LA MAGIE ET LA SORCELLERIE DES CHALDÉENS
On peut se faire une idée générale assez complète de la magie conjuratoire des Chaldéens, de ses procédés et de ses principales applications, au moyen d'un document que sir Henry Kawlinson et M. Norris ont publié en fac-similé j en 1866, dans le tome II de leur recueil des Cuneiform inscriptions of Asia (!)• C'est une grande tablette provenant de la bibliothèque du palais royal de Ninive, et contenant une suite de vingt-huit formules d'incantation déprécatoire, malheureusement en partie mutilées, contre Taction des mauvais esprits, les eflfets des sortilèges, les maladies et les principaux malheurs
(1) PL 17 et 18.
qui peuvent frapper rhbmme au cours de sa vie ordî* naîre. Le tout forme une longue litanie divisée en para-graphes qui finissent tous par la même invocation sacramentelle. Il semble, d'après la conclusion qui la termine, qu'on devait, non pas en détacher telle ou telle formule pour une occasion donnée, mais la réciter de suite, pour se mettre à l'abri de toutes les influences funestes qu'elle prévoyait. Ce document, comme, du reste, tous les autres écrits magiques provenant de l'Assyrie et de la Chaldée, est rédigé en accadien, c'est-à-dire dans la langue touranienne, apparentée aux idiomes finnois et tartares que parlait la population primitive des plaines marécageuses du bas Euphrate. Une traduction assyrienne placée en regard accompagne le vieux texte accadien. Depuis bien longtemps déjà, quand Assourbanipal, roi d'Assyrie, au septième siècle avant notre ère, fit faire la copie qui est parvenue jusqu'à nous, on ne comprenait plus les docunaents de ce genre qu'à l'aide de la version assyrienne, qui repionte à une date beaucoup plus haute. L'accadien était une langue morte ; mais on attribuait d'autant plus de puissance mystérieuse aiix incantations conçues dans cette langue, qu'elles étaient devenues un grimoire inintelligible.
Pour placer immédiatement le lecteur au milieu ' du monde étrange dans lequel je lui demande de me suivre, je rapporterai en entier les formules de cette tablette, du moins celles que l'on peut interpréter (car il en est encore
quelques-unes qui résistent à Texplication) , et j'accompagnerai ma traduction de courtes notes. J'ai été précédé dans cette entreprise par M. Oppert, avec lequel je me trouve en complet accord pour la majorité des cas. Cependant celui qui voudra comparer nos deux traductions y trouvera quelques divergences ; elles tiennent presque toutes à ce que le savant professeur du Collège de France a traduit sur la version assyrienne, tandis que je me suis attaché à suivre le texte original accadien. Or, la version assyrienne est loin d'être toujours littérale, comme ou pourra s'en rendre compte, puisque j'ai noté tous les passages où elle s'écarte de la rédaction primitive. Le texte accadien paraît coupé en versets rhythmés dont chacun forme une ligne distincte sur la tablette; j'en marque soigneusement les divisions.