‹ Les sciences naturelles et les problèmes qu'elles font surgir;Chapitre 30 sur 44 · DE LA CONTBHPOHANÉITÉ GÉOLOGIQUE · texte numérisé non relu

DE LA CONTBHPOHANÉITÉ GÉOLOGIQUE

Hais Toici un fait Turt remarquable. Tandis les groupes dont je tous ai parlé, eL ce ne sont pas les seuls d'ailleurs, ne nous montrent pas les signes d'une modîûcation progressive, il y en a d'autres qui ont coexisté avec les premiers, et dans les mêmes conditions que ceux-ci, chez lesquels on découvre des indications plus ou moins distinctes d'un semblable changement. Comme indication de ce genre je tous rappellerai que les Gastéropodes Holostomes prédominent dans les rocbes les plus anciennes, tandis que les Gastéropodes Siphonostomes se montrent surtout dans les roches plus récentes. Mais si l'on peut dire ici que la preuve est négative, je vous citerai les Céphalopodes Tétrabrancbiaux, dont les coquilles présentent dans leurs formes générales, comme dans les sutures de leurs cloisons, une complication qui va en augmentant des genres anciens aux genres nouveaux. El cependant, voilà qu'aux deux extrémités de la série nous rencontrons d'une part les Orthoceras, et de l'autre lei:^ - Baculites; de plus, un des genres les plus simples de céphalopodes est le Nautile qui existe actuellement.

Les Crinoldes semblent nous offrir un bon exemple de transition d'un état plus embryonnaire vers un état plus parfait, par l'abondance des formes pédicellées communes dans les terrains anciens, tandis qu'elles sont relativement rares aujourd'hui. Mais, en examinant plus soigneusement les faits, une objection se présente : le pédicule, le calice et les ten-

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ET DES TYPES PERSISTANTS DE U VrE. 313

d'une Crinolde paléozolque diffèrent énorl'Lint des organes correspondanls chez une larve' de Comatuls, eL l'on serait parridtement en droit de dire que l'Actinoerinus et VEucali/ptocrinus, par exemple, s'écartent tout autant, en un sens, de l'embryon pédicellé d'une Comatule, que celle-ci s'en écarte elle-môme dans l'autre.

De niftme, on cite bien souvent les Echinides comme présentant la transformation graduelle d'un type plus généralisé, en un état où tout tend à se spécialiser davantage, car les Spatangovles allongés ou ovalaires se montrent après les Ctdandes de forme sphéroldale. Mais ici on pourrait opposer que les Cidarides arrondis s'écartent plus en réalité du plan général et des Tormes embryonnaires, que ne le font les Spatangoîdes allongés, et que l'appareil masticatoire spécial et les piquants des premiers sont des marques de différenciation pour le moins aussi grandes que les ambulacres pétaloldes et les bandes mamelonnées qui portent des épines spé- Liules, des derniers.

Ou encore, dans ce même ordre desCruslacés les Podophthalmes Macroures l'emportent tout d'abord sur les Bracliyoures, et cette prédominance semble prouver en faveur d'une modillcation progressive. Cependant l'élude attentive des faits est ici contraire à PbypotLése, car tes Macroures s'écartent autant, en un sens, du type commun des Podopblbalmes, ou d'un état embryonnaire quelconque des Braehyoures, que ces Brachyoures s'en écartent eux- Huitii. ' 8

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mêmes dans un antre sens ; et en outre les Anomoures, qui établissent le passage entre les Macroures et les Brachyoures, ne sont guère mieux représentés dans les roches Mêsozolques les plus anciennes que ne le sont les' Brachyoures.

Tous les autres cas de modillcation progressive que l'on cite parmi les Invertébrés me semblent aussi discutables que les précédents, et s'il en est ainsi, aucun penseur prudent ne voudra baser ses opinions sur des Taits aussi douteux. Pourtant, chez les Vertébrés, on trouve quelques exemples qui n'offrent pas la m6me prise aux objections.

En effet, chez plusieurs groupes de Vertébrés qui ont persisté pendant un espace de temps fort con»dérable, l'endosquelelle, ou plus particulièrement la colonne vertébrale, des genres tes plus anciens est moins ossifié et par cela même présente des caractères différentiels moins tranchés que ceux des genres plus récents.

Ainsi les Ganoïdes Dévoniens, bien qu'ils appartiennent pour la plupart au même sous-ordre que le Polypterus, et présentent de nombreuses ressemblances importantes avec le genre actuel qui a des vertèbres bi-concaves, sont eux-mèrpes, pour la plupart, entièrement privés de centres vertébraux ossiBés. Do même, les Lépidostés mésozDïques ont au plus des vertèbres bi-concaves, tandis que le, Lepidosteua actuel a des vertèbres analogues à celles de la Salamandre présentant une concavité postérieure et une convexité antérieure. Ainsi aucun des

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ET DES TYPES PERSISTANTS DE U VIE. 3iB

requins paléozoïques ne présente de vertèbres ossiflécs, et celles de la plupart des requins modernes le sont, au contraire. Ou encore, les Grocodiliens et les Lacertiens les plus anciens ont des vertèbres donties corps vertébniux présentent des faces articulaires aplaties ou bi-concaves, tandis que cbez les espèces modernes on trouve une concavité antérieure et une convexité postérieure. Mais les exemples les plus frappants de modification progressive de la colonne vertébrale, suivant l'^ge géologique, nous sontfournis parles Pycnodon tes parmi les poissons et par les Labyrinthodontes parmi les Amphibies.

Heckel.icbthyologisle de mérite mort récemment, a fait voir que les Pycoodontes, qui n'ont jamais un corps vertébral réel, diffèrent entre eux par les dimensions et la portée des esLrêmités des arcs osseux de leurs vertèbres sur l'enveloppe de la notocorde ; chez les espèces de la houille cette expansion osseuse est rudimentaire, dans les genres mêsozo!ques elle se développe de plus en plus, et enfin, dans les formes trouvées dans, les terrains tertiaires, les extrémités allongées de l'arc se rejoignent, s'engrènent par une suture et forment une espèce de fausse vertèbre. Et encore, Hermann von Meyer, aux belles recherches duquel nous devons de connaître si'bien l'organisation des plus anciens Labyrinthodontes, a prouvé que VArchegosattrus de la houille a des centres vertébraux très-imparfuitement développés, tandis que ces parties sont complètement ossifiées

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cbez le Mastodonsaurits des terrains triassiques (1).

On a encore cité comme preuve à l'appui d'une loi de développement progressir la régularité et le niveau uniforme du système dentaire chez l'Anophlheitum comparativement à celui des artiodactyles actuels, et l'on a dit que parce cALé certanis carnivores anciens se rapprochent davantage du type hypothétique do l'arrangement des dents, mais d'ailleurs je ne vois pas d'autres preuves fondées sur des faits posiLifs,.qui méritent d'Clre citées.

Que prouve donc l'examen impartial des vérités paléontologiques positivement reconnues, relativement aux doctrines généralement -admises, d'après lesquelles on suppose que cette modification s'est produite par le passage nécessaire d'un état embryonnaire à un état dedéveloppement plus complet, d'un type généralisé à un type qui se spécialise de plus en plus, passage effectué pendant la période que représentent les roches fossilifères.

L'examen est contraire à ces doctrines, car il ne nous fournit pas les preuves de modifications de ce genre, ou nous démontre qu'elles ont été bien légères ; et par rapport à leur nature, cet examen ne prouve nullement que les premiers représentants

(I) Ces pageaélsientdéjiC h l'imprimerie (7 mars UÉI) quand on m'a transmis des preuves cerulnes de l'eiislencii d'un nouteau Labyriiitliodonte (Pholidogasterj provenant des terrains houillers d Edimbourg, et cependant ses centres vei'tèbraut sont bien ossifl^s.

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d'un groupe de longue durée présentent les indices il'une structure plus généralisée que celle des derniers. Jusqu'à un certain point on est fondé h dire, il est vrai, que rossiflcation incomplète de la colonne vertébrale est un caractère embryonnaire, mais, d'autre part, on se tromperait grandement en supposant que la colonne vertébrale des plus anciens vertébrés est aucunement embryonnaire par l'ensemble de sa structure.

Il est évident que si le moment du dépôt des roches fossilifères les plus anciennes a coïncidé avec les premières manifestations de la vie, et si le contenu de ces roches nous donne une connaissance précise de la nature et de l'étendue des faunes et des flores primitives, io peu d'importance des modifications que l'on peut établir dans un groupe quelconque d'animaux ou de plantes est absolument incompatible • avec l'hypotfaèse d'après laquelle toutes les formes vivantes seraient le résultat d'un processus nécessaire de développement progressif entièrement compris dans le temps que représentent les roches fossilifères.

D'autre part, pour qu'une hypothèse de modification progressive prisse être admise, il faut qu'elle soit compatible avec la persistance possible d'un type qui ne progresserait pas pendant des périodes indéfinies. Et si l'on arrive jamais à prouver la vérité d'une hypothèse de ce genre, de la seule façon qu'il soit possible de la démontrer, c'est-à-dire par des observations, des expérimentations portant sur des

dis DE LA CONTEMPORANÉITÉ GÉOLOGIQUE, ETC.

formes existantes de la vis, on reconnaîtra comme conclusion inévitable que les faunes et les tltjres paléozo!ques, mésozoïques et caïnozoïques réunies sont en quelque sorte, pour l'ensemble des 6tres vivants qui ont occupé le globe, ce que sont pour elles la faune et la flore actuelle.

C'est ainsi que je comprends, et cela depuis plusieurs années, les résultats de la paléontologie. Oelleétude n'est qu'une des applications des grandes sciences biologiques, et il est bon de cbercber à lui donner des fondements aussi solides que ceux de toutes les autres branches des connaissances physiques. Si mes arguments sont valables, vous croirez en tenant compte de l'élat présent de l'opinion, qu'il y avait lieu de les développer.

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DE Lit BKFDRHI EEOLOCUIIII.

En prenant la fauteuil de président de la société (géologique de Londres, j'avais pour devoir de vous adresser un discours. J'ai donc passé en revue les idées nouvelles qui se sont produites pendant l'année écoulée, pour rechercher les sujets sur lesquels il pouvait être utile d'appeler votre attention. Les deux sentences assez inquiétantes que je viens de vous lire, et qui se trouvent dans un essai remarquable et des plus intéressants d'un grand physicien, se sont alors imposées à mon esprit avec tant

de puissance qu'elles éclipsaient tout le reste. Voici les géologues d'Angleterre, dont les œuvres

ont cours assurément, en ce gui concerne quelques-

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uns d'enlre eux, assemblés en grande séance annuelle, et c'est pour eux une affaire des plus importâmes de rechercher s'ils méritent réellement le jugement. sévère que porte sur eux sir W. Thomson, ou s'ils ne sont pas innocents, et en droit d'interjeter appel à la cour suprême de l'opintoD scientifique qui exerce sur nous tous sa haute juridiction.

Mes fonctions font de moi aujourd'hui votre avocat, et j'ai cru devoir étudier la cause pour vous éclairer de mes conseils. L'accusation, il est vrai, comporte des considérations qui s'écartent de l'objet de mes occupations ordinaires ; mais neuf fois sur dix l'avocat en est là, et il arrive cependant à gagner sa cause.à force d'esprit naturel et de bon sens auxquels l'éducation acquise par d'autres exercices intellectuels vient prêter son secours.

Ces précédents m'encouragent; je vais donc vous exposer mon plaidoyer.

En premier lieu, je me propose de rechercher ce qu'entend Sir W, Thomson quand il parle de spéculation géologique, et de la géologie qui a cours en Angleterre.

Je rencontre trois systèmes spéculatifs d'interprétation géologique plus ou moins contradictoires, et que l'on peut tous considérer comme ayant cours en Angleterre. J'appellerai le premier, ie système des catastrophes, le second, celui de Vuniformité, le troisième, celui de Vévolution, et je vais chercher à TOUS résumer en peu de mots les caractères de cha-

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m U RÉFORME GÉOLOGIQUE. 331

«un d'&ux pour vous meLlre à même d'apprécier si ma classidcalion n'omet rien.

Par 'système des catastrophes, j'enlends toutes les formes d'interprélalion géologique qui expliquent les pliénomènes par l'opération hypothétique de forces différant soit par leur nature, soit par leur puissance incommensurablement plus grande, de toutes celles que nous voyons agir actuellement dans l'univers.

En ce sens, la cosmogonie Mosaïque se rattache au système des catastrophes, parce qu'elle suppose l'opéralion d'une puissance surnaturelle. La doctrine des soulèvements violenls, des débâcles et des cataclysmes en général, fait partie du mime système, car elle suppose aussi que ces grands mouyements ont été produits par des causes sans équivalents actuels. Ce système des catastrophes avait éminemment droit autrefois au titre de géologie ayant cours en Angleterre; il est certain que bien des hommes l'acceptent encore aujourd'hui, et que plusieurs des membres les plus distingués de cette société en sont toujours partisans.

Par tyilème de l'uniformité j'entends spécialement l'enseignement de Hulton et de Lyell.

Bien que la théorie de la terre, de Hutton, ne soit pas une œuvre complète, je n'en trouve pas de plus remarquable dans les annales de la science géologique. En ce qui concerne le monde inanimé, l'uniformilê comme système géologique n'y est passeulement indiquée, elle y est toute développée et complète.

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321! DE U RÉFORHB GÉOLOGIQUE.

Si l'on demande comment il se fait-quei^ulton ait pu se trouver tellement en avance sur les idées de son époque, à certains égards, tandis qu'à d'autres, ses inlei'pré talions semblent des plus restrein' tes, la réponse me semble bien facile.

Hutton était en avance sur les interprétations géologiques de son temps, d'abord parce qu'il avait amassé une connaissance énorme des faits de la géologie, par ses observations personnelles dans des voyages considérables, et puis, en second lieu, parce qu'il connaissait parfaitement ce que l'on savait alors de physique et de chimie. Il possédait donc, autant qu'on pouvait la posséder à cette époque, la connaissance nécessaire pour bien interpréter les phénomènes géologiques, avec les habitudes mentales qui mettentrbommeàniëme de faire de bonnes recherches scientiliques.

Cette éducation scientifique complète est, à mon avis, la cause du refus ferme et constant de Hutton, de rechercher l'explication des phénomènes géologiques en des causes différant de celles qui agissent actuellement.

Ainsi, il écrit : «Je ne prétends pas décrire le " commencement deschoses, comme M. de Luc dans « sa théorie. Je prends les choses comme ie les « trouve en co moment, et je raisonne sur ce qui « est, pour en déduire ce qui a dû être (1). »

El plus loin : u Une théorie de la terre, qui a

(I) Tht Theorg of tkt Eorl/i, vol. I, p. m.

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n pour but la vérité, ne peut se reporter & ce qui a Il précédé l'ordre actuel. En effet, nous n'avons à (I raisooaer que sur l'ordre qui existe, et quand on « veut raisonner sans données suffisantes, on ne H peut aboutir qu'à l'erreur. Ainsi donc, une théo- (I rie qui se borne à la constitution actuelle àa cette « terre ne peut faire un pas au deU de l'ordre de n choses présent (1). »

Et pour lui il est si clair qu'aucune autre cause que celles qui agissent maintenant n'est nécessaire pour expliquer les caractères et la disposition de la ' croûte terrestre, qu'il dit hardiment et sans ambages : « 11 n'y a pas une seule partie de la terre qui « n'ait eu la même origine, en tant que cette origine « consiste en ce que la terre s'est amassée au fond n de la mer, et que, plus tard, par l'aclion des causes <[ minérales, elle a été mise à nu, mélangée à des Cl substances en fusion (2). »

Mais h part l'influence qu'exerçaient sur Hullon la nature logique de son esprit et sa bonne éducation scientifique, d'autres causes agissaient encore sur lui, et si l'on no tient compte de celles-ci, il ne me semble pas possible d'expliquer la tournure toute spéciale de ses interprétations géologiques. A la fin du siècle dernier on tenait pour probants les arguments des astronomes et des mathématiciens français, pour démontrer l'existence d'une disposi~

(I) ne Theon/ «fie EaHh, p. 311.

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324 de: u réforme géologique.

tiOD compensatrice dans les corps célestes, par laquelle cliaciine des perturba Lions se réduisail dans le cas particulier à des oscillations de chaque côté d'une position moyenne, assurant ainsi la stabilité du système solaire. Il est évident que ces arguments avaient fait grande impression sur l'esprit de Hutlon. Sou style étrange a rebuté bien des lecteurs, mais si ses ouvrages manquent de cbarme, je trouve à Hutton cette éloquence qui provient de la parfaite connaissance qu'il avait de son sujet, quand il dit : H Nous voici au bout de notre raisonnement ; H nous n'avons plus de données ; ce qui esiste ac- t « tuellemeat ne nous permet plus de faire des conk closions immédiates. Mais, ceci nous suffit; nous <i avons la satisfaction de voir que, dans la nature, K il y a sagesse, système et concordance. En effet, u dans l'bistoire naturelle de celte terre, nous avons II reconnu une succession de mondes, et ceci nous « permet de conclure qu'il y a système dans la naa ture, de même qu'en reconnaissant les révolutions a des planètes on a pu conclure qu'il ex.iste un sysu tëme en vue duquel la continuation de leurs revoit tutions est prescrite. Mais si la succession des - « mondes est établie dans le système de la nature, it il est vain de vouloir remonterau delà pour recberif cher l'origine de la terre. Par conséquent, comme «résultat de notre recherche physique, nous ne « trouvons pas de vestiges d'un commencement, ni • d'indications d'une Gn (1). • |1) Tfte T/ieory of the Eaitb, vol. I, p. ÎOO.

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Une aulre inQuence agissait puissamment sur Hulton. Comme la plupart des philosophes de son époque, il avait quelque tendresse pour les causes finales que l'on a appelées les vierges stériles de la philosophie, qui en seraient plut&t les hétaïres, .car elles ont toujours mené les hommes dans la fausse voie. La production de la vie et de l'intelligence est, pour Hutton, la cause Gnale de l'existence du inonde.

« Nous venons de considérer ce globe lerrestre <( comme une machine construite d'après certains ([ principes, tant chimiques que mécaniques, par «lesquels ses différentes parties, dans leur forme, « dans leur qualité, dans leur quantité, sont toutes (I adaptées & un certain but; cebut est atteint avec Il certitude ou réalité, et dans les moyens employés ■ nous pouvons reconnaître la sagesse que cebut ' H nous révèle.

a Mais Taut-il voir en ce monde une simple mau chine dont la durée ne persistera qu'autant que ses <i parties conserveront leurs positions actuelles, leurs <i formes et leurs qualités propres? Ou bien ne pou- II vons-nous le considérer comme un corps organisé « dont la constitution est telle que l'usure nécessaire «de la machine se trouve réparée naliireltement upar l'action même des Torcesproductrices qui l'ont « fotmée tout d'abord.

u C'est à ce point de vue maintenant que nous « devons examiner le globe. Nous allons rechercher « s'il y a dans la constitution de ce monde une opé-

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i( ration de reproduction capable de réparer une K constitution ruinée et d'assurer ainsi la durée oi> « la stabilité à la machine, considérée comme monde n destiné à porter Ap.s plantes et des animaux (t). » ' Kirwan et d'autres faux savants de l'époque, aussi fats que méchants, accusaient Hutton d'enseigner implicitement par sa théorie que le monde n'avait jamais eu de commencement et dans ces conditions n'avait jamais différé de l'état présent. C'était une injustice flagrante, car notre auteur se met en garde précisément contre toute conclusion de ce genre, dans le passage suivant :

« Mais en suivant ainsi dans le passé les opérations (I naturelles qui se sont succédé et nous marquent « le cours de ce qui a été, nous arrivons à un mo- II ment au delà duquel nous ne pouvons plus voir. Il Ce n'est pas là pourlantle commencement des opé- <r rations qui se sont succédé dans le lemps el <i selon la sage économie du monde ; nous n'établis- « sons pas non plus de cette façon l'origine de ce « qui n'a pas de commencement selon le cours du «temps; c'est seulement la limite de noire vue « rétrospective cherchant à embrasser celles de ces K opérations qui se sont produites dans le temps, el « qu'une intelligence suprême a dirigées (2). »

Je vous ai parlé de la doctrine de l'uniforniilé comme élanl celle de HutLon el de Lyell. Si je vous ai cité l'auteur le plus ancien de préférence ù l'autre,

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c'est parce que les œuvres du premier sont peu connues, que l'on oublie trop souvent ses droits à notre vénération, et non pour chercher à obscurcir la gloire de son émineat successeur. Peu des géologues de notre génération ont tu les « IllvUratiam u de Playfair, et ceux qui ont lu l'ouvrage original de HuLton, la Théorie de la terre, sont encore plus rares. C'est legrettable ; mais parmi nous qui n'a pas retourné chacune des pages des Principes de Géologie, de Lyell ? Je crois que celui qui voudrait écrire l'histoire des progrès de sa pensée en géologie, en rendant aux maîtres ce qu'il leurdoit, se trouverait dans l'impossibilité de distinguer ce dont il est redevable à Uulton de ce qu'il tient de Lyell, et i'bistoire des progrès de chaque géologue est l'histoire même de la géologie.

Personne ne niera que la doctrine de t'unirormilé ait exercé une InQuence considérable et des plus favorables, atout prendre, surles progrès de la saine géologie.

11 n'est pas moins certain que ce système peut s'appeler, encore mieux que celui des catastrophes, te système géologique admis parmi nous, ou, si vous voulez, la géologie qui a cours en Angleterre. Cette doctrine, en effet, est éminemment anglaise et n'est pas acceptée sur le continent européen, comme elle l'est ici. Cependant il me semble qu'à un certain égard elle prête le flanc à une critique fort grave.

Je vous ai fait voir combien il était injuste d'insinuer que Hutlon niait que le monde ait eu un commencement. Mais il ne serait pas injuste de dire

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DE U RÉFORME GËOLOGIOUE.

qu'en pratique U s'est toujours rerusé à prendre en conndéralion l'existence de cet état de choses antérieur et différent qu'il admettait en théorie, et Lyell l'imite dans celte aversion à regarder derrière le voile des roches stratifiées.

Hutton et Lyell s'accordent à ne pas vouloir que leurs interprétations fassent un pas au delà de la période marquée par les couches les plus anciennes qu'il noua soit possible d'observer par les sections dans la croûte terrestre. Pour Hutton, c'est « le CI point au delà duquel nous ne pouvons plus voir, x et, de son côté, Lyell nous dit.:

«L'astronome peut trouver de bonnes raisons H pour attribuer la forme de la terre à la fluidité « originelle de sa masse, bien avant la première appa- B rition des êtres vivants sur la planète, mais le géo- ■1 logue doit se contenter de considérer les monu- <i ments les plus anciens, et qu'il lui incombe « d'interpréter, comme se rapportant à une époque • oil la croate avait acquis déjà une aolidiLé et une H épaisseur fort notables, et probablement aussi n grandes que celles qu'elle possède aujourd'hui, « alors que des roches volcaniques, ne différant pas « essentiellement des roches de même nature qui se H produisent maintenant, se formaient de temps en •' temps, et que l'intensité de la chaleur volcanique Il n'était ni plus grande ni moindre qu'elle ne l'est Il en ce moment (I). »

(1) PrineipUi o/Gtohgs,\ti. II, p. 311.

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DE LA RfiFORHB GÉOLOGIQUE. 329

Et plus loin : « La géologie nous enseigne que ce

« n'est pas seulemeut l'état actuel du globe qui ait

- Il été propre à enlreteuir la vie d'une infinité d'êtres

« vivants, mais que bien des états antérieurs ont pu

n satisfaire à l'organisation et aux habitudes des

. I' races qui ont vécu avant nous. La disposition des

« mers, des continents et des îles a changé comme

« les climats ; les espèces aussi se sont modifiées, et

[ a pourtant elles ont été façonnées sur des types ana-

' « logues à ceux des plantes et des animaux actuels,

' « tellement que nous reconnaissons dans tout cet

« ensemble une parfaite harmonie de dessein, une

u complète unité d'intention. Supposer que le corn-

« mencement ou la fin d'un plan si vaste puisse se

« dévoiler au moyen de nos recherches philosophi-

(i ques, ou même de nos spéculations, me semble inr

<i compatible avec une juste estimation des rela-

<i lions qui subsistent^ntro les capacités limitées de

<( l'homme et les attributs d'un être in&ni et éter-

« nel (1). »

Les restrictions impliquées dans ces passages me semblent constituer le point faible et le défaut logique du système de l'uniformité. En présence de l'état bien imparfait alors des sciences physiques, qui expliquent seules les énigmes de la géologie, Hutton a cru qu'il était pratiquement sage de s'en tenir, dans sa théorie, à un essai d'interprétation de l'ordre actuel des choses, et l'on aurait tort de lui

(l) PWueip/eî ofGeology, vol. li, p. 013.

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reprocher celle réserve ; mais pourquoi h ae conteoterait-ii à tout jamais de coasidéfcr les rochesfossilirères les plus anciennes comme l'extrême limite de sa science? Je n'en vois pas la raison. En quoi l'hypothèse qu'il nous sera possible d'acquérir quelques données relativement au commencement ou à la &n du point de l'espace que nous appelons b terre est-elle incompatible avec une juste estimation des relations de l'esprit Ani avec l'esprit infiai ? L'esprit fini est certainement capable de reconnaître dans l'œuf le développement de la poule; et je ne vois pas sur quoi on se base pour prétendre qu'il esl plus dirficile de débrouiller le problème complexe du développement de la terre. De fait, comme Kant le remarque si bien, le processus cosmique est réellement plus simple que le processus biologique. « Ou « ne s'étonnera donc pas si j'ose dire que la forma- «tion de tous les corps célestes, la cause de leur « mouvement, bref, l'origine de tout l'état actuel du « monde puisse être plus facilement entrevue que ii ne peut être clairement expliquée la création, par ■ides moyens mécaniques, d'une seule plante, du H moindre insecte (1). »

r/est parce que la doctrine de l'uniformité a voulu limiter ainsi à un certain point la marche du raisonnement par induction et par déduction, procédant de ce qui esta ce qui a dû être, c'est parce que cette doctrine n'a pas eu foi en sa propre logique,

(I) Kant, œ-viii comylètts, vol. I, p. 3îO.

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DE Lk. RÉFORME GÉOLOGIQUE. 331

qu'elle aperdu, selon moi, la place qu'elle aurait pu conserver comme foi' me permanente de hi spéculation géologique.

Il Rie reste à vous exposer ce qui est pour moi la troisième phase de l'interprétation géologique, le iystème de tévolulion.

Pour être bien clair, permetleï-moi de m'écarter un instant, en apparence du moins, du fil de mon disnours, et de vous indiquer quel est, à mon sens, la portée de la géologie. Pour moi, la géologie est l'histoire de la terre, dans le même sens absolument que la biologie est l'histoire des corps vivants, et si je découvre entre ces deux histoires une intime analogie, veuillez croire que je n'y suis pas entraîné par les études qui m'occupent principalement.

Quand j'étudie un être vivant, comment se classent lesconnaissances qu'il meprocure? Je puisapprendre sa structure, ce que nous appelons son analomie; j'étudie son développement, la série des changements qu'il traverse pour acquérir sa structure complète, Puis je vois que l'être vivant possède certaines puissances qui résultent de sa propre activité et des réactions qui s'établissent entre celte activité et celle des autres choses, celte connaissance s'appelle la physiologie. Nous reconnaissons que l'être vivant occupe une place dans l'espace et dans le temps, c'est sa (/t'sfri'âufjon. Toutes ces éludes forment l'ensemble de faits vériflables constituant l'état, le*(o(u quo, de l'ëlre vivant. Mais tous ces faits ont leui^ causes, et Yéliohgie a pour objet d'établir ces causes.

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:(3-2 DE U RÉFORME GEOLOGIQUE.

Si nous recherchons ce que nous pouvons savoir à propos de la terre, nous verrons que cette connaissance de la terte, pour traduire le mot géologie, rentre dans les mêmes catégories.

Ce que nous appelons la géologie straligraphique est simplemenl l'analomie de la terre; l'hislotre de la succession des formations est l'histoire d'une succession d'anatomies semblables, ou correspond au développementen tant que distinct de la génération.

La chaleur centrale de la terre, l'Élévation et l'affaissement de sa croûte, ses émissions de vapeurs, de cendres, de l'ives, sont ses activités, en un sens aussi strict que la chaleur, les mouvements, les produits respiratoires sont les activités d'un animal. Les phénomènes des saisons, des vents alizés, du ûulf-stream, sont tout autant le résultat des réactions qui s'établissent entre ces activités internes et les forces extérieures que le bourgeonnement des feuilles au printemps, leur chute à l'automne, sont le résultat de l'action de la lumière et de la chaleur molaire sur l'organisation de la plante. Et comme l'étude des activités de l'être vivant s'appelle la physiologie, ces phénomènes font l'objet d'une étude analogue, la physiologie tellurique, que nous appelons parfois méiéorologie, en d'autres circonstances géographie physique, d'autres fois encore géologie.

De même, la terre occupe une place dans l'espace et dans le temps, et, à ce double point de vue, elle est en rapport avec d'autres corps ; c'est sa distribution. Ce sujet est habituellement abandonné aux

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astronomes, mais la connaissance de ses grands traits me semble devoir faire essentieliement partie de l'ensemble des idées géologiques.

Tout ce que l'on peut reconnaître concernant la structure de Ja ferre, ses conditions successives, ses actions et saposiLion dans l'espace, constitue la matière de son histoire naturelle. Mais, comme en biologie, il nous reste à remonter, par le raisonnement, de CBS TaiLs à leurs causes ; dans les deux cas il y a science et ici peut-être plus qu'en biologie. Cette science est Védo/ofjie géologique.

Sn tenant compte de ce plan d'ensemble des connaissances et de la pensée géologiques, il est évident que la spéculation peut être analomique, comme elle peut 6tre une interprëtalion spéculative de développement, en tant qu'elle se rapporte à des points d'arrangement s trati graphique hors de la portée de l'observation directe; ou bien ce sera une spéculation physiologique si elle se rapporte à des problèmes indéterminés relatifs aux activités de la terre; ou ce. sera une spéculation qui se rapportera à la distribution, si elle traite des modifications du lieu qu'occupe la terre dans l'espace, ou finalement cette spéculation sera étiologique si elle cherche à déduire l'histoire du monde pris dans son ensemble, des propriétés connues de la matière terrestre dans les conditions où la terre a été placée.

Pour l'instant, qu'il me suffise de parler de la spéculation géolo^que prise exclusivement dans ce dernier sens.

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334 DB L;^ RÉFORME GËOLÔGIQUK-

Or, le système de l'unirormité, comme nous l'avons vu, semble vouloir ignorer la spéculation géologique ainsi comprise.

Quand cette société fut fondée, les partisans de ces deux systèmes s'entendirent sur un point, c'était de ne pas s'occuper de cette question. Et si vous faites quelques recherches dans nos annales, vous y verrez que nos prédécesseurs vénérés se targuaient beaucoup du bon sens et de la sagesse pratique dont ils croyaient avoir ainsi fait preuve. Comme mesure temporaire, elle était sage assurément, je suis loin de vouloir le nier, mais dans tous les corps organisés il arrive quedes dispositions temporairesproduisent des efTets permanents ; et comme depuis lors le tempss'est écoulé, changeant toutes les conditions qui avaient rendu utile cette mortification disciplinaire de la science, je ne sais si l'elfel de la douche d'eau froide, dont on a sanscesseaspergé la spéculation géologique dans cette enceinte, a eu des résultatsbien favorables.

Le genre de spéculation géologique dont je parle, l'étiologie géologique en un mot, fut fondée comme science par ce grand philosophe Emmanuel Kant, lorsqu'il écrivit, en 1733, son livre intitulé : «.Histoire naturelle générale et théorie des corps célestes, ou Eisat d'explication de la constitution et de l'origine mécanique de l'univers d'après les principes de Newton. »

Dans ce traité fort remarquable, mais qui semble peu connu (1), Kant expose une cosmogonie complète

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DE LA HËFORHB GËOLOOIQUE. 333

SOUS forme d'une théorie des causes qui ont amené le développement de l'univers partant d'atomes matériels répandus dans l'espace et doués de simples forces d'attraction et de répulsion.

Donnez>moi la matière, dit Kant, et je b&tirai le inonde ; puis il déduit des simples données qu'il a prises pour point de départ une théorie semblable par tous les points essentiels k la doctrine bien connue de Laplace, X'hypotkhe des nébukmes. 11 explique le rapport des masses et des densités des planètes à leurs distances solaires, les excentricités de leurs orbites, leurs rotations, leurs satellites, l'accord général de la direction de la rotation parmi les corps célestes, l'anneau de Saturne et la lumière du zodiaque. Dans chaque système des mondes, il trouve des indications pour faire voir que la force attractive de la masse centrale Snira par détruire son organisation, en concentrant sur elle-même la matière de tout le système ; mais, comme résultat de cette concentration, il prétend démontrer le développement d'une somme de chaleur qui dissipera encore une fois la masse, et la fera retourner au chaos moléculaire qui a été son point de départ.

Kant se figure l'univers comme ayant été une fols une expansion infinie de matière informe et diffuse. En un point il suppose l'établissement d'un centre unique d'attraction, et par de rigoureuses déductions dos principes dynamiques admis, il montre qu'il doit en résulter le développement d'un prodigieux corps central, entouré de systèmes de mondes

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336 DE L!i RÉFORME GÉOLOGIQUE.

solaires et plaDétaires à tous les étals de développement. Il dépeint eu ua langage anifné le grand tourbillon des inondes, élargissant l'orbite de son mouvement prodigieux durant la marche lente de siècles incalculables, empiétant graduellement et de plus en plus sur ce désert de molécules et convertissant Chaos en Cosmos. Mais ce qui est gagné à la circonférence est perdu au centre : les attractions des systèmes centraux rassemblent leurs con&tituauis, et la chaleur que détermine leur réunion les transforme encore une fois en chaos moléculaire. Aitm, les mondes qui sont reposent entre les ruines des mondes qui ont élé, et les matériaux indéterminés des mondes qui seront ; et, malgré toute usure, toute destruction, Cosmos étend son empire aux dépans de Chaos,

Les autres applications que Kant a faites de ses théories, h la terre, se trouvent dans son Traité de géographie physique, exprefsion qui comprenait la science alors inconnue de la géologie. Il avait étudié son sujet fort soigneusement, et pendant plusieurs années, il (It un cours sur ces matières. La quatrième section de la première partie de ce traité est intitulée : « Histoire des grands changements que la tert-e a subis autrefois, et qu'elle subit tneore, » et, de fait, c'est un court essai gros de tous les principes de la géologie. Kant rend compte d'abord des changements graduels qui se produisent actuellement, en les groupant en classes différentes autour de ceux que déterminent les tremblements de terre,

DE lA REFORME figOLOGIQUE. 337

la pluie et les rivières, la mer, les vents et la gelée, et flnalenienl les opérations de l'homme.

'Làtt seconde partie traite des n Marques des change' menia que la terre a subit dans vne antiquité reculée. Il les énumère ainsi : A. Preuves pour établir que la mer a couvert autrefois toute la terre. B. Preuves démontrant qu'u* même lieu a été alternativement mer et terre ferme. C. Discussions des différentes théorie* de la terre proposées par Seheuchzer, Moro, Bonnet, Woodtvard, White, Leibnitz, Linnée et Buffon, «

La troisième partie contient un Essaipour cherche}^ à établir une explication valaile de l'ancienne histoire de la tetre. i)

11 serait fort facile sam donte de trouver bien des erreurs de détail soit coemologiques, soit spécialement telluriques, dans l'application que Kant a faite de ses pensées spéculatives. Mais, malgré cela, c'est lui qui le premier, à mon avis, a tracé un système complet d'interprétation géologique, en fondant la doctrine de l'évolution,

Kant pouvait dire avec autant de vérité que Hutton : « Je prends les choses comme je les trouve en a ce moment, et je raisonne sur ce que je vois poor H en déduire ce qui a dû être. » Comme Hutton, il ne cesse d'indiquer que dans la nature il y a sagesse, système et concordance. Comme il est le précurseur de Hutton relative ment à ces grands principes, il l'est encore dans la croyance que le cosmos est doué d'une puissance active de reproduction cupab!e de réparer une constitution ruinée ; et, d'autre

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33;i DE LA RÉFORME GÉOLOGIQCE.

part, Kant est toujours Ûdèle à la scieace. Pour lui la spéculation géologique n'a d'autres bornes que les limites de l'iateiligence. Sa raison le fait remonter à l'origine de l'état de choses actuel, et il admet la possibilité d'une Un.

Je vous l'ai dit déjà : on considère habituellement comme contradictoires les trois systèmes d'interprétation géologique que j'ai appelés systèmes des catastrophes, de l'uniformité, de l'évolution, et il sera sans doute bien clair pour vous maintenant, qu'à mon avis le système de l'évolution Unira par supplanter les deux autres. Mais il est juste de remarquer que chacun de ces derniers a maintenu la tradition de vérités bien importantes.

Le système des catastrophes a soutenu qu'il existe une réserve de force pratiquement inépuisable à laquelle nous pouvons toujours nous adresser pour établir toutes nos théories. Ce système a cultivé avec amour l'idée que le point de départ du développement de la terre était un état dans lequel sa forme, et les forces dont elle était douée, étaient bien différentes de ce que nous connaissons actuellement. Que cette différence de forme et de puissance ait existé autrefois, c'est là une partie nécessaire de la doctrine de l'évolution.

D'un autre côté, le système de l'uniformité a insisté avec tout autant de raison sur une réserve de temps, aussi inépuisable que la première, et capable de satisfaire à toutes les hypothèses qui y auraient recours. Ce système nous a empêché de per-

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dre de vue le pouvoir qu'acquiert riDflninient petit, quand on lui accorde le temps, et nous force à épuiser les causes connues avant de recourtrà i'inconnu. Je ne vois pas qu'il y ait lieu d'établir un antagonisine nécessaire entre les théories des catastrophes et de l'uniformité. Au contraire, on conçoit parfaitement que les catastrophes fassent tout naturellement partie intégrante de l'autre sys(ème. Permetlez-moi de m'expliquer par une comparaison. Le travail d'unehorloge est un modèle d'action uniforme. Sa marche précise et exempte de toute variation n'est memeautre chose que cette uniformité de mouvement. Mais la sonnerie des heures est essentiellement une catastrophe ; le marteau pourrait tout aussi bien faire éclater un tonneau de poudre ou donner hbre cours à un déluge d'eau, et par une disposition convenable on pourrait faire que l'horloge, au lieu de marquer les heures, sonn&t à toutes sortes de périodes irrégulières, ne reproduisant jamais tes mêmes intervalles de temps, la même force ou le même nombre de coups. Pourtant toutes ces catastrophes, sans régularité ni loi apparentes, seraient le résultat d'une action absolument uniforme et l'on pourrait établir deux théories de l'horloge selon que l'on étudierait les mouvements du marteau ou ceux du pendule.

Il est encore bien moins nécessaire d'établir un antagonisme entre le système de l'évolution et chacun des deux autres. Le système de l'évolution accepte tout ce qu'il y a de bon dans le système des

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340 DE LA RËFORNB GÊOLOGIOUE.

catastrophes, commâ dans le systëote de l'uniformité, tout en repoussant les hypothèses arbitraire^ du premier et les restrictions non moins arbitraires du second. H ne faut pas d'ailleurs que la doctrine de l'iivolution perde de sa valeur aux yeux du penseur philosophe, parce qu'elle applique la infime méthode au monde vivant et au monde inanimé, el embrasse, dans une analogie gui étonne tout d'àl'ord, le développement d'un système solaire parl:int du chaos moléculaire, la TormaLion de la terre qui traverse, après l'état nébuleux de sa jeunesse, des changements innombrables, des siècles incalculables pour acquérir sa Terme présente, et le développement d'un être vivant à partir de la masse inrorme de protoplasme que nous appelons an germe.

La doctrine de l'évolution n'est pas assez gËnëralement admise parmi nous pour pouvoir être appelée la géologie qui a cours en Angleterre; mais cependant elle est assurément présente, d'une façon plus ou moins vague, à l'esprit de la plupart des géologues.

Telles étant les trois phases de la spéculation géologique, nous sommes maintenant en position de rechercher quel est celui de ces systèmes d'interprétation que sir William Thomson voudrait voir réformer, comme il nous le dit dans les passages que je viens de citer.

11 s'agit évidemment du système de l'unirormité qui représente pour le savant physicien la spéculati<Hi géologique en général. Ainsi une première issue

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DE LA RÉFORME GÉOLOGIQUE. 3tl

nous est ouverte, car bien des hommes, et parmi nos jeunes géologues ce ne sont pas les moius distingués, n'accepteat pas la doctrine unirormitaire dans toute sa rigueur, comme forme finale de l'interprétation géologique.

Si Hatton et Playrair ont déclaré que le cours du monde a toujours été le même, nous serons les premiersàdemanderque leurerreursoitesposée au plus tôt; mais, en la dévoilftnl, il ne faut pas croire établir par cela même que la géologie moderne est en opposition avec la philosophie naturelle. Je ne pense pas qu'il y ait aujourd'hui un géologue prêt à soutenir l'uniformité absolue, et disposé k niec la diminution possible de la rapidité du mouvement de rotation leirestre, ou qu'il puisse se faire que le soleil perde peu à peu de ses feux, que la terre ellemême subisse un refroidissement lent. Mais, en général, nous sommes à cet égard fort indifférenls et ne nous inquiétons guère de cela, pensant, qu'en tout cas, ces modifications possibles n'ont rien changé pratiquement sur la terre, pendant le laps de temps représenté par les dépôts stratiSés,

(Juand on nous accuse de nous être mis en opposition avec les principes de la philosophie naturelle, celte imputation est doue mal fondée. La seule question qui puisse se poser est de savoir si nous avons fait tacitement des hypothèses contraires & certaines conclusions qui peuvent se déduire de ces principes. Et celte question se subdivise ellemême en deux autres ; la première : avons-nous

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réellement contredit, ces conclusions ? la seconde : si nous les avons niées, ces conclusions sont-elles si solidement établies qu'il ne soit pas possible de tes repousser? Je réponds négativement à chacune de ces questions, et je yais vous en donner mes raisons. Sir William Thomson croit pouvoir prouver par des raisonnements tirés de la physique, » que (1 l'état de choses existant sur la terre, la vie lerres- « tre (loute l'histoire géblogique démontrant la con- H tinuité de la vie) doit être comprise dans quelque <i période de temps telle que cent millions d'années « (1). »

La première question qui se présente est évidemment celle-ci : A-t-on jamais nié que cette période de temps puisse satisfaire aux besoins de l'interprétation géologique?

Quelque période de temps, telle que cent millions d'années..., voilà qui est bien vague, et une limite ainsi indiquée pIutAt que définie, embarrasse beaucoup la discussion ! Qu'est-ceà direî Cette durée at-elle pu être de deux, trois ou quatre cent millions d'années, ce qui changerait beaucoup la question (2).

Si nous prenons 30,000 mètres comme épaisseur totale des roches stalifiées qui contiennent des tra-

iDSir W.Thomson, hc. cit., p. 25,

(î) Pour sir W. Thomson {loc. cit., p. 18), la durée précise du temps esl ici sans conséquence, « le principe est le même, * dit-it; mus comme le principe est admis, toute la dîecuBSÎon retombe sur les résuilsls qu'il entraîne.

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DE LA RÉFORME GËOLOGIQIjE. 313

ces de la vie, nous serons certainement plutût audessus qu'au-dessous de la vérité; 30,000 divisé par 100,000,000 = 0,0003. Ainsi donc si 30,000 mèlres de roches stratifiées se sont déposés en 100,000,000 d'années, c'est que le dépOt s'est accumulé à raison de 3 dixièmes de millimètre par an.

Eh bien, je ne pense pas que personne soit piét à soutenir qu'en accordant même les conditions les plus favorables, les roches stratifiées n'ool pu se former en moyenne à raison de 3 dixièmes de millimÈtre par an. Si l'on pouvait prouver que c'est là le taux de croissance du monde, nous pourrions sans doute nous contenter de ce chiOre, sans avoir à constater une révolution dans nos spéculations. Mais en lin de compte, l'approximation indiquée si vaguement n'exige peut-être pas l'hypothèse d'un dépôt de 3 dixièmes de millimètre; en doublant, triplant ou quadruplant le nombre d'années, l'épaisseur annuelle se réduit de moitié, du tiers, du quart, ce qui nous met encore bien mieux à l'aise.

Mais on pourra dire que c'est la biologie, et non la géologie , qui exige ces longs laps de temps , . que la succession de la vie demande de grandes durées; et ceci me fait l'effet d'un cercle vicieux. La biologie soit les indications de temps que lui fournit la géologie. La seule raison de croire à la lenteur des changements dans les formes vivantes provient de ce que ces formes persistent dans une série de dépôts dont la formation a duré fort longtemps d'après ce que nous enseigne la géologie. Si

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3U . DELA RÉFORME eBOLOGIQUE.

les géologues se trompent dans leurs évaluations de temps, les naturalistes n'auront qu'à modifter leurs notions de la rapidité des changements, en raison des nouvelles évaluations qui leur seront fournies. De plus, je me permets de vous faire remarquer que, quand on nous dit qu'il faut réformer toutes nos interprétations géologiques parce qu'on a Asê à cent, deux cent, trois cent millions d'années le lemps écoulé depuis l'apparition des êtres vivants sur cette planète, c'est à ceux qui proclament celte nécessité qu'il appartient de nous la démontrer, carjusqu'iciiisn'enont pas donné la moindre preuve.

Ainsi donc, si nous acceptons les évaluations de temps qui nous sont proposées par Sir W. Thomson, il n'est nullement évident, tout d'abord, qu'il nous faudra changer ou réformer d'une façon appréciable notre manière d'interpréter les fuits géologiques. Nous pouvons donc nous demander , pleins de calme et d'indilférence même quant au résultat, si les arguments mis en avant pour la défendre justifient cette évaluation.

Ces arguments sont au nombre de trois ;

I. Le premier se fonde sur le fait avéré que les marées tendent à retarder la vitesse de rotation do la terre sur son axe. Ceci est évident, si l'on considère, grosso modo, que les marées résultent de l'aEtraclion qu'exercent sur la mer, le soleil et la lune, de sorte que la mer agit comme un frein sur le mouvement de rotation de la masse solide de la terre.

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Kant qui n'était pas seulement un grand métaphysicien, mais ^ai était aussi bon mathématicien et fort au courant des sciences physif|ues telles qu'on les connaissait de son temps, ne s'est pas borné à nous prouver cette cause de retard dans un essai d'une exquise clarté des plus faciles à comprendre et qui date de plus de cent ans(f); il en a encore déduit quelques-unes des conséquences les plus importantes, celle-ci par exemple, que c'esttoujours la mCrne face de la lune qui est tournée vers la terre.

Mais s'il est facile de démontrer une tendance, il y a encore bien du chemin à parcourir avant d'en avoir estimé la valeur pratique, la seule chose qui nous importe en ce moment. A cet égard je crois pouvoir résumer ainsi les faits :

C'est un fait d'observaUon, que depuis trois mille ans le mouvement moyen de la lune s'accélère relativement à la rotation terrestre. Ceci peut résulter évidemment d'une de ces deux causes : ou la lune se meut de plus en plus rapidement sur Son orbite, ou bien la terre tourne de plus en plus lentement sur son axe.

Laplace croyait avoir expliqué ce phénomène en démontrant que l'excentricité del'orbite terrestre a diminué graduellement pendant le laps de trois mille ans. Ceci doit produire une diminution de l'altrac-

\\] Étude des changtments pouiblea dans la vitesse de rolalion de ta terre aulovr de son axe, et de la production du Jour et de la nuit. Œuvres complites.

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346 DB U BÉFORUE GÉOLOGIQUE.

tion moyenne du soleil sur la lune, ou en d'auti'es termes une augmentation de l'attraction de la terre sur la lune, et par conséquent une rapidité plus grande dans le mouvement orbitaire de ce satellite. Laplace attribuait donc à la lune cotte accélération, et s'il a raison, la somme totale du retard par les marées doit être insignifiante ou contre-balancée par d'autres agents.

Il semble pourtant que notre grand astronome, Adams, a trouvé à redire aux calculs de Laplace, et qu'il a démontré que la moitié seulement du retard observé pouvait s' expliquer par les calculs de Laplace. It reste donc à rendre compte de l'autre moitié de ce retard, et ici, en l'absence de toute connaissance positive, on a proposé trois formes différentes d'explications hypothétiques.

a. M. Delaunay propose d'attribuer la différence à la terre en raison du retard dû à l'action des marées. MM. Adams, Thomson et Tait développent cette idée, et en établissant, d'après certaines hypothèses, le retard proportionnel qui est dû au soleil d'une part, à la lune de l'autre, ils trouvent que celle cause peut faire perdre à In terre 22 secondes par siècle (1).

b. Mais M. Dufour propose d'attribuer, soit en partie, soit en tolalité, le relard de la terre, qui n'est établie en somme que sur des hypothèses, à l'augmentation du moment d'inertie de la terre par les

(I) Sir W, Tliomson, loe. eil., p. H.

méléores qui tombent sur sa surface. Sir W. Thomson accepte entièrement cette idée, et démontre que le reste du retard s'expliquerait par J'accumiilation de la poussière météorique à raison do 33 centimètres en 4,000 ans (1).

c. En troisième lieu Sir W. Thomson propose une hypothèse qui lui est propre, pour expliquer ce retard hypothétique de la rotation terj'estre.

« Supposons, dit-il, que dans les régions polaires K (à 20 degrés autour de chaque pôle, par exemple), II une épaisseur de 33 centimètres de glace fonde de Il façon ù se transformer en eau dont la profonn deur sg^it sur le même espace de 33 cenlimèlres (' 3 millimétrés, ou de 3 centimètres, si cette eau « était répandue sur toute la surface du globe, ce (I qui n'élèverait le niveau des mers que de 2 1/2 à « 3 centimètres, quantité pratiquement inapprécia- II ble. Voilà ce qui pourrait arriver une année quet- « conque, croyons-nous, comme aussi le contraire « pourrait se produire, et dans les deux cas on ne 11 pourrait le reconnaître sans établir la hauteur « moyenne du niveau de la mer, au moyen d'ob- (1 nervations et de calculs bien plus précis que tou- (1 tes les observations et tous les calculs faits jus- II qu'ici. Dans ces deux cas la vitesse du mouvement (I de rotation terrestre serait diminuée ou augmen- 11 tée relativement aux montres d'un dixième de 11 seconde par an (2). •

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3iS bB LA RÉFORME. GÉOLOGIQUE.

Je ne me permettrais pas de révoquer en > l'exactiLude d'aucun des calculs qui provienne mathématiciens aussi distingués que ceux qa viens de citer. Pour mon argument, au con(r;ufl m'est nécessaire de supposer l'exactitude psià de ces calculs. Mais je voudrais vous faire m [vendre que nous sommes ici, selon moi, es ■ sence d'un de ,ces cas nombreux où la préfijij reconnue des procédés mathématiques nous bi accorder une autorité illusoire et inadmissible résultats qui en dérivent. On peut compam mathématiques A un moulin d'un travail adniîj capable de moudre à tous les degrés d^ fine mais cependant ce qu'on en tire dépend de ce qu'J y a mis, et comme le plus parfait moulin du né peut donner de la farine de froment si ou met que des cosses de pois, de même, des pages formules ne tireiont pas un résultat défini d'ui donnée insuffisante.

Dans le cas qui nous occupe il est admis paraît-il

i' Qu'il n'est pas iibsolument certain, api-ès tout, qu'il y ait accélération dans le mouTement moyen de la lune, ou retard dans la rotation terrestre (i). Pourtant c'est ici le nœud de la question.

2" Si la rapidité de rotation terrestre diminue, on ne peut établir avec certitude la part du relard qui appartient au frottement des marées, aux météores.

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il la production de glaces polaires en excès sur leur Tontâ, pendiint la période d'observation qui remonte tout au plus à 2,600 ans.

3" On ne semble pas avoir tenu compte de l'effet d'une distribution différente de la terre et de l'eau, pouvant modiller le retard occasionné par le frotte* ment des marées, et le réduire en quelques cas h un minimum.

4' Pendant l'époque miocène, la glace polaire était certainement moins épaisse de quelques mètres qu'elle ne l'a été pendant la période glaciaire, et depuis lors, Sir. W. Thomson nous dit que l'accumulation de 30 ou 40 centimètres de glace autour despA'es, ce qui implique un abaissement de 3 ou 4 centimètres de toute la surface des mers, ferait tourner la terre plus vite d'un dixième de seconde

tir an. Il semblerait donc que pendant tout le

< temps qui s'est écoulé depuis le commencement de ' lapériodeglaciaire jusqu'au moment présent, la rotation de la terre a pu être plus rapide d'une ou de

< plusieurs secondes par an, qu'elle nel'était pendant ' l'époque miocène.

Mais, selon les calculs de Sir. W. Thomson, le retard provoqué par les marées ne rend compte que de â2" de relard par siècle, soit 0",2â ou, en chiffre rond, l/ft de seconde par an.

Ainsi donc, en supposant que, depuis l'époque miocène, les glaces accumulées autour des p61es n'ont pu produire que dix fois l'effet d'une couche de glace de 33 centimètres d'épaisseur, nous aurons

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une cause d'accélération qui couvrira toute la perte provenant de l'action des marées, et nous laisse un surplus de 4/5 de seconde d'accélération par an.

Si le retard occasionné par les marées peut être contre-balancé, inversé même, par d'autres conditions temporaires, que devient cette aTtirmatton formelle, basée sur rnniformité hypothétique d'un relard occasionné parles marées, qu'il y a dix milliards d'années la terre tournait sur son axe deux fois plus vite qu'à présent, que, par conséquent, nous sommes, nous les géologues, en opposition directe avccles principes de la philosophie naturelle, quand nous appliquons nos principes géologiques à tout ce qui s'est passé pendant ce laps de temps.

11. SirW. Thomson expose ainsi le second argument : (I En mars 1862, j'ai publié (1) un article sur •< l'Age de la chaleur solaire, et j'y expliquais les « résultais de différentes recherches pour rendre c compte de la quantité possible de chaleur du soc Icil ; j'étudiais cet astre comme on étudierait une ■ pierre ou toute autre substance matérielle, ne le- • nant compte que de ses dimensions, et je démon- (( trais ainsi qu'il est possible que le soleil éclaire la (c terre depuis cent millions d'années déjà, et qu'en a même lemps il est à peu près certain qu'il n'éclaire n pas la terre depuis cinq cent millions d'années, n Ces estimations sont bien vagues oécessairemenl, n mais i) n'est pas possible, que je sache, de dire

11] 8 fn Macmillai') Uagozme. »

« d'après une eslimation raisoDnable fondée sur les u propriétés connues de la matière, qu'il nous soit «permis de croire que le soleil éclaire la terre de- II puis cinq cent millions d'années (1). u

Il y a quinze ans, sir W. Thomsoa comprenait différemment l'origine de la chaleur du soleil; il croyait alors que sa déperdition annuelle de calorique par radiation était annuellement rendue à cet astre, doctrine que Hutton eût acceptée parfaitement, mais il est inutile de chercher à mettre ainsi ce savant mathématicien en contradiction avec luimême. Pourtant, quand un physicien si éminent soutient aujourd'hui une thèse contraire à celle qu'il soutenait il y a peu d'années, et reconnaît luimême que ses estimations sont bien vagues, nous serions en droit de n'en pas tenir compte si de notre cûté nous avions des faits bien avérés à lui opposer. ]e n'en connais pas cependant, et comme je vous l'ai déjà dit, cent, deux cent, trois cent millions d'années satisferaient amplement, d'après moi, aux besoins de nos interprétations géologiques.

111. La troisième série d'arguments se base sur la température de l'intérieur de la terre. SirW. Thomfion se reporte h des recherches qui prouvent que l'état thermométrique actuel de l'intérieur de la terre implique, soit que la terre a été plus chaude de 55' centigrades au moins à une époque qui ne remonte pas au delà de 20,000 ans, ou qu'à une

(l)Sir w. Tliorason, loc.cit.,p 20,

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époque plus reculée toute sa surface présentait une différence de température encore plus grande, puis il ajoute :

« Or, les géologues sont-ils disposés à admettre « qu'à une époque comprise dans les 20,000 demie* « res années il y a eu une température aussi élevée H sur toute la surrace de la terre? Je ne le pense «pas; aucun géologue, parmi les modernes du « moins, ne saurait admettre cette hypothèse, que '< l'état actuel de la chaleur centrale est dû à l'é- <i chauffement de la surface terrestre depuis une u époque aussi peu reculée. Si l'on n'admet pas (I cela, nous en sommes réduits à supposer une i température plus élevée, il y a plus de 20,000 ans. u Un échauffement de plus de 55» centigrades sur ■' toute la surface terrestre ferait périr assurément « la plupart des plantes et des animaux; les géolo- « gués modernes peuvent-ils établir qu'il y a 50,000, « 100,000 ou 200,000 ans toute vie a été détruite «sur la terre ? Plus on recule l'époque des hautes

I températures à la surface de la terre, plus cela est 'I favorable ft la théorie de l'uniformité, mais plus a on recule cette époque de grande cbaleur, plus a cette chaleur a dû être intense. Ceux qui, pour « élablir leur théorie, sont obligés de so reporter & « des époques fort éloignées reculeront d'autant n plus le moment des hautes températures , et lion arrive ainsi ù la théorie d'une température

II sufûsant à faire fondre la masse. Mais, même n dans ce cas, il faudrait admettre une limite

:.,„-,:., .,G<)Ogk

« (elle que 50, 100, âOO oi: 300 millions d'an- « nées. Ce lerme, nous ne pouvons le dépasser (1). ii

La limiLe est encore ici des plus vagues puisqu'elle s'étend de 50 à 3G0 millions d'années. Encore une fois nous pouvons répondre que, malgré tous les arguments contraires, le plus décidé partisan des doctrines de l'unirormité professée par Hulton peut s'accommoder parfaitement de 100 ou âOO millions d'années.

Mais, d'autre part, si ces longs laps de temps ne suffisent pas à nos interprétations géologiques, il nous reste k critiquer, en elle-même, la méthode à l'aide de laquelle celte limite a été établie. L'argument qui l'établit est bien simple. Considérant la terre comme masse en état de reFroidissemeat et supposant que lu taux de refroidissement ait été uniforme, la quantité de cbaleur perdue par an, multipliée par un nombre donné d'années, nous fera connaître le minimum de température qui régnait à une époque reculée du même nombre d'années.

Mais la terre est-elte simplement une masse en état de refroidissement, comparable à une bouillotte, ou à un globe île grès, et son refroidissement a-t-il été uniforme? Il faudrait pouvoir faire à ces deux questions une réponse aflirmalive pour établir la valeur des calculs sur lesquels Sir W, Thomson compte si bien.

On peut dire cependant que des réponses afflr-

(1) Sip W. Thornson, /oc. ci/., p. Si.

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matives de ce genre sont puremeol bypotbéliques et que bien d'autres suppositions seraient tout aussi admissibles.

Ainsi, n'est- il pas possible qu'à l'énorme température qui existe à 150 ou 300 kilomètres de profondeur, toutes les bases métalliques se comportent comme le mercure à la chaleur rouge, température à laquelle son oxyde se décompose ; et plus près de la surrace, à une température plus basse par conséquent, ces combinaisons oxygénées peuvent s'effectuer (comme s'effectue celle de l'oxygène avec le mercure à quelques degrés au-dessous de son point d'ébullition) produisant ainsi une quantité de cbaleur totalement distincte de celte que possèdent ces métaux comme corps en rerroidissement? Des études récentes n'ont-elles pas prouvé aussi que ta qualité de ratmospbëre a une action considérable sur sa perméabilité au calorique, ce qui doit par conséquent modifier profondément le lauxdu refroidissement du globe pris en masse.

On ne saurait nier, je pense, que des conditions de ce genre ne puissent exister et exercer une si grande influence sur la quantité de chaleur absorbée ou perdue par la terre, qu'elles n'arrivent à détruire la valeur de tout calcul qui n'en tiendrait pas compte.

Je m'étais constitué votre avocat, et me voici au bout de ma tâche ; mais l'avocat n'est pas toujours aussi sincère que moi quand il déclare que la partie adverse a perdu sa cause. Du dehors on nous crie

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DE LA^ REFORME GÉOLOGIQUE. 3aS

qu'il faut nous réformer, clameurs inutiles, cai ici, dans nos domaines, nous avons établîle plus vite possible toutes les réformes dont l'utitité nous a été démontrée. De plus, en faisant porter notre examen critique sur les motifs .qui ont servi k établir conlre nous la charge fort grave d'opposition aux principes de la philosophie naturelle, nous avons reconnu plutôt que nous avions fait preuve de discernement et d'une juste appréciation de la valeur des choses, en refusant jusqu'à plus ample informé de rien déranger aux fondements de notre science.

L'OniGINE DES ESPECES.

La haute position scientifique, si bien acquise et si bien établie, qu'occupe M. Darwin, le rend insensible sans cloute à ce genre lie notoriété publique qu'on appelle le succès, mais si le calme de l'esprit philosoptiique n'a pasencore entièrement remplacé chez lui l'ambition et la vanité de l'homme cliarnel qui réside en chacun de nous, il doit être satisrait des résultats de la publication de son livre l'Origine des espèces. La question de l'espèce est sortie des. bornes étroites des cercles purement scientifiques, et occupe l'attention de la société en général à l'égal des plus graves questions politiques. Tout le inonde a lu le livre de M. Darwin, ou du moins tout le monde a formulé une opinion relativement à ses mérites ou à ses défauts. Des gens fort pieux soit laïques, soit ecclésiastiques, l'ont mielleusement décrié, sans lui ménager toutefois leurs petits traits d'ironie benoile et charitable; des bigots ignorants lui ont lancé leurs invectives; les vieilles femmes des deux sexes le considèrent comme un livre des

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plus dangereux, et mOine des savanb, & court de boue pour l'asperger, se sont mis à citer des écrivains surannés pour démontrer que l'auteur luimême ne valait guère mieux qu'un singe. D'autre part, tout esprit philosophique saluait la venue de ce livre comme celle d'un puissent auxiliaire du li' béralisme, et tous les naturalistes, tous les physiologistes compétents reconnaissaieni, malgré leurs opinions différentes quant aux destinées ultimes des doctrines qu'il praresse, que cet ouvrage nous apporte de nouveaux éléments de connaissance des mieux établis, et inaugure une ère nouvelle en histoire naturelle.

La discussion de ce sujet n'est pas restée conltnée dans les limites de la conversation. Quand le public prend une chose au sérieux et s'y intéresse, les revues périodiques sont \h pour satisfaire à ses demandes, ât le pur littérateur a si bien l'habitude d'acquérir ses connaissances en les tirant du livre qu'il est appelé à juger, comme les Abyssiniens, dit-on, se procurent de la viande en en prenant au bœuf qui leur sert de monture, que quand l'écrivain de revues manque des données scientifiques préliminaires dout il aurait besoin pour établir sa ciitique d'un livre de haute science, il ne s'arrête pas pour si peu ; en même temps, plusieurs savants qui approuvent lu nouvelle manière de voir, comme d'autres qui en nient la vi<leur, ont naturellement cherché les occasions de faire savoir ce qu'ils en pensaient. H n'est donc pas élonnanl que la plupart des journaux de

critique aient consacré à l'ouvrage de M. Darwin des articles plus ou moins étendus, et depuis les maigres produits d'une ignorance trop souvent stimulée par le préjugé, jusqu'aux essais consciencieux etréQéchis de ceux qui étudient la nature en toute sincérité, on a vu paraître tant de dissertations, qu'aujourd'hui il peut bien sembler impossible de dire sur cette question quelque chose de nouveau.

On peut se demander cependant si le savoir et la nnesse d'opposants scientifiques, mais dont l'opinion était faite d'avance, ou si la subtilité des avocals attitrés de l'orthodoxie ont produit déjà toute leur action pour détourner les conclusions inévitables de la grande controverse ainsi soulevée, et dont la génération présente ne verra probablement pss Ja Gn, Il peut donc être utile maintenant, à la onzième heure, et sans éléments nouveaux à fournir dans cette discussion, d'exposer encore une fois les vérités de la nouvelle doctrine, et de donner aux propositions fondamentales de M. Darwin une forme telle, que ceux dont les éludes spéciales sont dirigées dans une autre voie puissent les saisir. Cela sera d'autant plus utile que, malgré son grand mérite, et en parlie, à cause de ce mérite même, VOrigine des espèces n'est nullement un livre dont la lecture soit facile, si ce mot de lecture implique une pleine compréhension de la pensée de l'auteur.

Sans vouloir dire une chose plaisante, je remarque qu'il est, en un certain sens, fâcheux pour M. Darwin, qu'il connaisse mieux que personne au

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monde la quesUon dont il s'occupe. Il a acquis directement des connaissances pratiques étendues en zoologie, en anatomie ftne, en géologie; il n'a pas étudié la distribution géographique sur les cartes et dans les musées seulement; il l'a étudiée dans de longs voyages pendant lesquels il amassait laborieusement ses matériaux. Après avoir fait progresser beaucoup chacune de ces branches de la science, après avoir passé de longues années à rassembler et à trier les éléments de son présent ouvrage, l'auteur de VOrigine des espèces s'est trouvé en possession d'une prodigieuse mine de faits bien classés, oii il n'a plus eu qu'à puiser.

Mais cette richesse même a dû souvent embarrasser un écrivain qui, pour l'instant, ne peut exposer qu'un résumé de sa manière de voir; et c'est sans doute pour cela que, malgré la clarté du style, ceux qui cherchent à se rendre parfaitement compte de ce livre y trouvent, pour ainsi dire, un aliment intellectuel par trop substantiel, des faits accumulés, condensés et réunis suivant un ordre dont on ne saisit pas tout d'abord les liens logiques. Ces liens se reconnaissent assurément quand on étudie consciencieusement l'ouvrage, mais il est souvent ditUcile de les saisir.

■ De même, en raison de la concision du livre, il faut accepter comme prouvées bien des choses qu'il eût été facile de démontrer, et par ce motif, si l'adepte, à mËme de trouver dans ses propres connaissances renchalnemenl d'une évidence qui n'est indi-

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quée que pur ses points saillanU, reconnait de plus en plus, chaque fois qu'il relitles pages Técondes de M. DarwiD, combien l'auteur a toujours tenu compte de toutes les difficultés, combien il a évité toutes les suppositions qu'il ne pouvait justifier, le biologiste novice est disposé à se pliiindre du grand nombre d'hypothèses qui lui semblent gratuites.

Ainsi donc, si nous sommes autorisés à penser que d'ici à quelques années, personne problablement ne sera à même de juger en toute connaissance de came les solutions données par M. Darwjn, il y a de la besogne toute prête pour celui qui se propose une tftcbe plus humble mais tout aussi utile, peut-être, celle de faire comprendre au public VOrigine des espèces, en chercbant à expliquer la nature des problèmes qui y sont discutés, à distinguer les faits avérés et les interprétations théoriques qui y sont eiposés, et à montrer enfin jusqu'à quel point les explications contenues dans ce livre satisfont aux besoins de la logique scientifique. En tout cas, c'est ce que je me propose de faire maintenant.

Mes lecteurs se rendent compte assurément de la nature des objets auxquels s'applique le mot d'eipèce, mais sans doute la plupart d'entre eux, en y comprenant même les naturalistes de profession, n'ont pas remarqué que ce mot, dans son acception habituelle, a un double sens, et dénote deux ordres de relations très- différents. Quand nous diaonsd'un groupe d'animaux ou de plantes qu'il constitue une espèce, nous pouvons Touloir indiquer par ce terme,

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L'ORIGINE DBS ESPÈCES- 361

soit que toutes ces plantes ou tous ces animaux ont en commua certaines particularités de forme ou de structure, ou Jiien nous pouvons vouloir dire qu'ils possèdent un caractère fonctionnel coRininn. Cette partie de la science biologique qui traite de la forme ou de la structure s'appelle la morphologie; celle qui s'occupe des fonctions s'appelle la physiologie. Nous pouvons donc parler de l'espèce, en lui donnant pour les besoins du discours, et pour rendre compte de ces deux aspects les noms à'egpèce morphologique oa A' espèce physiologique. Au point de vue de la morphologie , l'espèce est simplement un groupe d'animaux ou de plantes, pouvant se distinguer de tous les autres par certaines particularités morphologiques constantes et indépendantes des différences de sexes. Ainsi les chevaux forment une espèce, parce que le groupe d'animau» auquel on applique ce nom se distingue des autres par les caractères suivants constamment associés. Ils ont : i" une colonne vertébrale; 2" des mamelles; 3" une gestation placentaire ; 4° quatre jambes; 5' une phalange unguéale unique et bien développée à chaque pied qui est garni d'un sàbot ; 6' une queue fournie; 7* des callosités à la partie interne des membres antérieurs et postérieurs. De même, les ânes forment une espèce distincte, parce que s'ils présentent les cinq premiers caractères spéciGques, ils ont tous une queue à touffe terminale et descallositésàlapartieinternedesmembresantérieursseulement. Si l'on découvrait des animaux présentant les

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362 L'OBIGINE DES ESPÈCES.

caractères généraux du cheval, mais n'ayant parfois des callosités qu'aux membres antérieurs et une queue plus ou moins dégarnie dans toute sa hauteur, ou encore des animaui présentant les caractères généraux de l'âne, mais avec nue queue plus ou moins fournie et parfois des callosités sur les deux paires de membres, sans parler d'autres caractères intermédiaires qui pourraient encore se présenter, il faudrait réunir les deux espèces en une seule. Au point de vue de la morphologie, on ne pourrait plus les considérer comme espèces distinctes, car il ne serait plus possible de les déHnir distinctement l'une de l'autre.

Si cette définition de l'espèce parait bien maigre et bien »mple, nous faisons appel en toute confiance à tous les naturalistes pratiques, zoologistes, botanistes ou paléontologistes, pour qu'ils nous disent si, dans la plupart des cas, ils en savent davantage que ce que je viens d'indiquer, quand ils attribuent le nom d'espèce à un groupe de plantes ou d'animaux, ou s'ils veulent ar&rmer autre chose relativement & ce groupe. C'est ce qu'admettent même les partisans les plus absolus des doctrines reçues eo ce qui concerne l'espèce.

N II me semble, dit le professeur Oweo, qu'au- « jourd'hui la plupart des naturalistes, en proposant H un nom pour désigner une espèce nouvelle qu'ils Il viennent de décrire, ne se servent plus de ce mot « d'espèce pour indiquer ce que l'on entendait par « là il yavingtoutrePte ans, c'est-à-dire un groupe

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L'OHIGIMB DES ESPÈCES. 363

« d'Êtres remontant A une création originellement II distincte, et qui a maintenu sa distinction primi- <c tive par des particularités génératrices telles, « qu'elles empêchaient la production de caractères u difTérents. Maintenant celui qui nous propose « une nouvelle espèce ne veut plus afflnner que ce a dont il a une connuissance certaine, aîn^ par 0 exemple, que les différences sur lesquelles il fonde nies caractères spécifiques ont été constants dans c les individus des deux sexes partout où l'observa- « tion a pu atteindre, que ces c;)ractères ne sont pas n le résultat de la domestication, et n'ont pas été n produits artiâciellement par des circonstances < extérieures, par aucune inQuence étrangère à lui « connue, que celte espèce est sauvage, et paraît H telle qu'elle est nalurellement(t). «

Si l'on considère, en effet, que la plupart des espèces actuellesclasséesnous sont connues seulement par l'étude de leurs peaux, de leurs os ou par d'autres reliquats de la vie; qu'à part certaines particularités physiologiques quipeuvent se déduire deleur structure, ou se dénotent à un examen superficiel, leurs fonctions nous sont à peu près inconnues, et que nous ne pouvons espérer en savoir davantage relativement àcesformeséteintesdelavie qui constituent actuellement une fort notable proportion de la flore ou de la faune connues du monde, il est dès lors

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