ACTE III
son esprit, avec une affreuse obstination, fondée sur je ne sais quels principes auxquels je ne comprends rien, mais dont j'ai vu les effets épouvantables. Malheur à celle qui tombe sous sa main ! Il n'aura de cesse qu'il ne l'ait réduite à être son esclave. Tout lui est bon. Il a, pour jurer un amour éternel, une facilité merveilleuse.il offre le mariage et sait se dérober comme personne à ses engagements. Que vous dirais-je encore? Je n'en finirais pas si je voulais vous énumérer tous ses vices et ses crimes, et pour le noircir il faudrait inventer des méfaits inconnus.
ANGÉLIQUE, d'une voix plaintive.
Assez, Sganarelle, assez I
Je n'en dirai jamais assez pour vous mettre en garde contre ce fourbe et ce méchant. Je voudrais que les paroles du pauvre Sganarelle fussent affichées en lettres d'or aux quatre coins du Royaume. Ah ! remerciez le ciel d'avoir échappé au péril qu'il vous préparait... Et, tenez, il se fait tard et nous ferions mieux
de rentrer. Cette petite place déserte ne me dit rien à cette heure avec ces gros arbres qui y font de Fombre. Et surtout ne vous avisez pas d'y revenir une fois le couvre-feu sonné. Il n'est pas bon de se trouver, seul à seul, avec un pareil homme ! Quand on a votre visag-e et votre corps, c'est risquer tout bonnement un de ces enlèvements où il excelle et dont il ne se fait qu'un jeu. {On entend le bruit d'un cheval qui s'ébroue, Sganarelle se retourne, inquiet.) Allons, Mademoiselle, à la maison. Vous écrirez au seigneur Valère un billet où je lui porterai son congé et où vous l'assurerez que j'ai bien défendu ses intérêts. Puis je reviendrai me mettre au lit, d'où je ne bougerai que notre homme n'ait quitté la ville, car je ne me sens pas bien et je crains d'avoir pris froid sous les arbres. Brrr! mais vous-même, qu'avez-vous?
ANGELIQUE
Je défaille, Sganarelle, mes jambes ne peuvent plus me porter. Quoi, tout ce que tu m'as dit de Valère était-ce donc vrai?...