en même temps la brebis, n PMlisophical Trauiaelinm, 1813, Pt. I, pp. 8U, OU.

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que lorsqu'on réunissait ces moutons aux troupeaux de moutons ordinaires, on remarquait que les Ancons se tenaient ensemble. Il y a tonte raison de croire qu'on aurait pu conserver indéfiniment celte race, maïs elle fut négligée quand on eut introduit en Amérique le mouton mérinos, tout aussi tranquille, tout aussi docile que l'Ancon, et produisant une laine et une viande bien supérieures, de sorte qu'en 1813 le colonel Humpbreys eut beaucoup de peine à se procurer le spécimen dont il envoya le squeleLle à sir Joseph Banks. Nous croyons que depuis bien des années il n'existe plus aux Etats- Unis un seul représentant de la race des Ancons.

Gratio Kclleia ne Tut pas père d'une race d'hommes à six doigts comme le bélier de Seth Wright produisit une tribu de moutons Ancons, bi.ea que la variété semblé avoir eu tout autant de tendance k se perpétuer dans un cas que dans l'autre. Il ne Faut pas chercher bien loin poui' en trouver la raison. Seth Wright, pour ne pas affaiblir le sang Ancon, eut bien soin de n'allier ses brebis Ancons qu'avec des m&les de la mCme variété ; mais les fils de Gratio Kellela étaient trop loin de l'époque des patriarches pour se marier avec leurs sœurs, et les petits-enfants ne seiïibîent pas avoir eu, entre cousins et cousines hexadactyles, grand attrait les uns pour les autres. En un mot, dans un cas une race s'était produite parce qu'on avait eu soin pendant plusieurs générations d'opérer une sélection de producteurs choisis parmi les animaux qui dénotaient une tendance à

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varier dans la même tliiection, mais dans l'autre cas une race ne se produisit pas parce qu'on ne fit pas une semblable sélection pour l'obtenir. Une race est une variété propagée, et comme les rejetons tendent h revêtir, d'après les lois mêmes de la reproduction, les formes de leurs procréateurs, si ceux-ci* présentent tous deux une même variation, il est plus probable que leur produit la propagera que si l'un des deux procréateurs en est seul doué.

Tous les organes du corps peuvent varier, il n'en est pas qui ne s'écarte parfois plus ou moins du type normal, et il n'y a pas de modification qui ne puisse se transmettre et devenir l'origine d'une race, quand cette modifîcation est transmise par sélection. Les philosophes ont oublié souvent cette grande vérité, bien connue depuis longtemps aux agriculteurs et aux éleveurs pratiques, et c'est sur elle que reposent toutes les méthodes d'amélioration des races d'animaux domestiques, suivies avec tant de succès depuis un siècle en Angleterre. La couleur, la forme, ta texture du poil ou de la laine, les proportions des diUérenles parties, la force ou la faiblesse de la constitution, la tendance à produire de la graisse ou à rester maigre, à donner beaucoup ou peu de lait, la rapidité, la force, la docilité, l'intelligence sont autant de traits caractéristiques que savent assurer à leurs produits, avec un succès journalier, les éleveurs de bestiaux, les fermiers, les marchands de chevaux, les amateurs de chiens et de volaille.

De plus, un émlnent physiologiste, le docteur

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Browti-Séquard communiquail touL récemment à la Société royale une découverte qu'il venait de faire ; L'épilepsie artlEcieHement produite chez les cochons d'Inde, par un procédé dont il est l'auteur, se transmet à leurs petits.

• Mais une race une fois produite n'est pas plus une entité fixe et immuable que la souche dont elle sort; des variations se produisent parmi ses membres, et ces variations se transmettent comme toutes les autres ; de nouvelles races peuvent sortir des races préexistantes et se développer h l'infini, ou du moins ne peat-on pas pour le moment assigner de limites à cette variation. Étant donnés un temps suffisant et une sélection suffisamment bien dirigée, la multitude de races qui peuvent provenir d'une souche commune est aussi étonnante que les différences extrêmes de structure qu'elles peuvent présenter. M. Darwin a démontré, selon moi d'une façon satisfaisante, que le pigeon de roche ou biset est la souche originelle de tous nos pigeons domestiques dont il y a certainement une centaine de races bien tranchées; et nous trouvons chez ces oiseaux un exemple remarquable de ce que j'avançais. Les quatre races les plus intéressantes sont celles que les amateurs connaissent sous les noms de culbutant, grosse-gorge, voyageur et paon. Comme taille, comme couleur, comme habitudes, ces oiseaux diffèrent entre eux d'une façon singulière, mais ils présentent des différences bien plus notables dans la forme du bec et du crâne, dans les propor-

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tions de ces parties, dans le nombre des plumes de la queue, dans la grandeur absolue et relative des pieds, dans la présence ou dans l'absence de la glande sébacée du croupion, dans le nombre des vertèbres du dos; bref,, précisément dans tous ces caractères par lesquels les espèces et les genres des oiseaux diffârent entre eus.

Tout cela est fort, remarquable et d'une observation d'autant plus instructive qu'il n'est pas possible de démontrer qu'aucune de ces races ait été produite par l'action de changements dans les conditions extérieures agissant sur le biset commun. Au contraire, les amateurs ont toujours traité leurs pigeons d'après des méthodes essentiellement semblables: on les a toujours logés, nourris, protégés et soignés à peu près de la même façon dans tous les colombiers. Elien ne prouve mieux, en effet, que le cas des pigeons, l'erreur de la doctrine qui affirme, en s'appuynnt sur de bautes autorités, que les seuls caractères résultant du développement de saillies osseuses pour l'insertion des muscles sont capables de variations. Les recherches de M. Darwin prouvent précisément le contraire de cette assertion h&tive ; il a élabli que chez les pigeons domestiques le squelette des ailes n'a presque pas varié de ce qu'il était dans le type sauvage, et d'autre part c'est dans la longueur du bec relativement A celle ducr&ne, le nombre des vertèbres elle nombre des plumes de la queue, c'est-à-dire dans toutes les par* licularilés sur lesquelles l'action musculaire ne

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peut avoir aucune influencu importante, que ]a variation s'est surtout manirestée.

Nous avons dit que l'étude des propriétés que présentent les espèces physiologiques nous conduirait à des difflcultés, et ces difficultés commencent ici à se manirester, car si la progéniture d'une souche commune peut se diviser, sous l'influence de la variation spontanée et de la reproduction par sélection, en groupes qui se distinguent les uns des autres par des caractères morphologiques constants el indépendants des différences de sexes, la déllnition physiologique de l'espèce est évidemment menacée de se trouver en opposition avec la définition morphologique. Si l'on trouvait à l'état fossile un pigeon grosse-gorge et un culbutant, personne n'hésiterait à les décrire comme espèces distinctes : il en serait de même si on nous apportait leur téguments et leurs squelettes, comme on nous apporte la dépouille de bien des oiseaux exotiques. Il est hors de doute que si l'on considère le pigeon grosse-gorga elle culbutant en se bornant à étudier leur structure seulement, ils représentent deux espèces morphologiques distinctes et bien valables; mais d'antre part ce ne sont pas des espèces physiologiques, car ils proviennent d'une même souche commune, le pigeon biset.

Puisqu'il est admis de toute part que des races se produisent naturellement, comment savoir alors si des animaux distincts à toute apparence conslitueDt ou non des espèces physiologiques différentes, la

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somme des différences morphologiques ne nous fournissant pas une indication sufQsante. Y a*t-il un moyen de reconnaître une espèce physiologique ? Les physiologistes répondent affirmativement le plus souvent. Les phénomènes de l'hybridation nous Tourniraient une pierre de touche par la comparaison des résultats du oroisemenl des races avec ceux du croisement des espèces.

Dans les limites actuelles de noire expérience, les individus des races connues d'une façon certaine comme ayant éLé simplement produites par séleotion, toutes distinctes qu'elles puissent paraître, s'accouplent facilement ensemble, et de plus les descendaatsde ces races croisées sont seuls parfaitement féconds entre eux. Ainsi, l'épagneul et le lévrier, le cheval percheron et le cheval arabe, le pigeon grosse-gorge et le culbutant s'accouplent très-facilement ensemble, et leurs métis, quand on les accouple avec d'autres métis de mSme sorte, sont également féconds.

D'autre pari, il est certain que les individus d'un bon nombre d'espèces naturelles sont souvent absolument stériles quand on les croise avec des individus d'espèces différentes, et quand ils produisent des hybrides, ces hybrides accouplés entre eux sont stériles. Ainsi l'accouplement du cheval et de l'âne produit le mulet, et il n'y a pas un seul exemple évident de fécondation entre mule et mulet. L'union du biset et de la tourterelle semble également stérile. Les physiologistes disent donc que nous aVons

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ainsi un moyen de reconnaître si deux individus appartiennent à des espèces dislinctes, ou s'ils représentent de simples variélés de la même espèce. Quand une femelle et un maie choisis dans les deux groupes donnent un produit, quand ce produit est fécond avec d'uulres produits de même origine, ces groupes sont des races et non des espèces. Si, au contraire, l'union est stérile, ou si les produits sont stériles avec d'autres de même origine, ils constituent des espèces physiologiques vraies. Il n'y aurait rien à redire à ce moyen de s'assurer de la validité de l'espèce si, en premier lieu, il était toujours applicable en pratique, et si d'autre part les résultats pouvaient toujours s'interpréter d'une façon précise. Mais par malheur c'est une pierre de touche dont il est le plus souvent impossible de se servir.

La constitution d'un bon nombre d'animaun sauvages est tellement altérée par ia claustration que leur accouplement avec des femelles de leur espèce reste stérile, de sorte que les résultats négatifs d'un croisement ne prouvent rien. De même les animaux sauvages d'espèces différentes témoignent les uns pour les autres une si grande antipathie, cette antipathie se manifeste encore le plus souvent, d'une façon si marquée entre l'espèce à l'état sauvage et ses représentants àl'état domestique, qu'il est inutile de rechercher de semblables unions dans la nature. L'hermaphrodisme de la plupart des plantes, la difficulté d'assurer l'action utile d'un pollen étranger et d'éviter ia présence du leur, sont des obsta-

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des aussi considérables, lorsqu'il s'agit de leur appliquer ce moyen d'élucider une question d'espèce. Il se présente en outre une autre difficulté, tant chez les animaux que chez les plantes; la durée môme de rexpérience est fort longue, quand il s'agit de reconnaître la fécondité de rejetons métis - ou hybrides, après s'être assuré de la fécondité d'un premier croisemenL dont ils proviennent.

A part ces grandes difficultés pratiques, il arrive encore que quand on veut appliquer aux espèces, dans les cas possibles, ce moyen de les reconnaître, les réponses de l'oracle sont quelquefois plus obscures que celles de Delphes, JM. Darwin cite par exemple certaines plantes plus fécondes avec le pollen d'une autre espèce qu'elles ne le sont avec le leur; il y en a d'autres, comme certains fucus dont l'élément mAle féconde l'ovule d'une plante d'une espèce distincte, tandis que les éléments m&les de ces dernières espèces sont sans action sur l'ovule du fucus. Ainsi, dans ce dernier cas, un physiologiste qui croiserait les deux espèces en un sens serait en droit de déclarer qu'elles constituent des espèces vraies, et un autre physiologiste qui les croiserait dans l'autre sens serait également en droit de déclarer qu'il y a là simplement deux races d'une même espèce. Il y a tout lieu de croire que certaines plantes dont les croisements sont à peu près stériles ne sont que de simples variétés ; en même temps des animaux et des plantes que les naturalistes ont toujours considérés comme appartenant à des espèces

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distinctes se montrent parraitement féconds entre eux quand on leur applique ce moyen d'investigation. Enfin, la stérilité ou la fécondité des croisements ne semble pas dépendre des ressemblances ou des différences de structure que peuvent présenter deux individus pris dans des groupes différents.

M. Darwin a discuté admirablement cette question et avec autant de circonspection que de compétence. Il résume ainsi ses conclusions :

« Les premiers croisements entre formes suFfi- H saoïment distinctes pour être classées comme '( espèces différentes, et l'accouplement de leurs « hybrides sont stériles le plus souvent, mais non M d'une façon absolue. La stérilité se dénote à tous « les degrés, et parfois elle est si peu marquée que « les deux expérimentateurs les plus habiles qui « aient jamais vécu sont arrivés à des conclusions « diamétralemenlopposéesense servant de ce moyen « pour classer des formes. La stérilité varie congéu nitalement chez les individus de la même espèce, n et subit d'une façon frappante l'influence des < conditions favorables et défavorables. Le degré de « stérilité n'est pas strictement en rapport avec K l'afQnilé des systèmes organiques, mais se trouve 0 sous la dépendance de différentes lois curieuses u el très-complexes. Il diffère habituellement, et « parfois d'une façon fort tranchée, dans les croise- « ments réciproques entre deux mêmes espèces. La (I stérilité n'est pas. toujours à un degré égal dans un

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« |iremîer croisement et dans l'accouplement des Il Iiybrides qui en résultent.

(I Quand on greffe des arbres, la capacité'que poste sède une espèce ou une variété, de prendre sur Il une autre, dépend de dUîérences généralement in- « connues dansleurs systèmes végétatifs; de m6me, c quand on produit des croisements, le plus ou « moins de facilité d'une espèce h. s'unir avec une « autre dépend de différences inconnues dans leurs « systèmes de reproduction, il n'y a pas plus déraison « de penser que les espèces ont été douées spëciale- « ment de différents degrés de stérilité pour éviter u dans la nature leur croisement et une reproduca tion bâtarde, qu'il n'y a lieu de croire que tousles «arbres présentent différents degrés de difficultés, « analogues en un certain sens, à se greffer les uns n sur les autres, pour empêcher qu'ils se marient n tous entre eux dans nos forêts.

« La stérilité des premiers croisements entre es- « pèces pures, dont les systèmes de reproduction <( sontà l'étal parfait, semblent dépendre de diverses « circonstances; dans quelques cas elle provient sor- M tout de la mort rapide de l'embryon. La stérilité « des hybrides dont le système de reproduction est « imparfait, et chez lesquels ce système est troublé « en rnSme temps que touterorganisalion, parce que aces eiressontun composé de deux espèces dis- « tinctes, semble se rapprocher beaucoup de la sté- R rilité dont sont atteintes si souvent les espèces B pures, quand on dérange les conditions de la vie

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«qui leur sont uaturelles. Une analogie différente 0 vient appuyer cette manière de voir : Le croise- (I ment des formes dont les différences sont minimes <( est favorable à la vigueur et à la fécondité du re- « jeton, et des changements minimes dans la ma- « aiËre de vivre semblent de m&me favorables à la « vigueur et à la fécondité de tous les Êtres organi- (( ques. Il n'est pas étonnant que le degré de difB- « culte dans l'union de deux espèces corresponde a en général au degré de stérilité de leur produit H hybride, bien qu'il provienne de eau ses distinctes ; « en effet, la difficulté de l'union dépend, comme la « stérilité, de la quantité quelconque dont diffèrent « les espèces accouplées. 11 n'est pas étonnant non « plus que la facilité de déterminer un premier « croisement, la fécondité des hybrides qui en ré- -II sultent, et la capacité de se greffer ensemble (bien « que cette dernière capacité dépende évidemment « de circonstances fort différentes) présentent un K certain parallélisme avec l'afâniLé des systèmes « organiques des formes soumises à l'expérience. « C'est que l'afûnité des systèmes organiques tend » k exprimer tous les genres de ressemblances que « présentent entreeltes les espèces.

n Les premiers croisements entre formes connues « comme variétés d'une même espèce, ou assez Il semblables pour qu'il soit permis de les consi- 'I dérer comme variétés, et l'accouplement de leurs K métis sont féconds le plus souvent, mais non d'une " façon tout à fait absolue. Cette fécondité presque

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L'ORIGItJE DES ESPÈCES. 387

I générale el parfaite ne doit pas nous étonner, ( quand nous nous rappelons que, par rapport aux " variétés à l'état de nature, nos arguments sont 1 exposés à tourner dans un cercle vicieux, et i quand nous ne perdons pas de vue que le plus K grand nombre de variétés se sont produites à « l'état de domesticilé, par l'élection de simples u différences externes et non de différences dans le n système de reproduction. A tout autre égard, la tt fécondité mise de cbté, il y a une grande ressem- « blance générale entre les bybrideset les mélis(l}.i) Nous acceptons pleinement la teneur générale de cet important passage, mais malgré la valeur des argumenta et l'insuffisance de la fécondité ou de la stérilité comme moyen de reconnaître l'espèce, il ne faut pas oublier que le fait réellement important, en ce qui concerne notre rechercbederorigine des espèces, c'est qu'on trouve dans la nature des groupes d'animaux et de plantes dont les représentants sont incapables d'union féconde avec ceux d'autres groupes; de plus, qu'il y adesbybrides absolument stériles quand on les croise avec d'autres hybrides. Si de semblables phénomènes se présentaient cbez deux seuls de ces groupes vivants auxquels on donne le nom d'espèces, ce mot étant pris soit au sens physiologique, soit au sensmorphologique, toute théorie de l'origine des espèces aurait à en rendre compte, et toute théorie qui ne pourrait en rendre compte serait par cela même imparfaite, ti) Piges îie-ns.

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Jusqu'ici nous avons traité de faits, et nos afQrmalionsnous semblent contenir une juste esposilion de ce que l'on sait actuellement par rapport aux proprié ■ tés essentielles de l'espèce. Tout naturaliste, quelle quesoit la tbéorie qu'il préconise, pourra donc accepter, sansdoule, le résumé suivant de cette expotiition:

Les êtres vivants, animaux ou plantes, se divisent en une foule de groupes distinctement définissables, que l'on appelle etpècei morphologiques. Us se divisent aussi en groupes d'individus qui s'accouplent facilement entre eus, et reproduisent leurs semblables ; ce sont les espèces physiologiques. Les rejetons des membres de ces espèces, ressemblant normalement à leurs procréateurs, peuvent varier cependant, et la variation peut se perpétuer par sélection, comme race qui présente souvent tous les traits caractéristiques d'une espèce morphologique. Mais il n'est pas encore prouvé qu'une race croisée avec une autre race de la m6me espèce présente jamais ces phénomènes d'hybridation qui se présentent quand on croise bon nombre d'espèces avec d'autres. D'autre part, il n'est pas prouvé, d'abord que toutes les espèces donnent naissance à des hybrides stériles entre eux, et, de plus, il y a bien des raisons de croire que dans leur accouplement les espèces présentent tous les degrés de fécondité, depuis la stérilité parfaite jusqu'à la fécondité parfaite.

Tels sont les traits les plus essentiels qui caractérisent l'espèce. Quand bien même l'bomme ne constituerait pas une espèce faisant partie du même

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systâme, el n'aurait pas été soumis aux lois qui les régissent toutes, la question de leur origine, leurs rapports de causalité, ou en d'aulres termes les rapports de l'espèce avec tous les autres phénomènes <le la nature, devaient attirer son attention, dès que son intelligence se fut élevée au-dessus du niveau de ses besoins journallerB,

En effet, l'histoire nous montre qu'il en a été ainsi, et nous a conservé les interprétations spéculatives de l'origine des êtres vivants, qui furent un des premiers produits des débuts de l'activité intellectuelle de l'homme. A ces époques primitives, les -connaissances positives n'étaient pas possibles, mais le désir qu'en éprouvaient les hommes voulait à tout hasard une satisfaction. Selon les pays, ou selon la tournure d'esprit des penseurs, on enseigna <{uè tous les êtres vivants provenaient soit de la boue du Nil, soit d'un œuf originel, soit de tout autre agent anthropomorphique ; la curiosité humaine se contentait de ces explications. Les mythes du paganisme sont bien morts comme Osiris et Zeus, et celui qui voudrait les faire revivre, pour les opposer aux connaissances actuelles, provoquerait le rire •et le mépris; mais à l'époque où Borissaient ces superstitions, les grossiers habitants de la Palestine s'étaient forgé des légendes qui nous ont été transmises par des écrivains dont les noms et l'époque nous sont inconnus, comme le reconnaît tout homme compétent. Par malheur, ces fables n'ont pas encore subi le sort des premières, et aujourd'hui -iî.

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même, les neuf dixièmes du mond» civilisé en font la norme et le critérium de la valeur d'une conclusion scientifique, en tout ce qui concerne l'origine des choses, et particulièrement en ce qui concerne l'origine des espèces. Au dix-neuTÎëme siëcle, comme 5 l'époque où commençait à poindre la science physique moderne, la cosmogonie de l'Israélile à demi barbare est pour le pliilosophe un incube, et pour le défenseur des doctrines orthodoxes une honte. Qui pourra compter tous ceux qui ont cherché la vérité avec patience et en toute sincérité, depuis l'époque de Galilée jusqu'à la nALre, et qui ont été abreuvés d'amertume, conspués et déshonorés par des bibliolâlres affolés? Qui pourra compter la foule de ces hommes plus faibles qui ont perdu tout sentiment de la vérité, par le fait mÈme do leurs efTorts pour harmoniser des contradictions, et qui ont usé leur vie à vouloir mettre le vin nouveau et généreux de la science dans les vieilles oulres du judaïsme, poussés par les clameurs de ce même parti puissant. Mais si les philosophes ont souffert, il faut reconnaître que leur cause a été vengée amplement. Autour du berceau de«hacune des sciences gisent des tliéologiens semblables aux serpents étranglés près du berceau d'Hercule, et l'histoire nous montro que chaque fois que la science et l'orthodoxie se sont rencontrées à armes égales, l'orthodoxie a dû lui abandonner le champ , fort malmenée sinon détruite, fort compromise sinon ruinée. L'orthodoxie est le Bourbon du monde de la pensée ; elle ne peut

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Di apprendre ni oublier, et quoiqu'elle soit en ce moment désorientée dans tous ses mouvenieiils, elle prélend comme toujours que le premier chapitre de la Genèse est l'alpha et l'omÉga de toute science légitime, et comme toujours de sa main débile elle lance ses petites foudres à la tële de ceux qui ne veulent pas abaisser la nature au niveau du judaïsme primitif.

Quant aux philosophes, leurs tendances sont moins agressives. Le but sur lequel ils lisent les yeux est noble, et Us y lendenl per aspera et ardua. Des hommes ignorants ou pleins de malice jeltent des obstacles au travers de la voie difficile qu'ils parcourent, sans pouvoir la leur fermer; parfois les chercheurs se fâchent momentanément en présence de ces vains obstacles, mais pourquoi s'en troubleraienl-its au fond de l'àme ? La majesté du fait est de leur côté, et la nature travaille pour eus de toute la force de ses éléments. Pas une étoile ne passe au méridien h l'heure prédite sans porter témoignageà l'excellence de leurs méthodes, la pluie qui tombe, le blé qui pousse confirment leur croyance. Les philosophes se sont établis sur le doute, ils ont pris pour égide la libre recherche. De tels hommes ne tremblent pas en présence des traditions les plus vénérables ; dés qu'elles encombrent la voie de la vérité au grand dommage de l'homme, ils ne leur portent plus de respect ; mais ils ont sur les bras de plus utile besogne que l'élude des antiquités, et si des dogmes qui devraient être fossiles,- et ne le sont

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pas encore malheureusement, ne s'imposent pas à leur attention, ils sont trop beureux de pouvoir les traiter comme s'ils n'étaient pas.

Les hypothèses relatives à l'origine des espèces, faisant profession de reposer sur une base scienlilique, et qui seules méritent par cela même notre attention, sont de deux sortes. La première, que l'on appelle l'hypothèse de la création spéciale, suppose que chaque espèce provient d'un ou de plusieurs couples qui ne résulteraient de la modification d'aucune autre forme de matière vivante, que n'aurait déterminés l'action d'aucun agent naturel, mais qui auraient été produits, en l'état, par un acte créateur surnalurel.

L'autre hypothèse, Chypothèse de la transmutation, considère toutes les espèces existantes comme résultant de modifications d'espèces antérieures et de modificatioas qui se sont produites dans des fttres vivant avant celles-ci, sous l'influence de causes semblables à celles qui produisent aujourd'hui les variétés et les races, c'est-à-dire que ces espèces se sont produites tout à fait naturellement ; et bien que ce ne soit pas là une conséquence nécessaire de celle hypothèse, elle donne comme probable l'esislence d'une souche unique dont proviendraient tous les êtres vivants. Qiiant à l'origine de cette souche primitive, unique ou multiple, il est clair que la doctrine de l'origine des espèces peut la laisser dec6té. Ainsi par exemple, l'hypothèse de la transmutation peut admettre parfaitement soit la création spéciale

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L'ORIGINE DBS ESPÈCES. 393

•du germe primitir, soitsa produclioa par modification de la matière inorganique sous l'inOuence de causes naturelles, Et s'accommoder de l'un comme de l'autre de ces points de départ.

La doctrine de la création spéciale provient surtout de la nécessité supposée de mettre la science d'accord avec la cosmogonie hébraïque, mais il est «urieux d'observer que cette doctrine, dans l'état où les hommes de science la présentent actuellement, est aussi irréconciliable avec l'interprétation hébraïque que toute autre hypothèse.

Si les recherches géologiques ont démontré une chose plus clairement qu'aucune autre, c'est que l'énorme série de plantes et d'animaux disparus ne peut se diviser, comme on le supposait autrefois, en groupes distincts séparés les uns des autres par des limites tranchées. Il n'y a pas de grands hiatus entre les époques et les formations différentes ; il n'y a pas de périodes successives marquées par l'apparition en masse des plantes, des animaux aquatiques et des animaux terrestres. Chaque année nous fait connaître de nouveaux chaînons pour relier des époques que les anciens géologues supposaient être fort séparées ; témoin, le crag qui rattache le drift aux terrains tertiaires anciens, les couches de Maëstricht rattachant les terrains tertiaires à la craie, les couches de Saint-Cassien qui nous présentent nue faune abondante de types mésozolques et paléozoïques dans des roches d'une époque considérée autrefois comme des plus pauvres en fitres vivants, témoin

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enfln les discussions incessamment renouvelées pour savoir si l'on complera un terrain parmi les dévoniens ou parmi les terrains bouillers, si un autre sera silurien ou dévonien, un autre encore, cambrien ou silurien.

Cette vérité est entfore établie d'une façon fort intéressante par le témoignage impartial et des plus compétents de M. Pictet, qui a évalué le pour cent du nombre des geni'es animaux présents dans nue formation, et qu'on retrouve dans la formation précédente, et il résulte de ses calculs que ce rapport n'est jamais moindre d'un tiers, soit 33 pour ÏOO. Ce sont les terrains triassiques ou ceux du commencement de l'époque niésozolque qui ont reçu le plus petit héritage des époques antérieures. Dans les autres formations on trouve parfois.eo, 80, et même 94 genres pour lOO semblables k ceux dont les restes sont ensevelis dans la couche précédente. Bien plus, les subdivisions de chaque formation montrent de nouvelles espèces qui les caraclérisent, et ne se trouvent pas ailleurs ; et dans bien des cas, dans le lias, par exemple, les différentes couches de ces subdivisions se distinguent par des formes vitales particulières et bien marquées. Une section de 3o à 35 mètres de profondeur fera voir, à différentes hauteurs, une douzaine d'espèces d'ammonites, et aucune de ces espèces ne passe dans la zone de calcaire ou d'urgile au-dessus ou au-

{l)Pii:ti)t,Ti-ailédepalétmlo!ogit. Pwis. t8&3.

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dessous de celle où on la trouve. Celui qui adopte la doctriae de la création spéciale doit donc Être prêt à admettre qu'à des intervalles de temps correspondant à l'épaisseur de ces couches, le créateur a trouvé bon d'intervenir dans le cours naturel des événements pour fabriquer une nouvelle ammonite. Il n'est pas facile de bien se représenter la tournure d'esprit de ceux qui sont capables d'accepter une semblable conclusion, avant d'en avoir une démonstration absolue, et l'on ne voit pas d'ailleurs ce qu'ils y gagnent, puisqu'il est certain, comme nous l'avons dit, que cette interprétation de l'origine des êtres vivants est entièrement contraire à la cosmogonie des Hébreux. Cette forme reçue de l'bypothèse de la création spéciale ne mérite donc pas le secours puissant des bibliol&tres, mais peut-elle revendiquer l'appui delà science ou de la saine logique ? Elle ne le peut guère assurément. Les arguments en s^ faveur prennent tous la même forme : si les espèces n'ont pas été créées surnaturellement, nous ne pouvons comprendre les faits x, y om i\ nous ne pouvons comprendre la structure des plantes ou des anîmauxj si nous ne supposons qu'ils ont été disposés en vue d'un but spécial ; nous ne pouvons comprendre la structure de l'œil, si nous ne supposons qu'il a élé construit pour nous faire voir; nous necomprenons pas les instincts, si nous ne supposons que les animaux en ont été doués miraculeusement. Au point de vue de la dialectique, il faut adibet- )re que cette façon de raisonner n'est pas trës-for-

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396 L'ORIGINE DBS ESPÈCES-

midablepour ceux qui ae se laissent pas épouvanter par les conséquences. C'est Yargtanenlum adignoranliam. Acceptez cette explication ou restez ignorants. Mai; supposons qu'il nous soit préférable d'admettre notre ignorance plutôt que d'adopter une hypothèse en contradiction avec tous les enseignements de la nature. Ou supposons un instant qu'après avoir admis l'explication nous nous demandions sérieusement ce que nous y avons gagné en connaissance. Qu'explique-t-elle, cette explication? Est-ce autre chose qu'une façon d'énoncer avec emphase le fait de notre ignorance absolue en ces matières? On a expliqué un phénomène quand on& fait voir qu'il est un cas de quelque grande loi naturelle ; mais par la nature même de la chose, l'interposition surnaturelle du Créateur ne peut rentrer dans aucune loi, et si rëellement les espèces ont été produites de cette façon, il est absurde de chercher à en discuter l'origine.

Ou en dernier heu, demandons-nous si toute l'évidence à laquelle la nature même de nos facultés nous permet d'atteindre, pourra jamais justifier l'assertion qu'un phénotnène quelconque est en dehor» de la portée de la causalité naturelle. Pour s'en assurer, il faudrait nécessairement connaître toutes les conséquences auxquelles peuvent donner naissance toutes les combinaisons possibles agissant pendant un temps illimité. Si nous étions renseignés à cet égard, si nous reconnaissions qu'aucune de ces conséquences ne peut expliquer l'origine

des espèces, nous serions en droit d'affirmer que leur origine reste en detiors de la causalité naturelle. Mais, d'ici là, toute hypolbëse sera préréf-able à celle qui nous mène à de si pitoyables conclusions.

Cette hypothèse de la création spéciale n'est pas seulement un masque pour cacher notre ignorance, sa présence en biologie marque l'enfance et l'imper-, fection de cette science. C'est qu'en effet, l'histoire de chaque science est simplement l'histoire de l'é- Jiniination de la notion Oes interventions créatrices ou autres venant s'interposer dans l'ordre naturel des phénomènes dont l'étude fait l'objet de cette science. Aux débuts de l'astronomie, les étoiles du matin faisaient entendre un chœur d'allégresse, et des maine célestes dirigeaient la marche des planètes. Aujourd'hui l'harmonie des étoiles se résout en la loi de la gravitation selon la raison inverse du carré des distances, et l'orbite des planètes se déduit des lois par lesquelles la pierre lancée par un gamin brise un carreau de vitre. L'éclair était l'ange du Seigneur, mais dans ces derniers temps il a plu à la Providence que la science en fît l'humble messager de l'homme, et nous savons que des conditions vérillables déterminent chacun de ces éclats qui brillent à l'horizon un soir d'été, et que si nous avions une connaissance surGsante de ces conditions, nous pourrions en calculer la direction et l'intensité.

11 y a de grandes compagnies commerciales dont

Hdiut. 23

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la solvabilité repose sur des lois qui gouvernent, comme on s'en est assuré, l'irrégularité apparente de cette vie humaine dont les moralistes ne cessent de déplorer l'incertitude. Sauf les imbéciles, tout le < monde reconnait aujourd'hui que la peste et la famine résultent naturellement de causes que pourrait dominer en majeure partie le contrAle des hommes, et ne sont pas des tortures inévitables infligées par une toute-puissance farouche sur l'œuvre débile et sans défense de ses propres mains.

Un ordre harmonique gouvernant un progrès éternellement continu ; la matière et la force, trame et chaîne du voile qui se lissent lentement sans qu'un fli se casse, et s'étend entre nous et l'inSni; un univers que nous connaissons seul, sans pouvoir connattre autre chose, tel est le monde comme nous le retrace la science, et selon qu'une des parties du tableau se rapporte au reste, nous pouvtHis Être cei^ tains que cette partie est juste. Seule la biologie ne doit-elle pas participer à l'harmonie des sciences ses sœurs?

Des arguments du genre de ceux que je viens de vous présenter pour combattre l'hypothèse de la création directe de l'espèce se déduisent clairement des considérations générales, mais en outre, les espèces elles-mêmes nous présentent des phénomènes qui ne font pas tellement partie de leur essence qu'il ait fallu s'en occuper dès l'abord, mais dont l'explication est des plus embarrassantes quand on adopte l'hypothèse communément admise. Tels sont les faits

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de distribution dans l'espace et dans le temps; tels sont les singuliers phénomènes mis en lumière par l'étude du développement ; les relationa structurales des espèces sur lesquelles sont fondés nos systèmes de classification ; telles sont enBn les grandes doctrines d'analomie philosophique, celle de l'homologie, par exemple, ou celle du plan de structure commun qui se montre dans de grands groupes d'espèces dont les habitudes et les fonctions diffèrent 6xlr6mement.

X>es recherches récentes ont fait reconnaître, il est vrai, dans les mers qui baignent les deux côtés de l'isthme de Panama quelques espèces semblables; elles sont néanmoins généralement fort distinctes. De même les plantes et les animaux insulaires sont difTérents en général de ceux qui habitent les continents voisins, bien qu'ils présentent avec ceux-ci une similarité d'aspect. Les mammifères des terrains tertiaires les plus récents, dans les deux mondes, appartiennent aux mêmes genres ou aux mêmes familles que ceux qui habitent maintenant les mêmes grandes aires géographiques. Les reptiles crocodiliens de l'époque secondaire la plus ancienne ressemblaient par leur structure générale à ceux qui existent actuellement, malgré certaines petites différences dans les vertèbres, dans les fosses nasales et en quelques autres points. Le cochon d'Inde a des dents qui tombent avant sa naissance et qui ne servent jamais par conséquent aux fonctions de mastication pour lesquelles elles sembleraient avoir été

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faites; et de même la femelle du dugong a dtis défenses qui ne percent jamais la gencive. Tous les membres d'un même grand groupe traversent des condilions semblables dans leur développement, et à l'état adulte toutes leurs parties sont disposées d'après le même plan. L'homme ressemble pln^ à un gorille, que le gorille ne ressemble à un lémur.

Voilà quelques faits pris au basard dans une grande masse de faits semblables, bien constatés par les rechercbes modernes, mais quand celui qui étudie la nature en demande l'explication aux défenseurs de l'hypothèse admise relativement à l'origine des espèces, la réponse qu'il reçoit se réduit à la formule brève et simple de l'Orient : Mashallahl Dieu le veuti II y a de chaque cAté de l'isthme de Panama des espèces différentes?... C'est qu'elles ont été créées ainsi dans les deuxraersvoisines.Les mammifères des terrains pliocènes ressemblent-ils à nos mammifères actuels, c'est que tel est le plan de la création ; et si nous trouvons parfois des organes rudimenlaires et une similitude de plan, c'est qu'il a plu au Créateur d'opérer d'après un modèle divin, un archétype, et de le copier dans son œuvre, sans toujoursy réussir parfaitement cependant, comme l'implique forcément la théorie en question.

Un tel verbiage passant aujourd'hui pour de la science sera représenté un jour comme preuve de l'infériorité intellectuelle du dix-neuvième siècle, tout cela sera matière à plaisanterie, comme nous rions aujourd'hui de l'Hùrreur du vide qu'éprouve la

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nature, et pourtant les contemporains de Torrîcelli trouTaient cette explication fort satisTaisante pour rendre compte de l'ascension de l'eau dans un corps de pompe. Mais il est bon de s.e rappeler qu'en acceptant comme satisfaisantes des explications de ce genre, il en résulte un mal positif à c6té du mal négatif, car elles découragent la recliercbe, et privent ainsi l'homme de l'usufruit de la nature, un des territoires les plus fertiles de son grand patrimoine.

Les objections que nous ayons exposées à rencontre de la doctrine de l'origine des espèces par création spéciale ont dû se présenter d'une façon plus ou moins claire à l'esprit de tous ceux qui ont réfléchi sur ce sujet sérieusement et en toute indépendance, tl n'est donc pas étonnant qu'il se soit produit, de temps en temps, certaines hypothèses contraires à celle-ci, et tout aussi bien fondées, sinon mieux, que la première, et il est curieux d'observer que les inventeurs.de ces interprétations contraires semblent y avoir été amenés par leurs connaissances géologiques aussi souvent que par celles qu'ils avaient en biologie. En elTel, dès que l'esprit a admis la conception de la production graduelle du présent état physique de notre globe par causes naturelles agissant pendant de longues périodes de temps, cet esprit sera peu disposé à admettre que les êtres vivants aient pu se produire d'une autre façon, et les interprétations spéculatives de de Maillet et de tous ses successeurs sont le complément naturel

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402 L'ORiaiNE DES ESPÈCES.

de la démonstration donnée par Scilla de la nalure réelle des fossiles.

Benoîlde Maillet, contemporaindeNewton, vivant par conséquent à cette belle époque d'activité intellectuelle qui vit naître la physique moderne, passa sa vie fort longue comme agent consulaire du gouvernement français dans différents ports de la Méditerranée. Pendant seize ans, il occupa le poste de consul général en Ëgypl^i ^^ 'es phénomènes merveilleux que présente la vallée du Nil semblent avoir vivement impressionné son esprit. Son attention fnt aussi attirée sur tous les faits de m£me ordre qui se présentèrent à son observation, ce qui le conduisit à cbercber l'interprétation de l'origine de l'élat présent de notre globe et de ses habitants. Mais, malgré toute son ardeur pour la science, de Maillet hésita, paralt-il, ù publier des interprétations que ses contemporains ne devaient pas, selon toute probabilité, accepter favorablement, malgré ses efforts ingénieux, dans la préface à Telliamed, pour chercher h les mettre d'accord avec l'hypothèse hébraïque.

On n'était pas loin alors de l'époque où les plus éminents anatomisles ou physiciens de l'école italienne avaient chèrement payé les tentatives qu'ils avaient faites pour dissiper les erreurs accréditées; et Harvey, leur illustre disciple, fondateur de la physiologie moderne, n'avait pas été assez heureux, dans un pays moins opprimé par l'inQuence paralysante de la théologie, pour qu'aucun homme pût élre tenté de suivre son exemple. Ces considë-

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rations influèrent probablement sur le consul général de Sa Majesté très-chrétienne eii Egypte, et de Maillet conserva par-devers lui ses théories pendant toute la durée d'une vie fort longue, car Tetiiamed, la seule oeuvre scientifique importante qu'il ait écrite, ne fut imprimée qu'en 1733; do Maillet avait atteint alors le grand Age de 79 ans, et bien que l'auteur vécût encore trois ans, son livre ne fut mis en vente qu'eu 1748. Même alors il était anonyme pour tons ceux qui ne savaient pas que ce titre de TelUamed était un anagramme; d'ailleurs la préface et la dédicace étaient écrites eo termes tels qu'au besoin l'imprimeur pouvait faire valoir comme excuse plausible que l'ouvrage était dans l'intention de l'auteur un simple jeu d'esprit.

Si les idées spéculatives du philosophe indien imaginaire sont tout aussi valables que celles de plus d'une géologie conforma aux doctrines orthodoxes et qui enrichit son éditeur, ces idées n'ont cependant pas grande valeur quand on les esamine & la lumière de la science moderne. Les eaus auraient d'abord recouvert tout le globe, elles auraient déposé les masses rocheuses qui en constituent les montagnes, par des procédés comparables à ceux qui forment actuellement la boue, le sable et les graviers ; puis leur niveau aurait baissé, laissant les dépouilles de leurs habitants, animaux et végétaux, enfouis dans les dépôts. L'auteur suppose que certains animaux aquatiques se seraient mis peu à peu à vivre sur la terre sèche quand elle se

i04 L'ORIGINE DES ESPÈCES.

fut monlrée, et se seraient adaptés graduellement fk des modes d'exislenca terrestre et aérienne. Hais si nous considérons la forme et la teneur générales du raisonnement, relativement à l'état des connaissances à cette époque, deux choses sont bien àigaes de remarque : en premier lieu, de Maillet avait notion de la variabilité des Tormes vivantes, sans avoir des connaissances précises sur ce sujet, il est vrai, et il savait encore que cette variabilité pouvait rendre compte de l'origine des espèces ; en second lieu, il prévoyait clairement la grande doctrine géologique moderne sur laquelle Hutton a tant insisté, et que Lyell a si bien exposée dans tous ses développements, à savoir, qu'il faut nous adresser aux causes actuelles pour avoir reiplication des événements géologiques passés. Defalt, le passage suivant de la préface, où de Maillet est censé parler de son aller ego, le philosophe indien Telliamed, pourrait avoir été écrit par le plus philosophe des partisans actuels de la doctrine de l'uniformité :

Il Ce qu'il y a d'étonnant est que, pour arrivera n ces connaissances, il semble avoir perverti l'ordre . H naturel, puisqu'au lieu de s'attacher d'abord à « rechercher l'origine de notre globe, il a commencé « par travailler & s'instruire de la nature. Mais à (l 'l'entendre, ce renversement de l'ordre a été pour u lui l'effet d'un génie favorable qui l'a conduit pas u à pas et comme par la main aux découvertes les « plus sublimes. C'est en décomposant la substance « de ce globe par une anatomie exacte de toutes ses

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L'ORIGINE DES ESPÈCES. i09

« parties qu'il a premièrement appris de quelles « maliëres il était composé; et quels arrangements « ces mêmes matières observaient entre elles. Cesa lumières jointes à l'esprit de comparaison toujours .( nécessaire & quiconque entreprend de percer les Il voiles dont la nature aime à se cacher, ont servi de «guide à notre philosophe pour parvenir à des « connaissances plus intéressantes. Par la matière « et l'arrangement de ces compositions, il prétend (' avoir reconnu quelle est la véritable origine de ce (t globe que nous habitons, et comment et par qui «ila été formé (!).•>

Mais de Maillet précédait son époque, et comme il fallait s'y attendre, puisqu'il raisonnait sur une question zoologique et botanique avant Linnée, sur un problème physiologique avant Haller, il tomba souvent en de graves erreurs qui firent sans doute négliger son ouvrage.

Les interprétations de Robinet sont plutôt en retard qu'en avance sur celles de de Maillet, et bien que Linnée ait joué avec l'hypothèse de la transmuta- Uon, elle n'eut un défenseur sérieux que quand Lamarck l'eût adoptée et préconisée fort habilement (2).

Lamark fut entraîné à admettre l'hypothèse de la transmutation des espèces, en partie par sa manière de comprendre les questions cosmologtques et géologiques, en partie par sa conception d'une échelle

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des êtres présentant des embranchements i rréguliers malgré sa g;radalion générale, idée qu'avait fait surgir chez lui son étude approfondie des plantes et des formes inférieures de la vie animale. Ce philosophe dont la manière de voir ressemble souvent beaucoup à celle de de Maillet, est en progrès marqué sur les interprétations purement spéculatives et insuffisantes de ce dernier, par rapport à la question de l'origine des êtres vivants, et il effectua ce progrès en recherchant des causes capables de produire cette transformation d'une espèce dans une autre, dont l'existence n'avait été pour de Maillet qu'une supposition. Lamarck crut avoir trouvé dans la nature de semblales causes, suffisant à expliquer parfaitement tous ces changements. C'est un fait physiologique, dit-il, que l'action fait augmenter la dimension des organes qui s'atrophient par l'inaction; c'est un autre fai I physiologique que les modifications produites se transmettent aux descendants. Par conséquent, si TOUS changez les actions d'un animal, vous changez sa structure, en activant le développement des parties nouvellement mises en usage, en faisant diminuer celles qui ne sont plus employées; mais en modifiant les circonstances qui entourent l'animal tous changez ses actions, d'où il suit qu'à la longue, un changer ment de circonstances doit produire un changement d'organisation. Par ce motif, foutes les espèces ani* maies sont, selon Lamarck, le résultat de l'action indirecte de changements de circonstances sur ces germes primilifs qui s'étaient produits originelle-

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l'ûrigiiIe des espèces.

ment, d'après lui, par générations spontanées au sein des eaux du globe. Il est curieux de remarquer cependant que Lamarck ait soutenu avec tant d'insistance (1) que les circonstances ne peuvent jamais modifier directement en rien la forme ou l'organisation des animaux, et qu'elles opërent seulement en changeant leurs besoins, puis leurs actions par conséquent. Il s'expose ainsi, en effet, & une question évidente : comment se fait-il alors que les plantes se modifient, car on ne peut leur attribuer des besoins ou des actions? A ceci il répond que les plantes se modifient par des changements dans leur procédé nutritif, changements déterminés par des circonstances nouvelles, et il ne paraît pas avoir observé qu'on pouvait tout aussi bien supposer des changements de même genre chez les animaux.

Quand nous aurons dit que Lamarck sentait bien l'insuffisance de la pure spéculation pour arriver à reconnaître l'origine des espèces, et la nécessité de découvrir par l'observation, ou autrement, une cause vraie capable de les produire, avant d'établir une théorie valable sur ce sujet, quand nous aurons dit qu'il afBrmait la coïncidence de l'ordre réel des classifications, avec l'ordre de leur développement lesunes des autres, qu'il insistait beaucoup sur la nécessité d'accorder un temps suffisant, et qu'il faisait remonter toutes les variétés de l'instinct et de la raison aux causes mêmes qui avaient donné naissance

[I) Voy. PhiloiOphie toologiqae, vol. I, p. 2î2 etsqq.

cGoogk

aux espèces, nous aurons énuméré les principale» contribuUons de Lamarck au progrès de la question. D'ailleurs comme il ne connaissait pas dans la nature d'autre puissance capable de modifier la structure des animaux, que le changement de besoins déterminant le déTeloppement ou l'atrophie des parties, Lamarck fut conduit à attribuer à cet agent une importance infiniment plus grande qu'il ne mérite, et les absurdités dans lesquelles il avait été entraîné ont été condamnées comme elles le méritaient. Il n'avait pas la moindre idée de la lutte pour l'existence, sur laquelle insiste tant M. Darwin, comme nous allons le voir; il se demande même si réelle* ment une espèce peut s'éteindre quand il ne s'agit pas de grands animaux détruite par l'homme même, etilluivientsi peu à l'esprit qu'il puisse y avoir d'autres causes actives de destruction, qu'en discutant l'existence possible de mollusques dont nous retrouvons les coquilles à l'état fossile, il dit : « Pour- « quoi d'ailleurs seraient-ils perdus dès que l'homme « n'a pu opérer leur destruction (i)? » Lamarck ne connaît pas davantage l'influence de la sélection, et ne tire pas parti des merveilleux phénomènes que nous présentent les animaux domestiques en nous prouvant sa puissance.

\j& grande inQuence de Cuvier servit à combattre les idées de Lamarck, et'comme il était facile de démontrer l'impossibilité de quelques-unes de se&

(I) Phil. ioo/.,iol, I, p. Î7.

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L'ORIGINE DBS ESPÈCES. 409

concluions, ses doctrines furent universellement condamnées, et tombèrent, comme hétérodoxes, sous le mépris des savants et des ttiéologiens. Des efforts récents pour les faire revivre n'ont pu leur rendre quelque crédit dans l'esprit des hommesde jugement bien renseignés sur les faits en litige; on peut même se demander si les partisans de Lamarck ne lui ont pas fait plus de tort qne ses ennemis.

Ainsi, en admettant même que les plus ardents défenseurs de l'hypothèse de la création spéciale se soient demandé parfois si leur doctrine n'était pas insufllsante et en périt, elle semblait il y a deux ans aussi inattaquable que jamais. La doctrine par elle-môme n'avait peut-être pas grande valeur, mais toutes celles qui lui avaient été opposées avaient échoué d'une façon signalée. D'un autre côté, si les hommes, peu nombreux, qui réfléchissaient sérieusement à la question de l'espèce, ne pouvaient se contenter des dogmes généralement reçus, ils ne trouvaient moyen d'y échapper qu'à l'aide de suppositions aussi peu justifiables par l'expérience ou par l'observation, tout aussi peu satisfaisantes par conséquent.

On avait donc à choisir entre deux absurdités et une voie moyenne de scepticisme pénible. Dans de semblables circonstances pourtant, ce scepticisme fâcheux et peu satisfaisant était le seul état mental qui pAt se justifier.

11 y avait alors, par conséquent, dans l'esprit des naturalistes une inquiétude générale ; aussi accouru-

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410 L'ORIGINE DBS ESPÈCES-

rent-îls en foule dans les salons de la société Linnéenne, le l"juil!et 1858, pour entendre lire les communications de deux auteurs qui viTaient en des points opposés du globe, qui avaient travaillé iodépendamment l'un de l'autre, et annonçaient cependant qu'ils avaient découvert une m6me solution de tous les problèmes relatifs à l'espèce. Un des auteurs était un savant naturaliste, M. Wallace, qui avait passé quelques années à étudier les produits des tles de l'Archipel Indien. 11 avait envoyé à M. Darwin un mémoire où ses idées étaient exposées, le priant de le communiquer à la Société Linnéenne. Eu parcourant cet essai, M. Darwin fut bien surpris de voir qu'il contenait plusieurs des idées capitales d'un grand ouvrage qu'il préparaildepuisunevingtained' années, et dont quelques-uns de ses amis intimes avaient parcouru, quinze ou seize ans auparavant, certaines parties contenant le développement de ces mêmes idées. M. Darwinétait bien perplexe; il voulait rendre justiceâsôn ami, et désirait aussi que justice luifftt faite. 11 alla consulter le docteur Hooker et Sir Charles Ljell qui lut conseillèrent tous deux de communiquer à la Société Linnéenne un court résumé dé ses propres idées eft même temps que l'écrit de M. Wallace. h' (higine des espèces est le développement de ce résumé, mais nous espérons voir un jour l'exposition complète de la doctrine de M. Darwin dans le grand ouvrage bien illustré qu'il prépare, dit-on, en ce moment.

L'hypothèse Darwinienne a le mérite d'être fort

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simple et facile à comprendre, et ses points essentiels peuvent se résumeren fort peu de mots : toutes les espèces proviennent du développement de variétés sorties des souches communes, par la conversion de cespremiëres variétés en races permanentes, puis en espèces nouvelles, par le procédé de sélection naturelle, procédé essentiellement identique à celui de la sélection artiQcielle à l'aide duquel l'homme a donné naissance aux races d'animaux domestiques. Dans la nature la lutte pour l'existence remplace l'homme, et exerce, dans le cas de la sélection naturelle, l'action qu'il accomplit dans la sélection artificielle.

A l'appui do son hypothèse, H. Darwin apporte trois genres de preuves. D'abord il cherche à montrer que l'espèce peut être produite par sélection ; en second lieu il veut faire voir queles causes naturelles sont capables d'exercer une sélection, et en troisième lieu il essaie de prouver que les phénomènes les plus remarquables et les plus anomaux, en apparence, que présentent la distribution, le développement et les relations mutuelles des espèces, peuvent se déduire, comme il le démontre, de la doctrine générale de leurorigine, proposée par lui, en la combinant avec les faits connus de changemenls géologiques ; il établit enfin que si tous ces phénomèmes ne sont pas actuellement explicables par sa doctrine, il n'en est pas qui la contredise.

On ne saurait hésiter à reconnaître que la méthode de recherche adoptée par M. Darwin est ri-

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goureusemenl d'accord avec les canons de la logique scientifique, et de plus qu'elle est seule capable de nous donner des solutions justes. Des critiques, excluùvement dressés à l'étude de la littérature classique ou des mathématiques, et qui n'ont jamaisde leur vie déterminé un fait scientifique par induction en se basant sur rex[>érience ou l'observation, parlent sur un ton doctoral de la méthode de M.Darwin; ils ne la trouvent pas assez iuductive; elle n'est décidément pas assez Baconienne pour eux. Mais même s'ils ne jouissent pas d'nne connaissanee pratique des procédés de la recherche scientifique, ils peuvent apprendre, en parcourant le beau chapitre de M. Mill sur la méthode de déduction, qu'il y a une foule de recherches scientifiques dans lesquelles la méthode de la pure induction ne peut mener bien loin l'investigateur.

M. Mill dit : « L'inapplicabilité des méthodes dite rectes d'observation et d'expérimentation étant • prouvée, le mode d'investigation qui nous reste n comme source principale de nos connaissances u actuelles, uu de celles que nous pouvons acqué- « rir relativement aux conditions et aux lois de . <c récurrence des phénomènes plus complexes, s'ap- « pelle dans son expression la plus générale la mé- « thode déductive, et consiste en trois opérations : « la première est une opération â'induction directe ; u la seconde une opération de raisonnement; la troin siëme une opération àe vérification, m

Or, les conditions qui ont déterminé l'existence

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L'ORIGINE DES ESt^GES. 413

des espèces sont des plus complexes, et de plus, en ce qui concerne la plupart d'entre elles, ces conditions dépassent la portée de nos conaaissances. Mais ce que M. Darwin a cherché à accomplir s'accorde parfaitement avec la règle exposée par M. Mill. En s'appuyant sur l'ohserration et l'expérience, il a cherché b établirpar induction certains grands faits. Puis il a raisonné sur ces données. En dernier lieu il a vérlQé lavaleuf durésultat de ses raisonnements, en comparant les déductions qu'il en tirait, avec les faits qu'il observait dans la nature. Par la méthode d'inductjon M. Darwin cherche à prouver que les espèces se produisent d'une façon donnée. Par la méthode de déduction il veut montrer que si les espèces se produisent ainsi, il est possible de rendre compte des faits de distribution, de dëveloppenient, de classification, etc., c'est-à-dire qu'il est possible de les déduire du mode d'origine des espèces, en tenant compte en même temps des changements reconnus en fait de géographie physique et de climat, agissant pendant un temps infini. Et cette esphcation, ou cette coïncidence des faits observés avec les faits déduits est pour tous ceux qu'elle embrasse une vérification des interprétations Darwiniennes. Il n'est donc pas possible de trouver à redire à la méthode de M. Darwin; mais toutes les conditions que lui impose cette méthode sont-elles satisfaites? Est-il prouvé sufSsamment que les espèces peuvent se produire par sélection? Y a-t-il réellement sélection dans la nature? Est-il certain qu'aucun des

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phénomènes de l'espèce ne contredise cette explication de son origine ? S'il est possible de répondre affirmatÎTement à ces questions, les interprétations de M. Darwin ne sont plus des hypothèses ; elles deviennent des théories confirmées; mais tant que l'évidence en présence de laquelle nous nous trouvons en ce moment n'emportera pas l'arfirnialion, la doctrine nouvelle devra se cooLenter de rester pour nous une hypothèse, hypothèse dé la plus grande valeur, des plus probables, la seule qui ait une valeur au point de vue scientifique, mais cependant ce ne sera qu'une hypothèse, ne méritant pas encore le nom de théorie de l'espèce.

Après y avoir bien réfiéchi, et sans parti pris assurément contre les interprétations de M. Darwin, nous sommes bien convaincus qu'au point où en est l'évidence, il n'est absolument pas possible de considérer comme prouvé qu'un groupe d'animaux ayant tous les caractères présentés par l'espèce dans la nature, ait jamais eu pour origine la sélection, soit arlificielle, soit naturelle. Des groupes présentant tous les caractères morphologiques de l'espèce, des races distinctes et permanentes, ont été produites de celte façon bien des fois assurément; mais pour le moment, il n'y a pas de preuves positives pour établir, qu'à la suite des variations naturelles et de l'accouplement par sélection, un groupe d'animaux ait donné naissance k un autre groupe, infécond au moindre degré avec le premier. M. Darwin reconnaît parraitement ce point faible de

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L'ORIGlNIi DES ESPÈCES. 415

sa doctrine, et nous piêsente de nombreux argumenlsdesplusingénieux et de grande importance pour affaiblir l'objection. Nous reconnaissons toute la valeur de ces arguments, nous allons même jusqu'à exprimer notre irToyance que des expériences conduites par un physiologiste habile produiraient , trës-probablemenl des races plus ou moins infécondes, sortant d'une souche commune, dans un espace de temps relativement restreint ; mais cependant c'est en ce point que cloche la doctrine, et il serait aussi fâcheux de le dissimuler que den'en pas tenir compte.

Par moi-même, je l'avoue, il ne m'a pas été possible de reconnaître d'autres points faibles dans toute la doctrine de M. Darwin, et àen juger d'après toutceque j'ai entendu dire, comme d'après ce que j'ai lu, d'au très ne me font pas l'elFet d'y avoir mieux réussi. On a dit, par exemple, que dans ses chapitres sur la lutte pour l'existence et sur la sélection naturelle, M. Darwin prouve bien plutât que la sélection naturelle doit s'effectuer- qu'il ne prouve qu'elle s'etfectue réellement; mais en somme, il n'est pas possible d'arriver à une autre démonstration. Une race attire notre attention dans la nature après avoir duré en toute probabilité depuis un temps considérable, et il est alors trop tard pour rechercher les conditions de son origine. On a dit encore qu'il n'y a pas d'analogie réelle entre la sélection qui se produit à l'étatdomestique, sous l'inOuence deThommCt . et une opération qu'effectue la nature, car l'homme

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416 L'ORIGINE DES ESPËC&S.

intervient d'une façon intelligente. Si l'on réduit cet argument à ses éléments, il implique qu'un effet diracilement produit par un agent intelligent doit à fortiori être plus difScile, sinon impossible, à un agent inintelligent. Mais cet argument est insoutenable, quand même on ne tiendrait pas compte de la question incidente qui se présente : Est-il permis de dire que la nature, agissant selon des loisdéQnies et invariables, soit un agent inintelligent ? Mélangez du sable et du sel, et l'bonime le plus babile se trouvera Tort empêché si on lui impose de séparer, à l'aide de ses ressources naturelles, tous les grains de sable et tous les grains de sel, mais la pluie en viendrait à bout en moins de dix minutes. Ainsi donc, tandis que tous les efforts de l'intelligence humaine nous permettent diriicilement de séparer une variété, et d'en tirer par sélection une race nouvelle, les agents de destruction qui agissent constamment dans la nature élimineront h la longue et inévitablement toute variété qui se montrera plus incapable qu'une autre de résister aux circonstances.

On a souvent opposé, et en toute justice,' à l'hypothèse de Lamarck sur la transmutation des espèces, l'absence de formes intermédiaires entre un grand nombre d'espèces. L'ai^ument est sans valeurquand il s'adresse & l'hypothèse de M. Darwin. Il faut même reconnaître qu'une des parles les meil- . leures et les plus instruclives de son ouvrage est celle oii il prouve que la fréquente absence des tran-

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silions est une conséquence nécessaire de sa doctrine, et que la souche dont proviennent deux ou plusieurs espèces ne doit nullement être intermédiaire entre elles. Si deux espèces sortent d'une souche commune, comme le pigeon grosse-gorge, par exemple, et le voyageur sortent du biset, la souche commune des deux premières ne doit pas plus Être intermédiaire entre elles que le biset n'est intermédiaire entre le pigeon grosse- gorge et le voyageur. Pour celui qui apprécie hien la force de ce raisonnement par analogie, les arguments qui se fondent sur l'absence de formes intermédiaires, pour combattre l'origine des espèces par sélection, perdent toute valeur. Et M. Darwin eût été, pensonsnous, bien plus inattaquable encore, s'il ne s'était pas embarrassé de l'aphorisme : Natura non facit saltum, qui revient si souvent dans son ouvrage. Nous croyons, comme nous l'avons dit plus haut, que la nature fait de temps en temps des sauts, et il est fort important de le reconnaître, car on se débar-. rasse ainsi de plusieurs des objections mineures qu'on oppose k la doctrine de la transmutation.

Mais il faut nous arrêter. La discussion des arguments de M. Darwin dans tous leurs détails nous entraînerait bien au delà des limites que nous nous sommes assignées. Nous avons atteint notre but si nous avons rendu compte d'une façon intelligible, toute sommaire qu'elle est, des faits établis relatifs à l'espèce, du rapport de l'explication de ces faits proposée par M. Darwinavec lesinterprétationslhéo-

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riques de ses prédécesseurs, de ses coatemporains, avec les exigences de la logique scieuLiQque surtout. Nous avons cru pouvoir indiquer que l'explication ne satisfait pas encore à toutes ces exigences, mais nous affirmons sans hésitation que, par l'étendue de la base d'observation et d'expérience sur laquelle elle repose, par sa méthode rigoureusement scientifique, par la facilité avec laquelle elle rend compte des phénomènes biologiques, elle est supérieure à toutes les hypothèses anciennes ou contemporaines autant que l'hypothèse de Copernic était supérieure aux interprétations spéculatives de Ptolémée, Mais après tout, on a fini par reconnaître que les orbites planétaires n'étaient pas tout h fait circulaires, et malgré toute l'importance du service rendu à la science par Copernic, Kepler et Newton durent venir après lui.

Eh bien I si nous admettions que l'orbite du Darwinisme est peut-être un peu trop circulaire?... que, parmi les phénomènes de l'espèce, il en reste quelques-uns dont la sélection naturelle ne fournit pas l'explication?... Dans vingt ans d'ici les naturalistes seront peut-être à même de dire si c'estou non le cas, mais de toute façon ils devront à l'auteur de VOrigine des espèces une immense reconnaissance. Nous laisserions dans l'esprit de nos lecteurs une très-fausse impression, si nous leur permettions de croire que la valeur de cet ouvrage dépend entièrement de la justilication ultime des vues théoriques qu'il contient. Au contraire, si l'on pouvait prouver

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L'ORIGmE DES ESPÈCES. 419

demain qu'elles sont toutes fausses, cet ouvrage serait encore le meilleur du genre, le compendium qui réunit le plus grand nombre de faits bien choisis relativement à la question de l'espèce. Dans toute la littérature biologique rien ne rivalise ayec les chapitres sur la variation, sur la lutte pourl'esïstence, sur l'inslinct, sur l'hybridité, sur l'insufllsance des données géologiques, sur la distributioD géographique; rien même que je sache ne leur est comparable, et depuis les recherches de Von Baer sur le développement (1), publiées il y a trente ans, aucun ouvrage paru n'est appelé à exercer une aussi grande influence sur l'avenir de la biologie, aucun n'étendra comme celui-ci l'empire de la science sur des régions de la pensée oîi elle n'a guère pénétré jusqu'ici.

(I) Baer, Déoeioppement det animaux.

SIH LES aiTIKIIES APRESSJB AU LIVBI DS I. DABVIN, L'ORIGINE BiS

Il a été publié récemment à l'étranger plusieurs i commentaires du grand ouvrage de H.Darwin. Cens qui ont parcouru, dans le livre de Sir Charles Lyell (V Antiquité de l'homme), le chapitre remarquable où se trouve établi un parallèle entre le développement de l'espèce et celui des langages, apprendrontavec plaisir qu'un des pluséminents philologues de l'Allemagne, le professeur Schleicher, a publié, de son cAlé, une brochure philosophique des plus instructives (2), à l'appui des mêmes idées qu'il corrobore de toute l'autorité, si bien établie, de ses connaissances spéciales en fait de linguistique. Le professeur Haeckel, auquel Schleicher adressait sa brochure, avait déjà profité de l'occasion qui «e présentait à lui, pour

(I) Veter die Daruiin'sclie SehOpfungltheorie; ein Vortrog^ von A. KOlliker. Leipzig, 1861 ;

Examen du livre de SI. Danein lur l'Origine des espèces, par P. Flonrens. Paris, iSfi4..

[îi Voir le Reader du 27 fév. mi.

j.CnuyIu

BUR LES CHITIOUES ADR. AU LIVRE DE M. DARWIN, iîl

dire, dans sa belle monographie sur les Jtadioiaires (1), combien il appréciait les inlerpré talions M. Darwin, et combien sa luaniëre de voir se rapv/chait en général de celle du savant anglais. Les études critiques les plus soignées, qui aient paru relativement à l'Origine des espèces, sont deux travaux de mérite bien différent, l'un parle profes- ,seur Kôlliker, de Wurlzbourg, anatomiste et bistologiste bien connu, l'autre par M. Flourens, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences.

L'essai An professeur Kôlliker sur la théorie Dar- ^ winienne est des plus dignes d'une sérieuse consi- (jj dératioa, comme tout ce qui sort de la plume de cet jj écrivain profond et accompli. Il se compose d'un ■^ aperçu rapide et clair de la manière de voir de j, Darwin, suivi d'une énumération des principales 1^ difflcuUés qu'elle présente, et ces difficultés semblent ^ tellement insurmontables au professeur Kôlliker, ^, qu'à la place de ta théorie de M. Darwin, il en pro- I pose une autre qu'il appelle la théorie de la généraj. lion hétérogène. Nous allons examiner successivement , les deux parties de cet essai : d'abord celle où l'au- , - leur combat l'interprétation de Darwin, puis celle où il cherche à établir la sienne.

A notre grand regret nous sommes forcé de reconnaître que nous sommes en désaccord très-marqué avec le professeur Kôlliker, sur plusieurs de ses observations, et c'est surtout dans sa définition de

(1) Dit Radiolarien ; eine Uonographie, p. Î8I.

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ce que nous pouvons appeler la position philosophique du Darwinisme, que nous sommes en complète opposition avec lui.

« Darwin, dit le professeur Kôlliker, est, dans « toute l'acception du mot, un téléologiste. II dit H sans ambiguïté (1) que toutes les particularités de « laslructure d'un animal ont é lé créées pour son n bien, et il considère toute la série des formes ani- H maies à ce point de vue seulement, »

Et encore :

« La conception léléologique générale adoptée « par Darwin est erronée.

« Les variétés se produisent selon les lois généra- <' les de la nature, leur production est sans rapport « avec notre notion de but ou d'utilité, et la variété « produite peut être utile, nuisible ou indifférente.

u Supposer qu'un organisme existe seuiement en «vue d'une fin définie, et représente autre chose que a la manifestation d'une idée générale ou loi, c'est « se figurer l'univers par un seul de ses aspects. As- H sûrement tout organe a une fin, tout oi^anisme (( satisfait à la sienne, mais le but de l'organe ou de « l'organisme n'est pas la condition de leur exis- « lence. De plus, tout organisme est assez parfait n pour satisfaire au but auquel il sert, et de ce cAté «du moins, il est inutile de rechercher une cause de « son perfectionnement. »

11 est curieux qu'un même livre puisse impres-

(I) i"édit., p. 199-ÎOO.

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sionner d'uae Taçon si différeate des esprits difTérents. Ce qui m'avait frappé surtout, et ce dont je m'étais convaincu en parcourant pour la première fois l'Origine des espèces, c'est que M. Darwin avait porté le coup de grâce à la doctrine têléologique, telle qu'on la comprend habituellement. Eu efFet, voici la teneur de l'argument têléologique : un organe ou un organisme A est précisément adapté à l'accomplissement d'une fonction ou d'un but B, donc A a été construit spécialement pour accomplir cette fonction B. Dans le célëbre^eiemple de Paley, l'adaptation de toutes les parties de la montre à la fonction ou au but d'indiquer l'heure, est admise comme prouvant évidemment que la montre a été spécialement agencée pour cette lin, en raison de ce que la seule cause li nous connue, pouvant produire comme effet une montre marquant l'heure, est une intelligence capable d'agencer ses moyens en les adaptant directement à ce but.

Supposons, néanmoins, qu'il soit possible de démontrer que personne n'a fabriqué directement la montre, mais qu'elle résulte des modlBcations d'une autre montre qui marquait l'heure fort imparfaitement, que celle-ci procédait d'un appareil méritant à peine le nom de montre, c'est-à-dire que son cadran était sans chiffres, ses aiguilles rudimentaires, et qu'en remontant bien loin dans le cours du temps, on trouvait comme premier vestige reconnaissable de cet instrument un simple barillet tournant sur son axe. Figurons-nous ensuite qu'on ait

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pu établir que tous ces changements proviennent, en premier lieu, d'une tendance à varier indéfiniment inhérente à l'appareil, et secondement, d'une disposition que présenterait le monde environnant à favoriser toutes les variations dans le sens de l'indication précise de l'heure, et à entraver toutes celles qui se produiraient dans un autre sens. Si l'on établissait tout cela, il est clair que l'argument de Paley aurait perdu toute sa valeur. En effet, il serait dès lors démontré qu'un appareil, parfaitement adapté h un Ijut particulier, pourrait résulter d'une série de tentatives tantôt heureuses et tantôt malheureuses, opérées par des agents inintelligents, comme de l'application directe des moyens appropriés à cette lin, par un agent intelligent.

Or, il nous semble que la théorie de Darwin établira pour le monde organique précisément ce que, pour faire mieux saisir notre pensée par un exemple, nous avons supposé établi pour la montre. A la notion que chaque organisme a ëté créé comme nous le trouvons, et qu'il est poussé directement au but qu'il doit atteindre, M. Darwin substitue une idée nouvelle, que nous pouvons concevoir comme une série de tentatives parfois heureuses et parfois malheureuses. Les organismes varient incessamment ; certaines variations rencontrent des conditions environnantes qui leur conviennent, elles prospèrent; pour le plus grand nombre les conditions sont défavorables, elles s'éteignent.

Selon la téléologie, chaque organisme ressemble

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à un projectile lancé contre une cible ; selon Darwin les organismes sont comme la mitraille dont un fragment porte coup, et tous les autres s'éparpillent sans action.

Pour ie téléologisle un organisme existe parce qu'il a été façonné pour les conditions où on le trouve ; pour le Darwiniste un organisme existe parce que seul, parmi beaucoup d'autres organismes de mfime sorte, il a pu persister dans ces conditions.

La téléologie implique que les organes de tous les organismes sont parfaits, et ne peuvent s'améliorer; la théorie de Darwin affirme simplement qu'ils accomplissent assez bien leurs fonctions pour que l'organisme puisse se maintenir à rencontre des compétiteurs qui se sont présentés à lui, tout en admettant la possibilité de perfectionnements indéflnis. Mais un exemple fera mieux ressortir l'opposition profonde de la doctrine ordinaire de la téléologie et de la doctrine de Darwin.

Les chais prennent trës-hien les souris, les petits oiseaux et d'autres animaux de même taille. La téléologie nous dit qu'ils les attrapent si bien parce qu'ils ont été expressément construits pour les prendre, que ce sont des piégesà souris parfaits, si ■ parfaits, si délicatement ajustés qu'il ne serait pas possible de déranger un seul de leurs organes sans troubler par cela même tout l'ensemble du mécanisme. Le Darwinisme afQrme, au contraire, qu'en tout ceci il ne s'agit nullement d'une construction

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intentionnelle, mais que parmi les variations innombrables de la souche féline, dont un bon nombre % disparu par défaut de capacité pour résister aux influences contraires, les chats se sont b-ouvés mieux disposés que d'autres pour prendre les sotirïs ; les cbats ont donc persisté, et ont prospéré en raison de l'avautage qu'ils avaient ainsi sur les autres variétés de mSme origine.

Loin de croire que les cbats existent à seule fin de bien attraper les souris, le Darwinisme suppose que les cbats existent parce qu'ils les attrapent bien, la chasse aux souris n'étant pas le but, mais la condition de leur existence. Et si le type chat a persisté longtemps tel que nous le connaissons, l'interprétatjon de ce fait, d'après les principes de Darwin, ne serait pas que les chats sont restés invariables, mais que las variétés qui se sont produites incessamment ont été, en somme, moins propres à prospérer dans le monde que la souche existante.

Ainsi donc, si nous entrons bien dans l'esprit de l'Origine des espèces, rien n'est plus entièrement, plus absolument contraire à la téléologie, prise dans le sens ordinaire, que la théorie Darwinienne. De sorte que, loin d'être dans toute l'acception du mot un téléologiste, nous pourrions dire que, comme on l'entend habituellement, M. Darwin n'est pas téléologiste du tout; nous pourrions dire encore qu'en dehors de son mérite comme naturaliste, il â rendu un service des plus importants à la pensée philosophique, en mettant h mfime ceux qui étu-

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dient la nature, de recoonaltre, dans toute leur étendue, ces adaptations à un but, si frappantes dans le monde organique, et que la téléoiogie ne nous a pas laissé perdre de vue, ce dont nous devons lui être reconnaissants. De plus, M. Darwin nous mettait ainsi à même de rester Qdëles aux principes fondamentaux d'une conception scientifique de l'univers, et conciliait par son hypothèse les enseignements divergents de la téléologie et de la morphologie.

Mais si nous laissons de côté ce que nous pensons nous-mêmes àeVOrigine des espèces pour examiner les passages qui en sont cités spécialement par le professeur Kôlliker, nous ne pouvons admettre J'interprétalion qu'il en donne. Si l'on entre réellenaent da:ns l'esprit du livre, on verra que Darwin n'afûrme pas que tous les détails de la structure d'un animal ont été créés pour son plus grand bénélice. Yoici ses paroles (1) :

« Les remarques précédentes m'amènent à dire « deux mots au sujet de la protestation faite récem- I' ment par quelques naturalistes contre cette doc- « trine utilitaire qui maiolient que tous les détails n de structure ont été produits pour le bien de « celui qui en est doué. Ces naturalistes pensent u que bien des particularités n'ont d'autre but que "1 d'assurer la beauté aux yeux de l'homme, ou H une simple variété d'aspect. Si cette doctrine

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« était vraie, elle serait absolument fatale il ma H tbéorle. J'admets pleinement cependant que bien « des particularités de structure ne servent pas di- « rectement à celui qui en est doué, o

Et iiprès plusieurs exemples, après plusieurs restrictions, l'auteur conclut (1):

« lien résulte que tons les détails de structure u que présentent tous les êtres vivants (en tenant Il compte pourtant de l'action directe des condi- « tions physiques) peuvent être considérés, soit u comme ayant servi spécialement à quelques-unes H des formes des procréateurs plus ou moins éloi- II gnés, soit comme servant actuellement d'une « façon spéciale aux descendants de ceux-ci, direc- << tement ou indirectement, en raison des loi» II complexes du développement, n

Mais il est bien différent de dire, »vec M. Darwin, que tous les détails observés dans la structure d'un animal lui servent, ou ont servi à ses ancêtres, et de dire avec la téléologie que tous les détails de la structure d'un animal ont été créés pour son bénéfice. D'après la première bypotbëse, par exemple, les dents de la baleine ù l'état fœtal ont. un sens ; d'après la seconde elles ne s'expliquent pas. Nous ne connaissons pas, dans tout le livre de M. Darwin, une seule phrase qui contredise la doctrine du professeur Kôlliker, quand celui-ci dit que n les H variétés se produisent selon les lois générales de la

(I) P. ÎOO.

c.an:a(,GoOgk

AU LIVRE DE M. Dj^HWIN. i%9

«nature, comme fait indépeudant de notre aotioD « de but ou' d'utilité, et que la v:<rïété produite (( peut être utile, nuisible ou indifférente. >

Au contraire, M. Darwin écrit (1) : « Notre ignoi( rance des lois qui président à la variation estpro* Il fonde. Il ne nous est pas possible, une fois sur « cent, d'indiquer la cause en raison de laquelle « telle ou telle partie diffère plus ou moins d'une « partie analogue chez les procréateurs.... Les con- « ditions externes de la vie, le climat, la nourriture « par exemple, semblent avoir déterminé des mo- V diâcations légères. L'habitude en produisant des Il différences constitutionnelles, l'action en forti- « (iaot, l'inaction en affaiblissant et faisant atrophier « les organes semblent avoir été plus puissantes dans (I leurs effets. »

Etifin, comme pour éviter toutes fausses interprétations possibles, M . Darwin conclut son chapitre sur la variation par ces paroles à méditer:

Il Quelle que soit la cause de chacune des peLitea « différences qui se manifestent entre le rejeton et «ses procréateurs, et celte cause doit toujours H exister nécessairement, c'est l'accumulation consn tante par sélection naturelle de ces différences, u quand elles sont utiles à l'individu, qui occasionne a toutes les modifications de structure les plusim- <i portantes, à l'aide desquelles les êtres innom- H brables répandus sur la surface de la terre peuvent

(I) Sommaire du chapitre V.

u luller les uns avec les autres, à l'aide desquelles « encore le plusparraiLe'st mis à même de survivre.* Nous nous sommes étendu sur ce. sujet en raison de sa grande impoitance générale, et parce que nous pensons que les critiques du professeur Eôliiker proviennent ici d'une fausse interprétation de la manière de voir de M. Darwin, qui au fond coïnciderait avec la sienne. Les autres objections, qu'énumère et discute le professeur Kôlllker, sont les suivantes (1):

le 1" On ne connaît pas de formes de transition « entre les espèces existant actuellement; de plus Jes fl variétés connues et qui se sont produites par se* élection, ou spontanément, n'arrivent jamais à i( constituer des espèces nouvelles, ii

Le professeur KoIIikcr semble attacher de l'importance à cette objection. II indique que le pigeon culbutante face aplatie est peut-élre un produit pathologique.

" 2° On ne trouve pas de formes de transition u parmi les restes organiques des animaux des épon quespiimitives.B

A cet égard le professeur Kôlliker remarque que l'absence de formes de transition dans le monde fossile est contraire è la théorie de Darwin, bien qu'elle ne suffise pas pour la faire condamner.

(I) Je ne puis donner lout au long le détail des argumenta du profeaaeur KSlJiker, ce qui m'entraînerait trop loin. On en trouvera le développement dans le Reader du 13 et du ÎO août

„,Couyk

« 3' La lutte pour l'existence n'existe pas. »

Getle objection a été proposée par Pelzeln, mais Kôlliker n'y attache pas d'importance, et en cela il a grandement raison.

a 4° La tendance des organismes à produire des va- «riétés utiles n'existe pas plus que la sélection natu- « relie. »

M Les variétés que l'on rencontre proviennent de « nombreuses influences externes, et l'on ne voit tt pas pourquoi ces variétés, en totalité ou en partie, « seraient toutes spécialement utiles. Chaque ani- « mal suffit à ses propres fins, est parfait en son « genre, et ne requiert pas un développement ulté- « rieur. S'il se présentait pourtant une variété utile, n et même si celte variété se maintenait, on ne voit « pas pourquoi elle subirait d'autres changements. « Toute cette conception de l'imperfection des or- « ganismes et de la nécessité de leur perfeclionne- II ment est évidemment le côté faible de la théorie « de Darwin ; c'est un pis-aller (Nolkbe/ielf) qui ré- « suite de ce que Darwin n'a' pu imaginer un autre « principe pour expliquer les métamorphoses qui, « comme je le crois aussi, se sont produites. »

Ici encore, nous croyons devoir différer complètement d'avis avec le professeur Kôlliker, dans l'interprétation qu'il attribue à l'hypothèse de M. Darwin. 11 nous semble qu'un des grands mérites de cette hypothèse provient précisément dece qu'elle n'imptique pas la croyance en un progrès incessant et nécessaire des organismes.

c.an:a(,Gooylu

Si l'on saisit bien l'idée de l'auteur, on serra qu'il ne suppose pas une tendance spéciale des organismes à produire des variétés utiles, qu'il ne connaît pas de besoin de développement, ni de nécessité de perfection. Il dit en somme : Tous les organismes varient, U est extrêmement improbable qu'une variété donnée puisse se trouver précisément dans les m6mes rapportsavec iesconditiona environnantes que la souche dont elle provient. Dans ce cas, elle sera mieux adaptée (on pourra alors l'appeler utile), ou elle sera moins bien adaptée à ces conditions. Si elle est mieux adaptée , elle tendra à supplanter la souche originelle ; si elle est moins bien adaptée, elle tendra à être détruite par cette souche dont elle provient.

Si la variété nouvelle est si parfaitement adaptée aux conditions qu'aucun progrès ne lui soit plus possible, et c'est un cas difficile à concevoir, elle persistera, car,'bien qu'elle ne cesse pas de produire des variétés, toutes ces variétés lui seront inférieures. Si, ce qui est plus probable, la nouvelle variété, sans être parfaitement adaptée aux conditions, l'est seulement suflisamment, elle persistera tant qu'une des variétés qui sortiront d'elle ne sera pas mieux adaptée qu'elle ne l'est elle-même .

D'autre part, dès que la variété se produit en un sens utile, c'est-à-dire quand la variation est telle qu'il y a adaptation plus parfaite aux conditions, la variété nouvelle doit tendre à supplanter la forme antérieure.

„,CA)uylc

Un progrès graduel vers la perfection est si loin de faire nécessairement partie de la doctrine darwiniene, que cette doctrine nous semble parfaitement compatible avec la persistance indéSnie de l'ôlre organique dans un mSme état, ou avec son recul graduel. Supposons, parexemple, que nous revenions à la période glaciaire, et que les conditions climatériques des pOIes s'étendent sur tout le globe. Dans ces circonstances l'action de la sélection naturelle tendrait, en fin de compte, à la ruine de tous les organismes supérieurs et àla prospérité des formes inférieures de la vie. — La végétation cryptogame prendrait le dessus, et l'emporterait sur la végétation phanérogame; les hydrozoaires l'emporteraient sur les coraux; les crustacés sur les insectes, les ampbipodes et les isopodes sur les crustacés supérieurs ; les cétacés et les phoques sur les primates ; la civilisation des Esquimaux sur celle des Européens .

n5*Pelzelna encore objecté que,siles organismes «récents étaient sortis des organismes les plus ani ciena, toute la série du développement, depuis les ,< formes les plus simples jusqu'aux plus complexes, H ne pourrait exister actuellement ; dans ce cas les t organismes les plus simples auraient disparu né- « cessairement. »

A cette objection, le professeur KÔlliker répond en toute justice que la conclusion de Pelzeln ne découle pas réellement des prémisses de Darwin, et que si nous prenons les faits de la paléontologie

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41è SUR LES CRITIQUES ADRESSÉES

tels qu'ils sont, ils confirment plutôt la théorie i. Darwin, loin de la renverser.

«6° Huxley, ardent dérenseur del'hypoth^de «Darwin d'ailleurs, lui a opposé une objection for n importante en disant que nous ne connaissons pa- (I de variétés stériles entre elles, la stérilité étant la u règle entre formes animales qui se distinguent par « des caractères bien tranchés.

« Si Darwin a raison, il faut démontrer que par se- H lection on peut produire des formes dont l'actoa- «plement est stérile, comme celui des formes ut « maies dont les caractères sont nettement distincti. n et cette démonstration n'a pas été faite. »

L'objection est assurément fort importante, mab pour juger de sa valeur, comme M. Darwin l'a /ail remarquer, il faut faire entrer en ligne de compte notre ignorance[des conditions de la fécondité et de la stérilité, le défaut |d'expêriences bien conduite! se prolongeant'pendant une longue série d'années, etles étranges anomalies que présentent les résultats de la fécondation croisée d'un bon nombre de plantes,

La septième objection est celle que nous avoDs discutée déjà en commençant.

Voici la huitième et dernière objection .

il Pour comprendre le progrès harmonique et ré- « gulier de la série complète des formes organiques, « de la plus simple h la plus parfaite, nous pouvons « nous passer de la tbéone du développement pron posée par Darwin.

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» Le fait même des lois générales de la nature " explique celle harmonie, quand même nous sup- II poserions que tous les êtres se sont produits sépa- « rément et indépendamment les uns des autres. « Darwin oublie que dans la nature inorganique, ofi u l'on ne peut Taire intervenir l'idée d'une cons nesion génésique entre les formes, on trouve le « même plan régulier, la même harmonie que dans <' le monde orgaitique, et pour ne citer qu'un exem- « pie, n'y a-t-il pas un système des minéraux aussi <i naturel que celui des plantes ou des animaux?»

Nous ne sommes pas parfaitement certain de bien comprendre ce que dit ici le professeur Kôlliker, mais il semble indiquer que l'observation de l'ordre général et de l'harmonie manifestés dans toute la nature inorganique doit nous porter à prévoir un ordre semblable, une même harmonie dans le monde organique. Cela est vrai assurément, mais il ne s'ensuit nullement que cette harmonie et cet ordre observés dans le monde de la vie comme dans le monde inanimé doivent être précisément l'ordre et l'harmonie que nous y reconnaissons. Le fait des lois générales de la nature n'explique certainement pas la raie noire du dos du cheval isabelle, ni les dents de la baleine à l'état fœtal. M. Darwin s'efforce d'expliquer l'ordre exact qui existe dans la nature organique, et non le simple fait de l'existence de cet ordre.

Quant à l'existence d'un système naturel de minéraux, il se présente une réponse évidente. Ke peut-

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on pas établir une classiacalion naturelle de tous les objets quels qu'ils soient, des pierres qui couvrent le bord de la mer, comme des œuvres d'art d'un musée? C'est qu'en effet une classification naturelle est simplement une réunion des objets par groupes, de façon à exprimer leurs ressemblances et leurs différences fondamenlales les plus importantes. M. Darwin croit sans doute que les ressemblances et lès différences sur lesquelles se basent nos systèmes naturels ou nos classifications des plantes et des animaux se sont produites génétiquement, mais nous ne voyons aucune raison pour supposer qu'il se refuse à admettre des classifications d'une nature difl'érente.

Est-il bien certain, d'ailleurs, qu'au-dessous du cette classification des minéraux, ne peut se tacher une relation génésique? Le monde inorganique n'a pas toujours été tel que nous le voyons. 11 a eu certainement ses métamorptioses, et selon toute probabilité la page qui retracerait l'histoire complète de son développement, à partir du blastème nébuleux dont il sort, serait bien longue. Qui pourra dire jusqu'à quel point la somme des ressemblances que présentent des groupes de minéraux, en vertu de laquelle nous pouvons maintenant les réunir en familles et en ordres, n'exprime pas les conditions communes auxquelles a été soumise cette partie du brouillard nébuleux que pouvaient constituer autrefois leurs atomes, et dont ils peuventètre, au sens le plus strict, les descendants.

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D'après ce qui précède, il est clair que nous différons du proresseur KoUiker quand il pense que ses objections doivent faire condamaer la manière de voir de Darwin. Mais il aurait raison sur ce point, que nous ne saurions accepter la théorie de la génération hétérogène, par laquelle il voudrait remplacer celle qu'il combat. Il formule ainsi sa théorie :

« Cette hypothèse a pour conception fondamen- H taie que, sous l'influence d'une loi générale de « développement, les germes organiques produisent I! des organismes différents de ceux qui leur ont a donné naissance. Ceci peut armer de deux fait çons :

ici' Sous l'influence de, circonstances spéciales, a des ovules fécondés, en voie de développement, n peuvent atteindre à des formes supérieures.

(i 2° En dehors de toute fécondation, des organisu mes primitifs, comme ceux auxquels ils ont donné " naissance, pourraient produire des germes ou des " œufs dont sortiraient des organismes différents n {parthénogenèse). »

Le professeur KôUiker allègue en faveur de cette dernière hypothâse les faits bien connus de métagenèse ou génération alternante; la dissemblance extrême des mâles et des femelles chez certains animaux, ainsi que celle des mâles, des femelles et des neutres chez les insectes vivant en colonies ; et voici comment il établit les rapports de celte théorie avec celle de Darwin ;

«Il est certain, dit-il, qu'àpremière vuemonhypo-

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Il thèse ressemble beaucoup à celle de Darwin, car je H pense comme lui que les différentes formes anima- H les procèdent directement lesunes-des autres. Ce- « pendant mon hfpoUiëse delà création des organis- « mes par génération hétérogène se distingue esseni( tiellementde celle de Darwin, en ce que je n'y fais n pas intervenir le principe des variations utiles et (I deleursélection naturelle; laconception qui me sert « de point de départ, c'est que, comme fondement de " l'origine du monda organique, il y a un grand plan H de développement qui pousse les formes les plus u simples à des développements de plus en plus com- (I plexes. Je n'ai pas la prétention naturellement de V dire comment cette loi opère, quelles influences fl déterminent le développement des œufs et des ger- (I mes, et les poussent à revêtir constamment de « nouvelles formes, mais l'analogie des générations " alternantes corrobore ma manière de voir. Si une " àipinnaria, une brachioîaria, un pluleus peuvent « produire un échinoderme qui en diffère ai comi{ plétement, si un polype hydroïde peut produire la " méduse d'une forme supérieure à la sienne, si la « nourrice trématode vermiforme peut développer fi à l'intérieur de son corps le cercaire qui lui res- 11 semble si peu, il ne semblera pas impossible que « l'œuf, ou l'embryon cilié d'une éponge, soit devenu " une fois, sous l'influence de conditions spéciales, fi un polype hydroïde, ou que l'embryon d'une méi( duse soit devenu un échinoderme. »

D'après ces extraits, il est évident que l'hypothèse

du professeur Kôlliker se fonde sur l'existence supposée d'une intime analogie entre les phénomènes de la métagenèse et la production d'espèces nouvelles par des espèces préexistantes. Mais cette analogie est-elle réelle? Nous ne le pensons pas; de plus, l'hypothèse même la contredit. En quoi consistent, en effet, les phénomènes de la métagenèse, tels qu'on les explique généralement? Un œuf fécondé se développe, et produit une forme sans organes sexuels. A; celle-ci produit, sans rapports sexuels, une forme seconde ou plusieurs Formes consécutives, B, différant plus ou moins de A. Ensuite B peut reproduire sans rapports sexuels; cependant les choses né se passent pas ainsi dans les cas les plus simples; B acquiert des caraclèresseiuels, et produit des œufs fécondés qui donnent naissance à A.

La métagenèse ne présente pas de cas connu où A différant beaucoup de B est lui-même capable de propagation sexuelle. Ce mode de génération ne présente pas non plus de cas où la progéniture de B par génération sexuelle soit autre que la reproduction de A.

Si ce que je dis exprime bien ce qui se passe dans la génération par métagenèse, en quoi ce mode de génération nous met-il à même de comprendre que des espèces existantes en aient produit de nouvelles? Supposons que les hyènes aient précédé les chiens, et qu'elles aient produit ces derniers par métagenèse. La hyène représentera alors notre terme A, et le chien, B. La première difflculté qui se présente.

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c'est qu'il faut supposer la hyène privée d'organes sexuels, ou le mode de reproduction ne sera plus comparable à ce qui se passe dans la métagenôse. Mais laissons de cOté cette difficulté, et supposons qu'il soit sorU en même temps de la souche hyène un chien et une chienne ; ce couple doitproduire, si nous nous en tenons au mode le plus simple de la métagenése, uneporlée de petites hyènes et non une portée de petis chiens (1). En effet, dans la génération par métagenËse, la série est toujours, comme nous l'avonsvu, A,B,A, B... etc.; pour qu'il y ait production d'une espèce nouvelle, il faudrait au contraire que la série soit A, B, B,B... etc. La production d'une espèce ou d'un genre nouveaux est la divergence permanente extrême d'un groupe sorti de la souche primitive. Au contraire, tout processus de génération par métagenése se termine toujours par un retour compléta la souche primitive. Comment la métagenése pourrait-elle donc nous faire comprendre par analogie la production d'une espèce nouvelle?

(I) Si l'on suirait an contraire les modes de mâtagenëse plus complexes, tels que ta génération de8 trématodes et cette dos aptiidiens, la hyène devrait produire sans lapports sexuels une pori^a de chiens sans organes sexuels qui produiraient aussi d'autres chiens également privés de ces organes. A prËa un certain nombre de termes de cette série les chiens acquerraient des sexes, procréeraient, mais les petits ne seraient pas dea chiens, ce seraient dos hyènes. De fait, nous avons démontrÉ dans les phénomènes de la métagenése ce retour inévitable au type originel, dont les opposants de M, Darwin affirment la vérité pour toutes les variations en général, ce qui serait nécessairement fatal II son hypothèse, s'ils pouvaient donner une démonstration de leur affirmation.

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La première des deux alternalives proposées par le professeur Kolliker « sous l'influence de circon- « stances spéciales, des ovules fécondés en voie de dé- <• veloppemenl peuvent atteindre à des formes supé- H rieures » ne serait, si elle se présentait, qu'un cas cxtiême de variation dans le sens indiqué par Darwin, d'un degré supérieur, il est vrai, & celle du bélier Ancon, souvent cité, et qui provenait de l'ovule d'une brebis ordinaire, mais tout U fait semblable par sa nature à ce dernier cas. Vraiment, il nous a toujours semblé que M. Darwin s'était créé bien inutilement des embarras en maintenant d'une façon stricte son aphorisme favori : Natura non facit saUum. Nous soupçonnons fort que la nature fait parfois des sauts considérables dans les variations qu'elle produit, et que ces sauts occasionnent plusieurs des lacunes qui semblent exister dans la série des formes connues.

Si nous avons cru devoir" dire librement tout le désaccord qu'il y a ici entre la manière de voir du professeur Kolliker et la nôtre, nous nous sommes acquitté de cette tâche avec des sentiments de re- , gret, et sans manquer, croyons-nous, au respect dû au grand mérite scientiûque du professeur de Wurtzbourg, à l'étude soigneuse qu'il avait faite de ce sujet, et surtout à son argumentation loyale et convenable, à son appréciation généreuse et constante de la valeur des travaux de M. Darwin.

Nous voudrions pouvoir en dire autant de M . Flourens.

Par malheur, M. le secrétaire perpétuel de l'Acacadémie des sciences traite M. Darwin comme le premierNapoléon aurait traité un idéologue, et tout en faisant preuve d'une déplorable faiblesse de logique, du peu de profondeur de ses connaissances, il le prend avec lui sur un ton d'autorité qui frise toujours le ridicule, et passe parfois les limites des convenances.

Ainsi par exemple (!) :

u M. Darwin continue : « Aucune distinction ab- « solue n'a été et ne peut être établie entre les espèa ces et les variétés. » — Jevousaidéjàdit que tous n TOUS trompiez ; une distinction absolue sépare les « variétés d'avec lee espèces. »

Je vousaidéjà dii!... QuandM. le secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences ^a parlé, vous

Pas nitme académicien,

ne TOUS permettez pas d'afQrmer le contraire I Voilà pourtant comment nous traduisons un semblable langage, car nous n'aTons pas lebonheur déposséder une Académie en Angleterre, et n'avons pas l'habitude, par conséquent, d'entendre traiter de la sorte nos hommes les plus capables, même par un secrétaire perpétuel.

Ou encore, si l'on veut remarquer que celle des qualités de l'ouvrage de M. Darwin à laquelle ses

Cifia 0, GoO'îlc

partisans, comme ses ennemis, ont tous porté témoignage, c'est la candeur, la loyauté dont il a fait preuve en admettant et en discutant les objections, que faut-il penser de l'affirmation de M. Flourens quand il dit :

(1 M. Darwin ne cite que les auteurs qui partagent ses opinions (1). n

Et plus loin (2) :

« Enfin, l'ouvrage de M. Darwin a paru 1 On ne (I peut qu'être frappé du talent de l'auteur. Mais (1 que d'idées obscures, que d'idées fausses I Quel «jargon métaphysique jeLé mal h propos dans » l'histoire naturelle, qui tombe dans le galimatias « dès qu'elle sort des idées claires, des idées justes I te Quel langage prétentieux et vide I Quelles pertt sonnilications puériles et surannées I 0 lucidité, 6 H solidité de l'esprit français, que devenez-vous?»

Idées obscures et fausses... jargon métaphysique... galimatias.... langage prétratieux et vide.... personnifications puérileset surannées 1... En Angleterre comme en Allemagne, M. Darwin a rencontré d'ardents contradicteurs ; mais dans le catalogue des fautes qu'on lui reproche, nous ne nous rappelons pas avoir jamais rencontré celles-ci. Il faut donc au plus vite examiner cette découverte qu'a faite M. Flourens, à l'aide de la lucidité et de la solidité de son esprit.

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Selon M. Flourens, la grande erreur de M. Darwin est d'avoir personniâé la nature (i), et de plus :

Il II commence par imaginer une élection natu- « relie; il imagine ensuite que ce pouvoir d'élire « qu'il donne à la nature est pareil au pouvoir de a l'homme. Ces deux suppositions admises, rien ne Il l'arrête, il joue avec la nature comme il lui plaît, « et loi fait faire tout ce qu'il veut (2). »

Voici maintenant comment M, Flourens met à mat la sélection naturelle :

11 Voyons donc encore une fois ce qu'il peut y Il avoir de fondé dans ce qu'on nomme élection natu- « relie.

« L'élection naturelle n'est sous un autre nom 11 que la nature. Pour un 6tre organisé, la nature « n'est que l'organisation, ni plus ni moins.

<i II faudra donc aussi personniller Vorganisaiion, Il et dire que l'organisation choisit l'organisation. i( L'élection naturelle est cette forme substantielle « dont on jouait autrefois avec tant de facilité, H Aristole disait que si l'art de bâtir était dans le Il bois, cet art agirait comme la nature. A la place o de i'arc de bâtir M, Darwin met l'élection natu- II relie, et c'est tout un ; l'un n'est pas plus chiméri- « que l'autre (3). »

Et voilà tout ce que M. Flourens a pu tirer de la sélection naturelle. Cherchons donc à analyser le

ovGooi^lu

AU LIVRE &G M- DARWI». iii

passage : a Pour ud €tre organisé, la nature n'est Il que l'organisation ni plus ni moins, n

Les êtres organisés n'ont donc absolument pas do relations avec la nature inorganique ; une plante ne dépend pas du sol, du soleil, du climat, de la pro> fondeur d'eau qui la recouvre, ou de son altitude audessus du niveau des mers; la quantité de matière saline dissoute dans l'eau est sans influence sut' la vie animale ; la substitution d'acide carbonique à l'oxygène de notre atmosphère n'incommoderait personne. M. Flourens doit bien savoir, mieux que qui que ce soit, l'absurdité de ces propositions; mais ce sont des déductions logiques de sa première arflrmation, et aussi de cette autre que la sélection naturelle revient à dire que l'organisation choisit l'organisation.

En effet, si l'on admet comme le prescrit le bon sens, que les chances de vie d'un organisme donné augmentent en raison de certaines conditions A, et diminuent parleurs contraires fi, il est alors mathématiquement certain qu'un changement de conditions, dans le sens de A, exercera une influence élective en faveur de cet organisme, tendant à son développement, à sa prolifération, tandis qu'un changement en sens de fi exercera une influence élective contraire & cet organisme, tendant à son déclin et h sou extinction.

D'autre part, les conditions restant les mêmes, qu'un organisme donné varie (et cette variation est admise par tous) selon deux directions dillérentes,

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qu'il produise une forme a, mieux adaplée à lutter avec ces conditions que la souche originelle, et une forme b, moins bien adaptée. Il est alors tout aas» certain que ces conditions exerceront une influence élective en faveur de a, et contraire à b, de sorte quea tendra à la prédominance, et&,à l'extinction.

Quoi 1 M. Flourens n'a-t-il pas compris la nécessité logique de ces argunoents simples qui serrent de base à lous les raisonnements de M. Darwin ? A-t-il pu confondre une déduction irréfragable, tirée des rapports reconnus qui subsistent entre les organismes et, les conditions qui les entourent, avec une forme substantielle métaphysique, une personnification chimérique des forces de la uature? Ce serait à n'y pas croire, si d'autres passages du livre ne venaient faire cesser toute hésitation à cet égard.

n On imagine une élection naturelle que, pouc a plus de ménagement, on me dit être inconsctente, « sans s'apercevoir que le contre-sens littéral est prén cisément là : Élection inconsciente (4).

H J'ai déjà dit ce qu'il faut penser de l'élection « naturelle. Ou l'élection naturelle n'est rien, ou u c'est la nature. Mais la nature douée d'élection, « mais la nature personnifiée!... Dernière erreur du « dernier siècle I ... Le dix-neuvième ne fait plus de a personnincalions(2]. n

M. Flourens ne peut concevoir une élection, ou,

AU LIVRE DE M. DARWIN. m

puisque te mot a cours aujourd'hui en français, une sélection naturelle, car c'est tout un, et pour lui, c'est là une contradiction dans les termes. M. Flourens a-t-il jamais visité une des plus charmantes stations balnéaires du beau pays de France, la baie d'Arcachon. En traversant les Landes, il aurait pu observer sur une grande échelle la formation des dunes. Que sont donc ces dunes ? Les vents, les vagues n'ont guère conscience, et cependant elles ont fait élection de tous les grains de sable inférieurs k une dimension donnée, et les ont choisis dans une infinité de masses de silex de toutes formes et de toutes dimensions; puis, par leur action propre, ces agents les ont amoncelés sur une grande étendue, Il y a donc eu élection inconsciente de ce sable; il a été choisi au milieu du gravier où il reposait d'abord avec autant de précision que si un bomme en avait fait élection consciente au moyen d'un tamis. La géologie physique abonde en élections de ce genre. Sans cesse nous y trouvons un triage de ce qui est dur et de ce qui ne l'est pas, de ce qui est soluble et de ce qui est insoluble, de ce qui est fusible et de ce qui est infusible, sous Tinfluence d'agents naturels auxquels nous n'avons guère l'habitude d'attribuer nos notions conscientes. Mais ce que sont vents et marées pour une rive sablonneuse, toutes ces influences que nous appelons conditions de l'existence le sont pour les organismes vivants. Tous les êtres sont passés au crible; seuls les forts subsistent; la gelée d'une nuit d'hiver

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fait élection, elle choisit les plantes robustes d'une plantation, et comme le vent et l'eau triaient, dans l'exemple ci-dessus, le sable du gravier, elle sépare celles qui sont plus tendres de celles qui sont vigoureuses, comme si l'intelligence d'un jardinier avait agi pour détruire les organismes les plus faibles. L'opération inconsciente des conditions naturelles a agi d'une façon plus efficace pour répandre sur les Pampas le cliardon qui y a étouffé les plantes indigènes, que si des milliers d'agriculteurs avaient passé leur temps à le planter.

Un des grands services que M. Darwin a rendus à la science biologique, c'est d'avoir démontré la signification de ces faits. Étant donnés la variation et le cbangement de conditions, il a fait voir qu'il en résulte inévitablement une influence qui agira sur les organismes, en un sens favorable il celui-ci, contraire à celui-là; le premier tendra à prédominer, l'autre à disparaître ; ainsi le monde vivant porte en lui-même l'impulsion qui le pousse à des changements incessants, et tout ce qui l'environne agit dans le même sens.

Ces vérités sont lout aussi certaines qu'aucune autre loi physique^ indépendamment de la valeur de l'bypothèse que M. Darwin a établie sur elle, et si M. Flourens, lâchant la proie pour l'ombre, ne sait reconnaître la belle exposition qu'en a faite Mi Darwin, et ne sait y voir qu'une dernière erreur du dernier siècle, une personnification de la nature, nous pouvons bien nous écrier comme lui : 0 luci-

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dite I 0 solidité de Tesprit français, que devenezvous I

De Tait, M. Flourem n*a pas su comprendre les premiers principes de la doctrine qu'il attaque avec tant de violence. Il fait des objections de détail tellement passées de mode, ressassées et rebattues, en ce pays du moins, que même un écrivain de la Quarlerly Reoiew n'oserait s'en servir pour dauber encore une fois M. Darwin, Nous avons Cuvier et les momies, M . Boulin et la domestication des animaux d'Amérique, les difficultés que présentent l'hybridité et la paléontologie, le darwinisme une réédition de de Maillet et de Lamarck, le darwinisme un système sans commencement, dont l'auteur devrait croire & M. Pouchet, etc., etc. On sait tout cela par cœur, aussi éprouve-t-on un grand soulagement en lisant à la page 65 : i< Je laisseM. Darwin 1... »

Mais nous ne pouvons laisser M. Flourens, sans appeler l'attention de nos lecteurs sur son étrange chapitre, le dixième, intitulé : n De la préexistence des germes et de Cépigenèse, qui commence ainsi : Il La génération spontanée n'est qu'une chimère. ft Ce point établi, restent deux hypothèses: celle n de la préexistence et celle de l'épigenèse. Ces « deux hypothèses sont aussi peu fondées l'une que « l'autre (1). »

a L'épigenèse vient de Harvey. Suivant de l'œil

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n le développement da nouvel 6tre sur les biches « de Windsor, il vit chaque partie successivement M apparaître, et prenant le moment de Vapparition s pour le moment de la formation, il imagina l'épi- I' genèse (l).ii

M. Flourens dit au contraire (2) :

(( Le nouvel être se forme tout d'un coup, tout « d'ensemble, instantanément ; il ne se forme point (I parties par parties et en divers temps. Il se forme Il à la fois; il se forme à l'instant unique indivis » ob se fait la conjonction du m&le et de la femelle. »

On remarquera que la langage de M. Flourens est sans ambiguiLé. Pour lui les travaux de Von Bacr, de Rathke, de Goste, de leurs contemporains et de leurs siTccesseurs en Allemagne, en France, en Angleterre sont non avenus, et comme Darwin imagina la sélection naturelle, Harvey imagina cette doclrine qui lui donne plus grand droit encore à la vénération de la postérité que sa découverte mieuz connue de la circulation du sang.

Tout ce que nous venons de citer ne s'explique que par une complète ignorance de certaios faits des mieux établis, et ce langage est tellement contraire & la vérité que nous n'en aurions pas faîl mention s'il ne nous rendait compte du reTus à priori qu'a fait sans hésiter M. Flourens d'accepter la doctrine de la modification progressive chez les

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fitres vivants, sous aucune de ces formes. En effet, l'homme sur l'esprit duquel la connaissance des phénomènes du développement n'exerce pas son inQuence, manque d'un des principaux motifs qui le pousseraient à rechercher la relation gênésique possible entre les différentes formes vitales existant actuellement. Ceux qui ignorent la géologie n'éprouvent aucune difficulté pour croire que le monde a été fait tel que nous le voyons ; et le pâtre, sans connaissances historiques, ne voit pas de raison pour croire que le monticule verdoyant, où nous reconnaissons le site d'un camp romain, soit autre chose qu'un des reliefs do la colline telle qu'elle est sortie des mains du bon Dieu. De même M. Flourens qui croit ^ue les embryons se forment tout d'un coup, ne trouve naturellement pas de difBculté à concevoir que les espèces se sont produites de la même façon.

SVR LE niSCOUItS Ot U HETHODI,

(In il eu raison de dire que depuis le commencement du monde jusqu'au jour présent, toutes les pensées des hommes se relient entre elles, et forment une grande chaîne ; mais une autre métaphore indiquera mieux peut-6tre la filiation intellectuelle du genre humain. Les pensées des hommes me semblenl comparables aux feuilles, aus fleurs, aux fruits des branches innombrables de quelques grands troncs, dont les racines cachées s'entremêlent. Ces troncs s'appellent des noms d'une demi-douzaine d'hommes héroïques par la force et la lucidité de leur iatelligence, et quel que soit notre point de départ, c'est à eus que nous sommes amenés quand nous cherchons à remonter le cours de l'histoire du monde de la pensée. Nous les retrouvons aussi certainement qu'en suivant les rameaux de l'arbre, jusqu'aux branches de plus en plus grosses qui les portent, nous arrivons tôt ou tard à la souche dont procède toute cette ramillcation.

De tous les penseurs, celui qui, d'après moi, représente mieux que tout autre la souche et le tronc de la philosophie et de la science modernes, c'est

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Hené Descaries. Je m'explique : Celui qui s'attache fi un de ces résultats caractéristiques de la pensée moderne, soit en fait de philosophie, soit en fait de science, reconnaîtra que le sens, sinon la forme de celte pensée, était présent à l'esprit du grand Français.

Certains hommes sont réputés grands parce qu'ils représentent l'actualité de leur époque et nous la reflètent telle qu'elle est. Voltaire était de ceus-là, et on a pu dire de lui en manière d'épigranime : Il a, plus que personne, l'esprit qu'a tout le monde. Personne, en effet, n'exprimait mieux que lui la pensée de tous.

Mais d'autres hommes g«nt grands parce qu'ils représentent tout ce que leur époque a de forces latentes, et leur magie consiste à nous refléter l'avenir. Ils expriment les pensées qui seront celles de tout le monde, deux ou trois siècles après eux. Tel fut René Descartes.

II naquit en Touraine, il y aura bientôt trois cents ans (1596), d'une famille noble. C'était un enfant débile et maladir; la précocité de son intelligence lui valut parmi les siens le surnom àb philosophe, et de la part de ses nobles parents un semblable sobriquet équivalait presque à un reproche. Les meilleurs pédagogues de l'époque, les jésuites, firent son éducation, et cette éducation fut aussi bonne que pouvait l'être celle d'un jeune Français du dix-septième siècle. Nous devons croire que ses maîtres firent consciencieusement leur devoir, car, avant d'être

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parvenu au terme de ses études. Descartes avait reconnu que presque tout ce qu'il avait appris, les ma thématiques exceptées, était de nulle valeur.

(1 C'est pourquoi, » dit-il dans ce Discours dont je veux vous entretenir, « sitôt que l'âge me permit de " sortir de la sujétion de mes précepteurs, je quittai « entièrement l'élude des lettres; et me résolvant « de ne chercher plus d'autre science que celle qui « se pourrait trouver en moi-même, ou bien dans le B grand livre du monde, j'employai le reste de ma « jeunesse h. voyager, à voir des cours et des armées, Il à fréquenter des gens de diverses huineurs et coa- « ditions, à recueillir diverses expériences, à m'én prouver moi-même dans les rencontres que la for- (' tunemeproposait,et partout à faire telle réflexion '< sur les choses qui se présentaient que j'en pusse

« tirer quelque profil Et j'avais toujours un

» extrême désir d'apprendre à dislinguer le vrai n d'avec le faux, pour voir clair en mes actions, el H marcher avec assurance en celte vie [!}. »

Mais apprendre la vérilé aQn de faire le bien, c'est le résumé de tout le devoir de l'homme, pour tous ceux qui ne savent salisfaire les besoins de l'esprit au moyen du venl desséchant de l'autorité ; ceux d'entre nous modernes qui en sommes là, devons donc reconnaître en Descartes un ancêtre spirituel, et c'est un de ses grands titres à notre vénération

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SUR LE DISCOURS DE U MÉTHODE. 'UtS

d'avoir clairement vu à l'&ge de vingt-trois ans que tel était son devoir et de s'être conformé à sa conviction. A trente-deux ans il avait reconnu que toutes les autres occupations sont incompatibles avec la recherche des connaissances qui mènent à l'action, et comme il possédait d'ailleurs une honnête aisance, il se retira en Hollande; il y passa neuf années à réfléchir et k étudier, si bien séquestré du monde, que deux ou trois amis sur lesquels il pouvait compter savaient seuls où il se trouvait.

Le monde ne connut les premiers fruits do ses longues méditations qu'en 1637, par le cêlèbri; Discours de la méthode pour bien conduire sa raison, et chercher la vérité dans les sciences. C'est à la fois une autobiographie et une philosophie, qui revêt d'un langage exquis d'harmonie, de simplicité et de lucidité, les pensées les plus profondes.

Voici les propositions fondamentales de tout ce discours. 11 y a une voie qui nous mène si sûrement à la vérité, que celui qui veut la suivre doil nécessairement atteindre au but, que ses capacités soient grandes ou petites. El pour nous guider, il y a une règle à l'aide de laquelle un homme peut toujours reconnaître cette voie, et s'y tenir, sans jamais se perdre, quand il l'a reconnue. Cette règle consiste à ne jamais accorder son assentiment absolu à d'autres propositions qu'à cellesdont la vérité est si claire et si distincte qu'il ne soit pas possible d'en douter.

En énonçant ce premier commandement majeur de la science, Descartes consacrait le doute. Jusqu'à

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ce moment l'exécration do monde avait poursuivi le doute, c'était un péché mortel ; Descartes le releva de l'opprobre, il lui assigna une place d'honneur parmi les devoirs primordiaux, et la conscience scientiUque des temps modernes lui a donné raison. Parmi tous les modernes, Descartes fut le premier qui se soumit en toute sincérité à ce commandement, et pour lui ce fut un devoir religieux de se dépouiller de toutes ses croyances, et de se mettre dans un état de nudité inteliectuelle, jusqu'à ce qu'il eût pu reconnaître qu'elles étaient celles de ces croyances dont il pouvait se revÉtir, Miejj'^ y-- . lait à son avis cette nudité que d'accepter un vête- . ment commode et des mieux portés dont l'étoffe n'était peut-être que de camelolte,

Quand je vous dis que Descartes consacra le doute, il faut vous rappeler qu'il s'agit de ce genre da doute appelé par Goethe «unsepticisme actif dont le seul but est de se conquérir lui-même (1), u et non de cette autre forme du doute, produit de la légèretéet de l'ignorance, dont le seul but est de se perpétuer pour servir d'excuse à la paresse et à l'indifférence. Mais les paroles mêmes de Descartes nous donneront la meilleure définition possible du doute scientifique. Après avoir décrit le progrès graduel de sa critique négative, il nous dit :

(1) Un scepticisme actif est celui qui cherche conatammenti se surmonter lui-même, et qui essaie d'arriver k la cEclilude relative par une eipérience raisonnée. Maximes et réflexion,

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iK' H Malgré cela, je n'imilais pas les sceptiques qui ■îf'u doutent pour le seul plaisir de douter, et veulent Ù.<i rester toujours indécis ; au contraire, toute mon ,3o intention était d'arriver à la certitude, et je creui-M( sais dans le sable et les graviers pour atteindre la ;- " roche ou l'argile qu'ils recouvrent, » ■:^ Et de plus, comme un homme de bon sens, qui fi- démolit sa maison dans l'intention de la rebâLir, ne :' manque pas de s'assurer un abri en attendant la fin î'de son entreprise, de même, avant de démolir cette i maison de ses vieilles croyances, spacieuse, tout in- '■ •-" ..«.^cle qu'elle fût, Descartes crut qu'il serait sage f . .6 se. munir d'une morale par provision, comme il i l'appelle, à l'aide de laquelle il résolut de gouverner sa TJo pratique, en attendant qu'il eût pu acquérir . '.ne meilleure instruction. Les lois de ce gouvernement personnel provisoire sont formulées en qua- 1: tre maximes. Par la première, noire philosophe î s'engage à se soumettre aux lois et à la religion qui furent celles de son onTance ; par la seconde il se propose d'agir vite et selon ce que son jugement lui fera connaître de mieux, dans toutes les occasions où l'action est nécessaire, et d'accepter le résultat de ses actions sans récriminer; par la troisième, il se prescrit de rechercher le bonheur en limitant ses désirs plutôt qu'en cherchant à les satisfaire ; par la quatrième, enfin, il se promet de faire de la recherche de la vérité l'occupation de toute sa vie.

Ayant ainsi préparé son existence pour tout le temps que dureraient ses doutes. Descartes se mit à Bnun. 26

les envisager virilemeot. Pour lui une chose étaîv claire : il ne se menlirait pas à lui-mfitne; aucune pénalité ne lui Terait dire : « Je suis certain, » quand il ne l'était pas ; il était décidé à creuser pour pénétrer jusqu'à la roche de grand prix, ou en mettant les choses au pire, jusqu'à ce qu'il ait. pu reconnaître que cette roche n'existait pas. Comme nous le raconte l'histoire de ses progrès, il lui fallut confesser que la vie est pleine de déceptions; que l'autorité peut SB tromper ; que le témoignage peut être faux ou mal interprété ; que la raison nous mène à des erreurs sans fin, qu'il ne faut pas bien souvent avoir plus confiance en sa mémoire qu'en son espérance; qu'il est possible de mal comprendre l'évidence des sens mêmes ; que les rêves sont réels tant qu'ils durent, et que ce que nous appelons la réalité est peut -être un rêve prolongé et plein d'inquiétude. On peut même concevoir qu'un être puissant et malicieux prenne plaisir à nous tromper, et nous fasse croire ce qui n'est pas, pendant tout le cours de notre vie. Qu'y a-t-il donc de certain? S'il existe un être de ce genre, en quoi ne peut-il plus nous tronjper ? La réponse est évidente: l'existence du fait de la pensée, la conscience que nous en avons lui échappe. Quand même nos pensées nous mèneraient à l'erreur, elles ne peuvent être actives. Comme pensées elles sont réelles, elles existent;le trompeur le plus habile ne peut faire qu'il en soit autrement.

Ainsi penser, c'est être. Bien plus, pour ce qui

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sua LE DISCOURS DB U MÉTHODE. 459

nous concerne, être, c'est penser, car toutes nos conceplions de l'existence sont une forme quelconque de la pensée. Ne croyez pas un instant qu'il s'agisse ici de purs paradoxes ou de subtilités. Pour peu que vous réfléchissiez aux faits les plus communs, TOUS reconnaîtrez que ce sont des vérités irréfragables. Ainsi par exemple.je prends une bille, et je reconnais que c'est un pelit corps rouge, rond, dur, unique. Cette couleur rouge, cette forme ronde, cette résistance, cette unité, nous appelons tout cela des qualités de la bille, et dire que ces qualités sont des modes de notre propre conscience, dont nous ne pouvons même pas concevoir l'existence dans la bille, semble de prime abord le comble de l'absurdite. [Mais pour commencer, considérez la couleur rouge. Comment se produit cette sensation du rouge î Les ondes d'une certaine matière des plus ténues, dont les particules vibrent avec une rapidité extrême, bien que cette rapidité soit loin d'6lre la même pour chacune d'elles, rencontrent la bille, et celles de ces ondes qui vibrent à un certain taux se réfléchissent sur sa surface, dans tous les sens. L'appareil optique de l'oeil rassemble un certain nombre de ces ondes, et les dirige de telle sorte, qu'elles frappent la surface de la rétine, membrane des plus délicates se raltachant k la terminaison des fibres du nerf optique. Les impulsions de cette matière si ténue, l'étber, affectent cet appareil et les fibres du nerf optique d'une certaine façon ; le changement qui s'effectue dans les fibres du nerf optique produit

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d'autres changements dans le cerveau, etces changements déterminent, d'une façon qui nous est inconnue, la sensation ou la conscience de la çouleui* rouge. Si la rapidité de vibration de l'éther, ou si la nature do la rétine pouvaient être changées, )a bille restant la même, elle ne nous paraîtrait plus rouge, elle aurait pour nous une autre couleur. Il y a bien des gens affectés d'un certain étal de la vision appelé Daltonisme, et qui consiste dans l'incapacité de reconnaître une couleur d'une autre. Un daltonique pourrait dire que cette bille est verte, et il aurait raison, comme nous avons raison en disant qu'elle est rouge. Mais comme la bille ne peut être par elle-même à la fois verte et rouge, ceci montre que la qualité du rouge réside en notre conscience et. non dans la bille.

De m6me, il est facile de voir que la rondeur et la solidité sont des formes de notre conscience, appartenant à cesgroupesque nous appelons les sensalions de la vue et du toucher. Si la surface de la cornée était cylindrique, nous aurions d'un corps rond une notion bien différente de celle que nous en avons, et si la force de nos organes, celle de nos muscles devenait cent fois plus grande, notre bille nous semblerait molle comme une boulette de mie de pain.

Non-seulement il est évident que toutes ces qua - Ittés sont en nous, mais de plus, si vous voulez en faire la tentative, vous reconnaîtrez l'impossibilité de concevoir l'existence d'une couleur, d'une forme, d'une résistance, sans la rattacher à une con-

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SUR LE DISCOURS DE LA MÉTHODE. ifti

naissance comparable h la nôtre. Il peut sembler étrange dédire que même l'unité de la bille se rapporte à nous ; mais des expériences fort simples prouvent qu'il en est réellement ainsi, et que les deux sens surlesquelsnous pouvons compter le plus peuvent se contredire l'un l'autre sur ce point même. Prenez la bille dans les doigts, regardez-la comme h l'ordinaire ; la vue et le toucher s'accordent, elle est unique. Louchez maintenant, la vue vous dira qu'il y a deux billes, tandis que le toucher affirme qu'il n'y en a qu'une. Puis, rendez aux yeux leur posiLion normale, et prenez ta bille entre la pulpe des doigts index et médius après les avoir croisés l'un sur l'autre, le toucher vous dira alors qu'il y adeux hilles, et la vuq, qu'il n'y en a qu'une , et cependant le toucher réclame notre confiance, quand nous nous adressons à lui, tout aussi absolument que la vue.

Maison dira que la bille occupe un certain espace qui ne pourrait être occupé en même temps par aucune autre chose. En d'autres termes, la bille est douée d'étendue, qualité primordiale delamatière, et assurément cette qualité doit être dans la chose, et non dans notre esprit. Mais ici encore il faut répondre : Que ceci ou cela existe ou n'existe pas dans la chose, tout ce que nous pouvons savoir relativement à ses qualités n'est qu'un état de notre conscience. Ce que nous appelons l'étendue est la connaissance d'une relation entre deux ou un plus grand nombre d'affections du sens de la vue et du loucher. Il est

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enlièrement inconcevable que ce que nous appelons l'étendue existe indépendamment d'une pensée conscienle comparable à la nôtre. Que malgré cette impossibilité de concevoir l'étendue indépendamment de nous, elle existe par elle-même ou n'existe pas, c'est là un point relativement auquel je ne puis me prononcer.

Ainsi, quoi que puisse être notre bitle par ellemême, je ne puis la connaître que sous la forme d'un faisceau de pensées conscientes qui me sont propres.

De même, notre connaissance d'une chose quelconque connue ou sentie par nous n'est, plus ou raoios, que la connaissance d'états de la conscience. Toute notre vie se compose d'états de ce genre. Nous rapportons certains de ces états à une causeque nous appelons le moi, d'autres, & une ou plusieurs causes que l'on peut réunir sous le titre du non-mot. Mais nous n'avons pas, et même nous ne pouvons avoir en aucune sorte, une certitude indiscutable et immédiate du moi ou du non-moi, comme nous l'avons des états de la conscience que nous conùdérons comme effets de ces causes. Ce ne sont pas des faits immédiatement observés : ce sont seulement les résultats de l'application de la loi de causalité h ces faits. En langage précis, l'existence du moi, celle du non-moi sont des hypothèses dont nous nous servons pour rendre compte des faits de conscience. Nous croyons à ces hypothèses comme nous croyons aux données générales de la mémoire, à la

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constance générale des lois de la nature, et toutes ces croyances sont établies pour nous sur la même base. Mais ce sont des postulats hypothétiques dont la preuve est impossible, et dont la connaissance ne peut atteindre à ce haut degré de certitude que confère la conscience immédiate ; d'une énorme valeur pratique cependant, car l'expérience véririe toujours les conclusions qui en découlent logiquement.

Voilà, selon moi, à quoi aboutit l'airgument de Descartes; mais je dois vous le faire remarquer, nous avons été au delà de ce qu'a dit Deacartes luimftme. Il s'était arrêté à la formule célèbre : Je pense, donc je suis. Réfléchissez-y un peu cependant, et vous reconnaîtrez que cette formule est pleine de pièges et de difficultés dans les termes. D'abord, le t^onc est ici mal placé. Je pense, qui n'est qu'une autre façon de dire : je suis pensant, postule nécessairement je suis. De plus, je pense n'est pas une propositionjsimple ;je pense renferme trois affirmations distinctes résumées en une seule : En premier lieu, vne chose que j'appelle mùi existe ; puis, une chose que j'appelle la pensée existe ; et enfin, la pensée est le résultat de faction du moi.

Or, il sera bien clair pour vous que la seconde de ces' propositions peut seule satisfaire à l'épreuve cartésienne de la certitude. On ne saurait douter de celle-ci, car le doute même est une pensée existante. Maisvraies ou fausses, il est possible de révoquer en doute, comme cela a été fait, la première et la troisième. En effet, à celui qui les affirme, on peut de-

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404 SUH LE DISCOURS DE LA HËTRODE.

mander: Gommentsavez-vousque Iji pensée n'exisle pas par elle-mfime ; ou bien, comment savez-Tous qu'une pensée donnée n'est pas l'effet de la pensée antécédente, ou d'une puissance extérieure? On pourrait faire bien d'autres questions plus faciles à poser qu'à résoudre. Descaries, bien résolu à se dépouiller de toutes ces draperies que tisse l'intelligence pour s'en revêtir, avait négligé celle-ci, le moi', la.plus.intirae, la plus profonde de toutes, et quand il eut préparé de quoi recouvrir sa nudité, tout son appareil en fut ruiné.

Mais il n'entre pas dans mon intention de m'arrêter aux particularités mineures de la philosophie cartésienne. Je voudrais seulement vous faire bien comprendre qu'après avoir commencé par déclarer que le doute est un devoir. Descaries trouva la cerlilude dans la conscience seule, et que le résultat nécessaire de sa manière de voir est le système qui mérite le nom d'idéalisme, c'est-à-dire la doctrine qui professe que, quoi que puisse être l'univers, tout ce que nous en pouvons savoir se réduit au tableau que nous en retrace la conscience. Ce tableau peut eire ressemblant à la chose, bien que nous ne puissions pas nous expliquer commentcettc ressemblance est possible. Il pourrait ne pas plus ressembler h sa cause, qu'une fugue de Bach ne ressemble à l'exécutant, qu'une poésie ne ressemble à la bouche el aux lèvres de celui qui la récite. Pour tous les besoins praliques de l'existence humaine, il suffit (jue les résultais vérifient la confiance que

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ncits inspire ce lableau de la pensée consciente, et que par ce moyen nous soyons mis à même de marctier avec assurance en cette vie.

Ainsi, la méthode, ou la voie qui mène à la vérité, indiquée par Descartes, nous mène tout droit à l'idéalisme critique de son grand successeur Kant. C'est cet idéalisme qui déclare que le fait ultime de toute connaissance est un état de la conscience, ou en d'autres termes un phénomène mental ; affirmant par conséquent que la plus haute certitude, et même la seule certitude absolue, est celle de l'existence de l'esprit pensant. Mais c'est aussi cet idéalisme qui se refuse à toute affirmation, soit positive soit négative, relativement à ce qui reste en dehors de la conscience. 11 accuse le subtil Berkeley d'avoir dépassé les limites de la connaissance en déclarant que la substance de la matière n'existe pas, et aussi d'avoir manqué de logique quand il n'a pas reconnu que les arguments qui, selon lui, ruinaient l'existence de la matière, ruinaient en même temps l'existence de r&me. Cet idéalisme se refuse encore à prêter l'oreille au verbiage plus récent relatifà l'Absolu et à tous ces autres qualificatifs érigés en hypostases, dont on imprime généralement la première lettre en majuscule, comme on met un bonnetd'ourson sur la tête d'un grenadier pour le faire paraître plus formidable que ne l'a fait la nature.

Je vous le répète, la voie indiquée et suivie par Descartes, et que nous avons parcourue jusqu'ici, mène par le doute à cet idéalisme critique qui est

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au cœur de la pensée métaphysique moderne. Mais le Discours nous indique une autre voie, bien différente en apparence, et qui nous mène d'une façon tout aussi précise à reconnaître la corrélation de tous les phénomènes de l'univers aïec la matière et le mouvement ; cette doctrine-ci est le point essentiel de la pensée physique moderne, et la plupart des hommes l'appellent matérialisme.

Le commencement du dix-septième siècle est une des grandes époques de la vie intellectuelle de l'humanité, elc'est alors que Descartes atleignitii l'âge adulte. A ce moment la science physique s'avança soudainement dans l'arène de la pensée publique et de la pensée familière, pour mettre à la fois au défi h philosophie et l'église, et aussi cette commune ignorance qnî a cours sous le nom de sem commun. L'affirmation du mouvement de la terre était une provocation de ce genre à l'adresse de chacune d'elles, et c'est par la main de Galilée que la science physique jeta le gant.

11 nous est pénihle de nous rappeler les résultats immédials du combat; il nous est pénible de voirie champion de la science, vieux, fatigué, conDrmant de sa signature ce qu'il savait être un mensonge et à genoux devant le cardinal inquisiteur. Sans nul doute les cardinaux se frottèrent les mains en pensant qu'ils avaient si bien imposa silence, et fait perdre tout crédit à leur adversaire. Mais deux cents ans se sont écoulés depuis lors, et malgré la faiblesse et toutes les fautes de ses défenseurs, la science physi-

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que est couronnée sur son Irûne comme un des souverains légiUmes du monde de lit pensée. Le moindre enfant des rues rougirait aujourd'hui de ne pas savoir que la terre toumi:, la scolastique esloubliée, et quant aux cardinaux... Eh bien, les cardinaux Tout des conciles oBCuméniques, et cherchent toujours, comme par le passé, à arrêter le mouvement du monde.

Comme un navire, dont toutes les voiles déployées pendaient aux mâts pendant le calme, bondit tout à coup sous la brise favorable, do ntigme l'esprit de Descaries, lesté du doute qui y avait fait l'équilibre, s'abandonna aux sciences physiques et au mode de la pensée physique, qui l'entrainèreot par leurs puissantesimpulsions.il ne tarda pas à dépasser ses grands contemporains, Galilée et Harvey, les initiateurs de ca mouvement scienliâque, et par la hardiesse de sa pensée spéculative, il eut la. prévision des conclusions que les recherches de plusieurs générations de travailleurs pouvaient seules établir sur une base solide.

Descartes vit que les découvertes de Galilée signifiaient que des lois mécaniques gouvernent les points les plus éloignés de l'univers, et celles de Harvey lui firent comprendre que ces mêmes lois président aux opérations de cette partie du monde la plus rapprochée de nous, à savoir notre propre structure corporelle. De ce centre, il s'élança k la vaste circonférence du monde, par un de ces élans puissants qui sont le propre du génie, ot

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chercha à ramener tous les phénomènes de l'univers à la matière et au mouvementi ou à la force agissant selon des lois (i). Cette belle conception avait été indiquée dans le discours; il la développa plus amplement dans les Principes et dans le Traité de thomme, employa à la faire valoir la puissance extraordinaire de ses lumières, et arriva dans ce dernier essai à celte interprétation purement mécanique des phénomènes vitaux que la physiologie moderne s'efforce de conflrmer.

Cherchons à comprendre comment Descartes était entré dans cette voie, et pourquoi elle le mena au point où il est arrivé. Evidemment le mécanisme de la circulation du sang s'était fortement emparé de son esprit, car il le décrit plusieurs fois et tout au long. Après en avoir donné une description complète dans le Discours, et s'être trompé en assignant le mouvement du sang à la chaleur qu'il supposait produite dans le cœur, au lieu d'attribuer ce mouvement aux contractions des parois cardiaques, il dit dans le Traité de l'homme :

« Ce mouvement que je viens d'expliquer est au- « tant le résultat nécessaire des parties qu'on peut « voir dans le cmur, de la chaleur que l'on peut

(I) « Au milieu de toutes ses erreurs, 11 ne faut p>9 mécon- K naître une grande Idée, qui consiste à avoir tenté pour la 0 première fois de ramener tous les phénomènes naturels t " n'être qu'un simple développement de la mécanique, u Tel est le jugement fort remarquable de Biot cité par Bouillier, Histoire dt la philosophie cartésienne, t. I, p. IM-

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a sentir en y introduisant un doigt, et de la nature « du sang que l'on peut vérifier expérimentalement, a que le mouvement d'une horloge résulte de la n force, de la situation et de la figure de son poids a et de ses rouages. >

Mais si cetle opération, vitale à toute apparence, est explicable comme simple question de mécanique, ne peut-ou pas faire rentrer d'autres opérations vitales dans la même catégorie ? Descartes . répond affirmativement sans hésiter.

« Les esprits animaux, dit-il, ressemblent à un B fluide très-subtil ou à une flamme très-pure et trèsu vive ; le txBur les engendre coDlinuellement, et ils <t montent au cerveau qui leur sert en quelque sorte a de réservoir. De là ils passent dans les nerfs qui les « distribuent dans les muscles, et produisent des con- « tractions ou des rel&cbements selon leur quantité. »

Ainsi, d'après Descartes, le corps animal est un automate capable d'accomplir toutes les fonctions animales, précisément comme fonctionne une horloge ou tout autre mécanisme. Voici comment il s'exprime à cet égard :

« Or, il mesure que ces esprits (Les esprits atiid maux)entrent ainsi dans les concavités du cerveau, u ils passent de là dans les pores de sa substance, et u de ces pores dans les nerfs ; où, selon qu'ils enf trent, ou môme seulement qu'ils tendent k entrer a plus ou moins dans les uns que dans les autres, il^ a ont la force de changer la figure des muscles en 0 qui ses nerfs sont insérés, et par ce moyen de Hdilh. 37

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470 SUR LE DISCOURS DE hk. MÉTHODE.

a faire mouvoir toua les membres. Ainsi que vous « pouvez avoir vu dans les grottes et les fontaines <r qui sont aux jardins de nos rois, que la seule force « dont l'eau se meut en sortant de sa source est 0 suffisante pour y mouvoir diverses machines, et « mfime pour les y faire jouer de quelques instrun menls, ou prononcer quelques paroles, selon U « diverse disposition des tuyaux qui la conduisent. «Et véritablement l'on peut fort bien comparer « les nerfs de la machine que je vous décris aoi , n tuyaux des machines de ces fontaines, ses muscles a et ses tendons aux divers autres engins et ressorts « qui servent à les mouvoir, ses esprits animaux i « l'eau qui les remue, dont le cœur est la source, a et dont les concavités du cerveau sont les regards. « De plus la respiration et autres telles actions qui 0 lui sont naturelles et ordinaires, et qui dépendent n du cours des esprits, sont comme les mouvements H d'une horloge ou d'un moulin que le cours ordiu naire de l'eau peut rendre continus. Les objets a extérieurs, qui, par leur seule présence, agissent a contre les organes de ses sens, et qui par ce moyen (t la déterminent à se mouvoir en plusieurs diver- 0 ses façons, selon que les parties de son cerveau » sont disposées, sont comme des étrangers qui, en- «trantdans quelques-unes de ces fontaines, cau- « sent eux-mêmes sans y penser les mouvements qui « se font en leur présence ; car ils n*y peuvent enf trer qu'en marchant sur certains carreaux tellea ment disposés que, par exemple, s'ils approchent

L,i.....„,CA)uylc

n d'une Diane, qui se baigne, ils la feront cacher

• dans des roseaux ; et s'ils passent plus outre pour a lapoursuivre, ils feront venir vers eux un Neptune, « qui les menacera de son trident ; ou, s'ils vont de « quelque autre câté, ils en feront sortir un mons-

• tre marin qui leur vomira de l'eau contre la face, « ou telles choses semblables, selon le caprice des « ingénieurs qui les ont faites. Et, enfin, quand l'&me « raisonnable sera en cette machine, elle y aura son a siège principal dans le cerveau, et sera là comme a le fontenier, qui doit être dans les regards où se H vont rendre tous les tuyaux de ces machines, n quand il veut exciter, on empêcher, ou changer a en quelque façon leurs mouvements (1). u

Unpeu plus loinDescartesest plus explicite encore;

a Je désire que vous considériez après cela que « toutes les fonctions que j'ai attribuées à cette mau chine (le corps humain), comme la digestion des « viandes, le battement du cœur et des artères, la « nourriture et la croissance des membres, la res- « piralion, la veille et le sommeil ; la réception de n la lumière, des sons, des odeurs, des go&ts, de la u cbaleur et de telles autres qualités dans les orgaa nés des sens extérieurs ; l'impression de leurs idées « dans l'organe du sens commun et de l'imagination, (lia rétenUon ou l'empreinle de ces idées dans la n mémoire ; les mouvements intérieurs des appétits « et des passions; et, enlln, les mouvements exté-

{!) TroUé de tUommti fdit. Ccusiii, t. IV, p. 347.

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0 rieurâ de tous les membres qui suivent si h propos n tant des actions des objets qui se présentent aux a sens que des passions et des impressions qui se a rencoatrent dans la mémoire, qu'ils imitent le « plus parfaitement qu'il est possible ceux d'un vrai a homme (1); je désire, dis-je, que vous considériez « que ces fonctions suivent toutes naturellernent n en cette machine de la seule disposition de sesor- « ganes, ne plus ne moins que font les mouvemenls a d'une horloge, ou autre automate, de celle de ses « contre-poids et de ses roues, en sorte qu'il ne fant « point & leur occasion concevoir eh elle aucune auatreâme végétative si sensîtive, ni aucun autre n principe de mouvement et de vie, que son sang et « ses esprits agités par la chaleur du feu qai brûle « coatinuellement dans son cœur, et qui n'est point « d'autre nature que tous les feux gui sont dans a les corps inanimés (2). n

L'esprit de ces passages est exactement celui qui anime la phTsiologiela plusavancée du jour présent; pour les faire coïncider par la forme avec notre physiologie actuelle, il surât de représenter les détails du travail de la machine animale en langage moderne et à l'aide de conceptions modernes.

(I) Deaortes prétend qu'il n'applique pas son intetprétatiim au CQrpB liumsin, m^B seiilement à une machine imaginaire qui accomplirait, b'11 éuit possible de la construire, tout ce qu'accomplit le corps huoiun. Il s'alwissait k jeter ainsi un g&teau & Cerbère, bien inutilement d'ailleurs, car Cerbère n'é' lait pas aaaei atupide pour le ramasser.

(î) TraUé de l'Bomme, U IV, p. al.

Bien certainement la digestion des aliments dans le corps burnain est une pure opéralion chimique, comme le passage des parties nutritives de ces aliments dans le sang est une opération physique. 11 est hors de doute que la circulation du sang est simplement une question mécanique ; elle résulte de la structure et de l'arrangement des parties du cœur et des vaisseaux, de la contractilité de ces orgaoes, et de ce que cette contractilité est réglée par un appareil nerveux agissant automatiquement. De plus, les progrès de la physiologie ont Tait voir que la contractilité des muscles et l'irritabilité des nerfs résultent simplement du mécanisme moléculaire de ces organes, et que les mouvements réguliers des organes de la respiration, de la digestion, comme ceux de tous les autres organes internes, sont dirigés et gouvernés de la mfime façon mécanique, par les centres nerveux qui leur sont appropriés. Le rfaytbme régulier de la respiration de chacun de nous dépend de l'intégrité structurale d'une certaine région de la moelle allongée, tout aussi bien que le tic-tac d'une horioge dépend de l'intégrité de l'échappement. Vous pouvez enlever les aiguilles de l'horloge, en briser la sonnerie, mais son tic-tac continuera, et un homme peut être incapable de sentir, de parler, de se mouvoir, et cependant il continuera à respirer.

De même, et ceci s'accorde entièrement avec l'affirmation de Descartes, il est certain que les modes de mouvements qui constituent la base physi-

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474 SUR LB DISCODHS DE LA UÉTflODE.

qae de la lumière, du son et de la chaleur, sont traosrormés en affeclions de la matière nerveuse par les organes des sens. Les affections sont, pour ainsi dire, une sorte d'idées physiques que retiennent les organes centiatix ; elles constituent ce que l'on pourrait appeler la mémoire physique ; elles peuvent se combiner d'une certaine façon qui correspond à l'associatjon des idées et à l'imaginaUon; elles peuvent enfin produire des contractions musculaires dans ces actions réflexes qui sont les représentants mécaniques des volitions.

Considérez ce qui arrive quand un coup est porté sur l'œil (i). Aussitôt, sans le savoir, sans le vouloir, et même malgré notre volonté, les paupières se ferment. Qu'est-il arrivé ? Une image du poing qui sV vance rapidement se dessine sur la rétine, au fond de l'œil. La rétine transforme cette image en une affection d'un certain nombre de Qbres du nerf optique ; les fibres du nerf optique' affectent certaines parties du cerveau ; en conséquence, le cerveau affecte celle des Dbres du nerf de la septième paire qui se rendent au muscle orbiculaire des paupières ; le changement produit dans ces fibres nerveuses détermine un changement dans les dimensions des flbi'es musculaires qui se raccourcissent en s'élargissanl, et il en résulte l'occlusion de la fente palpébrale autour de laquelle sont disposées ces fibres. Yoici un pur mécanisme produisant une action qui

(I) Comparez le Traité dei Panions, Mt. 13, 16.

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SUR LE DISCOURS DE LA MÉTHODE. 47g

a un but, et ce mécanisme est strictement comparable & celui qui faisait mouvoir la Diane du jet d'eau supposé par Descartes. Mais nous pouvons aller plus loin, et nous demander si, en ce que nous appelons une action volonlaire, la volonté joue jamais un autre rôle que celui du fontainier de Descartes, siégeant dans ses regards, et faisant mouvoir tel ou tel robinet selon qu'il veut melire en mouvement telle ou telle machine, sans exercer une Influence directe sur les mouvements du tout.

Nosactes volontairesse composent de deux parties : d'abord nous désirons accomplir unecertaineaction; puis d'une façon dont nous ne nous rendons pas compte.nous mettons enmouvemeot un mécanisme qui accomplit ce que nous désirons. Mais nous avons si peu une action directe sur ce mécanisme, que neuf fois sur dix l'homme ne sait même pas qu'il existe. Supposons qu'on veuille lever le bras et le faire tourner en rond. Rien n'est plus facile. Maïs pour la plupart, nous ne savons pas que des nerfs et des muscles interviennent pour produire ce mouvement, et le meilleur anatomiste d'entre nous se trouverait singulièrement embarrassé, si on lui demandait de diriger la succession et la force relative des nombreux changements nerveux qui sont la cause immédiate de ce mouvement fort simple.

De roéme dans la parole. Combien d'hommes savent que la voix se produit dans le larynx et se modiBe par la bouchg ? Parmi les personnes qui ont reçu une bonne éducation, combien d'entre elles

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416 SUR LE DlSCOUnS DE U MÉTHODE.

comprennent comment se produit U TOiz, comment elle se modifie ? Il n'existe pas d'homme assurément qui saurait Taire prononcer une phrase à un autre, en admettant qu'il eût un pouvoir illimité sur tous les nerfs qui fournissent à la bouche et au larynx de celui-ci. Et cependant, quand on veut dire quelque chose, rien n'est plus simple ; nous désirons émettre certaines paroles, nous Louchons le ressort de la machine aux paroles, et les voilà, émises. C'est comme quand le fontainier de Descartes voulait faire jouer telle ou telle machine hydraulique, il n'avait qu'à tourner un robinet, et ce qu'il désirait s'efTectuaiL C'est parce que le corps est une machine que l'éducation est possible. L'éducation consiste h former des habitudes, k surcharger d'une organisation artificielle l'organisation naturelle du corps, de façon que des actes demandant d'abord un effort conscient finissent par devenir inconscients ets'effectuent machinalement. Si l'acte qui demandait d'abord la connaissance distincte et la volition de . tous ses détails nécessitait toujours le même efTort, l'éducation deviendrait impossible.

Ainsi donc, selon Descartes, toutes les fonctions communes à l'homme el aux animaux sont accomplies par le corps agissant comme simple mécanisme, et pou'' lui la conscience est la marque distinclive de la chose pensante, de l'&me rationnelle, qui dans l'homme (et dans l'homme seul, d'apr&s l'opinion de Descartes) est surajoutée au corps. D'après lui, cette âme rationnelle est logée dans la glande pinéale,

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comme dans une sorte d'officine centrale, et là, par ]'intermédiaîre des esprits animaux, elle est avertie de ce qui se passe dans le corps, comme de ce qui en influence les opérations. La physiologie moderne n'attribue pas une si haute fonction & la petite glande pinéale, mais elle adopte vaguement, pour ainsi lUre, le principe de Descartes, et suppose l'flme logée dans la substance corticale du cerveau ; du moins considère- t-on habituellement cette partie comme le siège et l'instrument de la conscience.

Descartes a clairement expliqué la différence qu'il . conçoit entre l'esprit et la matière. La matière est une substance douée d'étendue, mais qui ne pense pas -, l'esprit est une substance qui pense, mais qui n'a pas d'étendue, Quand on rapproche de ces définitionsl'idée de la localisation de l'âme dans la glande pinéale, il est difficile de bien saisir le sens de cette localisation, et je ne puis l'expliquer qu'en me représentant l'âme comme un point matbémaUque occupant un lieu sans étendue à l'intérieur de la glande. Non-seulement, elle occupe un lieu, mais elle doit aussi exercer une force ; car, selon l'hypothèse, elle peut, quand elle le veut, changer le cours des esprits animaux qui sont constitués par de la matière en mouvement. Ainsi l'âme devient un centre de forces. Mais en même temps la distinction de l'esprit et de la matière s'évanouit, puisque la matière, selon une hypothèse soutenable, peut être considérée tout simplement comme une multitude de centres de forces. La difficulté est encore plus grande si nous

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478 SUR LE Dl:;COURS DE LA MÉTHODE.

adoptons la notion vague des moderaes, d'après laquelle la conscience a pour siège général la substance grise du cerveau, car cette substance grise ayant de l'étendue, ce qui y est logé doit en oToir aussi. Nous sommes ainsi menés par uue autre voie a faire disparaître l'esprit dans la matière.

En vérité, ta physiologie de Descartes, comme la physiologie moderne, dont elle représente l'esprit par anticipation, mène tout droit au matérialisme, en tant qu'il f si juste d'appliquer ce terme à la doctrine professant que nous ne pouvons connaître une substance pensante en dehors de la substance douée d'étendue, et que la pensée est, au même titre que le mouvement, une fonction de la matière. Nous voici doncarrivésàun singulier résultat. Leitiacours de la méthode nous ouvrait deux voies : par Berkeley et par Hume la première nous mène à Kant et & l'idéalisme ; l'autre par Lamettrie et Priestley, aboutit â. la physiologie moderne et au matérialisme (1). Notre tronc se divise en deux {grandes branches, poussant en sens opposés, et dont les fleurs se ressemblent aussi peu que possible. Cependant chacune des branches est saine et vigoureuse, et à cet égard l'une vaut l'autre.

(l)BouiUier, dont Je n'avtU pas lu \'^\C6\\eMe Hiitoire dt la Philosophie cartêsienns quand j'écrivais ce passage, dit nec raison que Desoartes n a mérité le titre de pire de (a philoto- B phie, tussi bien que celui de père de ta mitophyaigue tivta derne « (t. I, p. 197. Voy. aussi Geschic'ile der n«u«.i Philomphie, Bd. I, de Kuiio Fisclier, et la très-remarquabls ouïrago de Lange, Geiehichle dee Materiali>mui).

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Si le botaniste i-encontrait un semblable élut do choses sur une plante nouvelle, il serait porté â peuser, je m'imagine, que cette plante est monoïque, (jue les fleurs sont de sexes différents, et, loin d'établir une barrière entre les deux branches de l'arbre, il n'aurait espoir de leur fécondité qu'en les rapprochant l'une de l'autre. Je suis peut-âlre trop porti à envisager le cas au point de vue du naturalbte, mais, je dois l'avouer, c'est, d'après moi, ce qu'il faudrait faire pour la métaphysique et la ptijsique. Leurs différences sont complémentaires et non contraires, et la pensée humaine ne sera réellement féconde que quand elle les aura réunies. Permettezmoi de bien préciser le sens de mes paroles. Avec le matérialisme, je soutiens que le corps humain, comme tous les corps vivants, est une machine dont toutes les opérations s'expliqueront tôt ou tard par les principes des sciences physiques. Tût ou tard, je crois, nous arriverons à connaître l'équivalent mécanique de la pensée, comme nous sommes arrivés à connaître l'équivalent mécanique de la chaleur. Quand l'unité de poids tombe d'une hauteur égale j^ l'unité de distance, il se produit une quantité définie de chaleur que l'on appelle à juste litre l'^^uit^a^ftif de ce mouvement. Ce même poids tombant de la môme hauteur sur la main produit une somme défmie de sensations qui pourrait tout aussi bien être appelée Véguivalent en pensée de ce même mouvement (1).

(1) Pour toutes les restrictions qu'il y a lieu de ttiro ici, Je

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Etcomme nous savons déjà qu'il y aune certaine parité enlre- l'intensité d'une douleur et la force du désir de s'en débarrasser; de plus, qu'il y a une certaine correspondance entre l'intensité delà cba> leur ou de la violence mécanique qui produit la douleur, et cette douleur elle-même, la possibilité d'établir une corrélation entre la force mécanique et la TolilioQ devient apparente. On pouvait d'ailleurs prévoir cette conclusion en remarquant que, dans de certaines limites, l'intensité de la force mécanique produite par l'homme est proportionnelle à l'intensité du désir qu'il a eu de la produire.

Ainsi, je suis tout prêt à suivre le matérialisme aussi loin que le mènera réellement la voie indiquée par Descartes, et en toute circonstance je suis beureus de déclarer qu'à mon avis, le développement hardi des aspects matérialistes de la nature a exercé une inHuence immense et des plus heureuses sur la physiologie comme sur la psychologie. Et même quand les matérialistes vont plus loin qu'ils n'auraient droit de le faire, d'après moi, quand ils introduisent le calvinisme dans la science, déclarantque l'homme n'est qu'une machine, je ne trouve pas leurs doctrines bien pernicieuses, tant qu'ils admettent ce fait d'expérience, que dans de certaines limites, c'est une machine capable de s'adapter par elle-même aux circonstances .

renrole la lecteur k 1s discussion ai complète qu'a faite H. Herbert Spencer du mode de relation entre l'action n i.PrltieipltiOfPiyckology.p. IIS

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SUR LE DISCOURS DE LA MÉTHODE. tëi

Je déclare que si une Puissance supérieure voulait consentir à me faire toujours penser selon ta vérité et agir selon le bien, à condition de me transformer en une sorte d'horloge qu'on remonterait tous les matins, j'accepterais tout de suite la proposition qui m'en serait faite. La seule liberté à laquelle je tienne est la liberté de faire le bien ; la liberté de faire le mal, je voudrais m'en débarrassera toutprix. Mais quand les matérialistes s'écartent de la voie qui leur est tracée, et se mettent à nous raconter que dans tout l'univers il n'y a rien que matière, force, lois nêcessairet, quand ils font parader devant nous des grenadiers de leur façon, je me refuse à les suivre. Je retourne à notre point de départ pour suivre l'autre voie de Descartes, Nous avons déjà vu d'une façon bien claire et bien distincte, et de manière à n'en pouvoir douter, je vous le répète, que toute notre connaissance se compose de la 'connaissance d'états de la conscience. D'après ce que nous potivons en savoir, la matière, la force, ne sont que des noms pour indiquer certaines formes de la pen- - sée consciente ; si l'on me parle de lois nécessaires, cette nécessité signifle ce dont nous ne pouvons concevoir le contraire, et la loi, une règle dont la vérification s'est toujours conlirmée, et que nous pensons devoir toujours trouver valable. Voici donc une vérité indiscutable : ce que. nous appelons le tnotide matériel nous est seulement connu sous les formes du monde idéal ; et, comme Descartes nous le dit, notre connaissance de l'&me est plus intime,

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483 SUR LE DISGOUBS DE LA HÉTRODE-

plus certaine que notre connaisance du coips. Si je dis que l'ImpéDétrabilité est une propriété de la matière, mon arOnnationne peut signifier qu'une chose : l'état de conscience que j'appelle Vétendue et l'état -de conscience que j'appelle la rémtance sont constamment associés. Le motif et le mode de cette relation sont pour moi un mystère. Et si je déclare que la pensée est une propriété de la nialiëre, cela ne peu! signifier autre chose q^e ceci : la conscience de l'étendue et celle de la résistance accompagoent actuellement tous les autres états de conscience, et nous ne pouvons concevoir qu'il en soit autrement; mais, comme précédemment, le motjf de cette association est un mystère insoluble.

De tout ceci il résulte que le matérialisme légitime, comme je puis bien l'appeler, c'est-à-dire l'extension des conceptions et des méthodes de la science physique aux phénomènes les plus élevés ou les plus inférieurs de la vitalité, n'est, en somme, ni plus ni moins qu'une sorte de représentation commode de l'idéalisme, et les deux voies indiquées par Descartes se réunissent au sommet de la montagne, bien qu'elles soient parties des flancs opposés.

Pour réconcilier la physique et la métaphysique, il faut que de part et d'autre on reconnaisse ses fautes. Les physiciens devront reconnaître qu'en dernière analyse tous les phénomènes de la nature ne nous sont connus que comme faits de la conscience. De leur cAté, les métaphysiciens devront admettre qu'en pratique les faits de conscience ne

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peuvent s'interpréter qu'au moyen des méthodes et des formules des sciences physiques. Enfin, les uns et les autres devront observer la maxime de Descartes: Ne donnez jamais votre assentiment à une proposition dont la matière no soit tellement claire, tellement distiacle qu'il n'y ait pas moyen d'en douter. Quand vous m'avez fait l'honneur de me deiuander de parler devant vous (1), j'ai été embarrassé, je TOUS l'avoue, pour faire choix d'un sujet. C'est que votre société se fait gloire du cbristianisnae qu'elle professe hautement, et je ne pouvais chercher le sujet de mon discours que dans la science ou la philosophie, où les questions religieuses restent ignorées comme appartenante un monde différent. Cependant les arguments que je viens de développer devant vous ne me semblent contraires & aucune forme de la théologie reçue en ce pays.

Après j avoir bien réfléchi, j'ai pensé qu'en m'efforçant de vous faire entrevoir ce monde de la pensée scientiQque qui reste en dehors du christianisme, et en vous le montrant tel que le voit un homme qui y a établi sa demeure, je pourrais vous 6tre de quelque utilité ; et pour cela j'ai cherché à vous faire savoir par quelle méthode nous t&chons, en ce qui concerne quelques-uns des problèmes les plus profonds et les plus difflciles qui s'imposent à l'buma-

(I) T/ie Cambridge young men'j Clirislian Sodetg, Ywembléa religieuse k laquelle s'tdre»si^t cetie conrërence, eM une des nombreuses sociétés fandées en Angleterre pour la propagaUon du proteatantisme évangélique.

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jiité, de distinguer la vérité du mensonge, aBa de voir clair dans nos actionset marcher avec assurance en cette vie, comme dit Descartes.

Je pensais que si l'exécution de mon projet se rapprochait tant soit peu de ma manière de comprendre la question, j'arriverais à vous Taire reconnaître que les philosophes et les gens de science ne sont pas précisément tels qu'on vous les représente parfois; et que leurs méûiodes et leurs voies ne mènent pas aussi directement aux abîmes qu'on vous le dit souvent. De plus, je dois l'avouer, j'avais un motif, spécial el tout personnel pour choisir ce sujet ; je voulais faire voir qu'un certain discours qui attira, il y a peu de temps, un bien violent orage sur ma tète, ne contenait rien d'autre que le développement ultime de la pensée du père de la philosophie moderne. Je me demande maintenant si j'ai eu raison de tenir compte de ce dernier motif. Rien n'est dangereux, dit-on, comme d'aller se mettre sous un grand arbre pour se protéger de.l'oragejet d'ailleurs l'histoire de Descartes nous montre combien il s'en fallut de peu qu'il ne f6t atteint par la foudre, plusà craindre à cette époque qu'elle ne l'est aujourd'hui.

Descaries vécut et mourut en bon catholique, s'étanl toujours fait un titre de gloire d'avoir démontré l'existence de Dieu et celle de l'&me humaine. Pour le récompenser de ses efforts, les Jésuites, ses anciennes connaissances, le déclarèrent athée et firent mettre ses livres à l'Index; de leur c6té les théologiens protestants de Hollande le dé-

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clarërent à ta fois jésuite et athée. Ses livres faillirent être brflléa par la noaiD du bourreau ; la fin malheureuse de Vanini lui étaitsouvent rappelée, et les chagrins de Galilée l'effrayaient tellement qu'il eut grande envie de renoncer à des recherches si profitables par U suite à l'humanité, et qu'il fut réduit h des subterfuges éTasil^ indignes de lui.

Ce fut une l&cheté de sa part, me direz-rous. Soit. Mais n'oubliez pas qu'au dii-sepliëme siècle tout hérétique était menacé du bûcher ou tout au moins de la prison, et que celui qui était seulement soupçonné d'hérésie était traqué, tourmenté et ne pouvait plus espérer le repos si nécessaire à la recherche de la vérité. A ce qu'il me semble, Descartes était homme à moins craindre le bûcher que des ennuis et des vexations continuelles, et comme bien d'autres il sacrifia à sa tranquillité ce qu'il aurait soutenu sans broncher contre les dernières violences. Mais n'importe ; que ceux qui sont bien certains qu'à sa place ils eussent fait mieux, lui jettent la pierre ; pour moi j'ai voué toute ma vénération et toute ma reconnaissance à l'homiiie qui a fait ce qu'il. Bt & l'époque où il le fit, et j'éprouve une sorte de honte pour ceux qui se refusent à prendre leur part des ennuis dont le monde aabreuvé ce grandhomme. Enfin, il me vient à l'idée qu'après vous avoir bien expliqué ma manière devoir à cet égard, il sérail bon pour nous tous de vous demander la vftire. Le christianisme du dix-septième siècle vous semblet-il plus noble et plus attrayant pour avoir traité de

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la (orte un tel bomme ? Non sans doute. Mais alors, ne devez-Tous pas, tous taoL que vous êtes, faire tous vos efforts pour empScher que le christianisme du dis-neuvième siècle ne reproduise ce scandale ?

Dans deux ou trois siècles on se rappellera les noms de deux ou trois de nos contemporains, dont les grandes pensées doivent durer et fructifier tant que durera l'humanité, comme nous nous rappelons aujourd'hui le nom de Descartes. Si le vingt et unième siècle étudie leurbistoire, il reconnaîtra que le christianisme du milieu du dix-neuvième n'a su que les vilipender. Avons, jeunes chrétiens, et & ceux qui TOUS ressemblent, de nous diresîle christianisme de l'avenir en sera toujours là. Répondez non ; je vous en conjure dans votre intérêt, comme dans celui du christianisme que vous professez.

Dans l'intérêt de la science, je n'ai pas àfaire appel à vos efforts, et nous pouvons lui appliquer les beaux vers du Dante (1) sur la Fortune :

VoiU celle que mettent d wavent en croix

Ceui-lï mËmes qui défraient proclamer ses louanges

Au lieu de la noircir et de lui reprocher leurs raaui.

Hais elle est bienheureuse «t n'écoute pas leurs plaintes;

Avec tous les autres anges elle Jouit de la réllcité

Et parcourt son orbite, goûtant le bonijeur divin.

Ainsi donc, malgré les cris de rage de ses ennemis, la science, calme parmi les Puissances AtemeN les, fera son œuvre et sera bénie.

(IjL'FiMVH, «ws.

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un SIR LIS coiLE.\mi$ (t).

Frey et Leuckart ont élabli dans l'embranché' ment des Jtayoïmés de Cuvier un embranchement spécial auquel ils ont donné le nom de Cœlentérés. Cet embranchement se compose de deux classes : Hydroioaires et AcUnozoaires.

Les Bydrozoaire* sont des animaux aquatiques présentant un tégument externe, un tégument interne, et une structure bistologique' appréciable. Le corps représente un sac h. une seule ouverture avec des appendices creux ou pleins. Ces derniers sont des tentacules diversement disposés, organes de mouvement, avec lesquels ils saisissent leur proie et qui sont pourvus de nématocyitei, filaments dentelés, venimeux, enroulés dans un sac, et que . l'animal projette pour en blesser sa proie. D'autres points du corps peuvent présenter également des Nématacyitei, Les appendices creux sont la cavité digestive, distincte de la cavité générale du corps, mais en communication avec cette dernière par une large ouverture, et les organes de reproduc- Uon (capsules) sont ouverts extérieurement.

(1) Voyei pages 303 et S09.

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