ACTE III
DON JUAN
Fort bien, Monsieur, fort bien, voilà qui débute à merveille.
•LÉANDRE
C'est à lui, à son plaisir, à son org-ueil, à* sa vanité qu'il immole tout ce qu'il rencontre, et c'est à cet org-ueil et à cette vanité qu'il finira par s'immoler aussi dans l'endurcissement de son impénitence. En attendant le jour vengeur, il poursuit impunément le cours de ses forfaits. Partout il signale sa présence. Ici, une fille séduite , là , une femme perdue, ailleurs une famille déshonorée, un mari ou un père réduits au désespoir. Tels sont ses œuvres, ses loisirs, ses délices et c'est lui, ô Angélique, que je trouve aujourd'hui, occupé à son exécrable besog^ne et en train de vous chuchoter à l'oreille ses faux serments et ses promesses mensongères, car je sais ce qu'il vous murmurait dans l'ombre qu'il croit propice à ses desseins et favorable à ses entreprises.
2o6 LES SCRUPULES DE SGANARELLE
Mais, c'est un sermon, mon bon Monsieur, que vous nous débitez là.
LÉANDRE
Angélique! Angélique! il en est temps encore, ayez pitié de vous-même. Cette main qui serre la vôtre est celle d'un scélérat.
DON JUAN
Grand merci. Monsieur le p/édicateur, mais cessons ce débat ridicule.
LÉANDKE
Angélique, Angélique, cet homme a menti, cet homme a trompé, cet homme a trahi. Angélique, cet homme a tué.
DON JUAN, riant.
Eh, oui, le Commandeur! Je vous raconterai quelque jour cette vieille histoire, belle Angélique, et elle vous divertira à la veillée.. . Mais, Monsieur, pour l'instant je suis pressé, et tous ces discours ne servent de rien. Angélique m'aime et je ne souffrirai pas davantage