‹ Les scrupules de SganarelleChapitre 106 sur 121 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

devant elle des propos qui m'offensent et qui n'ont que trop duré.

LÉANDRE

Il faudra pourtant bien que vous m'entendiez jusqu'au bout, seigneur Don Juan. Personne» ne pourra m'empêcher de dénoncer tout haut vos vilenies et vos méfaits. Ils m'emplissent d'indignation et je veux vous crier tout haut le dégoût qu'ils me causent et l'horreur qu'ils m'inspirent.

DON JUAN

Monsieur !

LÉANDRE

Eh quoi, Don Juan, ne pouvez-vous donc souffrir qu'on vous mette une fois en face de vous-même et ne pouvez-vous supporter le miroir de votre propre image? Si encore vous vous borniez au mal que vous faites, mais ne faut-il pas qu'avec l'exemple que vous en donnez vous en propag-iez les principes! Ne niez pas, Don Juan ; je sais, aussi bien que la bassesse de vos actes, l'audace de vos paroles. Hélas î leur détestable artifice a gâté bien des

esprits. Elles se répètent et se colportent, et il y a, dans la jeunesse d'à présent, des têtes assez folles et assez faibles pour croire à ces principes et en appliquer à leur conduite la funeste fausseté. Leurs déclamations ne sont que Técho stupide de votre voix pernicieuse. Us disent, comme vous, que les femmes sont responsables, les premières, des façons que vous avez adoptées envers elles; que leur ruse et leur coquetterie sont l'excuse de votre méchanceté ; qu'elles ont d'abord donné le branle d'être perfides et lég-ères, et que les traiter, comme vous faites, en adversaires et en ennemies, ce n'est que prendre les devants avec elles, et qu'il y a, à ce qu'elles en souffrent, une sorte de justice féroce qui prévient par leurs maux ceux qu'elles ne manqueraient pas de causer... Et quand il y aurait du vrai à ce que vous dites, quand il y aurait des femmes perverses, des filles ing-rates et mauvaises, où serait votre droit de les punir et de les châtier? Etes-vous donc Dieu lui-même pour vous substituer à sa Providence et pour prévenir ses jugements? Encore, si ce n'étaient

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