‹ Les Scolies du manuscrit d'Aristophane à RavenneChapitre 8 sur 210 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

lection. L’imprimerie était encore à ses débuts ; ces connaisseurs délicats de la première Renaissance regardaient l’imprimé comme une œuvre de métier, médiocre et banale, comme tout ce qui sort d’une machine ou d’une fabrique; les manuscrits , au contraire, étaient des œuvres personnelles : c’étaient des objets d'art; on les recherchait tant pour l’auteur dont ils contenaient le texte que pour la valeur qu'ils pouvaient avoir par eux-mêmes à cause de leur âge, des peintures qu’ils avaient conservées, etc. L’inventaire de Veterano prouve qu’il y avait dans la bibliothèque de Federico 112 manuscrits grecs; il n’y en a aujourd'hui que 165 dans le fonds Urbinas de ia Vaticane ; on voit donc que, même en tenant compte des soustractions qui ont pu se produire, il n’a été acquis, après la mort de Federico, qu’un nombre assez restreint de manuscrits. Non seulement Federico a acheté le plus grand nombre des manuscrits, mais, pour les raisons développées plus haut, tout porte à croire qu'il ἃ acheté les plus anciens et les plus beaux. Je ne sais si je me trompe; mais jai tenu en main tous les manuscrits qui composent aujourd'hui le fonds grec d'Urbin à la Vaiicane, et 1] m’a semblé reconnaitre sur les plus anciens des indices montrant que c'était par le fondateur de la bibliothèque qu'ils avaient été acquis (1). Il semble qu'il y ait là un ensemble de faits entraînant, non la preuve certaine, mais au moins une présomption assez forte que le manuscrit de Ravenne est un des deux qui sont portés dans l'inventaire de Veterano , et qu'il est entré dans la bibliothèque d’Urbin sous Federico, c'est-à-dire avant 1483.

M. Clark place en 1515 la disparition du manuscrit. Il est possible que ce soit en effet alors qu’il ait été volé. Une autre date cependant nous semble plus probable; c’est 1502. A cette époque, Guido-Ubaldo, attaqué à l’improviste par César Borgia, qui avait surpris sa bonne foi, eut toutes les peines

(1) Le fait est très probable pour l’Isocrate 111, pour l’Aristophane 141 ; il est certain pour le beau manuscrit de Polybe, l'Urbinas 102, qui porte, sur l’un des feuillets mis comme couverture, le blason des Montefeltri, ayant d’un côté les lettres FE, de l’autre le mot DVX, c’est-à-dire « Federicus Dux. » Ce ms.

a donc été acquis entre 1474, quand Federico recut le titre de due, et 1482, date de sa mort.

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