CHAPITRE PREMIER L'astrologie
Dans tous les temps et dans tous les pays, Pnomme
s'est demandé quelles destinées lui étaient réservées sur la planète qu'il habite, et après le peu d'années qu'il doit y passer : les sciences physionomiques répondent à la première question, et la religion à la deuxième. Mais dans l'antiquité, chez tous les peuples, les prêtres seuls conservaient le précieux dépôt des connaissances humaines : ils rattachèrent par suite la science des influences qui agissent sur l'être humain à la religion elle-même, qui nous révèle les Hens entre cet être et le monde spirituel. Profondément pénétrés de la croyance à la direction de la terre et des astres, des plantes, des animaux, des individus et des groupements humains par des génies (les anges du christianisme), ils enseignèrent que nous subissons les influences de sept planètes, ayant chacune une couleur dominante, et un rapport avec l'un des métaux. Cet enseignement passa de l'Asie occidentale, paraît-il, chez les Indiens et les Chinois, d'une part, chez les Gréco-Romains, d'autre part.
Les sciences physionomiques sont basées sur l'astrologie, science regardée comme divinatoire. Les livres d'Hippocrate parlent de l'influence de la lune et des astres sur les maladies (1). Galien déve-
(1) Hippocrate a vulgarisé la distinction des quatre tempéraments, lymphatique, sanguin, nerveux, bilieux.
loppa ces théories. « Si l'aspect des astres ne produit aucun effet, et que le soleil, la source de la vie et de la lumière, règle lui seul les quatre saisons de Tannée, elles seront tous les ans exactement les mêmes, et n'offriront aucune variété dans leur température, puisque le soleil n'a pas chaque année un cours différent. »
Cette astrologie médicale n'était qu'une branche de l'astrologie judiciaire, et peut provenir de l'antique Egypte. ^
Certains adages astrologiques réservent la hberté morale : les astres inclinent, et ne nécessitent point ; le sage dominera ses astres (c'est-à-dire ses tendances natives), etc.
Au temps de Ptolémée, l'astrologie comprenait l'horoscopie, l'astronomie propre et l'astronomie naturelle (science de la vie des astres et de leurs influences). Ptolémée avoue que le caractère de l'horoscopie est hypothétique.
Pythagore, Hippocrate, Ptolémée, Galien, Platon, Aristote, Albert le Grand, saint Thomas d'Aquin, le cardinal d'Ailly, Paracelse, Kepler, ont plus ou moins écrit sur l'astrologie.
Y aurait- il donc des vérités dans les obscurs ouvrages des astrologues? Sans doute, l'astrologie judiciaire a été abandonnée par la science depuis le XVII® siècle ; et depuis la naissance de Louis XIV, aucun astrologue n'a été chargé de dresser le thème de nativité de nos souverains. Mais M. Leyst, de l'Observatoire magnétique de Pavlovsk, assure que les planètes exercent, comme le soleil, une influence sur le magnétiscne terrestre.
L'astrologie est remise à la mode par des chercheurs anglais et par les néo-bouddhistes ou les
néo-platoniciens de roccultisme actuel. Après Abel Haatan, Fomalhaut, Ely Star, l'occultiste Selva, sur l'autorité de l'occultiste Barlet, émet cette hypothèse, que l'action planétaire provient d'une transformation de l'énergie solaire à travers les phénomènes de la vie sur les planètes. Mais il va bien loin en avançant que la vie existe sur elles (sans exception). L'astrologie lui paraît utile pour apprécier les virtualités déterminées, soutenir le choc de malheurs prévus, et corriger les suggestions mauvaises des influences astrales de la naissance.
Les anciens admettaient sept planètes (ou sources de forces astrales) : Saturne (5), Jupiter (2;), Mars (c5), le Soleil (S), Vénus (Q), Mercure (^), et la lune (C)? auxquelles les modernes ajoutent Uranus(Y)et Neptune ( g ) ainsi que les petites planètes circulant entre les orbites de Mars et de Jupiter, et les satellites des planètes supérieures. D'après ceux qui se disent initiés, l'influence d'Uranus produirait, sur quelques humains très avancés, une intellectualité plus spirituahsée que celle de Mercure ; l'action de Neptune s'exercerait, plus spirituahsée que celle de Vénus , sur les qualités affectives et émotives. Les influences de Mercure et de Vénus devraient diminuer à mesure que la race humaine évoluera (1).
Selva ne croit pas qu'il faille cueillir une plante, comme le veut l'ancienne médecine, à tel jour de la semaine et à telle heure que régit la planète gouvernant la plante en question (2). Les influences astrales lui paraissent opérer la sélection de certains carac-
(1^ La lumière d'Egypte (ouvrage écrit par un protestant). Charnu el éditeur, 1 vol. in-S.— Voir le tableau des influences planétaires à la fin de notre brochure.
(2) Messieurs les occultistes de la rue de Savoie ont publié pourtant des almanachs magiques : qu'ils s'accordent, s'ils k peuvent, avec l'auteur du Traité d'astrologie Judiciaire.
tères transmissibles des générateurs, en vertu de la loi de l'hérédité dans l'espèce humaine : il s'accorde sur ce point avec Aristote. Elles ne désignent pas un événement comme devant se produire, mais indiquent des chances ou des risques pour une époque de la vie d'un individu, ainsi que le degré de probabilité de leur réalisation.
Je laisse aux théologiens le soin d'apprécier si cette théorie de Selva échapperait aux condamnations qui ont frappé celle des vieux astrologues (1).
Les anciens, pour expliquer la formation du monde, disaient que d'un premier principe infini sortaient quatre essences contraires, le chaud, le froid, l'humide et le sec, qui par des combinaisons binaires formaient les quatre éléments : feu, air, eau et terre, dont les combinaisons et transformations, amenées par l'attraction et la répulsion (l'amour et la discorde d'Empédocle), donnaient naissance aux différents corps. En d'autres termes, un principe dynamique (mâle) et un principe plastique (femelle), le chaud et l'humide, réagissent l'un sur l'autre, mais sont combattus par deux principes destructeurs, le froid (mâle) et le sec (femelle). Le feu résulte de la combinaison du chaud et du sec, l'air de celle du chaud et de l'humidité, l'eau de celle .du froid et de l'humidité, la terre de celle du froid et du sec. Dans chaque élément une qualité est prédominante : dans le feu, le chaud prime le sec , dans l'air, l'humide prime le chaud ; dans l'eau, le froid prime l'humidité ; dans la terre, le sec prime le froid. Selva expose l'activité de ces quatre principes sur le plan élémentaire, le plan animique et le plan psychique. Cette activité détermine les caractères généraux des formes physiques de l'homme. Le chaud produit les formes pleines, musclées, à contact chaud, le teint coloré ;
(1) Cf. Sixte IV (bulle du 9 janvier 148fi) ; S. Pie V (bulle de 1566) ; Urbain VIII (bulle de 1621) sur l'astrologie et la chiromancie.
l'humide, les formes arrondies, à fibres lâches, à contact mou, le teint blanc ; le froid, les formes maigres, à contact froid, le teint ivoire ; le sec, les formes accentuées, à fibres tendues, le contact ferme, le teint brun (1).
Sur le plan psychique, le chaud, élément impulsif, produit l'expansion de force, Tardeur, la spontanéité ; le froid, élément absorbant, la concentration, l'inertie, la résistance, l'impassibilité, la gravité, la profondeur ; l'humide, élément modérateur, la plasticité, la sensibihté, la souplesse, la tendance à varier, à subir passivement les impressions ; le sec, élément tensionnel, détermine la précision, la rigidité, l'effort. « Le chaud, dit Selva, favorise surtout le développement de l'être instinctif et intuitif, le froid celui de l'être méditatif et réfléchi, Thumide, celui de l'être sensitif et sentimental, le sec, celui de l'être passionnel. » Ajoutons encore que le chaud engendre le désir de pénétrer autrui activement de son moi ; l'humide, celui de se communiquer à autrui par l'abandon passif et la fusion du moi ; le froid, celui d'absorber autrui en soi ; le sec, celui de djominer autrui de son moi (2).
Ces données se combinent pour manifester les divers éléments dans l'individu. Ainsi présentées par un défenseur de la spirituaUté de l'âme et de la liberté
(1) Renouvier : Philosophie ancienne. — Barlet : Le Zodiaque et les génies planétaires {Initiation : 1895-1896).— Humide est syn^j nyrae de fluidité ; chaud, d'expansibilité ; froid, de cohésion ; sec, de tension.
(2) Le curé Belot, d'après les traditions cabalistiques, a ainsi dressé le tableau des influences (xvir siècle).
Jod Hé Vau Hé
Monde élémentaire :
Le Feu L'air L'eau La terre
Monde céleste :
Michaël Raphaël Gabriel Uriel
Monde rabrégé :
Colère Sang Pituite Mélancolie
t. bilieux t. sanguin • t. lymphatique t. nerveux
morale, elles ne doivent pas être rejetées sans vérification.
« Si l'on veut réfléchir, dit Boscowitz, qu'une partie des hommes sont des êtres doués de sensibilité, des organismes sur lesquels le moindre rayon odique, qui descend des étoiles, produit des effets physiologiques très profonds, on est presque tenté d'admettre l'influence des astres sur la vie d'une partie de l'humanité (1). »
Mais, avec Selva lui-même, nous jugeons inadmissible la théorie d'une influence astrale pour chaque mois de la gestation.
Il nous est tout aussi impossible de prendre à la lettre le vieil enseignement de l'influence d'une planète durant une période déterminée de chaque vie humaine.
Impossible encore d'admettre que chaque planète influe sur une partie du corps. On trouve dans le traité du curé Belot un tableau des influences des signes du zodiaque.
De ces hypothèses gratuites, on essaya de faire sortir une prétendue sci nce physionomique, la métoposcopie^ science de l'observation du front (ou du visage). Personne aujourd'hui n'essaie de faire revivre la métoposcopie : nous n'en parlerons donc pas davantage.
S elva ne rejette point l'antique signification des maisons (places occupées sur une figure astrologique par chaque signe zodiacal). La première, d'après les astrologues, renseigne sur le tempérament, les aptitudes, la longévité ; la deuxième, sur les biens ; la troisième, sur les voyages et les proches ; la quatrième, sur les ascendants directs, leurs héritages,
(1) D' Staquez, Conférences sur L'électrothérapie.
les changements de position ; la cinquième, sur les emplois, les enfants, les amours, les donations ; la sixièmCj sur les luttes, les maladies, les serviteurs ; la septième, sur le mariage, les associations, les inimitiés ; la huitième, sur les biens et maux inattendus, sur la mort ; la neuvième, sur les aptitudes scientifiques et religieuses ; la dixième, sur les fonctions, sur la mère ; la onzième, sur les amis, les enfants, les alliances ; la douzième, sur les inimitiés et les persécutions.
Une vieille tradition dit inexactement : les signes bénéfiques sont le Taureau, le Cancer, le Lion, la Vierge, le Sagittaire et les Poissons ; les maléfiques sont le Bélier, les Gémeaux, la Balance, le Scorpion, le Capricorne, le Verseau ; et de plus le Bélier, le Cancer, la Balance et le Capricorne sont des sigiies mobiles. Les signes de feu sont le BéKer, le Lion, le Sagittaire : les signes d'air sont les Gémeaux, la Balance, le Verseau ; les signes de terre, le Taureau, la Vierge, le Capricorne ; les signes d'eau, le Cancer, le Scorpion et les Poissons (1).
Il est tout aussi indémontré que les signes de zodiaque et les planètes dominent plus particulièrement une région du globe terrestre (2).
J'attends que le second tome de Sel va nous donne des observations récentes et vérifiaules, concernant le passé, le présent et l'avenir des peuples et des individus existant aujourd'hui, pour reconnaître ce qui peut être vrai dans l'astrologie, dont les sectateurs, qui prétendaient déterminer l'époque de la mort des papes et des princes, ont été condamnés par des papes, et plus tard par le rationalisme. Il y y a môme des occultistes qui ne croient ni à l'astrologie ni à la chrysopée !
(1) Voir aussi Ely Star : Les mystères de l'horoscope. Dentu, in-12, 1887. — Fomalliaut : Traité d'astrologie Judiciaire. Carré.
(2) Voir le tableau reproduit par Ely Sîar.