SCENE VIII ANGÉLIQUE, SGANARELLE, DON JUAN
DON JUAN. Il est couvert d'un long manteau et s'élance vivement vers Angélique,
Non, belle Ang-élique, il menti et toi, honnête serviteur, reçois le prix de tes services!
Il donne un coup de pied à Sganarelle, qui tombe le nez contre terre.
C'est lui; fuyez, Mademoiselle!
DON JUAN
Ne fuyez pas, divine Ang"élique. J'étais là, caché derrière cet arbre, quand ce maraud, — dont le Diable ait Tâme {il pousse du pied Sganarelle, qui gémit sourdement), — vous parlait de moi en si bons termes. Malgré l'obscurité je suivais sur votre visage la charmante révolte de votre âme pendant que ce misérable bavait ses ragots d'office et ses calomnies. Ah ! Angélique, quelle joie profonde m'emplissait le cœur à voir que vous vous refusiez à
croire les sottises et les billevesées qu'il vous débitait ! J'aurais voulu vous crier mon amour, mais il me répugnait de châtier devant vous ce colporteur d'infamies dont je me borne à repousser du pied Foutre flasque, fétide et dégonflée.
Il frappe Sganarelle du talon et pendant toute la scène, chaque fois que Sganarelle fera mine de bouger de terre, il en sera de même.
Le voici donc sous vos yeux, adorable Angélique, ce suborneur, ce perfide, ces^ menteur, cet impie... oui, cet impie, qui est prêt à rendre grâce à Dieu d'avoir créé un être tel que vous. (// ôte son chapeau.) Regardez bien, Angélique, le visage de ce traître. Fixez vos yeux sur les siens et voyez s'ils expriment le mensonge et la perfidie. Hélas! ce que vous y verrez plutôt ce sont des larmes de douleur. Est-il rien de plus cruel que d'être calomnié auprès de celle qu'on aime? Certes, mais ne me dois-je pas à moi-même de ne point me laisser abattre par un pareil traitement? Je saurai bien eff*acer de votre esprit l'affreuse impression qu'on y a voulu graver. Ma vie