ACTE II
ANSELME
Vous avez là une fausse impression, Géronte, et je n'ai rien de fâcheux à vous annoncer. D'ailleurs, que pouvez-vous redouter ? N'êtesvous pas le plus heureux des hommes? Votre corps est robuste et sain.
GÉRONTE, se déridant.
Ma foi!
ANSELME
Vous avez l'estomac puissant et le ventre ponctuel, la mine rubiconde.
GÉRONTE, épanoui.
C'est vrai.
ANSELME
La bourse pleine.
GÉRONTE, méfiant.
Eh I cela vous plaît à dire.
ANSELME
Une maison fournie de tout ce qu'il faut pour y vivre commodément : bons meubles, l)eau linge, fine table...
GÉRONTE
Votre place y est marquée, mon frère.
ANSELME
Et, enfin, à toutes vos prospérités s'ajoute, pour réjouir vos yeux, Taimable sourire de l'aimable Angélique...
GÉRONTE
Oui, Anselme, cette enfant est la joie et la consolation de ma vie, et, si sa naissance m'a causé plus d'un pleur, elle en a bien effacé les traces. Ah 1 que ma pauvre Bélise serait donc aise de cette fille qui lui a coûté la vie ! Quant à moi, Anselme, s'il m'arrive de regretter ma chère défunte, je me ravise en regardant mon Angélique : même visage, même teint, même taille... C'est ma pauvre Bélise en personne, et avec une jeunesse qu'elle n'aurait plus à cette heure où sa figure me rappellerait à moi-même que mon bel âge est passé depuis longtemps, tandis que le spectacle de cette petite me regaillardit gentiment. Enfin, mon cher Anselme, ajouterai-je que cette fille adorable, quijoue du luth comme un Ange du