‹ Les Sciences sociales en AllemagneChapitre 14 sur 21 · IN .1IIERING. — LA PHILOSOPHIE DU DROIT · texte numérisé non relu

IN .1IIERING. — LA PHILOSOPHIE DU DROIT

les phénomènes juridiques; il est très vrai que les for-

Iroitse relient, s'organisent, forment un système

de plus en plus logique, et nul. mieux que Jhering, n'a

détaillé les opération> grâce auxquelles les droits sont

tmenés à leurs principes, réduits à l'unité dans

[ui deviennent elles-mêmes productrices,

tduction, de droits nouveaux. Mais il nie que. là

■ réalise, cette organisation logique soit son

but à elle-même. Des raisons pratiques ont provoqué son

ppement : des raisons pratiques peuvent le limiter.

C'est une erreur de délinir les systèmes juridiques, avec

Uahn, comme une exigence de la raison : leur forme

rationnelle elle-même n'est qu'une exigence des intérêts

sociaux, nue ces intérêts changent et ils feront entrer

dans les systèmes en question — dussent-ils les briser —

émenls nouveaux. A la dialectique du concept il faut

uer la dialectique des fins. La prétendue néces-

-ique n'est qu'un reflet des nécessités pratiques. Les

principes se modèlent sur la vie. non la vie sur les prin-

. En un mot. pas plus que le sentiment, la raison

n'expli genèse et le développement des phénomènes

sociaux : lorsque la logique apparaît dans l'histoire, il faut

encore, pour expliquer sa présence même, en revenir à la

téléol

iprenons du même coup la place que Jhering peut faire, dans sa philosophie sociale, aux tendances dites matérialistes. Il refuse de chercher dans les idées premières des phénomènes sociaux : est-ce à dire qu'il veuille soumettre ces mêmes phénomènes à l'action mécanique des phénomènes extérieurs, qu'il tâche. en éliminant méthodiquement toute psychologie de ses explications, à constituer une sociologie sans âme ou du moins sans conscience ? Sans doute les phénomènes extérieurs devront entrer en ligne de compte dans l'explication des phénomènes sociaux : et nous avons vu que Jhering leur fail large part, puisque, de la présence de sols diffé-

(I) Geist, IV. 310, 599; I, 49; Zweck, I. 420-430.

rents, il prétend déduire les différents caractères de l'Aryen et du Sémite. Mais il est loin d'accorder à ces phénomènes la dignité de causes. Sa définition de l'activité le lui défend. Le monde extérieur peut être la cause occasionnelle, mais non la cause efficiente du monde intérieur ; quand il s'agit de phénomènes sociaux, c'est-à-dire d'actions humaines, la cause efficiente ne fait qu'un avec la cause finale1. Au désir primitif, qui partout est le même, la nature offre des moyens différents : l'action réciproque de cette fin sur ces moyens, de ces moyens sur cette fin explique la diversité comme elle explique l'unité de la vie des sociétés humaines.

Ainsi le finalisme de Jhering garde, au milieu des phi-. losophies sociales courantes, une originalité. Il ne se subordonne à aucune d'elles et prend , cependant, quelque chose à chacune. Les différents principes d'explication à l'aide desquels on essaie de déterminer les phénomènes sociaux gardent à ses yeux une utilité : chacun représente comme un moment de la vérité, que seule la dialectique téléologique peut reconstituer tout entière. En les faisant rentrer sous un principe d'explication supérieure, il ne les détruit pas, il les dérive en quelque sorte et explique ellesmêmes ces forces au delà desquelles on croyait ne pas pouvoir remonter. Pour ne pas perdre la part de vérité contenue dans le naturalisme, dans le nationalisme, dans l'idéalisme, dans le matérialisme, il suffit de remettre leurs différents principes à leur rang, d'assigner à chacun sa place dans le système dominé par la fin. Cette largeur synthétique qui caractérise le système de Jhering nous fait comprendre pourquoi il est si malaisé, parfois, de classer ses tendances, pourquoi les écoles les plus différentes en appellent à son autorité, pourquoi lui-même semble parfois hésiter sur la définition de sa méthode. Occupé de prouver que les différentes philosophies sociales sont vraies dans certaines limites et ne sont vraies que dans certaines limites, il s'opposera, tantôt aux unes, tantôt aux autres.

1 Zweck, 1, 24.

•.N JHER1NG. — LA PHILOSOPHIE DO DROIT l$4

Contre les idéalistes il dira qu'il est réaliste, contre les matérialistes, qu'il est psychologue. Ces changements de front ne doivent pas nous faire illusion. Au fond, de par finition de l'action, sa méthode reste, forcément, psychologique. On ne peut pas dire, pour transposer une formule fameuse, qu'il explique jamais, en dernier ressort, l'intérieur par l'extérieur. San^ doute il refuse de placer h l'origine des phénomènes sociaux un phénomène intérieur complexe, spécifique, élaboré, tel que le sentiment du droit par exemple, qui n'a pu lui-même s'élever sans l'aide de phénomènes extérieurs, tels que les formules des droits positifs, mais il y établit le phénomène intérieur essentiel, simple, primitif, véritable fait premier, le Désir. Le Désir donne la vie à tout le reste et met en branle les différentes 3 de l'histoire : c'est le véritable créateur du monde ial.

Dans quelle mesure et à quelles conditions ce principe léléologique peut-il déterminer les phénomènes sociaux ?

ail injuste de juger de sa valeur scientifique d'après

les hypothi >is aventureuses auxquelles il entraîne

Jherin- -on enthousiasme téléologique, Jhering va

- ju'a prêter à la nature des intentions dont il

serait difficile de prouver l'objectivité. Mais, qu'une idée

p des hypothèses métaphysiques , cela

prouve-t-il qu'elle ne puisse provoquer des découvertes

- Trop souvent on a fait, de la sorte, au fina-

e tendances. Parce que des abus ont

tnmis en son nom. faut-il se priver de ses services?

11 importe seulement de délimiter ses applications.

Autant il e>! téméraire d'expliquer, par l'attrait d'une

fin. les mouvements de la nature, autant, s'il s'agit d?ac-

imaines, cette explication est légitime. L'observation

ure nous montre, dans les fins, les causes de nos

action.-: et, quelque théorie que l'on professe d'ailleurs

sur la nature intime et la cause dernière de ces phéno-

rtogiques, nous avons le droit, pour expliquer

; is :lions du prochain analogues à nos actions, de sup-

Page 1